‹ De l'électrisation localisée et de son application a la pathologie et a la thérapeutiqueChapitre 72 sur 73 · Vi Tiioi iJi.iis i»i: i.A sKNMRir.iMc i;r dks si:ns · texte numérisé non relu

Vi Tiioi iJi.iis i»i: i.A sKNMRir.iMc i;r dks si:ns

p('ii(l;iiil l:i rii>li;^;ilinii ck-cliiciiic pralicpi»''*' a sec, <laiis la ii''vral;^ic scialiijin'. Les papilles nerveuses, on lésait, se sonirvcnt, puis rougissent dans \v. |)oint (îxeite, (;t si IV'|)i(lerine e^l fin, la peau se couvi-e (le laij^'es phupies (''i'\ llitMnatens(;s (\'',{'\ vu (pielipielois ce l>li<'Mi()rnène se produire seulement plusieuis minute^ apiès l'application des fils ni(''taHi(pies exeitateuis, et se jnolonirer d'une heure à vin^t-tpiati'e IxMires;. llaltituellerneni l'opiMation ne |»eul être suppoi'ttT au delà de cpu'hpu's minutes. A l'inslanl ou la fusti-ialion est suspendue, toute sensation cesse, et l(; suj<'t cherche en vain à provoquei" la douleur scialirpie pai* i\{'s mouvemerds de toute espèce. Rien n'est curieux comme l'iMoinK^ment du malade, cpii passe suhilenjeut (h' la soulViance la plus vive au calmer le plus parfait ; rien n'est plus aj;réal)le au médecin (pie la vive expression de sît reconnaissance. Mais l'influence anestl)(''si(|ue de la douleur électrocutanéf; sur la sciati(iue n'est pas lonjours aussi «grande; quelquefois la douleur névrali.;i(|ue est seulement calmée ou déplacée.

Il est infminHîut rare d'obtenir la guérison radicale de la névraW^ue sciati(pie en une seule séance. Je comprends diflicilement qu'on ait avancé cpje la cautérisation auiiculaiiv; praticpiée nn(î seule fois guérit le tiers des sciatiques. On sait qu'un certain nond)re de ces névralgies ne peuvent guérir, (|uelle(jue soit la méthode employée. Mais, en admettant qu'on ait voulu parler seulement des névralgies simples, purement rl)umatismales, il est évident, pour tous ceux qui ont suivi ces expériences, qu'on a pris des guérisons temporaires pour des guérisons définitives.

L'effet anestliésique de la douleur perturbatrice, quelle que soit lu méthode employée, n'est doncî généralement que temporaire. Ainsi, lorsque l'on a pratiqué la fustigation électrique, la douleur reparaît aprèsun espace de temps plus oumoinslong, qui varie d'une à huit, dix, douze heures: mais alors cette douleur est habituellement déplacée ou modifiée; on voit revenir le sommeil perdu depuis longtemps, et la marche devient plus facile. Quand la fustigation électri(jue n'est pas renouvelée, la névralgie revient bientôt aussi intense qu'auparavant. Si l'on voyait dans cette infiuence fugace de l'excitation électro-cutanée une cause d'impuissance pour la cure radicale de la névralgie sciatique, il faudrait aussi accuser d'impuissance une foule de médicaments dont la valeur thérapeutique est le mieux établie, bien que leur action ne soit que momentanée ou temporaire. Le sulfate de quinine, par exemple, peut couper la fièvre en une seule dose ; mais souvent ce résultat ne s'obtient qu'en en réitérant l'administration. Il en e^t de même de l'excitation électro-cutanée, qui possède en outre le précieux avantage de

NKVIIALCIES. — TUAITEMKNT PAH l,\ F MlADISATlON. Of)"»

iiOiilai,'ff iiiniK'dijituiMeiit lo malade, ou alleiwlaiil une {^u«*risoii (l«''liiiitive.

E^l-il besoin (l<M]ire ce<in'il tant faii'c ponr^htenii' cette i^'uérison (lélinilive? N'est-il pas «'vident (ju'(Mi persistant dans rap|)lieati()n de ce puissant agent uiodilicateni", ainsi (in'on le pi aii(in«.' i»(»ur Timiiploi de tous lesaj^ents lliérap(Miti(jues, on aura la eliarirc» de li'ionjplier des névnilj^ies les [)lns rebelles? C'est, en vïïrl, le résultat auquel je suis arrivé en renouvelant la fustigation éhetrifiue quatre, six ou liuit Ibis, el à des intervalles ass( /, rapprochés. !.a névral*îie sciatique, ainsi poui'chassée, disparait eniin définitivement.

Les malades et les médecins ne réclament, en généial, l'intervention tliérapeuli(p)(Mle l'électricité pour la névralgie sciaticjue, comme pour un grand nombre d'autres att'ections nerveuses on nmscnlaires que j'ai passées en revue, que lors(|u'ils ont épuisé sans succès toutes les ressources ordinaires de la thérapeutique. Dans les recherches expéiimentales auxquelles je me suis livré dans les hôpitaux, j'ai choisi, d'accord en cela avec les chefs de service qui m'ont ,aidé de leurs conseils, les cas les plus rebelles, afin de mieux juger ia valeur de la médication faradique. F]li bien ! malgré ces conditions désavantageuses dans lesquelles l'excitation électro-cutanée s'est trouvée placée vis-à-vis de la névralgie sciiticpie, j'ai obtenu les résultats thérapeuticjues que je viens d'ex])oser.

Tel est le résumé des faits qui ressorlent des expériences très nombreuses que j'ai faites depuis près de quinze ans sur l'influence thérapeutique de la faradisation cutanée, dans la iiévralgie sciatique.

J'ai eu aussi de fréquentes occasions de faire des expériences analogues dans les autres névralgies. Comme les résultats en sont à peu près identiques avec ceux qu'on observe dans la névralgie sciatique, je n'aurais pu traiter spécialement de la thérapeutiipie électrique de chacune de ces névralgies, sans m'exposer à des rediteF. Je me bornerai donc à dire que les considérations (Mectro-tliérapeutiques que je viens d'exposer sur la névralgie sciati(pie, la i)lus fréquente de toutes, leur sont parfaitement applicables.

J'ai vu un bon nombre de névralgies rebelles à tout traitement antérieur, céder d'une manière merveilleuse, par la rapidité de la guérison, à la faradisation cutanée, pratiquée lom dolenti. Si je n'étais pas forcé de me resserrer, j'en l'elaterais ici (piehpies exemples choisis parmi les névralgies sciati«pies int(M'C()stales, plantaii-es, etc. Je ne puis résister au désir de rapporter l)rièvemenl ici le plus remarquable de tous ceu\ que j'ai observés.

956 111(11 151. i:s i)K i.A .sKNSiiMi.m, i.r dks si:ns.

OiisKiivATioN CCXXXVI. — \'.n 18(10, M. le professeur Nrlalon m'a iulrcssc un inoiisiciir (jui depuis doux ans soullraiL d'utio iu''vral;'ie planlairo ^.luclio, dont \\ allrihuail ia c.iuso a la compression excnoe circulaircmeiit par uno cliaus.^uri) trop élroilo sur sou avatil-pied ^^auclic. Le point douloureux à la pression de celle névralgie sié^a-ait au niveau de la saillie sousinélalarsienne, de sorte (jue pendant la slation et la marche la pression du sol y provoquait des douleurs intolérables (jui rayonnaient dans la |)lanle du pied. Pour éviter celle douleur, il posait son pied sur le sol dans l'attitude du varus, et marchait conséquemmont sur le bord externe du pied, ce <|ui occasionnait une claudicalion. La névralgie avait résislé à des médications variées et énergiques. M. Velpeau, (pii lui avait donné des soins (disaitil) pendant une année, lui avait fait tenir le membre dans la position horizontale pendant tout ce temps. L'attitude vicieuse qu'il devait donner à son pied pour ne pas poser le point douloureux sur le sol avait altéré la forme de ce membre et occasionnait une grande fatigue. M. Nélaton avait commandé un appareil afin d'aider à la marche et à la station. Toutefois il lui conseilla do venir me demander un avis avant de quitter Paris. La guérison que j'avais déjà obtenue dans des névralgies plantaires analogues m'engagèrent à tenter de guérir celte maladie par la faradisalion cutanée. Celte médication fui immédiatement couronnée d un plein succès. Après quelques minutes dune excitation électro-cutanée très énergique pratiquée loco dolenli^ le point douloureux sous-métatarsien disparut, et le malade put poser le pied à plat sur le sol, se tenir debout sur sa pointe, et marcher sans provoquer la moindre douleur; ce qu'il n'avait pas fait depuis plus d'une année. Après trois heures de marche la douleur reparut, mais moins forte. Une seconde excitation éleclro-culanée, pratiquée le lendemain comme la première fois, lit disparaître la douleur, qui depuis lors n'est plus revenue. Les contractions inslinclives qui avaient lieu pour éviter la douleur pendant la marche et la station avaient cessé, de sorte que le pied posait bien à plat sur le sol, exécutant ses mouvements normaux, et avait repris sa forme normale. Quinze jours après, le malade a quitté Paris, complètement guéri, emportant par précaution l'appareil qui avait été commandé par M. Nélaton, mais qui ne lui a point servi.

Avant le fait précédent j'avais guéri rapidement par le même procédé une névralgie plantaire dont le point douloureux était fixé au talon, rebelle depuis plus d'une année à tous les traitements antérieurs (sangsues, vésicatoires, repos absolu), chez la fille d'un confrère, mademoiselle L..., qui m'avait été adressée par M. Bouillaud. Enfin un autre cas analogue, mais ne datant que de deux mois, que j'avais observé chez un nommé Camille, ouvrier de M. Charrière, avait aussi été guéri par la faradisation cutanée. Ce sont ces faits

NKVI'.\I.(;lKS. — TKMTKMKNT l>AU l.\ K Al» ADISATION. 057

qui m'ont (loiiiii' l'iih-e (l'cxiit'iiiiiciilci' rcxcil'.itiijii électro-nitaïu'e (lai)s Icicasdc iH'vral^ic planlaiic (jiii m'a et)' adrcssf; par M. Nélaloii, et (luntj'ai expose'' la relation.

Pourquoi cette méthode n é(li()}tê dnnf^ In pratifiun (Vnn oxpériiiientntour. — La plupart des névralgies guérissent par la faradisation eutaiiée; les observateurs qui ont écrit sur l'électro-tlKMapic disent avoir obtenu de rap[)rK'ation delà faradisation cutanée (b;s n'sultats analoi^ues à ceux (pie je viens d(; l'aire connaître. Cependant M. le docteur lî(M'(pu'r('l piélend (pi'au contraire ce mode d'électrisation est im[)uissant contre la iiévral<^ie en iién«''ral. .le ne puis expliquer une opinion aussi contradictoire que par la dilTérence des procédés employés par cet observateur. J'ai appris, en effet, que dans ses expériences il n'avait pas eu soin de dessécher la peau avec une poudre absorbante. Or, je l'ai dit précédemment, si la peau n'est pas parfaitement desséchée, l'excitation électro-cutanée ne peut pas être parfaitement limitée à la peau, et peut p(''n<Hrer jusqu'au nerf malade, si les rhéophorcs sont })lacéssur son trajet. Cette excitation du nerf malade, connue je l'ai dit précédemment, aggrave la douleur au lieu de la calmer, ou la rappelle lorsqu'elle a cédé à l'excitation électro-cutanée bien localisée dans la surface de la peau.

Valeur de la faradimtion directe dea iierfs avec de prétendus courants centripètes. — 11 est vrai que M. Becquerel avait à préconiser une autre méthode qu'il trouve bien préférable, celle de Magendie, qui consiste à faire passer dans le nerf malade, dans le sens longitudinal et pendant un temps sullisamment prolongé, un courant d'induction à intermittences rapides. M. Becquerel a essayé de rajeunir cette méthode en donnant au courant d'induction une direction centripète, à l'imitation d'un courant galvanicpie (jui, dirige pendant un certain temps dans la continuité d'un nerf, jouirait de la propriété d'en paralyser la sensibilité (et la motricité). H était donc rationnel d'applicpier connue anesthésique le courant centripète au traitement de la névralgie. Mais M. Becquerel s'est évidemment trompé en croyant avoir oblemi, dans ses expériences, un courant d'induction centri[)ète(le rap[n\reil magnéto-éleclriipie dont il a fait usage. C'est un énorme lapsus que je regrette d'avoir à signaler. Il est, en effet, démontré (voy. chap. I, article ni) que ces api)areils ne peuvent produire (pie des alternatives voltianes, c'està-dire un courant alternativement centripète et centrifuge. Le procédé de faradisation qu'il préconise, (pi'il croit avoir modifié, n'est donc en réalité que celui de Magendie, dont il diffère ceiiendant en

*):»8 IIK.I i;i l'.s l)K I.A MvNslIUlUK l-T l»KS SKNS.

(•(•(lue M. r»(T(Hi('i('l a rrlii|»lacc l'«'lt'( Iin-|iiiiicliii<' cinpldy»'»* |»ar Ma^cndif |)ar les «'iioiif^i's Immidcs. .I<* <T(»yais (jim; ce riKKie «U; Irai- Iciiii'iil avait (ait son temps ; du moins les icsiilla'.s peu encoiira- {^caiit.s (HIC j'en avais oldciiiis m'avaient enga{j;«'î il en l'ccluM'clier nn meillenr, et je croyais avoir Inen démontre l'Iienreiise inflneMcc; d(; la l'aradisation cutanée sur la névral;;ie.

Le tniitonriit des rirm^ilgies est Iroft roirjrchmd. — Kien n'est plus conjeclural (pie l'action lliéra[)(!uti{iue de la taradisation cutanée applitpiéiî au traitement des névral^nes : ainsi telle névralgie simple et récente n'éprouvera pas la moindre influence de l'excitation électro-cutané(;; telle autre névralgie, au contraire, datant de plusieius années et rebelle à tous les traitements antérieurs, cédera comme par encliantement à la lararlisation cutanée. Toutefois j'ai remarqué (jue les névralgies (pai avaient éprouvé une influence immédiate de cette excitation de la peau avaient toutes guéri ; tandis <pie la plupart de celles qui, après la première opération, n'en avaient éprouvé aucune modification appréciable, s'étaient montrées rebelles a ce mode de traitement, .l'en ai lait nn signe pronostique de la névralgie. Ce signe m'a mis plusieurs fois sur la voie de lésions organiciues ou d'inflannnation du nerf (de névrite), qui offraient les apparences de la névralgie. Ce signe m'a éclairé dajis une triste circonstance.

Observation CCXXXVII. — Mon regrettable maître. M. le professeur

C , soulfranL depuis plus de deux ans de douleurs scialiques rebelles,

crut que la faradisation pourrait en triompher. Appelé à lui donner mes soins, je partageai son espoir, d'autant plus facilement qu'à ce moment je venais d'obtenir par la faradisation cutanée une série de guérisons d'anciennes névralgies. Je fus, hélas ! bien vite désillusionné; car une énergique excitation éleclro-cutanée que je pratiquai à l'instant ne fut suivie d'aucune moditication appréciable. C'était déjà d'un mauvais augure; cependant j'avais l'espoir qu'une seconde, une troisième ou une quatrième application serait plus heureuse, comme je l'avais observé quelquefois; mon attente fut malheureusement vaine. Cette impuissance complète de la faradisation cutanée , comme modificateur môme temporaire de douleurs dites névralgiques, m'inspira sur la nature de la lé.'ion da nerf sciatique des doutes que j'exprimai aux confrères qui donnaient des soins habituels à M. C Une dizaine de séances pratiquées journellement n'ayant produit aucun résultat, le toucher par le rectum fut pratiqué, et fit reconnaître Vexinlence d'une tumeur siégeant dans le bassin du côté malade, tumeur qui était la cause unique des douleurs ressenties dans le trajet

NKVKAI.MKS. — iUUIEMKM l'AK I.A FAUADISAilON. 0.")9

<lij nerf sc-i;ili(imî cl siimilanL une névralgie, luiiieur cjui devait le condiiiro au tornheiiu.

.\(''V/'al(jic f''/jil('/)lif(jriiie. — De tontes les iiévnil{^ies, (^elle de ia <;in(|ui('iii(' piiire a vU', dans mes reclierclies, ia plus rebelle a l'aclion tliéraj)euti(iiie de la laïadisatioii (mtaiiée, loi'Siiu'elle avait un eal'aetèrti particulier (|ui lui a l'ait doinier par iVI. Trousseau la d<'*noniination de n(hialj'i(M''pileptiroi'nie, et (p»i était coinniesous hnioni <le ti(?douloui*eux.

Cette espèce de névralgie est considérée comme incuiable pj'.r M. Trousseau. Il faut, pour la calmer, administrer des (hjses énormes <l'opium, (pie le malade tolère parlaitement. J'ai vu en 18(31, dans le service de M. Trousseau (Hôtel-Dieu, salle Sainte-Agnès, n" 3), un sujet dont les crises douloureuses n'étaient mo(i«''ré(.'S (|U(; par 15 grammes d'exti'aitgommeux d'opium par jour, et (jui cependant n'en epi'ouvait ])as le moindre elïet narcotiijue. J'ai eu l'occasion <l'e\périmenter rinlîuence modilicatrice de la faradisaiion (uitanée dans trois cas de névralgie épile|)tirorme. Dans l'un d'eux l'action de ce traitement a été complètement mille; mais les dc^nx autres ont été heureusement modiiiés par lui. Voici en résumé la relation <le l'un de ces deux cas.

Observation CCXXXVllI. — M. X..., cultivateur des environs do Paris, m'est adressé, en I8G0, pour des douleurs qu'il éjjrouve depuis près de deux ans dans le côté gauche de la face, et dont voici les caractères principaux. Elles siègent au niveau du point où la septième paire commence à se diviser en rameaux, et paraît circonscrite dans un espace qui ne dépasse pas le diamètre d'une pièce de 5 francs. Elles reviennent par crises plus ou moins fréquentes et dont la durée n'excède pas quelques secondes. Elles sont profondes, osseuses et continues pendant toute la crise ; le malade les compare à la douleur que produit l'arrachement d'une dent et dont la durée serait de dix à quinze secondes. Il a eu l'occasion de se faire arracher plusieurs grosses dents, et il dit que la douleur produite par cette opération n'égale pas celle qui est provoquée par sa névralgie. Pendant la crise, sa face s'injecte fortement ; ses traits se contractent douloureusement du côté alVeclé; il fait enlendre des gémissements, et se comprime fortement la face avec ses mains comme pour diminuer sa douleur; ce qu'il prétend obtenir en effet. La pression exerc( e sur le point de la septième paire indiqué ci-dessus est doulourease, et provoque une forte crise. Il en est de môme des mouvements occasionnés pur la mastication et par le parler. Ces douleurs ont été tellenient \\\'e> par moments, que pendant six semaines le malade a dû se condaujner au silence absolu, et

960 THOl lU.Ks l>K I A M-NMItlIlIK II DKS SENS.

SiiliuH'Mlcr sriilrinonl avi'c i\v> bouillons qu'il iivaiait à laulo d'une |iip«Mt«'. Lrs iniMivcriHMils de siircioii opérés par la lan/juo no ra|)pt'Iaii»nl pas l'-i dou- Irur. Ses nuits -ont |)r('siiut' sans sommeil, réveillé (piil est à ciiatjuc instant par une nouvelle crise. Ces crises, primitivement supportables, ont augmenté d intensité pro^Mcssivement, sans (pie ricni ait pu les ealmcr. — La faradi.-alion ( iitané(\ prali(iiiée loco doh-tili avec uru; «grande énergie, pendant une minute et à trois r('j)rises, a niodilié immédiatement la névralgie. Les crises sont revenues moins frécjuenles et moins douloureuses : pour la premièio fois depuis bien des mois, le malade a dormi (juclques heurfs sans être réveillé par les crises habituelles, mais le manger et le parler les rappellent toujours, quoi(iuo moins fortes. Les séances suivantes, pratiquées de deux jours l'un, produisent une amélioration progressive, et après une dizaine d'excitations les crises ont entièrement disparu. Cette guérison s'est niainlenuc pendant trois mois, après lesquels elles ont reparu bien moins fortes et provoquées seulement par le manger. Une nouvelle cure d'une douzaine de séances en a débarrassé de nouveau le malade.

Je n'oserais affirmer (jue celte guérison d'une névralgie épileplifornie est déiinitive. Quoicju'il arrive cependant, cette inllueuce de la faradisation cutanée dans des cas rebelles n'en est pas moins remarquable et précieuse pour la tliérapeuti(iue.

Douleurs térébrantes et fulgurantes de l'ala.cie. — On ne s'étonnera plus aujourd'hui de la persistance de certaines douleurs dermalgiqueset en niénie temps profondes, térébrantes, fulgurantes, errati- (jues, revenant par crises, et que l'on avait rangées dans les névralgies; car ces douleurs sont symptomatiques d'une affection des plus graves et qui marche fatalement d'une manière progressive : je veux parler des douleurs symptomatiques de l'ataxie musculaire progressive, douleurs que la faradisation cutanée diminue ou fait disparaître quelquefois temporairement, mais qu'elle ne peut guérir, pas plus que la maladie dont elle est un des symptômes les plus constants.

Paralysies consécutives aux névralgies. — C'est ici qu'il convient d'exposer mon opinion sur la nature des paralysies que l'on observe quelquefois à la suite de certaines névralgies. Je le ferai brièvement.

Dans toutes les pai-alysies consécutives à des névralgies qui avaient siégé dans les nerfs mixtes, et que fai eu l'occasion d^observer, j'ai constaté que la contractilité électro-musculaire était abolie ou affaiblie.

AM.I.NK |)h l'OHm.NK. %1

(Wtsi, on le s;iit, un des si^ii(;s do la loioii iiiial(imi(jiie des iioris inotciii's, coiiiim; cela rcvvM>rt des l'ails exposfs dans le chapitre coii- .-acre ii l'cHudcî des paralysies des uerls iiiixles. Kii c()iis(';(pieiice, il Jie m'est pas [XiS^ihle d'admettre qu'inn,' paralysie puisse elr(; piodiiile par une sim[)le nt'îvial^it!. J'ai professe cette opinion depuis lonyt'îinps ; elle se trouve ex[)rimée dans la pr«k'édente édition. J'ai dit, et je crois encore, (pie ces [)rét(;ndues névral^nes «pii ont été suivies de [)aralysie, ont dû être pi'oduiles [)aruiie altération oi'f^aniipie (iuelcon(|ue dc'S neris. J.es lails (pu; j'ai recu(;illis à ce point de vue m'ont paru conlirmer cette asseition.

J'es[)(;re traiter plus tard de cette im[)(ji-tanle (puistion, lors(jue j'aurai réuni un assez j^rand nombie de laits. Je me [)ropose aussi d'exposer eu uKuue temps les signes (jui distinguent les névi'algies r(^'elles des né-vralgies i'ausses, dues à une alt(';rati()ii oi'ganique des nerfs et ([ui se terminent souvent par i\i'>, paralysies.

Quoi (ju'il tîu soit, dans cette esptice de paraly:sie, le |)ronostic tirt'; de l'état de la contractililé éleclru-nuI:^culaire et l'actioi) théi'i4)euti(iue de la t.iiadisation musculaii'e sont les rp.èmes que dans les paralysies traumatiijues des nerls uiixtes.

§ II. — Angine de poKrine.

A. Depuis qu'un médecin français, nomuK'' Uougiion, a publif', il y a près d'un siècle, la première observation d'angine de poitrine (1), et (pi'Hebcrden, luédeciu auglais, lui a domié le non» (pi'clle porte encore aujourd'hui (2), les nond)reux auteurs qui oui traité de cette maladie ^e son! piinci[)alem(!ut [néoccupes de sa nature et du siège qu'elle occupe.

Ainsi ils ont fait uaili'e g(MH''raI(Muenl l'angine de poitrine. 1" eu Angleterre, d'une lésion organiipu; du cœur, et principalement do l'ossilicatiou des artères coronaires (Jeûner, Black, l\arry), ou d'une lésion de la crosse de l'aorte (Corrigan) (o) ; 2" en Allemagne, d'un principe rliu:»)alisu!id ou goutteux (Huiler, Scha^lïèr, liesse, IJer-

(I) I.ollroà l.orry sur los c-;uisrs (!'• \i\ lunliidic cl ilo la rjiorl de M. Charles, rôvricr IT(38.

(•2) Voici les (li\or.>rs (hMioiiiiiiatioiis (pii oui élô suc('(\";sivori)(Mil (Ihhuts à cotlo maladie: anrj'ma pcrtori:^, llelx'rdrii, 17(18; asihtna cunvidsinim. VA:>i\v\\ Mm; didfiliragmutic gnut, Huiler, 1"lll ; a^lhvia arlhiiticum, .*^thidh, 1793; }>}))} opv atujinosa, Pnrry, I7î)l); asthwa dolorificuni, Darwin, I7SI ; slernalfjir^ liaurnes, KSUG; sicniocardic, tirera, 18li» ; /;»i(i<i/»,\f;rt./) a/(;<>, Ti allier, lS2(i.

(:i) M. liiuUac est le seul incdiciu ijui, eu iraute, ait défendu l'opinicu d-s

DICIILN.NL. ('I

!)()2 IIIOI UI.KS I)K L\ SKNSimi.irK KT DKS SKNS.

j^ius, ('tc.'>; li" en lliilic, (rmic liyi)('i-|i(>|)lii(' du loic, jiur suite (l(! Ii»(|iu'll(' l'iiTtioii (lu cdMirsc trouve };(hi(''(' on j);ii'alys('(;; h" onrm, en iM'aiicc (Dcsporlcs, .lurinc, I.;îr!ij;ii(', etc.), d'iiiKi iuHtjiI^kî ou du pn('iiiMoiia>tii(jii(', oti (In plexus cardiacjue, on du iieiTdi{i|)ln'a^matuiuc, ces dcrniurs ailleurs ne diiVerant d'opiuiou (pic sur le siéf^c de la névraliiic. Aujourd'liui clKupu; pays df'îrcud encore opiiiiàtrémeut les opinions nées dans sou sein.

iMalheureuseiueut, il faut bien le rcconnailre, l(!s lou^ius et savantes discussions (pii se sont ('levi-cs sur la nature et sur lesi(''ji;o do l'angine de poitrine n'ont i)as lait faire un [)as ii la tli('M'a[)euti(pie de cette alîectioii.

L'angine de poitrine est cependant la maladie la [)lus lenihie (jui puisse menacer la vie de l'homme, car elle le tue presque toujours infailliblement, après l'avoir torturé pendant un temps plus ou moins long. Combien est pénible la position du médecin en présence d'un malade en proie à un accès d'angine, alors qu'il n'existe aucun moyen thérapeutique capable de faire cesser à l'instant ces horribles soullVances, alors que la mort menace de terminer cet accès qu'il ne saurait empêcher!

Ce n'est pas (jue l'on ait négligé de re(;herclier les moyens de conihattve cette maladie ; le nombre des agents thérapeutiques mis en usage est au contraire très grand, chaque médecin agissant suivant l'idée particulière qu'il se taisait de sa nature et du siège (ju'elle occupe. Ces médications diverses ont quelquefois, quoique rarement, produit une amélioration et même la guérison de cette affection. Mais il ressort des faits publiés jusqu'à ce jour que la thérapeuticjue est à peu près impuissante contre Vaccès lui-même^ et il me paraît incontestable que c'est cet accès qui tue presque toujours, que l'angine soit ou non compliquée de lésion organique du cœur ou de l'aorte.

Ce court exposé suffit, je crois, pour démontrer combien il importe de chercher le moyen: 1" d'arrêter les accès d'angine de poitrine, puisqu'un seul peut être suivi d'une mort foudroyante ; T d'empêcher le retour de ces accès ou d'enrayer la marche de la maladie.

B. C'est dans l'espoir d'atteindre ce résultat que j'ai commencé une série d'expériences. Je vais exposer ces premiers essais.

pathologistes anglais. Cet excellent observateur admet cepcudaot que dans quelques cas l'angine peut être esseaticilcment nerveuse {Journal de la Socicté de ■mcdccitiG dQ Bordeaux-, 18L^5.)

AN(;iNE I)K l'OlTlUNE. 1j63

Oustp.VATioN rX^XXXlX. — ^JiKjinc de poili iiie essentielle, dulani de six mois. — Intlitcncf Ihèraix.'uliijue de l'ejecilaliuii électrique du vutincloii et (le la i)e(in.

iV'M-one, ciii(|iiaiih' iins, coiroyciir, (loiiuniiiiiil, ii licllevillc nio dr Toiiitil, n" "2.'). (l'une forlo ( onslilulion, d'un lompcrainonl, sanguin, d'un (Uirlain embonpoint, ol uyanl le cou courl, n'a jamais (;u de maladie grave. Il a SLMdcment éprouvé, il y a doux ans. unedoulciir ilnunalismale dans r(''j)aido droite, qui l'a fori'é d'inlcrrompre son travail pendant un mois, bien cju'il n'ait pas eu (le lièvre. Il n'a pas liabituclleiiienl llialeine courte; il n'est pas sujet aux [)alpitalions; :-on habitation est saine; il n'est pas exposé à l'humidité.

Le 29 novembre IS.)2. à neuf heures du matin, étant à jeun, il éprouva tout à coup, sans cause connue, un sentiment de brûlure profonde au niveau de la partie supérieure (;t moyenne de la poitrine, et une douleur (jui s'étendait dans le membre supérieur gauche.

Il rejoignait à ces symptômes des fourmillements et des picotements qui allaient en augmentant du coude à l'extrémité des doigts. Pendant l'accès, le cœur battait avec force et rapidité ; la tète était lourde, un peu douloureuse; la phonation était difficile pardé.''aut de respiration suffisante, et augmentai!, la douleur. Le malade était forcé de se courber en avant, de s'arrêter ou de s'asseoir, la douleur augmentant par l'extension du tronc ; son anxiété était extrême ; il était frappé de terreur et croyait à sa fin [)rochaine. Ce premier accès n'a commencé à diminuer un peu que dix-huit heures après le début, après une saignée copieuse. Des bains de pieds sinapisés, des potions calmantes et un bain entier avaient été employés antérieuremenl sans aucun résultat. Cette amélioration n'était pas très grande, car le malade ne conservait ce faible soulagement qu'à la condition de rester dans le repos le plus absolu, dans la station assise, la position horizontale provoquant toujours une nouvelle crise. Les accès revenaient sous l'inlluencc do la cause la plus légère; un éternument, un bâillement, une émotion, (luelque légère qu'elle fût, suffisaient pour les provoquer. Dans la journée, le calme parfait arrivait, mais il était interrompu par des accès toujours aussi forts, tpii duraient huit à dix minutes, et étaient toujours provoqués jiar un mouvement ou une impression. Le sommeil n'était pas possible. Peu à peu les accès devinrent moins fréquents, (juoique toujours aussi forts et terrifiant, chaque fois, le jiialade et les personnes qui l'entouraient. L'appétit et les digestions n'ont pas été troublés ; pas un seul instant de lièvre pendant tout le cours de la maladie. Quinze jours après l'invasion du mal. frictions slibiées sur la partie antérieure et supérieure du thorax ; purgations tous It^s (juatrejours ; vingt sangsues à l'anus. Malgré ce traitement, les accidents n'ont pas cessé do revenir sous l'inlluence tlu moindre exor-

y()/i ii;(iiini.> m. i.v >I'..nmiiii.i 1 1: f:i iu.s ^|.^^.

cicc, (11! Iclli' xtrlc que le iiiiil.nlc; ôliiil condiiiimc; a un icpo-, jihsdlii. M !'• dm U'tii- M()ii;;i'.il, son ino Icfiii , voyiuil ccl ôIaI se |)ro|()ii;:(;r, si? (J«'*ci(la ii iiiililrcssci- co niiihidc, croynnl (|i)(' hi ronlrii-'ltircî du diiiplnii^ino poiiv.iil n'Alrc pas élraiigtMMui son aiïrction (pi'il (li;i;:ii{)sli(jnail jiisl(Miienln»î/i;j(; r/c poUrinc, dans la lollriMpril ni'ccrivil à rv, sujet.

Voiri les pluMioiiiénes (pie je constatai cliez Péroné, le 2s avril I8')3, jour où il se présenta à ma consultation :

Pour venir de lîellevilliî à mon cabinet, Péroné a dû prendre uno voiture; il n'a pu monter les deux étages (jui conduisent à mon aj)partement, sans s'ariéler à cluujue marche, éprouvant im sei-rement de la [)oitrine et les troubles que j'ai ex[)osés plus haut. Après un quart d'heure de repos, il élait rentré dans un calme parfait. L'auscultation et la percussion ne décelaient rien d'anormal ni dans les bronches, ni dans les poumons, ni dans le cœur, ni dans les gros vaisseaux : le pouls était normal. 1-a pression exercée sur tous les points de la poitrine noccasionnait aucune sensation douloureuse. Alors j'engageai le niala le à provoquer un accès d'angine ; il lui suffit, pour cela, de se baisser comme pour ramasser un objet. Voici la série de j)hénomènes qui se développèrent simultanément: Douleur très vivo, profonde, brûlante, avec sentiment de resserrement, au niveau de la |)artie supérieure du sternum, s'irradiant dans le membre supérieur gauche, en suivant la partie postérieure du bras, la face externe de l'avant-bras et se terminant dans l'index; engourdissement et fourmillement dans tout le membre. Le malade tient constamment les deux mains croisées sur la partie supérieure de la poitrine qu'il comprime, comme pour soulager ses souffrances. Sa tête est fléchie en avant, ses épaules sont portées en haut et en avrint par la contraction du grand pectoral et dune portion du trapèze; lorsqu'il veut se redresser ou effacer ses épaules, la douleur s'accroit. Je l'engage à marcher ; mais il n"a pas fait deux pas, qu'il se voit forcé de s'arrêter et de s'asseoir à cause de laugmenlalion de sa douleur sternale. Sa respiration est courte, agitée ; les battements de son cœur sont violents ; son pouls est fréquent, sa face rouge, injectée; ses yeux sont largement ouverts; son corps est couvert d'ur.e sueur abondante et visqueuse; sa physionomie exprime une anxiété extrême. Cependant les bruits respiratoires sont parfailemeni purs et les claquements valvulaires bien frappés; le cœur a un volume normal, et la percussion pratiquée sur les parois thoraciques ne décèle aucune matilé anormale.

Quand le malade veut parler, les mots sout entrecoupés, et la phonation, difficile et affaiblie, augmente la douleur.

Les mouvements respiratoires des parois thoraciques et abdominales se font normalement; point de douleurs à la base du thorax; enfin point de paralysie des mouvements volontaires ; seulement engourdissement du bra^ et de la main gauche, dont les mouvements sont affaiblis.

ANCINK DK l'OllIUNP. 90'»

A[)rùs Imi! ou (li\ mimilcs de rcpo-. loiil. (''l;ii( ronlré diin:^ l'ordio, iii;ii^ lii douleur (îI le l'cs-circMnont. de l.i |i()iliiii(; ii'iuaiL'nl dispiitu quo i^M'.idncllomonl.

Le fait dont jo viens d'exposer la relation nio paraît ètix» un type d'anj^ine de poitrine (l(''gag«';e de toute espèce de lésion oryaniijue. (^etle douleur brûlante, sous-sternale, accompagruM; d'une sensation de coni[)ression, de resserrement, (pii jetait le nxdade dans la plus grande angoisse; cette douleur s'irradiant dans le niend)re supérieur gauche, suivant la direction du nert'radial, avec engourdissement et afîiiiblissement de ce niembre et surtout de la main; ces accès provocjués par le mouvement ou par une impression morale, ne laissant aucun trouble a[)parent dans leur Intervalle: tous ces signes, dis-je, suflisent pour justifier mon diagnostic. L'auscultalion et la percussion, pratiquées avec le })lus grand soin et par plusieurs observateurs, ont, en outre, parfaitement établi (pi'il n'y avait là ni lésion du cœur ou de la crosse de l'aorte à laquelle on eut pu rapporter l'angine de poitrine. Enfin, cette afléction n olfrait même aucun des phénomènes ([u'on observe dans l'asthme, avec lequel l'angine pourrait être confondue dans certains cas. Ainsi, ce malade n'éprouvait pas (rétouffements, pas de besoin de faire dt; graiules inspirations; seulement il rendait sa respiration aussi courte (jue possible, afin de diminuer sa douleur sternale, augmentée par les mouvements respiratoires, il existait encore d'autres symptômes sur lesquels il serait supertUi d'insister, etcjui établissaient une distinction bien tranchée entre l'asthme et l'angine de i)()ilrine chez ce malade.

Quel était le siège de cette angine de poitrine? Fallait-il le placer dans le pneumogastri(}ue, le plexus cardia(iue ou le nerf phréni(pie? Je craindrais de sortir des limites que je me suis imposées, en discutant ici cette question, quelque importante qu'elle soit; je dois dire cependant que, contrairement aux prévisions que j'ai exprimées en 1853 sur la possibilité d'unecontracture du diaphragme, le malade n'ollVait aucun des signes (jui caract(h'isent celle dernière attection, et en conséquence (pie le nerf phrénique était clrangei*, dans ce cas particulier, à cette atïection nerveuse.

Le diagnostic bien établi, j'arrive aux expériences èlecti'o-lherapeutiques laites dans le but d'arrêter les accès d'angine cl d'cntiavci' consécutivement la marche de l'alVection.

Relalion des expériences et de leurs résultats. — Jo provoquai un second accès en faisant marcher Péroné, et japplitjuai sur son mamelon l'extré-

\n\l\ iliol ni.KS I)K LA SENSIUII.HK i; I DKS SENS.

niilé (\o (I(Mi\ lils iritHjilli(|ii(M oxcitalcMirs ()iii roiniimiiiciuniciil ;ivoc les ron- (lurlours do mon îip|)aiiMl (riiuliulion ^riiduc iiii iniiximiim ol mnrrhaiil ;u(*(' (It's iiilcrmiUcMU'i's (tes rapides. A riii^lant, dii l'cxciUilion du n)ainelun lui produilc, il ji>la un si ji;raiid cri, •|ii(! jii dus iiilorroiiipro lo courant. I.a doul(Mir avait élô alroc.i\ mais sculcmcnl in.slanlan<'M\ ol, ii ma i^raiido surpriso, avcd la doulour arliliciidio (]uo j'avais provo(pj('?(», avait aussi disparu rom|)lGlemLMil la douleur de l'angine, ainsi (juc l'en^ourdissement et les fourmillements du membre supérieur f^auche qui l'accompa- {^naient ; la respiration était devenue calme ; en un mot, le malade so trouvait tout à coup dans son état normal.

Celte transition subite était-elle le ré.^ullat d une simple coïncidence, ou devais-je plutôt la rapporter à la perturbation énorme et instantanée produite par l'excitation électrique du mamelon? Pour juger délinitivenient cette question importante, je recommençai mon e\j>érieiice, c'est-à-dire que je fis naître un nouvel accès d'angine. Mais ce ne l'ut jtlus chose aussi facile (pi'auparavant, car le malade dut so livrer à toutes sortes de mouvements pendant quatre ou cinq minutes pour obtei.ir le retour de son accès, tandis (ju'avant l'opération il lui suffisait, pour cela, de se baisser.

I.a seconde expérience réussit tout aussi rapidement que la première ; mais au lieu d'exciter le mamelon, je m'étais contenté de provoquer l'excitation électro-cutanée loco dolenti (au niveau de la partie supérieure du sleriium). Prenant une sorte de plaisir à dominer ainsi ce mal réputé indomptable î)eiidant l'accès, je renouvelai plusieurs fois de suite cette expérience avec le iiK'me succès, et j'observai que plus je lavais répétée, plus le malade avait de peine à rappeler son accès d'angine, à ce point que la dernière fois il lui fallut monter rapidement les d ux étages de la maison que j'habite, pour y [larvenir.

Le lendemain. Péroné m'apprit qu'il avait [)u retourner à Belleviile. où il séjourne, sans éprouver la moindre gêne et sans devoir s'arrêter ; que pour Il première fois, depuis le dél)ut de sa maladie, il avait pu dormir; que dans la matinée seulement, il avait éprouve un serrement, sans douleur, limité à la paitie supérieure de la poitrine ; qu'il arrivait de- Belleviile à pied ; qu'il avait [)u mont'^r mon escalier sans s'arrêter ni éprouver de gène; enfin cet homme se croyait guéri.

Je lui proposai encore de rappeler son angine, afin d'agir comme la veille au moment de l'accès. Il se mit do;.c à l'œuvre, et ce ne fut qu'après un (juarL d'iieure, à peu près, de grands olforls, seniblables à ceux qu'il fait habituellement quand il prépare ses peaux, qu'il réussit à provoquer un accès [H'esque aussi violent que les premiers. Maîtriser complètement ce nouvel accès |)ar l'excitation électro-cutanée du thorax fut l'affaire de deux ou trois secondes.

A dater de ce jour, la douleur sous-sternale, les fourmillements et l'en-

AN(iINE DE POITRINE. 967

gourdissemoiil du luciiiltro supérieur prauclio ne roviiiroîit plus, fjiioi qu'on fît pour les rappeler. Il reslail seulement, (piand il était |)rovoqué, un senlinieiiL d'oppression, une sorle de oomj)ression dans le point de la poitrine où jadis siégeait la douleur. Quatre ou einq excitations électro-cutanées, prati(juées à des intervalles assez éloignés, eidevérent le reste de l'angine, et quinze jours après le commencement du traitement, j'ai pu permettre à Péroné de reprendre son état decorroyeur.

Depuis plus d'un an qu'il se livre à ses travaux rudes et habituels, son angine n'a plus reparu.

Doux faits tliérapf'iitiqups importants me paraissent ressortir (les expérieiiees (juo je viens d'exposer. D'une part, à l'aide de rexcitation électrique de la sensibilité du mamelon ou de la peau, prali(piée loco dohmti^ il est possible : 1" de l'aire cesser comi)létement et à rinslant même un accès d'angine de poitrine ; T d'enrayer la marche de cette maladie, et peut-être même de la guérir définitivement.

Le premier l'ait est incontestable, car les expériences tentées sur ce malade, au moment de ses accès, soit à leur début, soit pendant leurs cours, ont toutes donné des résultats absolument identicjues, c'est-à-dire (ju'elles l'ont chaque l'ois lait passer subitement d'un état de souff'rance et d'angoisse inexprimables au calme le plus parlait. Ce l'ait a d'autant plus de valeur que, depuis près de six mois, les médications les plus variées n'avaient eu aucune prise sur les accès, et qu'on a vu jusqu'à présent, dans tous les cas rapportés par les auteurs, la thérapeutique rester à peu près impuissante contre cette affection.

Le mode de traitement que je signale à l'attention de mes contrères n'eùt-il prise que sur l'accès lui-même, sans modifier en rien la marche ultérieure de la maladie, (jne la thérapeuticiue de l'angine de poitrine y gagnerait encore, puisque le médecin pourrait espérer di'vsormais non-seulement débarrasser les malades tle leurs horribles souffrances, mais prévenir peut-être une mort foudroyante ([ui termine encore quelquefois l'accès, et de cette façon se doimer le temps de combattre la maladie par les moyens rationnels dont l'action est ni'cessairement lente ou immédiate.

Mais là ne s'arrête pas l'action thérapeutique de l'excitation électri(jue de la peau ou du mamelon. On a vu, en cflét, clans l'observation précédente, les accès se modifier rapidement dans leur forme et leur intensité, sous l'intluence de ces exi)ériences réitérées, puis s'éloigner de plus eu plus, et enfin disparaître entièrement, (luehjue effort (jue l'on fît, ou (juelque moyen (pi'on employât pour les ra[)-

\){\s iiioiiiiis i>K lA si.N->iiui.nr. r.i dks sens.

|)fl('i', iiloi's (|N(' |>t'iiiliiiil (li\ lll(/l^ il :iv:iil siiili de la iiioiiidi'c im- |)rt'^>i(m, <iii iiioimlif iiKUivciiinil, pour les (I(''\c1(»|»|k r (l.iii-> Iniiic Ji'ur vidlciicc.

IVm'oih' a r<'prl> SCS rudo ti-,i\aii\ de coi royciii' depuis plusit'Uis amii'cs, cl n'a plus eu de nouvel accès. Ksl-c,e a diic pour cela (pi'il soit {^iicri ?T()Ul le monde connaît la tendance de l'ani^inede poitrine à se reproduire. Aussi dois-je laiit! nies r(''servos pour ce malade, avant de croire à sa :;uérison d(''liniliv(; ; le temps seul peut ju;:er cette ipieslion. Mais il ne m'en [)araît pas moins établi (|ue la m<'dication (|ue j'ai expérimentée sur lui a [(uissnmment enrayé la marche de son aniline de poitrine, et je; suis fondé à en espérer la ^nérison.

I.e moment clioisi pour produire ces excitations électri(iues de la ]K'au et du mamelon, et ces appels réitérés des accès tout aussitôt réprimés, me paraissent avoir exercé secondairement une inlUiencc; lieureuse sur la marche de l'angine. Voici sur (pjelles idé(.'S re[)0se ma manière d'a{;ir dans cette circonstance.

Une longue expérience m'avait appris (jue la i)erturbation jetéi» ]Kn' l'excitation éleclro-culanée dans l'état d'une n(';vrose ou d'une névralgie avait d'autant plus de chance de succès, qu'elle inlerv(M»ait au moiuent de l'accès ou du paroxysme de la douleur, .l'avais observé, en outre, (jue la guérioon d'une névralgie était d'autant plus solide (lue les accès avaient été plus souvent troublés dans leur modalité el dans leur cours habituel.

Appli(|uant ces remaniues à l'angine de poitrine ([ui, à mon sens, n'est autre chose qu'une névralgie, j'eus la pensée de provoquer chez Péroné un nouvel accès immédiatement après avoir dissipé le premier, afin d'avoir une nouvelle occasion de jeter le désordre dans le développement de cet accès. Je lus d'abord arrêté i)ar la pensée que cette expérience n'était pas sans danger, puisque personne ne peut répondre de la manière dont se terminera un accès d'angine; mais la facilité avec laquelle j'avais triomphé du précéderit m'encouragea a poursuivre. On sait ce qui est arrivé : maîtriser les accès que je rappelai coup sur coup, ne fut qu'un jeu pour moi On a vu ({ue mes prévisions ont été juslifices par l'événement ; car [)lus s!)uvent les ae-cès avaient été entravés dans leur développement, plus il a été difficde au malade d'en obtenir le retour.

C'est par l'énorme perturbation qu'elle porte dans l'innervation, avec la rapidité de l'eclalr, qu'il faut expliquer l'influence vraiment saisissante de l'excitation électro-cutanée sur l'arjgine de poitrine. Y a-t il, en outre, une action spéciale de l'agent électrique sur l'élat

ANniNK DR PomilNK. 900

palli(>l()i^i(|ii(' (lu syslfinc iici'vcnx? INm'soiiiio n'osorait assiUNÎmciil rariiriiicr, hicii (\\H' ct'la soit possible*.

S'il n'y avait la (|n"iiii(; l'cviil.sioii |)ui>saiilc', le feu poss(''(li'i'ail la mrnie vei'lii ipu' r«'l('(ti'ic'it(;. Ca dornicr no pourrait cependant pas reniplacer la l'ar.idi alion (•ulan(''<', (pii, ni' df'sor^anisant pas les tissus, peutr'ti'c pi'onHMK'f ini[)uni'')n('nt dans toutes les reliions, prolongée et renouveh'c autant ipie cela est luxessaire.

Un nouveau lait \ ieiit donner plus de vaUîur aux coiisi(l(';ralions pré(;édentes; j'en dois lObservation à l'oljligeance de M. le docteur Aran. Je n'en relaterai (pie les traits principaux :

OnsERVATiON CCXL.- iMadameX..., trente-deux an?, d'une con?titiilion moyenne, dit être tombée, il y a dix ans. dans une sorte de léthargie (jui diM'd sept jours, à la suite d'un vif chagrin qu'elle éprouva de la perle d'un de ses enfants. (Pendant le temps (ju'elle resta dans cet élal, on dut s'aspurer qu'elle respirait encore en lui plaçant une glace devant la bouche.)

Celte crise se termina par des larmes abondantes ; mais elle fut suivie pendant sept mois de palpitations do cœur avec angoisse extrême, essoufflement et troubles de l'intelligence.

I/élat de la malade s'était amélioré malgré la persistance des palpitations de cœur, lorsqu'il y a deux ans (en 1851), un profond chagrin, causé par lin revers de fortune, produisit une nouvelle série de phénomènes morbides, différents des précédents par leur caractère, [)ar leur marche et par leur intensité. Ainsi l'affection se présentait sous forme d'accès i)lus on moins fréquents et ne laissait rien d'apparent dans l'intervalle de ces derniers.

Voici les principaux symptômes qu'on observait pendant chacun de ces accès : Douleur précordiale vive, comparée par la malade à une chaleur brûl.Tnte ; constriclion très grande sous le sternum, avec douleur s'irradiant dans le bras gauche et y produisant un engourdissement qui persistait quelcjne temps après l'accès et le [aralysait complètement ; anxiété extrême avec expression de terreur pendant l'accès. Les muscles pectoraux et les llécliisseurs de la tète en avant sont contractés ; tout mouvement pour redresser la tète et porter les épaules en arrière exaspère les douleurs : pas déloiifîemenl comme dans l'asthme, seulement la respiration est courte et fréquente. Ces accès ne sont pas accompagnés de phénomènes hvslériques : ainsi, |)as de constriclion à la gorge : pas (h? larmes, bien qu'il soit facile de les {)rovoquer en lui parlant do l'enfant qu'elle a perdu, et alors 5a rai.>>on s'égare. J'ajouterai enlin que l'auscultation et la percussion ne décèlent aucune lésion ni dans les poumons, ni dans les bronclies, ni dans le cœur, ni dans les gros vais e.uix artériels.

Tel était l'étal delà malade, con'te lequel M. Aran luttait vainem-Mit depuis longtemps, lorsque je l'entretins du fait ihérap.eutique imp rtant que

970 rnoiîBLEs de \.\ SENSiniLirf: et des sens.

j'ni f)r(V<(liiiiiiioiil oxpo-^. On roiuprt^ml (Hiim llnTapiMiiislc aii<si dislin;:»!»'' (|ii,' M. Ai;ui u'.iil p.is laissa ccliappcM' roccasioii de» roiilrôlt'r l.i valeiii (l'iino iiuMlicition (pii avait si biiMi réussi flans un cas analo;,'iio, surlonl alors (]uo la vio dn sa mahulo iHail dans un danger croissant, l'allé fui, m offi'l, soiiiniso a l'oxcilation i''lL'clro-('iilaiu''i' au Mionu:nL dos accès, et (mi ohlinl un rôsultal aussi iicureux ol non moins iniui6diat (pio chez le sujol (le l'observation i)rcccdonle. l'illo s'esl trouvco [)rcs(|uo cnticrcmcnt délivrée de son angine do i)oilrine (^t a pu reprendre ses (xcupalions oniituiires [\).

Va\ ri'Siniu'', cotte malade a éprouvé, sous riiiiîuence de prolbnds chagrins, nue s('Mie (raccidoiits liyslériques dans la premicTe et longue période de sa maladie. I)<'[)uis un an, elle a été prise de nouveaux phénomènes d'une extrême gravité, (ju'on nobservepas dans riiystérie et (pi'on ne peut rapporter qu'à l'angine de poitrine.

('e cas était donc moins simple que le précédent, et il était i\ craindre (ju'en raison du fond hystéricpie sur lequel reposait cette angine de poitrine, l'excitation électro-cutanée n'aggravât les accidents, loin d'en arrêter les accès. Ces appréhensions ont été heureusement Irompées, puisfjuOn a vu le mode de traitement employé réussir dans ce cas à peu près aussi bien que dans le précédent.

Cette n:é licalion aurait-elle {U'oduit le même résultat chez les

(I) l.'auU'ur (Je cctto til)sprvati()n, M. Âraii, vient d'être enlevé bien jouno encore à la scieuco qu'il cultivait avec tant d'ardeur et de distinction. Kn mai 1860, je i'a\ais dioarrassé d'un terrible accès d'angine de poitrine par la faradisalion cutanée. En voici rbisloire résumée:

Obsi:rvation (XXLl. — Depuis une quinzaine d'années il avait été atteint, à plusieurs reprises, d'un rhunialisnie articulaire, généralisé, qu'il avait traité par les snignées rapprochées, selon la méthode de M. Bouillaud. L'hydrothérapie semblait l'avoir délivré de celte espèce de prédisposition rhumalisn)ale ; mais, depuis lors, il éprouvait fréquemment de vives douleurs dans les petites jointures des mains et quelquefois dans diverses régious du corps, douleurs rhumatoïdes ou névralgiques (jui étaient provoquées par le moindre refroidissement. lin mai 1800, après a\oir soulîert pendant plusieurs jours, à la suite d'un refroi dissement, dans les petites articulations des mains et dans diverses parties de membres et du tronc, il fut tout à coup saisi, pendant la nuit, dun accès d'an-^ ginc de poitrine pour lequel il me fil appeler vers trois heures du matin. Je le trouvai dans un état d'anxiété extrême, ne pouvant remuer sans augmenter ses douleurs. U me dit alors que depuis plusieurs heures il lui était survenu des accès d'angine de |)oilrin(i caractérisés par une douleur sous-sternale atroce, «'étendant au membre supérieur gauche, dans lequel il éprouvait des fourmilleiiicnts, de l'engourdissement et de la faiblesse. Ses jointures étaient devenues libres. La peau do ce membre et du coté gauche et de la face antérieure du thorax était aussi tellement hypercslhésiée, que le contact le plus léger lui arrachait des tris. Sa respiraliou était courte, fréquente; mais je ne trouvai aucune pertur-

ANCINK DE rOITRINK. 071

deux miil;Mlc>, si r;iii;^iii(' de poiliirir' eût r[v ri)]\i\)\u\\n'H'. cluz eux (I'uik; I('.^i()l) ()ri;;uii(|u<' (lu ((lur ou de la ci'ossc de l'aorlo? I/expérimeiitiUioii pouri'n soulo di-cidor celte (jucslion ; niais il est, selon moi, pernns (Von nllendre, sinon la ^ntM-i^on complèle d(î la nialadie, au moins un amendement.

Vax cela, je me fonde sur roi)inion (jue je nie suis faite de la nature de l'anj^ine do poitrine, d'après les deux fiiils précédents et par la lecture des observations rapi)ortées par les auteurs. Tout le monde admet, en effet, (pie l'angine de poitrine peut exister à l'état de névrose siinpl(\ f^cs deux faits (pie j'ai rapport(';s viennent s'ajouter à C(H1x de même nature, qui se Irouvaient déjà dans la science. Eli ])ienî lorscpi'on rapproche ces cas d'angine essentielle de ceux avec lescpiels coïncidait une lésion organi(pie du cd'ur et (les gros vaisseaux, on est frapp;'» de la similitude parfaite des phénomènes (pii se d(''clarent pendant les accès. Si, d'un autre côté, on compare la rareté de l'angine de poitrine à la fréquence des lésions organi(|ues du cœur et de la crosse de l'aorte, on est fondé à conclure (pie l'angine de poitrine est nne affection indé[)endante de ces h'^sions organi(pies, bien que celles-ci puissent favoriser son développement ou la rendre plus tenace.

balion dans le rliythme dos moiivomonls rpspiratoiros ; il n'y avait pas do paralysie nide conlraclurc du diaphragme. Noire malade avait fait vainement promener des sinapisn)es sur le tronc ; ses accès allaient en anumentaiit et sa peau était restée liypereslhésiée. Je lui fis alors immédiatement une vive excitation électro cutanée avec les fils mélallicjiies, au niveau du sternum et de la région du cœur, et à l'instant sa douleur slernalc disparut avec rengourdissement et les ronrmillenienfs du membre supérieur j;auchc. Mais je ne pus triompher de l'hyperestlK'sie cutanée (lu'après avoir promené les rhéophores métalliques pleins sur tous les i)oints de la peau où elle refînait. Peu de temps après, survint un nouvel accès, mais hcauc(>u|) moins fort (lue les précédents. Il fut enlevé de la même manière. Ce fut le dernier, et M. Aran put goûter quelques heures de somnieil. Mais le lendemain les douleurs primitives des jointures de la main ayant reparu avec un léger mouvement fébrile, notre malade, im|)atienlé, voulut ahsolumeat être saigné, .lo cédai à son désir, el,jedoisen convenir, la sai;<née fut suivie d'uneamélioration notable. Quelques jours après M. Aran pouvait sortir et reprendre ses occupations habituelles. Je dirai, en terminant cette relation, que l'auscultation ne m'avait révélé chez M. Aran aucune altération organi(iuc ducœur. M. Trousseau, qui le \isita plus tard, put lui donner la i\ièmc assurance. Son es[)rit n'en fut |)as moins frappé, car il redoutait, ainsi (ju'il me l'a plusieurs fois fait entendre, que cette prédisposition rhumatismale liée à son état nerveux, n'amcnAt une catastrophe plus ou moins prochaine. Hélas! les tristes |)révisions de mon malheureux ami ne devaient pas tarder à se réaliser. I.c 22 février 18GI, il a succombé en quelques heures à un rhumatisme cérébral, consécutif à m\ rhumatisme articulaire L'énéralisé.

972 TIU'Ilil rs HK I.A SKNSinilIiK Fi DKS ^F.Ns.

l\Mil-('lr(' m'<»l»i('cl('ra-l-oii (|iit' je n'iii cliiMi riiciii'ni^c inllnciHc lli(''r;ij)('iili(|iu' (le rcxciliilioii ('Icclio-culaiMH; sur rani^iiic de poiliiuc (jiif sur deux lail^. l''i(IMr aux lU'iuciprs fjui in'dul loiijouis <liiiL;(' dans uics rcclit'i'clics, j'aurais atlcudu, sans doulr, pdur les pui)li(M', (juc le tcuips cl de nouvelles ('Xp('Mien('.es leur ousscnl douiu' plus do valeur, si l'au^niie (U; poilriiu' u'i-lait, une de res aftcctious (pi'nii n'a (pi<' rai'emeiit l'oceasion (roi)sei-ver. Va\ oulic, la raison (pii a eu la plus i;rau(l(! iullueiicc; sur ma dt'lenuiualion dans cette (ai'constaiHîe, c/est l'iiupuissancc (I(î la lli(''ra[)euti(pie eu présence des horribles souffrances occasiountk's pai- un accès d'aii- '/luc et de riniininence du danger.

J'ai fait aussi (piokpics rechorclies sur l'iidUience tiiérapeulifpie de la taradisatiou cutanée dans l'astlime nerveux, dans les visc<'îralgies, et dans une espèce de dernialgie lancinaide (jui apparaît irréiïulièreinent, tanté>t dans un point, tantôt dans un autre. J'ai vu, dans ces cas, la farad isation cul;inée appli(piée loco dolmti, au moment (\q la douleur, pendant la crise ou l'exacerbation, a^ii* comme dans l'angine de poitrine, et triompher alors (ju'on avait épuisé toutes les autres médications. Je ne relate pas ces faits, (piehpie intéressants cpi'ils soient, ])arce que ce ne sont (|ue des cas isolés, (jui m'engagent à poursuivre mes expi'riences, mais trop peu nond)reu\ pour que je me permette d'en tirer des conclusions.

ARTICLE II

IlYPERrSTIlKSIE KT AXESTllÉSIE CUTANÉES ET MUSCULAIRES, IIYSTÉRIOUES ET RHUMATISMALES.

§ I. — ll^pcB*cstliésic cutanée.

L'exaltation de la sensibilité cutanée qui ne reconnaît pas pour cause une inflammation de la peau est symptomatique tantôt d'une lésion des cordons postérieurs de la moelle ou de leurs membranes, et tantôt d'un état nerveux périphérique, sans doute névralgique, des houppes nerveuses. Il est évident que la faradisation cutanée ne peut être appliquée indifféremment à toutes ces hyperesthésies.

J'ai observé, dans le service de M. Cruveilhier, une malade qui, après avoir soulevé un lourd fardeau, éprouva tout à coup une douleur très vive dans la portion lombaire du rachis, une fièvre intense, et une exaltation générale de la sensibilité cutanée. Les hyperesthé-

A N K > 1 1 1 K M li ( . U r A N k \i . 0 7 '.'>

sies suih- (riiillaiiiiiiatioiis .s[)()iilan<''('S desccnlrcs nerveux huiil n-scz CDMimiirii's. Dans ces cas, rexeilatioii éleelro-cutanee éclioiieiail. a e()ii|);nir, si même (;Ile n'agj^M'avait pas les nc<;iilenls. Le mjuI ti'altement ratiuiniel est évideinmeiit, dans ce cas, le trailem(.'nt antipldoi;isti(|iie.

(i'est |)rin(;i|);deinenl dans riiy|)ei'estli(';sie ([Ue l'on observe chez les lenmies, surlont chez les hystériques, ([ue j'ai expériment*' riiilîuence théra[)euli(pie de la l'aradisatioii cutanée, .l'ai eu de tVécpieiites occasions d'appruiuer ce mode de traitement aux liyperesthésies rebelles.

Voici comment j'ai agi. La peau étant sèche, tantôt une fustigation électricpjcénerj^ique a été prati(iuée, tantôt les rhéopliores im';lalliques pleins ont été pi'onienés sur la légion douloureuse, peiidant(pie i'apj)areil marchaitavec les intermittences les plus rai)i(les. L'intensité du courant était pro[)ortionnée au degré deneigie et d'excitabilité du sujet. J^opération tiurait de d(!ux à ciiK] minutes. L'liy[)ercsthésic cutanée a été souvent enlevée ou diminuée de cette manière; la peau n'était plus sensible au frottement, et 1(!S malades disaient ressentir une sorte trengourdissement, de bienêtre dans le point fustigé et jadis douloureux. Dans certains cas, riiyperesthésie cutanée ne reparaissait plus; mais plus fréciuemmentelle revenait plusieurs heures après l'opération. Alors tant(H elle était moditiéeou plus su[)portable, et guérissait a[)rès (piel(|ues séances; tantôt elle se montrait aussi intense (pi'après l'opération. Je dois à la vérité de dire (pie la moitié, pour le nioins, des malades soumis à ce moile de traitement, n'ont trouvé dans la faradisation cutanée qu'an souiof/ciNoU momentani'. iMais, ici encore, ce mode de traitement était placé dans les circonstances les i)lus défavorables, puiscpie la plu[)art des hyperesthésies cutanées soumises à son action étaient anciennes et avaient résisté à toutes les ressources de la thérapeutique. Dès lors n'est-on pas en droit d'espérer (pie la fai adisation cutanée, mise en usage dans les conditions convenables, devra guérir le plus ordinairement l'hyperesthésie cutainV' des hyst('n'iqucs.

Le même moyen (pii co!)d)at avec succès l'hyperesthesii' cutanée peut rendre; à la peau sa sensibilité normale, lorscpTelle est abolie, diminuée ou pervertit!. Il est rare (pie la faradisation culaiit'e ne triomi)he pas de l'anesthésie (I).

(1) l.ii [laraijbic de la bOiiiîibililL' de la peau i)cul alVcclcr la seiisibililc laililo

976 TUOUBLES DK I A M-NMIMI-I IK Kl DKS SKNS.

A. La ("iii'iuliMiruHi ciiliiiK'L'C. par la iiiaiit «';luc,tri(|wc (voyc/ pour la maiiirit! de pralKjiK r (L'ili.' ((pùralion, p.i^c iS:i; n'exerce d'aclloii llierapenlupicappri ('ial)le (pi'à la face, où elle m'a j)aru siillirr ;;<'fiérale liinit il la f;ii<'Mi.s(»n des am-stliesies cntaïK'es (pii allV'eleiil celte ré- {AJoii. J'ai ('e[»eii(la!i'l rciicoiilié (Icn cas dans l('>(piels son iiillueiic(.' elail iiiipuissaiile. <'L (|ui reelaiiiiiicnl rap|)li('ati(iii des deux autres mkmIi's de laradisalioii eiilaiiée. Je n'en relaierai (jn'iin exemple.

OiiscuvATio.N CCXLII. — Ani'!i(li(''sic de la jicaudc la [ace cl des d<:ii(s du cale droit, coxst'ciilivc à nue ucvraUjic dcnldire druilc. — Gucnson jnir l cjucitalion clecivique.

M. M..., cliiinoiiic de Nancy, qiiaratile-so[)l ans, d'une bonne santé liabituolle. lui '1851, il perdit l'ouïe du côté droit. Kn janvier 1H.")3, il éprouva des douleurs sourdes continues dans les dents supérieures et inférieures du côlé droit pendant trois semaines. L'arrachement d une dent cariée de ce côté, à laquelle le malade attribuait son affection, n'a point changé la nature et l'intensité des douleurs. Celles-ci ont disparu entièrement après tr^is semaines de durée. Point do douleurs appréciables dans la face de ce côté. Depuis la disparition des douleurs dentaires, insensibilité complète du côté droit, ce qui l'empêche de mâcher de ce côté ; diminution de la sensibilité générale de la moitié droite de la muqueuse buccale et palatine, de la langue, des lèvres, et surtout de la lèvre inff^rieure; enfin, laneslhésie règne à des degrés différents sur la peau de la joue ; elle est complète dans quelques points. La l'aradisation cutanée par les fils métalliques dut être appliquée une quinzaine de fois à la face, avant d'y ramener la sensibilité à son état normal. Les dents du côté droit étaient tellement insensibles, que le courant le plus intense n'y était pas senti (à l'état normal, la plus légère excitation électrique provoque une sensation très douloureuse). Après quinze jours de faradisation, la sensibilité revint dans les dents malades assez pour que iM. M... pût exercer la mastication de ce côté (1).

ou la sensibililé douloureuse. Dons le premier cas, ou le sait, elle est appelée aoesthésie, et dans le second, analgésie. La sensation de la température peut être également abolie. Bien que les variétés de paralysie cutanée puissent exister isolément, en général elles régnent simultanément. Ce que je vais dire, dans ce paragraphe, deTancsthésie cutanée est applicable aux autres variétés de paralysie de la sensibilité de la peau

(1) Observation CCXLIII. — J'ai recueilli un fait d'insensibilité des dents analogue à celui-ci, chez madame Rapin, d'Orléans. Cette dame, de même que M, M..., ne pouvait pratiquer la mastication du côté insensible. Elle l'attribuait à une faiblesse des nuiscles qui rapprochent les mâchoires. Elle ne pouvait, disait-elle, mâcher de ce côté même de la mie de pain. Ayant eu l'imprudence de placer mou doigt cuire les dents insensibles, je fus mordu profondément sans que la malade

ANKMIIÉslK CUTAiNÉE. 975

K. Sur lu cou, le tronc et l(.'S luciiiljrcs, les liiéopliores iiuHalliques pleins |)(;uvent, en }4»''n(''ral, ramener la S'-nsibllilé eulan(''e, (juand l'aneslliésie est incuin[»l(;le. Mais, si la peau a jx-rdu sa sensibilité, le> lils inélalli(|ues, par leur action i)rotbn(le, liioniplieront (le la paralysie, là où les ilieopliores inelalliipies auront «'clioué. Voici conuiient il faut alois [)rocétlei'. L'aj)[)areil est au maximum et inaiclie avec des intermittences rapides; les lils excitateurs sont placés sur le point de la peau }Vap[)é d'anestlsc'sie, et ils sont maintenus en place ju^cpi'à ce (pi'il y ait nn commencement d'action or- {4ani(|ue, de la routeur, etc. Si l'aclion tliérapeuti<pie est immédiate, et c'est le cas le plus ordinaire, en ([uehpies minutes le malade éprouve dans le point excit(; un clialouillement suivi d'une léj^ere sensation de brûlure, (|ui va croissant rapidement, et devient bientôt intolérable. On reconmience la même opération sur les j>arlies voisines, jus(ju'à ce (pio l'on ait ainsi modifié la paralysie de la peau dans une certaine étendue. Alors on remplace les (ils métalliques, devenus insup[)ortables pour le malade, par des rliéo[)liores métalli([ues pleins, promenés pejidant un certain temps sur la partie déjà tàradisée, ayant soin de diminuer rintensité du courant au lur et à mesure ([lie la sensibilité reparaît.

C'est à l'aide de ce procédé (jue j'ai souvent rendu en (pielques uiinutes la sensibilité à nn mcudjre entier.

C. Dan>i les (aicst/tf'sics de la peau, l'action thêrapculiquc de la faradisation cidanée est presque toujours lùnitre aux jjonits qui sont i/iis en contact avec les fliéophores. — Il sulliL (piel(|uei"ois de stimuler [)lusou moins vivement un point limité du corps, [)our (pie la sensibilité leviejme complètement dans toute l'étendue de la surlace cutanée où rè^ne l'anestliésie. Ainsi des sujets aneslhésiques, dont j'avais excité une petite surface cutanée, ont recouvré, le lendemain de l'opération, la sensibilité, tantôt dans un membre entier, lantcjl dans tous les points du cor[)S tVa[)[)(''s d'anestliésie. Cependant il s'en taui (pie toutes les anestliiisies cèdent aussi facilement à lexciiation électro cutanée. Dans le plus jAraud nombre de cas, la farad isation doit non -seulement être pratiquc'c avec énergie, mais encore être successivement portée sur cliacun des points de la surface privée de sensibilité, comme on l'a vu dans les deux observations piu'cédentes.

(Ml eût la conscicucc. La l'aradisalioii dentaire ramena assez \ite, en quatre ou (iii(| sc'ances, la sensibilité de ces dents, (jui purent exercer la mastication aussi bieii que de l'autre côté. tlcUe ancslhésie durait depuis deux ans.

L'utilile de la bcnsibilité des dents est démontrée par ces deux faits pathologiques.

*)7() iiinii(i.i> i)i; i.\ .si.NMiiii.iii'; i:i dk.s ^ish.

Si \'i\\\ iin^issiiil pas jiiii.si, l'îiclioii lli(''i;ip('nti(|iir de la laradisalioii (le la peau sci'ait |)aiTait('iMciil liiiiitcc aux pninls (pii aiirairiit rie en ('tmlacl avec, lo ilK'opliorcs. Ilirii souvent j'ai (I/ukuiIiw' I Vxaclitudr de cctlc pKtposilinii, en l'aisaiit I Vxp(''ririicr siiivaiilc; Ayant rainciic la M'iiNil>iiil(', ii l'aide de la laradisalion, dans un point tirs cil-conscrit de l<i surface cntaïK-e paralysie, puis a\aiit ahandoniK' la maladie ii clhî-iiicnie, j'ai (4)st'rvé (pi(;l(|Ucrois, (piin/.e jours aprc> l'opération, (pu; cclhi sensil)ilit('' ne .^^■'lendalt pas an delà des liiniles (|ue j a\ais Iracees a lavaiice. J'ai lail (piehpicjoi^ celle même e\i)erience sur deux points (îloignés senlenienl d" (piel- (jues ceiitimèlros, et souvent lu peau restait insensible dans leur intervalle.

La sensibililé de la peau, r(Hab]ie})ar la faradisalion, pentdisi)araitre sous rnilluencc! d'une nouvelle cause morbide. Ainsi des malades dont l'anestliésie était parfaitement guérie, étai(*nt lVat)pée;5 d'aïu.stliésie de nouveau et dans les mêmes régions du corps, après un nouvel accès d'Iiystérie. Mais ces rechutes sont d'autant moins faciles, ipie la faradisation de la ])eaua été plus souvent jn'aticpu'e. N'oici sur cpiels faits je m'appuie;. Cliez plusieurs liysh'ricpies atteintes d'aneslht'sie assez (Rendue, j'ai rameiK' la sensibilité dans plusi(.'urs points limites. D.ms lun de ces points, la faradisation avait ôAr, pi'atitpiee une fois avant le retour de la sensibilité; dans un autre, deux fois; enfin dans un troisième, (juatrc ou cinq fois. L'attacpie d'hystérie ayant eu lieu après C(,'S ditiérentes opérations, j'ai observé, le lendemain de l'accès, que, dans le ])remier point, la sensibilitravait disparu, qu'elle avait diminué dans le deuxième, et ({u'elle était conservée intacte dans le troisième. Cette expérience a été répétée assez souvent en présence d'un grand nombre de témoins, t)our que je me croie autorisé à dire (ju'a la suite du traitement des anesthésies par la faradisation, la sensibilité est d'autant mieux fùrc, en d'autres lei'.'ues, que l'anestliésie cutanée est d'autant plus sûrement guérie, que l'opération a été l'enouvelée un plus grand nondjre de fois.

D. L'anestliésie cutanée n'occasionne des troubles réels que lorsqu'elle siège à la main et aux pieds; sur les antres régions du corps, c'est à peine si les malades s'en aperçoivent. La main est-elle privée de sensibilité, on ne peut s'en servir sans l'aide de la vue, et encore est-elle très maladroite. Généralement elle la recouvre en quelques séances par l'excitation électro-cutanée et [)ar la faradisation ôcs nerfs collatéraux.

L'anestliésie de la plante des pieds est plus grave encore, car elle suffit à elle seule pour rendi'e la marche dillieile et la station ineei'-

llil'KUIiblllÉSlK MLbCULAlRK H YSTKRIOIE. 077

tiiiuc (liiiis robsf'LiriU', ou Jorsijiie los nmlades ne l'ej^^ardtMil pas le sol où ils veulent |ios(,'i' le pied.

J(; ne connais |}as (!(; reniod«! pins liéi(ji(pie qne l'excitalion ♦leclio-cufanee (!t l'excitation des neits ("ollaltManx [)()ni' ^m'-iir l'aneslliésie de la plante des pif.'ds.

liien (puj J'iiie MU! r(!X(:itation «'Uîetiicpic de, la peau !rioiii])l»(;r ^généralement de l'aneslliésie cutanée (il est entendu (pi'd n'est pas ici question de raïK.'stliésic consécutive i\ la destiuction des nerls), je dois dire (pie rien n'est incertain dans ces cas coninie sdii acli(»n lliérapeutique. Ainsi il m'est arrivé d'éclioner coniplétement là ou je croyais réussir. J'en pourrais rapporter, comme pleuve, l'observation d'un jeune homme (pjc je soit^nai, en 1851, avec M. Moiitaid- Martin, (jue je ne pus guérir, par cette médication, d'une anestliesic consécutive à une lièvre lyplioïde, et qui est encore anestliésique aujourd'hui, en 1856. A cet insuccès, j'en pourrais ajouter d'autres <ini me sont arrivées méuic chez des hystériques.

Est-il besoin d'ajouter qu'on ne doit jamais négliger de combattre la maladie dont l'anesthésie n'est (ju'un synq^ôme.

i^ III. — ll^pcrestlicsie iniii^eulairc.

A. — Hypercstliésic musculaire hystérique.

L'hy[)eresthésie musculaire e:t un des synq)l(Hnes les plus iVt'- (pieiits de riiystérieet l'un de ceux (pii tourmentent le plus les maliuk'S, Elle si<'ge d'ordinaire dans le côlé gauche du troue, lanlôt dans un point plus ou moins étendu des gouttières verli'i)rales, tant(U au niveau des côtes, et tantôt à l'épigastre ou dans les autres points des i)arois abdominales. Elle est conliime, augmente à la pression ou par les mouvements. La peau de la r«''gion où oxisie l'hyperesthé^ie musculaii<' est (luehiuel'ois elle-même liyperesthésiée; on reconnnit vc phénomène à la (K)uleur provoquée par le Irotlement léger (h; la surfai'e cutanée. IMus souvent rinseiisibilitc' d(î la peau coïncide avec l'hyperestlu'sici musculaire. On peut alors pincer ou [)i(pier la peau sans cpie le malade en ait la conscience, et la douleur ne se; riîveille (^ue par une pression légère exercée sur la peau, douleur due a rh\[»ereslh(''sie des muscles (pi'elle recouvre.

J'ai vu IroipuMument riispereslliesie musculaire lapiih nieni nicditiée ou enlevée |)ar lexcilation electro-eutanée appliquée /ocfj f/ntenti^ alors même ((ue les sinapisincs, les vesicatoii'es et les vcn-

DLCIU-.N.NL. {>!>

•j78 moriu i:s de ia sknsihii.iik rt dks sKNs.

louées sciU'ilii'cs (moyens <\\ù f'('j»('ii(l;iiit i(Mi»issciil sdiivciil (laiisct'S

Ciis) liaient ctnnpir'lciix'iit ('clioin'

L<>rs(|ur l'aîicstlirsic rulanc»' (•()iii])li(|ii(' riiypcrcstlK'hic iimsciiliiiic, les excitants oïdiiiaii'cs (vt'.vicaloircs, siiiapisiîies, huile âv ( i(»((ni ii'oiil aucune prise coulrc «•('Ile dei'nière Ils produiseiif une action ()rfj,ani(pie (IT'rytlicnie on la vesication), et l(js niala<le> n'ont pas la conscience de cette actiini. (^e l'ail démontrerait «pic la perturhation douloureuse w^h plus ellic.K cnient conli'e l'anestliésie musculaire hysteriipu.'.

Kien ne saurait rem[)lacer dans ces cas, r(''nei'{^i(pie«!xritalion de la taradi>ation électro-cutanée, (jui ne tarde pas a provocpier une vive douleur perturbatrice là où le feu ne [munait se Caire sentir, et à niodilier ou à dissiper Tliyperesthésie musculaire.

Ordinairement les malades éprouvent un soulaj^ement plus ou moins iirand après la [)remière excitation éleclro-cutanée, dont l'action perluibatrice se continue an point (jue rhy[)erestliésie musculaire diminue graduellement, et disparaît mômci (pielquefois complètement.

Quel(iuet'ois ce mode de traitement rx'rturbat. ur enlève seulement temporali'eiuent la douleur, ([ui revient une, deux ou ti'ois lieui'es après l'opération.

Enlin, lliyperesthésie nmsculaireliystéri{}ue me parait offrir beaucoup plu> de r<''sislanee à l'action thérapeutique de la faïadisalii.n cutanée (jue l'iiyperesthésie cutanc'e.

Ij, — llypercsihésic musculaire rhumatisniylc (iluimatismc musculaire).

Les douleurs musculah'es qui surviennent le plus ordinairement sous rinHuence de l'impression du froid prolongé ou d'un courant d'air, et quelquefois sans cause connue, ont revu, en général, le nom de rhumatisme rnusculaire. Il n'existe pas de remède plus efficace, etqui agisse plus rapidement, (pie la faïajlisation cutanée dans le traitement de cette affection. Que de lumljagos, que de douleurs musculaires de l'épaule et du cou ont été guéris par une ou deux fustigations électriques !

Il n'est pas seulement ici question de ces douleurs passagères ou de celles qui guérissent en quelques jours, quel que soit le remède employé. J'ai vu presque toujours l'excitation cutanée triompher de rhumatismes musculaires contre lesquels les médications les plus énergiques et les plus variées (sangsues, ventouses scarifiéjs, vésicatoires pansés à la morphine, etc.), employées successivement, avaient échoué. Pour donner une idée de la rapidité avec laquell

UYPEHESTIIKSIE MUSaîl.AlIlR IIHUMATISMAI.E. [)1\)

a-s «loiik'urs i liimjiiloïdt s, nièriic celles (|iii ont v.[r l'ohcllcs aux iiiuyens ordiuaiii's, sont (IiIcVl'cs, je l'appoilerai (|uelques iails.

DustuvATioN CCXI.IV. — liliamatismc du liera (tiiléricur du dclloidc el du bici'ps bnu'hial^ rebelle aux ventouses scdrifiik's, aux vèsicatoires et uu.i duuclies aulfnreuscs. — Guérison par la fiirudisaiion localisée.

M. Augic;r, cui^illic^, âgé de lrenl(;-SL'[)t yiis, d'une Ixjiine .-niilé hahiluellu, n'a jamais eu do maladie grave; point d'affoclion rliumalismale anlérieure. Il y a un mois, sans eauso (oniiue, sans s'êlre exposé au froid ni à l'huniidilé, n'ayant jias eu d'arrôl de la transpiration, il a éprouvé, pour la première fois, une douleur au niveau de la moitié interne de la portion moyenne du delloïde, douleur assez aiguë, non eontinue, qui l'empôcliait de porler la main à la hauteur de la tôle. Il a toujours pu meltre la main derrière le dos. La douleur a augmenté depuis le début, malgré une médication énergique (ventouses scariliées, vèsicatoires, douches de vapeurs) quj lui a été opposée par M. Lailler, médecin des hôpitaux, sous les auspice» ducpel il se présenta à ma consultation. Je constatai les phénomènes que je viens d'exposer, et je vis, en outre, que les mouvements imprimés mécaniquement au bras ne provoquaient pas de douleurs, lesquelles revenaient seulement pendant les mouvements volontaires ; que la pression exercée au niveau de la partie antérieure de la tête de l'huniérus y déterminait une; douleur profonde ; que la douleur (ie ré[)aule s irradiait dans la j)artie interne du bras pendant le mouvement volontaire, principalement dans l'abduc*tion du bras et dans la llexion de lavant-bras ; la pression n'y occasionnait cependant aucune douleur. Le deltoïde était sensiblement atrophié, surtout eu avant.

La faradisation cutanée lut appluiuc; le 15 juin, sur tous les points douloureux, à un courant rapide et intense avec les lils métalliques, [lendant une minute. La douleur disparut immédiatement et ne revint pas pendant les efforts de contraction dos i.uuscles paralysés. Le 17, le malade dit avouété repris de ses douleurs une heure ou deux après l'opération. Une seconde application enleva la douleur aussi vite et aussi complètement (jue la première fois. Les douleurs reparurent encore, mais moins fortes, et après plusieurs autres séances, de deux jours l'un, le malade en fut entièrement débarrassé. Après la première application, je recoimus cpie, chez M. Augier, le rhumatisme était compliqué do paraljsie, car il ne pouvait faire plus de mouvements qu'auparavant, bien qu il n'en fût pas empêché par la douleur. (Je reviendrai plus loin sur ce fait, (juand je traiterai de la paralysie comme com[)licalion du rhumatisme musculaire.)

( >iui u\ viii'.N (iC.XLV. — Dixtlciirs rlntmddswdls du dilluidc ilnhinl de six f/io/.s, iminrdiulement cnlcvrcs ptir la fiUd'Usulion cutttnér.

Indas, c.onouMir, licMitcliiiil uns, flciiKMir.itjt yu<) des Noyer;;, n" 1 I, h Iicllcvilli\ malade (lcpui> deux ii)(ii>, d'une loile e()n>!iliiti(>ti, d'un leriipéi.imenl .«^anjjHiin, n'a jamais eu aniùiienrcnjeni de rliumalisme ni de doiilenis dans les membres. Vers la fin doctohro 1S.'i2, il éprouve f)niir la première fois, sans cause appréciable, rios dculeiirs lé;à'res dans l'épaule droite, douleurs qui se dissipaient pendant le travail el revcïiaieiil la nuil. Ces douleurs, contre lesquelles il ne prenait aucun soin, augmenléront graduellement, au point qu(>, le 1(5 mars, il fut obligé de laisser son travail. Il avait pris, eepeiulant, quelques bains de vapeurs (six ou huit) par les cnn seils de son n\édecin. sans en tirer aucun bénéfice. Des vcsicatoiros volants (cinq dans l'espace de quinze jours) et des frictions ammoniacales ont été ensuite employés, mais sans plus de résultats. Il se présenta alors le 5 mai 18o2, six mois après le début, à ma consultation, adressé par M. le docteur xMonjeal, et je constatai que tous les mouvements volontaires du bras sur lépaule étaient impossibles et provoquaient des douleurs q>ii arrachaient des cris au malade: mais les mouvements communiqués étaient peu douloureux ; je crois même que les douleurs étaient causées par quelques contractions du deltoïde que le malade ne pouvait s'empêcher de faire pendant que je soulevais son bras. Le deltoïde était un peu atrophié. Les mouvements de lavant-bras sur le bras se faisaient normalement et sans douleurs. Je pratiquai inmiédiatement la faradisation cutanée au maximum avec les fils métalliques, tantôt par fustigation, tantôt en les laissant en place pendant quelques secondes. J'avais eu soin de dessécher préalablement la peau avec 1<» poudre de lycopode. L'opération dura seulement trois ou quatre minutes. Le malade fut à l'instant débarrassé de ses douleurs deltoïdiennes. Quand il tenta d'élever le bras, il l'éleva d'abord lentement et prudemment, puis senhardissant peu à peu, il lui fit exécuter tous les mouvements naturels, et, dans sa joie, lui im[)rima des mouvements de circumduction rapides, et tout cela sans provoquer la moindre douieur. (Celte scène singulière se passait en présence des confrères qui assistaient à mes expériences du jeudi.' Cet état dura quelques heures, après lesquelles la douleur revint, mais beaucoup moins forte, et les mouvements de l'humérus sur le scapulum n'en étaient pas empêchés. Quatre ou cinq séances, chacune à quelques jours d'intervalle, enlevèrent à peu près complètement les douleurs rhumatoïdes. Judas dut retourner dans son pays pour ses affaires. Un mois après, n'étatit pas entièrement guéri, il repiit son élat de corroyeur, qui exige de grands efforts musculaires et occasionne de grandes transpirations. Il travaillait au grand air; aussi ne larda til pas a faire une rechute qui le ramena dans mon cabinet. Je fis une nouvelle excitation électro-culaocc, a la suite de

iiv[M'Hi:vriiisiK MI-CI iMiîi: niiCMviisMvi.r. <)S1

l.t(|n('l|p Judas jnil mouvoir iiiiiMrdiaftiiHMil 'OM bras du côlt'- infdad»», sai < I.» moindre doultMir. Mais il i'msIhiL clie/. co inalado uno couLraCluro «i(s aljriisstnir.-; du bras (lo jj^rand dorsal ol lo grand rond) qui s'oppo.-ait à l'éK''valion du bras, comme on l'observe toujours ii la suilo du rliumulisme du dniloïdo, lorsqu d a (luré(|uol([ue temps, et je prolilai do l'absence de douleurs pour imprimer des mouvements à l'humérus, de manière à allonge! les muscles contractures.

l)iisnRVATinN C.CX LVI. — lUiumdtisnie du ddloidc guéri raiiidniirnl \>nr lu faradisatiou cuUmi'c.

Deboissy, corroyeur, quarante-cincj ans, forte constitution, demeurant à Delleville, rue de l'Oreillon, n" 34, n'a pas eu de douleurs ni de rhumatismes antérieurs. Depuis un an, il ressentait de temps en lemps des douleurs dans l'épaule droite, mais qui ne rempéchaienl pas de continuer son travail. Vers le milieu d'avril dernier, des douleurs très vives survinreid tout à coup sans cause connue. Elles augmentaient i)endant les efforts qn'd faisait pour porter le bras en avant, ou en dehors, ou en arrière, et (jui ( n rendaient l'élévation difficile. Il continua cependant son travail pendant quelques jours; des frictions avec de l'huile ammoniacale ne produisirent aucun résultat. Il se présenta à ma consultation, le 12 mai 1852. Sa douleur fut si bien enlevée en quelques secondes par l'excitation électro-cutajiée, qu'd se mit, comme le malade dont j'ai raj)porlé l'observation ci-dessus, à imprimer à son bras des mouvements de circumduction rapides, sans faire revenir la douleur. Celle-ci reparut cependant quelques heures après l'opération, mais moins forte. En quatre séances, [)ratiquées à deux jours d'intervalle, cet homme fut entièrement guéri et put reprendre ses rudes travaux. Les muscles grand rond et grand dorsal étant contractures et limitant l'élévation du bras, il fallut pratiquer, après la guérison de son rhumatisme, lélongalion graduelle de ces muscles, pour obtenir toute l'étendue normale des mouvements de l'humérus sur loscapulum.

Ces malades, et plusieurs autres rhuiiialisanls dout je no puis rapporter l'observaliou, s'étaient présentés pour la première fois à ma consultation, un jour où j'expérimentais en présence de confréries. Pi'ien ne saurait peindre l'etonnement de ces derniers (piand ils virent e(!s malades, chez lesipiels le moindre monvenient volontaire imprimé au membre arrachait des cris, sid>ilement giu'ri><, et (piehiuefois se livrant immédiat(Mnent après l'c^peration aux exercices les plus excentricpies, sans éprouver la moindre douleur.

Il sullil qiu'hpietois d'une seule excitation pour gué-rir le rhumatisme musculaire. Ces cas sont rares; car ordinairement la don-

*>H2 TuoiiMis i)K i.v .si'Nsiuii.m-: i.t dis skns.

Ii'iir icp.irait plus mi iiKtiiis loiif^leinps aprt's raiipliciition, niai.H moins vive, en ^ciK'ial, vl dcplactn; ou plus circoiiscrilc. Un revient à (le nouvelles excitations éleetro-cutanées. Il laul de cinfi à (piinze séances pour Irioiuplier de riiyp(Mcslli»'!>i(' nniscidaire.

J'ai vu des malades (|ui se croyaient guéris, parc(î (pie leurs douleurs étaient consid«Mahlement diminuées, (;t (pu reprenaient leurs travaux. Los douleurs ne tardaient pas alors à reparaître plus vivrs <pie jamais. Il faut donc insister sur la iaradisalion cutanée juMpia ce qu'il ne reste plus la moindre trace de douleur, même pendant les mouvements les plus violents.

Le rhumatisme musculaire est attribué, en général, à une névralgie (jui a son siège dar)s les muscles. La guérison rnpi(l(; obtenue dans la période d'acuilé par de simples excitations électrocutanées prouve elfectivement que cette affection n'est })as inilammatoire.

Le traitement antii)hlogisti(pie qu'on emploie souvent contre le rhumatisme musculaire ne fait ([uel([ue bien que parce qu'il est accompagné d'un repos forcé et ])rolongé de la partie malade. Mais il ne guérit pas aussi vite et aussi (;omplétement (jue la farad isalion cutanée. Après les sangsues ou les ventouses scarifiées, il faut lialiituellemenf recourir aux vésicatoires, puis maintenir la partie malade dans le iej)os pendant un temps plus ou moins long. Alors la doidcur disparaît graduellement, tandis que la iaradisation cutanée enlève la douleur en quelques secondes, et permet aux malades de se livrera un exercice modéré pendant le traitement.

Rien que le rhumatisme musculaire ne soit pas de nature inilammatoire, il provoque quelquefois au debul une réaction générale, de la lièvre; alors il me paraît indicpié d'associer les antiphlogistiques locaux ou généraux à la méthode perturbatrice par la faradisalion cutanée. C'est surtout lorsque le rhumatisme est en môme temps général, ou lorscju'il présente une tendance à se déplacer, (ju'il est utile d'agir ainsi.

Pnnilynie ccnsf^cutive, ou rhumatisme musculaire. — La paralysie complique (iuehiucfois le rlnmiatiqne musculaire. Je l'ai observée plusieurs fois dans les muscles du briis et de l'épaule. C'est seulement lorsque la douleur a disparu, que l'on peut en établir sûrement le diagnostic, car les malades et le médecin lui-même attribuent naturellement rinq)ossibilité ou la difticulté de mouvoir le membre à la douleur que cls mouvements provorjaeiit. La Iaradisation cutanée, cjui enlève ou diminue instanlanément la douleur, permet d'établir ce diagnostic de boime heure. On voit, on effet, les

IIYIMÎHKSTIIIMI. \1L'>C( I.MUI. Ull I \l \il>MALK. D^:')

malades ext'(;uler racileiUL'iil Ions Icui^ iii.»uvt'in«;iits ■minMMliaU'ivu'iit après l'opérai ion. Cc^l cl' (pii u.^l arrivé chez deux sujcls dont j'ai rapporté les observations [)lus liaul(obs. Cl^XLV et (ÎCXLVI^. iMais lois(pie le riHiniatisiiic nuiscnlaire est coniprajuc de paralysie, la laradisation cutanée agit seulement sur la douleur (pi'elle calme ou fait disparaître, sans rétablir le mouvement. J'en rapporterai bientôt ([uelques exemples. Pour combattre la paralysie, il faudrait diriger aussi l'excitation électrique sur le tissu musculaire; mais lorsque l'hyperesthésie musculaire existe encore, les contractions électriques sont sensibles ; je les ai vues plusieurs fois rappeler les douleurs rhumatoïdes, alors quej'étais sur le point d'en triompher. Pour éviter ce danger, je combats d'abord les douleurs rhumatoïdes par l'excitation électro-cutanée, et je ne pratique la laradisation musculaire, en vue du traitement de la paralysie, (ju'après avoir maîtrisé ces douleurs.

Lorsque la paralysie rhumatismale est ancienne, les muscles sont considérablement atrophiés ; le traitement est alors nécessairement plus long.

x\I. Briquet a continué, dans son service de la Charité, les expériences qu'il m'avait vu faire pendant plusieurs années sur Tin- (luence thérapeutique de. la faradisation cutanée, appliquée au traitement de la douleur en général, lorsqu'elle n'est pas produite par un état inflammatoire. Les résultats surprenants pour ceux qui n'y sont pas habitués, qu'il obtient journellement de l'application de cette méthode do traitement au rhumatisme musculaire, sont une heureuse confirmation des faits que j'avais exposés depuis bien longtemps, et qui ont été reproduits dans la précédente édition et dans le présent j)aragraphe.

Je n'ai pas eu l'idée d'expérimenter ce puissant modificateur dans ce qu'on appelle la coli()ue saturnine ; l'honneur de la guérison de cette espèce de névralgie saturnin(î par la faradisation cutanée revient donc tout entier à M. Briquet, il est juste, toutefois, de dire qu'il a dû être ins}>iré, dans celte circonstance, par la connaissance des faits thérapeutiques que j'obtenais si facilement et si rapidement depuis si longtemps dans les douleurs musculaires hy>l«'rlques et rhumatoïdes. Il avait découvert (et c'est, sc^lon moi, cecju'ily a de plus important dans ses recherches sur huîolique de plomb), il avait découvert, dis-je. que, dans la colique saturnine, les douleurs siégeaient dans les parois musculaires de l'abdomen et non dans l'intestin, comme on l'avait cru jusqu'alors. Puis il a présumé (jue ces douleurs musculaires saturnines pouvaient bien céder à l'excitation électro-cutaujT, comme lo]'S(ju'elles sont de nature hystérique et

98/li in(iiitii;>. m i\ M;>siim.iii-; i:i dks sf.ns.

1 lnmi.ilismaU'. (.«tic idée s <•>( li(Uiv«'(' ii-alistc par rrx|)i''riiii('nla -

li(UJ, aiiiM (jn'il la dt'iiKnili c dans un lra\ail (I jiikjiicI je iniNdic le

Icch'iir.

{)i\{' l'on d«'ban'ass(î lu pins loi possil»l(3 Uî saluriiin de s( ^ horribles douleurs, et (juc par le tait de la dispaiilioii de ses douleurs ahdoniiuaUîS, l.i lihnle du venti(! lui soit en inmic temps rendue, rien do mieux; mais la ne doit pas se ])ornei- tout le tr.iilement de rinlo\ic;\li()n salui'uine. Il ne j)eut exister (prune oi)in!on sur ee point.

ARTiCLE 111.

PAn\I,VSIK ])KS SKNS.

Tous les sens sont accessibles à l'excitation éleclricpie; j'ai indicpjé dans le chapitre; 11 les })rocédés de faradisation cpi'il convi(Mil d'appliquer à cliacun d'eux, .l'aurai à revenir dans cet article sur (juelques-uns de ces proC(''dés.

Les paralysies des sens peuvent être i)lus ou moins modiliées par la faradisalion exactement localisée dans les organes ou ils' siègent, mais à la condition (jue la nature de ces paralysies soit seulement nerveuse. La question la plus importante, dans le ti'aitement des paralysies des sens, est donc celle qui a li'ait à leur diagnostic, sans lequel on ne saurait juger l'opportunité de l'intervention d'un traitement ([uelconque.

§ I, — Paralysie des sens du fouclici*. de Totlorat et do

la vue.

Des faits en nombre suffisant, exposés dans le cours de ce livre, ont déjà démontré la puissance modificatrice de la faradisalion localisée dans plusieurs paralysies des sens. Il me suffira donc de les rappeler sans que je doive donner un grand développement à ces questions thérapeutiques.

A. J'ai fait ressortir dans l'article précédent Thcureuse influence thérapeutique de la faradisalion cutanée sur Yanohjésie (pctralysie de la sensibilité tactile) presque toujours liée à l'aneslhésie cutanée (paralysie de la sensibilité douloureuse).

B. Ld. paralysie de l'odorat ei la paralysie du govt que l'on rencontre dans l'hystérie fréquemment, et ordinairement limitées au côté gauche de la langue, guérissent, en général, très rapidement en que:ques séances de iaradisation pratiquée sur les points de la langue ou des narines dans lesquels se ramifient les nerfs linguaux

(1) Colique de plomb guérie par la faradisalion localisée [Gazelle des hôpiiauT, 1858, p. 93 et 46i).

PAIUI.YME F)KS SENS HT TdïT.IIKU, Il I. nDnn \T HT I)F I \ VI 1. 9S'> cl •^Idsso-pliiirvii.uicns, et les iici't's oHiulir^. Priidînit uiic dizaine <l'iiiiiu''(?s j'ai cil (le liés iioiiihrciiscs occasions (rohscrN'ci" ces faits lh(M'a|)Lniti(|iics chez les liystcricjucs de la (>liaiilc. .l'en ai rapjioilc (juehjiK's exemples dans ce livre.

Ksl-il liesoin de (lir(î cpio les paralysies du ^oiit et de l'odorat sym|)toniati(pics de la h'siou organi(ph' des nc^rls ^ilosso-piiai'vn- ^iens et oHaclils, ou cons(''(;iilives à linllaiiMnalion clironicpie (\o<, inu(pieuses nasides et buccales, doivent, en ^eiK'ral, opposeï- \\\iv. ^M'aiidc résistance à cette excitation piMipluM'iciue. Il se peut toiit«'l'ois (pio la lésion or<^ani(pie soit guéiie, et (jue c('i)ondant, deniéine (pi(! dans d'autres espèces de paralysies, la lésion ronclionnelle persiste encore. Alors, ainsi (jue je l'ai observé, la laradisalion peut être utile et même rétablir la l'onction. J'ai aussi guéri la })aralysie de l'odorat, consj'cutive a un coryza (jui avait duré uneaniK'C environ. Knlin dans plusieurs cas où, sans cause appréciable <'t sans que j'aie pu en établir le diagnostic, j'ai rappcdt', ])ar la laradisalion, le goût qui était aboli depuis un temps ])lus ou nioins long.

C. Certaines amblyopies ou amauroses peuvent être guéries ou améliorées par l'excitation électricjue. Les auteurs qni se sont f>ccupés d'électro-thérapie sont unanimes sur ce point; la plupart ont rapporté, à l'appui de cette opinion, des faits plus ou moins nombreux. A la liste déjà si longue de guérisons d'amauroses ou (i'amblyopies dont on trouve la relation dans les traités spéciaux et dans des monographies, je puis ajouter moi-même des faits tirés de mes propres experienc(!S. Mais, hélas! toutes ces guérisons n'ont ni la valeur ni la signification qu'on leur a données, parce (pie le diagnostic n'en a pas été fait et ne pouvait l'être, en général, avant l'emploi de rophlhalmoscope, dorjt l'inveiitionest, on le sait, récente. On s'est contenté de dire que l'on avait obtenu par l'agent électrique la guérison des amblyopies et des amauroses. (^es termes sont trop vagues et ne devraient plus être employés isolément dans le langage médical exact, surtout (juand il s'agit de faire connaître l'espèce d'alfection dont l'œil a ét«'; atteint. Les mots amhhjuijie cl amaurose signifient, en effet, affaiblissement et i)erte de la vue. et l'on sait aujourd'hui que ces troubles fonclionnels sont sym[)toniatiques d'affections essentiellement différentes, de maladies >oit du corps vitré, soit de la choroïde, soit de la rétine, soit de la pai»ille du nerf optique, soit du globe oculaire en général, soit du cerveau et même de la moelle; ipi'ils s'observcMit dans l'albuminurie, dans le diabète, dans l'ataxie locomotrice, et enlin (pi'ils peuvent être produits indirectement par certains états nerveux mal ihMinis. 11 suffit de jeter un coup d'o'il sur cette liste d'alVections nombreuses

986 TnoriM.rs dk i\ ^kn^hiiiti- ir i»ks sk\-.

et (lirtV^roiitcs dont l'- syiiiphMin' coiiiiinni cnI 1 .iinlilyoïnc on I ;imiiiirose, lis!»' <|ui stMuil Wwu plus loii^in! si l'on y njontiiit les v;iri(''l<'*s (lerliacmio (Ifcesaircctioiis, pour comprotidn; <puî iifui-senlciiMiit la ])liipart (le-s amauroses iio peu veut iMre^néi'ies par réW'rtriritéjriMiN (pic dans un assez f-iand ii(H7il)re- des ras celte m(';diratioii est loi niellement coMtre-indKpKM', en raison des acridents iprello p(MJi'rail occasionnel". Dans l'ctcit aclnel de roplitiialinoloffie, on peut, pi'incipalenienl à l'aide (l(! roplitliaiinoscope, taire le diagnostic différentiel de toutes ces alfections diverses do l'œil, et localiser, dans la plupart des cas, lo sié^e du mal avec une grande précision.

Avant l'emploi de r()phtlialm()Scot)t;,(pii a jetc'; une grande lumière sur ce cpie l'on se couleiitait d appeler jadis andjiyopie et amaurose. on pouvait applicjner empiricpiemeut et au liasni'd l'excitation électrique au traitement de ce trouble foîictioimel delà vue; aujourd'hui, procéder de la sorte, alors (pi'il est (lémoutr(; (jue cette excitatioi!, dans un grand noiuhre damblyopies et d'aniauroses, nonseulenumt ne peut conduire à aucun résultat heureux, mais qu'elle peut aggraver l'état du malade, l'aveuf^der conqjlétement, au lieu de dimiuuei' sou amhlyo[)ie, serait un acte irrationnel et condanuiable.

En somme, s'il est démontré par des faits incontestables que certaines amblyopies et certaines amauroses guérissent par l'électrisati(m, ces faits n'auront de valeur réelle que lorsque, éclairé par les progrès récents imprimés a l'ophthalmologie par l'examen ophthalmoscopi(|ue, leur diagnostic aura été exactement établi. 11 est donc nécessaire do rechercher, après en avoir ainsi précisé le diagnostic, quels sont les cas d'amaurose et d'amblyopie dans lesquels il est possible d'obtenir une amélioration ou une guérison par l'électrisation, et aussi quels sont les cas où cette médication est contre -indiquée.

Il est évident que l'électrisation appliquée empiriquement et au hasard, comme elle l'a été jusqu'en ces derniers temps, au traitement de l'amblyopie et de l'amaurose, a dû exposer les malades non-seulement à des tentatives inutiles, mais aussi à une aggravation : par exemple, dans l'amblyopie congestive, dont on connaît la fréquence. J'ai eu l'occasion d'observer plusieurs irialheureux littéralement aveuglés par des électriseurs, et chez lesquels l'existence d'une amblyopie (tongestive avait été constatée.

Lorsqu'il n'y a point de congestion ou d'altération des milieux de l'œil, l'excitatiuii électrique peut guérir l'amblyopie et même l'amaurose qui dépendent de certains états nerveux, comme l'état hystérique et chloro-auémique, ou qui sont produites par toutes les

i'ahai.ysik nr.s sens di; lorcin k. di; \ Odoiiat kt i>i: i a vn:. <)S7 causes d'iinaiblisseinent et (l'cpui^cincnt, IcIU.'s i\ui- les perles sériiiimles, la inasturhatioi), l'abus du cuit, etc.

C'est, sans aucun duule, dans ces conditions, (ju'ont été produites les guérisons [)ar l'éi<î(;lricité (raniblyo[)ies on d'aniauroses, rapportées par les aut'uirs. .Iva] ai obteini nioi-niènie de semblables par la faradisalion et par la j;alvai)i>iilion hjcalisée. Cependant j'ai connnence à expérimenter ce traitement dans des cas d'îUTiblyopie par alropliie partielle de la papille du nerf optifpn.*, et dans lesquels on n'avait pas constate'; de pinMiomènes con^estifs, H'w.n (pie je n'aie pas encore vn dans ces cas l'atrojjliie partielle de la pupille diminuer, il m'a paru (jue sa marche en était considérablement ralentie. Je ne suis pas assez avancé dans ces recberchespi)ur me croire l'ondé à fornuiler mie opinion sur ce sujet. Si j'en ai parlé ici, c'est avec res[)oir i[\u) dans cette espèce d'amblyopie réputée incurable, ces expériences seront répétées par d'autres sur une plus grande échelle. Quoi qu'il en soit, il ressort déJ!» de ces expériences que l'électrisation est de quelque utilité dans certaines atrophies de la papille du nerf opli(|ue.

Le choix de l'espèce d'électricité on du courant à employer importe beaucoup dans le traitement de l'amblyopie ou deTamaurose. On doit se rappeler ici ce qui a été démontré dans le cours de ce livre (cliao. I), à savoir^ qucla t;alvanisation excite l)eaucoupplus vivement la rétine que la faradisation (l'électricité d'induction), et ({ue le courant de lii deuxième hélice des appaieils faradicpies (courant induit des auteurs) agit plus vivement sur la rétine (jne celui de la première hélice (extra-courant des auteurs). Conséquemment le courant galvani([ue mérite la préférence dans ce genre (rapplication (îhictro-thérapeutique. (Vest aussi celui cpie j'eiuploie, en général, comme agissant d'une iDanière plus spéciale sur la rétine, et avec des intermittences éloignées- d'une demi-seconde i\ une seconde, et chaque séanc(î durant cinq à six minutes. Une pile faible suffit h ces applications; ses éléments doivent présenter peu de surface, afin d'en diminuer autant (pie ])ossible l'action calorifîcjue. La ])eau et les rlié(»phores doivent être iargement huinectf's sous |)eine de voir apparaîtn* nu érythème et wùmc de petites V(^sicatit)ns dans les points excités. 11 p(uit arriver que la galvani-ation, malgré ces pré- ( aulions, soit inap|>licable en raison de l'extrême excitabilit*' de la j)eau,ou (jiK; l'on n'ait à sa (lisp(\silioii (pi'un appareil d'induction; alors on appli(piera le courant d(^ la deu\iéme hélice, (pu, ainsi cpie je l'ai dit plus haut, exerce une action plus puissante sur la rétii.e (]ue le coiir.mt de la j)remi(Ve hélice.

J'ai dit ailleurs (pie dan-; tous les points ou >e l'umitiail ia ciii-

*.)ss ri;nriii rs i)i. i\ siN-imini ii i.is -.rw.

(inirmc |»;iii"r, I Vliclrisahon |n'n\(i(|ii;iil le |ili(is|i|irii(', m.-ii (jmc plules rli('()|)li(ii('> cliiifiit !';ip|)i"(»(li(s du i^lolic (»ciiliiirc, |ilii- l:i n'tiiK' (•!;nl vivement e\eit(''r. (jiicIi|ih's |i('i'soniies ont pu jx-iihi* (■cpciKliml (|iie liipplieatioii direele (I(s rli(''(>p|i()res sur la se!(''i-(ili(|ii(' :i;^issait plus ('iieriiicpiemeril :-iir la if-tiiie (pie iorscpic* des rln-oplMH es liii- Miides sont i)()sés sur les paupières ahaissj'-es. C'est une erreur; je puis rairuiU'T d'a[)rès les expérieuees eoniparatives rpip j'ai laites depuis l()nL;tein[)s sur ee sujet. Ainsi, priinilivenient j'introduisais sous les pau|)ières un rliéoplioro seii)l)lable à eelui que; j'ai déerit à la page 698, à l'occasion de la faradisation des muscles moteurs de l'oeil, ))en(laiit (jue le second rhéopliorc; humide était placé à la iiucpie. Les malades m'ayant déchue (pu; h; phosphène n'était pai; plus éclatant (pie lorsque j'agissais à traveis les paupières avec des rhe()j)h(U'es humides, et ayant l'emanjué (jue par les deux ]>rocédés Taction th('Ma[)euti(jue était la même, j'ai donné; la préférence au dernier, parce (pie l'introduction d'un riiéopliore sous la paupière est plus douloureuse et parce (ju'elle inspire une gi'ande répugnance aux mahides. Enfin, ce procédé est quelquefois inapplicable, en raison de l'excitabilité extrême de la conjonctive.

s^ II. — Surdité nerveuse.

Le litre seul de ce paragraphe m'oblige à déclarer, avant d'entrer en matière, que ]e ne me sens aucun goût pour l'expérimentation purement thérapeutique (ce que tous mes amis savent parfaitement), (l'est bien à regret que je me vois engagé dans la voie des recherches électro-thérapeutiipies i\ue je vais exposer dans ce paragraphe. Un niot d'explication sur ce point. Un jour l'idée me vient de rechercher les propriétés de la corde du tympan, en allant l'exciter par le conduit auditif externe. Mon oreille et celles de quelques amis n'ayant pas suffi à mes expériences, j'emprunte les oreilles des sourds que je trouve dans les consultations gratuites, et je leur fais entrevoir la possibilité d'une amélioration. Le hasard a voulu que la plupart de ces sourds aient été guéris ou améliorés. Voilà comment primitivement je me suis trouvé engagé dans cette expérimentation de guérisseur, par une curiosité physiologique. Ces faits thérapeutiques ont bien vite été connus. Alors des sourds en assez grand nondjre, et même des sourds- muets, m'ont été adressés, et bon gré, mal gré, il m'a fallu continuer ces expériences empiriques, quoique peu en harmonie avec mes goûts. Ces résultats thérapeutiques m'ont paru assez importants pour en faiie le sujet

.M lihill. M.UVtL'jL. 989

il'iiii liii'JiKmt; (|îi(; j'iii |Mihli«' cil l-S.Vl (1). I.cs rai(> «jili loi'mciil la l);!S(; (le ce iM(''m(>irc',S()nt "mcoiitoslabk'sc't l»i(Mi ol)btiiV(''s ; ils oui «';té (oiifii niés par di.' nouvelles observations recueillies [jubliquemeut. Les [)rolestalioiis inexplicables dc^ (juebiues spécialistes (|ui nient encore aujourd'hui la puissance de l'excitation éh'ctrique de Torl^ane de; l'ouie dan.^ la sui'dilé neiveuse, me font un nouveau devoir de i'e[)r()duire textuellement tous ces faits, et le travail dont ils ont ét('' le sujet.

Il y a bientôl huit ans, me proposant de rechercher, au moyeu de la laradisalion localisée, (pielles sont les pr()[)ri(''tt''s phvsiologi- (juos de la corde du lymj:aii, je fis d'abord (piehpies expériences sur moi-m«Mne (2). A[)rés avoir constal(''(|u'elles n'occasionnaient pas de douleurs et qu'elles n'exposaient à aucun danger, je voulus les rt'péter sur d'autres i)ersonnes.

De prime abord, j'.nais penst! (pie cette excitation profonde de l'oicille, produite [)ar h; procédé de faradisalion (pie j'avais institué |)our mes rccherclies ('leclro-pliysiologitpies, j)ouvait éli'c utile dans le traitement de la surdit*'; ikm veuse, bien (pie j(.' n'eu connusse pas encore le mode d'action [)hysioloL;i'pie, et cpi'il me fût, en consé- <pieuce, impossible d'en tirer la moindre déduction Ihérapeuticpie, ralionuelle. Ces prévisions ont été pleinement justifiées, après plusieurs aimées d'expériences, par les faits que j'ai exposés eu 1855 dans la préct'ilenle é(btiou ('O. Ces faits, (pioi(|ue très authenticpies et rigoureusement observ('îs, n'ont cependant pas porté la conviction dans tous les espiits. C'est ainsi (iue(u;ux-là iném(; (pii pouvaient tirer le [)lus grand parti de la connaissance de ces recherches quel- <pies médecins aurisles) nient aujourd'hui eiicort! raclion iherapeuticpuule toute excitation électricpie sur la surdité nerveuse. Ne mettant nullement en doute la boniuî foi de mes savants contradicteurs, il m'a éîe démontré par là (pic i)eut-éli'e mes i-echerchcs avaient été insuffisante:-. C'est poiu^pioi je les ai c;)ntiiiuées.

.le viens, dans ce travail, faire connaître les r(''sull;its de ce>> nouvelles recherches, en |>r(''seiice dcsipiclles le (huile n'esl plus permis.

(1) De la valeur de la faradisalion de la corde du lympan et de.^ '})nisdcs moteurs des osselets appliquée au trailemenl de la surdité uerrcusr ilinlb'tin qcnnal de llit-rapentique, IS.'»8).

(2) I.es r('siill.'ils (le (OS rciliorchos ont oté exposés dans un iiunioirc intiiiilc . liecherrhes cleclro-j'hiisiolngiriues et patholof/ufms sur les propriétés de la corde du tympan ( \rchives générales de mclccine, 1851).

{?■,) De l'cleclrimtton localisée (Paris, 1855): Surditc, p. 807.'

000 iiioini.i^ i)K i.v si:\sii5ii m: i.i dks skns.

Les linliVcaUX l'ilils (|Uc i';ii ;i plnd llifc s'ijucnl ciiiliil'KIllCS, (|IH'

\,\ (|ii('>li(Hi pialicluc ii'ni .serait pas mkhiis jiij^''»'- N<Miiriinins il nie parait ('(luvciialdc de procM-dcr |>liis sciciilirKpu-iiiciil, m cliorcliaul il ('X[)rKpii'r aiitaiii (juc jx^ssiblc l'action pliysioloj^iqiir du procéd»'' de tar.ulisatioii appli(pn' îi ccî j;(wir(' de l'cclicrcln's <''l('( lio-tlx-iapciit if) lies.

Jo iiK! propose: 1° d'/'ludicr l'aclion j»liysioIogi(pi(Mlii pioct-dédr laïadisatioii ([ue j'ai appUijuc cxpi i iiiiciitalcmciit à la cure de la surdité nerveuse ; 2" d'exposer les nouveaux failî (pii dérnoulrent la valeur réelle de ce mode de Iraiteincul ; 3" de reclierelier s'il existe un si^ue pronosticpuî, pallio^nonioni(pie. de la surditc' nerveuse.

A. Aclion |thysiologiq\io du procède de faradisaliou localisée, (juc j'ai iiislitui' et a|i|)li(iuc an trailciiiciil de la surdilé riorvciisc.

1. Procède ojjrratoirc. — Voici ce procédé, te! (ju'il a été décrit CM 1851 dans mon mémoire sur la corde du tympan. La tête est inclinée de manière à placer le conduit auditif externe dans une direction perpendiculaire, connue dans la fi{^ure 177.

KiG. 177. — A, pavillon de roreillc; B, conduit audilil" externe dans lequel plonge le rhéoptiorc auriculaire C; D, fil conducteur du rheophore auriculaire, i^olé par un tube d'ivoire E, qui plonge dans le conduit auditif externe rempli de liquide dans sa première moitié; F, cavité tympanique, contenant les

M'HDITÉ N'KHVKInE. 9'J 1

usiiclul»; <i, troin|K' 'l'Kuslachi; ; II, oreille jnlcnir ou labyriiillio, (joui les canaux sonl ouverts de manière à laisser \oir le iutI" atoulistnie et ses di\isionb, I, muilié inlérieure (Je la membrane du tympan lenanl au rnauciie du mui Iran ; .1, muscle exicinc du marteau ; K, muscle ialcrne du marteau; L, leudun du nmscle anlérieur du marteau.

On iiijecio dans ce coïKltiiL une; <[uaiilil<! d'caii Miiliaaiilf piuii' eu iLMiiplir la [)rc'!iiiL'i-c muilu', et l'un j)lun{^L' dans ce liquide un Ml nictalli(in(!, en évitant de le nieltfe en contact avec la nieinljrane du tympan un avc(î h's parois du conduit auditif. Ce (contact, «pic produit le plus l«'»^^er mouvement de la lèle un de la main (\m lient le rliéoplioie articulaire, cause une vive douleur au municnt du passa{;e dti couiant. Pour ne pas y exposer le patient, j'ai t'ait construire [)ar iM. (îliarrière un riiéopliure auriculaire (C, lig. 177), où l(î fil mcHairKjue conducteur, D, est isolé par une enveloppe d'ivoire, K, et ne peut pénétrer jusqu'à la membrane du tympan 1. Après avoir attendu que l'espèce tie bourdomiement produit par l'impression du liipiide sur la membrane du tympan ait disparu, on met le rliéopliore auriculaire en rapport avec un des conducteurs d'un appareil d'induction, et l'on lérme le circuit en plaçant sur rapo[)liyse nuistoide l'autre rliéopliore liumide, qui lui-même comtimni(|ue avec le second conducteur de cet appareil.

L'appareil (Kinduction qui sert à cette expérience est a[)pro[)rié a la délicatesse de l'or^aiie stir lequel on ayit, cest-à-dire (pie le minimum de sa [)uissan(e doit être à peine appi'«'ciable, lnrs«iu'on applitpn; les rlieupliures m(Halli(jues sur l'extrciinté de la lan.mii', et ({u'il doit pouvoir se i-raduer avec précision et sur une échelle d'une grande étendue.

11. Phénomènes élacijv-jjf/tjswlufjifjurs. — Je vais exposer la .série des pliénoménes électru-pliysiologiques ([ue j'ai observés, clia(iue fois i[ue je me suis soumis ii l'expérience précédente. Je les ai vus se re[)ruduire, en i;énéral, chez les sujets sur lesiiuels je l'.ti ré[)étée.

Le rheuphoreelaiil place dans mon conduii auditif préalablen;ent rempli d'eau dans sa première moitié, et ra[»parcil étant à son minimum, ainsi (|ue je l'ai indi([ué plus haut, je perçus, a l'instant même où eut lieu rinlermittence du courant, un petit bruit sw, parc/fcininc, liii a'Wjueinent <iue je rai)portai très nettement au fund du conduit auditil externe. Les intermittences ayant été pratiipiees avec une extrême rapidité, ces bruits se rapprochèrent au point d'imiter une crépitation ou le bruit produit par les battements des ailes d'une mouche (jui vole entre une vitre et tm rideau. L'inlen-

«192 inoiini.N i»K LA skn.^iiui.hk ii i<i;n skn.s.

sitt" (l«'^ pclils hiiiils (|ii«' jf virus (If (Irci'irc im^iiiciilii en i iii:^(m di- ViH'W (le la loiTC (In cniiraiit. — Aux pliciiMriii'rK'S «l andilinn > ajouta inic st'nsnfioii (le clKihtuilhnnrnf dans le loiid de rdr.'lllr, ii un laihlt: d(>^i-(' d'rxcitiilioii, sciisatit»!) «ini (l('\i;il de pins rii plus vive, vu raison dii-ci (r de l'anfiiniMilalioii du conianl. CiCltc sensation ('Mail parlaitcnicnl linnlc'c an point on li' >oii par. lissait naiirc. Apres nn eei'tain tmips d'excitation et à nn certain dei-ri'' de tension dn CdUrant, j'»'pronvai très nettfMnent nn clKiloiiillcincnt dans le tôle droit, (le hi /<iii(/u(\ à la rénnion de son tieis [joslériour avec son tiers nioven. Klevant encore <,M'a(lnellemonl la lurco du courant, je sentis lecliatonillenient j^a^iier projiressivement la pointe de la langue, ou j'éprouvai alors un ciu/ourdissemcmt et un picotemeni désagrcahlc, (pu n'alla pas jusqu'à la douleur.

I/expiM-ience dont je viens de décrire les effets est souvent suivie d'uneui^oui'dissenient, etcpielquefois d'une liyperestliésie des de\\\ tiers antérieurs du bord de la langue, qui persistent assez lon|<ten)i)s. Il m'a paru aussi que ma langue était plus sèche et comme râpeuse, dn côté oj)éré.

Tels sont les phénouiènes ([ui frappèrenl d'abord mon attention, et (pii m'ont été signalés, à peu près dans l'ordre cpie je viens d'indiquer, par les sujets ([ue j'ai soumis à cette expérience.

Mais il me reste à faire connaître un plK'nornène d'une haute impoitance, qui se manifeste assez souvent, lorsque l'excitation est suflisanmient énergique: c'est la production d'mie sensation gustatioe spc'cifUc Ce phénomène est le dernier (jui ait attiré mon attention, ])ai'ce ou'il est masqué sans doute {)ar la sensation de chatouillenient ou de picotement qui l'accoujpagne. Aussi passerait-il prescpie toujours inaperçu, si l'expérimentateur ne s'en pr«'occupait pas. Bien que la sensation gustative soit peu prononcé^, on la distingue cependant parfaitement, et, pour mon con)ple, je lai ressentie si nettement, (picje puis la comparer à une sensation métallique.

lùitin, quelques sujets perçoivent, à chaque intermittence, une sensation lumineuse (le pliosphène électrique), du côté excité.

Je me réserve d'examiner par la suite l'action de l'excitation électrique de la corde du tyn4:>an sur la sécrétion sahvaire chez l'homme.

IH. Analj/sc des ph/'nomcneH élecfro-p/iijsiolofjiqhcs précédents. — a. -[Perception d'un son. — Le bruit sec, parcheminé, perçu dans le fond dn conduit auditif, au mouïent de cha<:ue intermittence du courant (rnuluction, est produit par l'ébranlement des parties protondes de Toreille 'des osselets, des membranes du tympan et de la fenêtre ovale).

SIIUDITÉ NEUVEUaE. D<)»

On [)(>iii"iait sii|)p()SLM', il est vrai, (|U(î c*; l)i"uiL lUM^oiiiiaît pour cause l'cxcitalioii dirrclc! du lu.'rracou^rKiue. Mais il sullitiUîscî laj)- [)(îlcr les condilion^ anatoniitiiu'S d<î la ri'^ion Mir la(|uoll<; on opi-rc, pour eonipri-ndii; (|U(; cv iicii, cutc!) nie dau^ sou tocIm'I", csl inaccessible à celle excilaliou diiccle. Ku ellct, la nieud)rauc (lu lyiupan n'cftl reliée à la paroi interne de la cais>(; ou à la nienibiane de la fenêtre ovale, dont elle est distante de h à ;> niillinièties, (|ue pai' la (chaîne d(!S osselets (juisont mauvais coiwlucleurs du courant »!'lectri(pie. 11 faudrait (pie ce courant lut infiniment plus intense (pu.' celui (|ui a (''t('; employ(Mlans mou exp(h'lence, pour (ju'il arrivât ju^- (pi'à l'oreilU; interne. Aduiettant même (|ue, dans ce cas, le ncii" acousti(iue ait reçu directement l'excitation électrique, il resterait encoreà démontrer (|ue cette excitation peut produire un son, indépendamment de tout mouvement vibratoire.

Mais (pi'est-il besoin de cette bypotlièse invraisemblal>le, (piaiid l'ébranlement do la chaîne des osselets et des membranes aux(piels aboutissent les extrémités de cette chaîne rend suffisamment compte de la production du son? Il n'est pas douteux (pie cet ébranlement n'ait lieu dans le cas dont il s'agit. Je l'ai constaté sur plusieurs animaux chez les([uels j'ai répété cette même expérience, après avoir mis à découvert l'oreille moyenne. (Je reviendrai sur cette expérieuciî dans un autre travail, où je me propose d'exposer l'action propre des nniscles m;)leiirs des osselets.) Cet ébranlement est provo(|ué par la contraction d'un ou de plusieurs des muscles moteurs des osselets. On ne comprendrait pas (pie, chez l'homme, cette contraction musculaire n'eût pas lieu par ce procédé de faradisati(»n de l'oreille, car le muscle externe du marteau, (pii, on le snit, est situé dans la i)artie supérieure du conduit auriculaire (J, fig. 177), se trouve en contact avec le li(iuide dans le([uel plonge le rhéoi)hor(\

On objectera pcut-élre (pi'il est des a!i;!l()nu>t('s (pii n'admcllent [)as l'existence de ce iimscle; mais il en est d'autres aussi qui j)r()fessent une opinion contraire (l). D'ailleurs, l'existence constante de l'apophyse courte du marteau, (pii est é\ ideniinent destiiu'e à l'ecevoir le tendon du muscle externe; du marteau, ne sullit-elle pas pour démontrer ([ue l'absence de ce muscle ne [)eut èlre (ju'ime anomalie?

Le muscle ext(>rno du marteau est-il le seul (pii, Jans cette c\piu'ienci\ entre en contraction ? Le courant atleint-il aus>i le>

(I) M. I,. llirsolifcld iu'aut(iii>o .i dorliiKM' ((lie, dans .^cà disse'clioiis, il a toujours couslalt^ Toxisloiicc du iuumIc cxUtir' du inailcau.

DUCUtNMi. U3

9<)/| TUOimiKS I»K r.A Sr.NSll5II.ITK KT DKS SKNS.

imisclos interne (K, fii:. 177) et iinlérieiir (L) du marteau? I/exanieii de celte <inesli(ni m'enlr;niie!'ait ti(»p loin et ikî serait d'aiuMiiie utilité. Il inesnltit d'avoir (Hahli (luiiiKicoiitraclion niuse.idaire iiiet en mouvement le marteau, et consécjuemmeiit toute la chaîne des osselets et les mendu'anes auxciuelles se fixent les extrémités de cette (lerni<Ve, |K)urox[)li(|ui'r respèco de craquement perru par le sujet soumis à l'expérience.

l'^iG. 178. — A; corde du lympaii se séparant du ucri' facial H un peu au-dessus du trou stylo-masloïdien, renioutant dans la cavité tympanique, accolée à la membrane du tympan dans le point C, avant de passer entre renclurae et le marteau, s'accolant au nerf lingual D après sa sortie de la caisse du tympan ; E, moitié inférieure de la membrane du tympan.

Je dois signaler ici un fait physique qui est la conséquence d" mouvement imprimé à la membrane de la fenêtre ovale : c'est l'agitation du liquide labyrinthique, et conséquemment du nerf acoustique qui plonge dans ce liquide. On verra bientôt que ce phénomène joue probablement le rôle le plus important dans la question thérapeutique qui est le sujet principal de cet article.

h. Excitation de la sensibilité générale et gustative de la langue. — Les rapports de la corde du tympan avec la membrane du tympan démontrent que ce nerf est nécessairement excité dans l'expérience que j'ai à analyser.

On sait que la corde du tympan (A, fig. 178) se détache de la septième paire, B, un peu avant sa sortie du trou stylo-mastoïdien ; qu'elle renfcnte ensuite, par un canal particulier, vers la cavité tympanique, dans laquelle elle pénètre par un orifice situé au niveau de l'extrémité postérieure du diamètre transverse de Tencadrement de la membrane du tympan; qu'elle est accolée à cette membrane

SUlUMili NliUVKL'SE. 0^5

((Ilins II' |tuiiil Cj) av;iiit«l(j passer ciilro la braiiclui verlicah; de Tt'iicluiiie et lu manclic du marteau; (;n(in, (juaprès sa sortie dt; la caisse par la scissure de (dascîr, elle va s'aiiastoiiioseï' avec le neil iiii^'ual l), au«piel elle s'accole, en allant s(; raniilier dans les deux tiers antérieurs de la langue;. Avec c(,'S doiunH'S analoinijpies, on conipieud (pie le rlii-ophurc plongeant dans le li(pn(le (pji renij)lit le conduit auditil t'Xl(!ine doit conduire l'excitation juscju'à la corde du tympan qui se trouve en rapport innnédiat avec lu membrane du tympan.

^AV^OWtrvj

l'iG. 17U. — A, iu>rl de .lacobsuii ; lî, corde du tympan accolée au nerf lingual, et envoyant un lilet à la friande sous-niaxillaire C; D, nerf facial; E, ganglion géniculé dans lequel se rendent les nerfs grand et petit i»élreu\, T, G.

C'est l'excitation do la corde du tympan qui produit l'engourdissemeut, le lourmilhunent, etc., ressentis dans la lan^uc^ du cùt«'' opéré; car cette sensation se manifeste exactement dans le point oii ce nerf immerge dans la langue, après s'être anastomosé avec le lingual, pour se propager euouite jusciu'à rexlroutité de cet or- ;;une.

^)«)l) TIUiUHLKS DK I.A SI- .\>inil,ITI-: Kl DES StNS.

Le iniT liii|4iial jouil, il (•>! Miii, de propi-irlT-s aiialoi^iic^, rt l'on jKHirrait m'nhji'cU'r i\\\v la ( oitlc du tympan conduit \r. (îoiiiaiil jus- {\u',\ lui. .Mais ((Hiiiiic crllc anastomose s(! lail '.'> i\ '\ ccnliinfircs aiidosniis du point cxcilr, il est impossible (pic le courant, a un dc^riî d'inlcnsitc aussi faible, pénètre ju.^iju'au iieif lini^ual. D'un autre côté, personne ne conteste (pte cette; anastomose n'est (pi'un simple.* aceolement. I.a corde du tympan peut même être séparée du neil" linj^ual, connue dans la ligure 17i). Il en résulte; donc (pie la corde du tympan peut être excitée iiidi'pendamment i\\\ neii" lingual.

Uuantau nerl'de Jacobson, A, li^^ 17!) (rameau du j^losso-[)liaryiii;ien cpii constitue le plexus tympani(pu',el(pii rampe contre la [laroi l)ostérieure de la caisse), (juant au yrand et petit [xHreux, (1 et F, je doute (jue rexcitation puisse arriver juscju'à eux.inèmf; par un courant inteiiie ((jui ne saurait être appliciué sans dan;^er dans cette région). — D'ailleurs, si le courant pénétrait juscpfa ces nerfs, l'excitation s'en manifesterait dans d'autres ori^anes (pie la laugue: par exemple, dans le voile du palais, (|ue l'on verrait se mouvoir , ce ({ui n'a pas lieu dans ces expéri(mces.

lY. Faits pdtlioloyiques et anatomo-pathologiques^ à l'appui des faits (jlcctro-p/ujsiolofjiquc'S précédents. — Les laits électro-pliysioloj^i(jues (pie je viens d'exposer sont conlirmés[)ar l'observation et par i'anatomie [)alliok)gi(iues. A l'appui de cette assertion, on peut prendre connaissance des faits pathologii^ues (jue j'ai relat(';s dans mou premier mémoire sur la corde du tympan. Je me (îontenlcrai d'exposer ici un lait pathologique recueilli depuis la publication de ce mémoire. Ce nouveau fait est plus important ([ue les précédents, parce (jue les phénomènes observés dans ce cas, pendant la vie, ont été pleinement confirmés par l'examen nécroscopique. J'en dois la connaissance à robligeance de M. Fano, ancien prosecteur et professeur agrégé de la Faculté. Je regrette (|ue les limites de ce travail ne me permettent pas de rajïporter textuellement et dans tous ses détails l'observation d'un fait d'anatomie pathologique aussi complet et unique dans la science. Je n'en exposerai que les principaux traits.

Observation CCXLVII. — Altération de la sensibilité générale et gustalive dans les deux tiers antérieurs du côté gauche de la langue. — Autopsie. — Destraction complète de la corde du tympan, des osselets et de la membrane du tympan.

La nommée Pareau.àgée de vingl-troisans, occupait en 1833, à riiôpilal Saint-Louis, service de M. Hardy, le numéro 74 de la salle Henri IV. — A l àue de quatorze ans elle fait sur le cote gauche de la tête une chute, suivie

suuditl: nruveuse. 097

flo vivoN doulours (i.ins l'orcilh; rorrospnrul iiilo. Oiialro .ms nprcs roi ncci- (Icnl, choc violonL (le la [vUi coiilro une poiitro, cl, (jncliiucs jours après, imo grosseur .se développe derrière l'oreille du lôlé gauclie. La lunipur fait (les progrès rapides; il ^o forme des abcès rjui s'ouvrent spoutanénjent, et auxquels succèdent des ulcères fisluletix par lesquels sortent de petites porlions d'os. — Vers la fin d'octobre 1853, M. Kano observa la njalade, el, aux signes extérieurs do la tumeur parfaitement et minutieusement décrits dans son observation écrite, soupçonnant une altération profonde de loreille. et dans la prévision de la lésion de la corde du tympan, il examina avec soin l'état de la sensibilité de la langue. « Iji langue (dit-il dans son observation) prcscnlc une altération remarquable de la sensibilité tactile cl de la sensibilité gustatide, que nous avons reconnue à l'aide d'expériences variées. Dans toute la moitié droite de la langue, une piqûre superficielle, pratiquée avec une aiguille, est très bien sentie. Dans toute la moitié gauche, la sensation de piqûre va en s'affaiblissant, à mesure que l'on s'éloigne de la ligne médiane et qu'on se rapproche du bord de la langue. En arrière, la sensation est plus directeuicnl perçue qu'en avant. En frottant légèrement avec un morceau de sucre le bord droit de la langue, la malade perçoit nettement une saveur sucrée. En répétant les mômes essais sur le bord gauche de l'organe, la femme Pareau accuse une sensation de contact, mais elle ne dislingue aucune saveur. En se rapproclicfnt, toujours à gauche, de la base de la langue, elle j)erçoit faiblement la saveur sucrée. Un grain de sel est apj)liqué sur le côté gauche de la langue, vers la partie antérieure : la malade n'accuse aucune sensation, en arrière, et du même côté, c'est-à-dire vers la base de la langue, il n'y a (pi'une sensation vague. La môme expérience, faite sur la moitié droite delà langue, donne lieu à une sensation très bien perçue. L(>s expériences précédentes ont été répétées avec du vin de gentiane, les résultats ont été conformes à ceux que nous venons de rapporter. — La langue conserve ^intégrité de tous ses mouvements ; il n'ij a aucun signe de parai usie faciale, c'est-à-dire de paralysie de la portion dure du nerf de la septième paire. E^n effet, les muscles sous-cutanés fie la face ont conservé leur contraclililé volontaire. Le sommet de la luette est un peu dévié à gauche; mais, pendant les mouvements de déglutition, les deux moitiés du voile du palais s'élèvent également. — La femme Pareau succomba vers le milieu du mois de septembre I 854, en présentant tous les phénomènes d'une tuberculisation des deux poumons et d'une néphrite albumineuse. — .1 rautopsie, l'oreille mogenne représente une cavité capable de loger une grosse noisette. Tous les organes qui y sont contenus à l'état normal on/ dispant. Impossible de reconnaître la fenêtre ovale et la fenôtre ronde. — La portion du nerf facial logée dans la troisième portion de 1 aqueduc de Fallope e>l parfaitement intacte. — La membrane du Ignipan, les osselets^ la corde du tympan sont complètement détruits. »

<)!)S Tiionu.Ks DE i.\ .NF.NsiniiiTÎ: f.t dks sens.

De rrnscinhlc de ('«'s fiiils (''l('('li'(>-j)liysi(»l(>^M(|n('s et palliolofiiqius, j'ai roiiclii (iansiiion prciinicr travail l\),(\i\v /a nn-dvdii (iimixiii prrsidt' (I In scnsiffi/ifr f/riir/n/c cf n hi st'usihi/ifr (/nsfnficr f/i-s drn.f firrs (niff'rif'Hrs de la /nnf/uf, cf ipw l' i nfi'uirifr (h- ce ncrfost iif'crssdin' n rt'.if )'(•/(•/> nnnp/f'f de rcs fnnrf /'idis.

L'action (le la rorih; du tyin|)an siii" la sf'nsihilih' ;;uslaliv<' n'ost anjounrimi coiitostrn par personne. (!e j)li(''noniène i)liysiolopi(]U(', (léconv(>rt par Uellin^'eri, eonlirnié ensnile par les faits patliologi- (pies publiés par iMM. Montault, Héi'ard, ol(;., a été môme conslJitt' dans des vivisections (2).

Mais il n'en est pas do nu^mo de l'action de la conh; du tympan sur la sensibilité gjénérale do la langue; celte propriéti-, avant mes reclierchos, a été complètement méconnue.

Si les animaux auxquels MM. Magendie et Bernard ont pincé ou arraché la corde du tympan n'ont pas crié pendant l'opéiation, estce à dire qu'ils n'éprouvaient aucune sensation dans la langue? Non, certes. Cela signifie tout au plus (ju'ils ne souffraient pas. Mes expériences électro-physiologiques établissent qu'ils ont du «'prouver alors une sensation dans la langue. Mais comment auraient-ils pu exprimer le mode et le degré de celte sensation linguale qui ne va jamais jusfpi'à la douleur? Persoime ne conteste moins que moi les services rendus à la physiologie par les vivisections, mais il est évident qu'elles sont insuffisantes dans un grand nombre de questions qui intéressent le système nerveux, et surtout dans l'étude des sensations ou des diff(''rents phénomènes de sensibilité (3).

V. Iiîfluence de l'cxcilation de la corde du tympan sur In glande sous-maxillaire. — On doit aux vivisections la démonstration de I intluence nécessaire de la corde du tympan sur la sécrétion de la glande sous-maxiliaire. M. Cl. Bernard a découvert que la section de la corde du tympan tarit la sécrétion de cette glande {t\).

(1) Loc. cit.

(2) M. Claude Bernard a, en effet, coupé sur des chiens la corde du tympan dans Toreille moyenne, et chez tous il a trouvé la diminution du goût; d'autres fois il a opéré la section du nerf facial au moment où il pénètre avec l'acoustique dans le conduit auditif interne, et alors il a observé, indépendamment de l'hémiplégie faciale, une diminution de la faculté gustalive.

(3) Comment étudier sur les animaux, par exemple, les phénomènes de l'anesthésie et de l'analgésie, dont la découverte est due à l'observation pathologique faite sur T homme?

(4) La corde du tympan envoie un filet de communication à la glande sousmaxillaire (C, Og. 179). Ce fait auatoniique, contesté par M. le professeur Cru- >eilhier, est démontré par l'expérience de M. Cl. Bernard.

SCHDITK NEUVELSE. 999

iMes expériences, bien (|U(' répétées des centaines de lois, ne m'ont pas môme lait soupçonner l'existence de ce l'ait. Mais lors(iue j'ai eu connaissance deriiïi|)ortanl(; découverte de M. Cl. Bernard, j'ai constaté, en ell'el, (jue par mon procédé de laradisation de la corde du tympan ap[)li((ué à l'iiomme, la salivation est quelquefois activée, mais(ju'elle est toujours précédée par un sentiment tle séclieresse de la langue du cott; excité (j'avais déjà noté ce dernier lait dans mon mémoire de 1851). Toutefois la salivation (et elle a lieu rarement) n'est pas telle alors ([u'elle attire l'attention du sujet sur lecpiel on expérimente, tiela tient sans doute à ce (pie la corde du tympan est excitée trop faiblement dans mes expériences faites sur l'homme.

VI. Quelques cmmdérations onntnmiquei^ sur Voriffine de la corde du tympan. — Le problème (le physiologie dont il est ici question (rétud(î de l'action de la corde du tympan sur la sensibilité générale de la langue) ne sera complètement r('solu que lors(pril existera une [)arfaite concordance (;ntre l'expérinKMitation électro-physiologique, l'observation pathologique et le fait anatomiqiie. Malheureusement l'harmonie est loin de régner entre lesaiiatomistes sur l'origine de la corde du tympan.

Cette origine est-elle sensible, motrice ou mtxte? J'ai analysé et discuté, dans mon premier travail sur la corde du tympan, les recherches anatomiriues cpii ont été faites sur ce sujet.

Voici, en résumé, les faits anatomiques (jui plaident en faveur de la sensibilité de ce nerf :

1" Si les recherches de Bischotî, de Cacdchens et celles plus récentes de M. Cusco sont exactes, le faisceau accessoire de Wrisbcrg (petit lilct nerveux placé entre le nerf acoustique et le nerf facial), dont émane la corde du tympan, devrait être considéré, (juant à son origine, comme l'analogue d'une racine postérieure ou sensitive (1).

2" La sensibilité peut encore arriver, selon d'autres auteurs, à \\ corde du tympan, par deux ou troi^ilets rétrogrades qui lui viennent du nerf lingmd (2).

(1) Gacdchcns, daus uac thèse soutcuue à lleidclbcry en I8.T2, a tUabli que l'origine des filets qui constituent le nerf intermédiaire^ pc^nt être suivie eu arrière à la partie postérieure de la moelle allongée, jusiiu'aux en>irons du .«sinus rhomboïdal. M. Cusco, dans sa thèse pour le doctorat, soutenue en ISiS, dit que l'intermédiaire de Wrisberfi est la continuation directe de la |)artie la plus interne du cordon médian postérieur de la moelle.

(2) C'est à cette anastomose que M. Longet attribue l'influence exercée sur le goût par la corde du tympan.

lOOd TUnClU.KS \)V. \\ SKNSIIUI ITf: FI \)V.> SKNS.

A<liii<'ll;mt (|iic Idrit^iiic sciisihic (1(1 iicrl' iiitcrincflinirc de Wris- Ikt^', «t <(His«Mni('Mirii('iil dr la cnid*' du lympaii, ne soit pas encore snlVisatimicnl ('tahlie par les reclierclies aiiatoni'upies, il n'en est pas nmins |)i'oiiV(', pai' l"s l'ails ('Icrlro-pliysiolo^ficjues et aiiaforiio-palliol.)-itpies, (pie cette ori^iiKî seiisij)le(l()it exister. Ici donc le lait anatomicpie est coimnand)' par le lait pliysiolo-^iiiuc.

H existe d'ailleui's un pi-r'ctMlent iinaioyiio. Ainsi, la piojtriclt' exclnsiveinent motrice de la [)clit(; racine do la rin(piiènie paire (branche niass(''t('M'ino) n'est contestée par personne, qnoifpu^ ce neri", (pi'il (î>t impossible de suivre au delà de son émergence de la ))rotub«'M'ance, semble puiser avec; la ciurpiième paii'e à une soui'ce sensible.

(( La sécrétion salivaire, selon M. (II. BeinanI, s'e\[)rKpie par une action réflexe à laipndle prendraient part, commet cela a toujours lieu en pareil cas, un neiTsensitit" et un nerf moteur. »

Le nerf seusitif, (pii produit la réaction motrice sui' la glande sous- maxillaire, serait, d'après ce savant physiologiste, le nerf lingual; tandis (pie la corde du tympan serait unicjuement motrice, propriété qu'elle devrait au nerl' interuK'diaire de Wrisberg constituant une racine d'orif/iiie sympathique.

En somme, si l'origine de la corde du tympan n'est pas encore sulilsamment établie, on ne peut cependant plus dire aujourd'hui, avec M. le professeur Bérard, que la corde du tympan soit une énigme proposée à la sagacité des physiologistes. Ln etlet, l'expérimentation électro-physiologique chez l'homme et l'expérimentation éleclro-ph\siologi([ue chez les animaux, se complétant mutuellement, démontrent: la première, que la corde du tympan préside à la sensibilité générale et gustative des deux tiers antérieurs de la langue, et la seconde, que ce même nerf exerce sur la glande sous-maxillaire une action motrice, sans laquelle elle ne peut sécréter.

VIL Déductions thérapeutiques. — J'ai déclaré qu'au début de mes recherches sur l'action tUérapeutique du procédé de laradisation dont je viens d'exposer l'action physiologique, je n'étais guidé par aucune idée théorique, et que j'agissais empiriquement. Je savais seulement que j'allais exciter la corde du tympan dont j'avais à étudier les propriétés physiologiques (but principal de mes expériences). Mais que pouvais-je attendre de son excitation ? Aujourd'hui môme que ces propriétés physiologiques me sont mieux connues, je ne vois pas ce qu'il y a de commun entre la corde du tympan et le nerf acoustique. Nous savons, en effet, qu'en électrisant le premier on agit sur la sensibilité générale et gustative de la langue et

SIRDITR NRHVEIISK. 1001

(|ii'()n rxcilc l:i Sl'îcn'iiori (1<! I;i f^laiidrsoiis in;i\il!;iin'. Miii.s(|ii('llc iiilliM'iwc iiric Icllo excitation pciil-illc exercer sur l'ouïe, à iiioiiis d'adinettH! loutelois, avec AriMild, (jue ranastoriiose (jui existe entn; l(! nerf acoiisli(|iie et leiierlde Wrisber^, dans lecjnel la corde du tympan se continue, ^oit n'clie et non un sini[)le accolemeiit, connue on le croit j^V'iKM'ahMnent aujourd'hui?

Le lait anatonii(iue n'étant pas encor(! d(''iiioiitn'', je ne puis nier d'une manière absolue que l'excitation (\it lacoidedu tympan puisse réaj^ir sur le nerf acoustique. Aussi en liendrai-j»! compte dans l'expositiou des faits tli(''ra])euti(pies.

C'est principalement aux mouvenienis de la chaîne d(;s osselets, mouvements i)rov()(pi(''s par les contractions et les relàcliemeids successil's, brusques, plus ou moins rapides de leui's muscles moteurs, mouvements (jui produisent l'ébrardement d(; la membrane de. la lenètreovale,etc()nst''(piennnent l'ai^italion tlu li(piide labyrintliiiiue; c'est à ce mouvement, dis-je, que j'attribue l'action lliéra})eutique si puissante, exercée sur la surdité nerveuse par ce procédé d'électrisation. Que l'on songe, en elfet, aux soins dont la nature a entouré le nerf acoustique pour le préserver des lésions physicpuis par cause externe. Non-seulement elle l'a enfermé dans un rocher privé de toute communication avec l'extérieur, mais elle l'a encore immergé dans un li(|uide înodérateur des mouvements extérieurs. iJes lors on comprend combien ce nerf, mou, pulpeux, doit être sensible à la vive agitation du liquide labyrinlhiciue dans lequel il plonge, et (pii, d'habitude, n'ondule que l'aiblemt'jit sous linlluence des ondes sonores cpii viennent IVapper le t\mpan. Je ne saurai.^, en vérité, explique!* autrement l'action théra[)euli(pie aussi considerubU^ (pie l'on verra bient()t exercée sur l'organe de l'ouïe par une excitation électrique aussi faible eji apparence.

B. — Faits d(^moiUrant la valeur tliérn|)Oiili(|uo de la faradisalion des muscles moteurs des osselets et de la rordc du tympan.

Les cas dans les(piels j'ai expérimenté avec succès le procédé d'electrisalion aui'ieulair(^ dont il vient d't'li'e (piestion, i)euvent élre rangé's dans la classe des surdites (pie l'on a ap[)elees surdiles nerveuses, ou, en d'autres termes, surdité^ (pii, pendant la vie, n'ont ])r(''seiUé aucun signe de lésion ()rgaiii(pie appréciable. -Os cas sont aujourd'hui assez nombreux ; leurs observations ont él('' recueillies avec soin ; leur relation couïplèle doimerail à C(; travail une étendue trop considérable. Forci» de me reslreindi'e, je n'exposei'ai donc connue exenq)les que (juehpies-iuïs des faits piincipaux.

1002 TIIOI'IU.KS l)K l,A SENSiniMTK ET DES SENS.

I. .SV/;v//7r.s' //i/sfrrif/itrs. — Au premier imii*^' des j)anil v-ies nef veiises (|ii(\i'ai vues j;u«''iif le pins sùrenicut, lopins nipideiiienl par ce pr«)(!Ô(l«'' (le linMdisntion, j(î phuuîrai la siirditi' (pii se raltacln.' à tiii état liyst«''ri(pie. J'en relaterai un seul cas comme; ex(UTiple.

OiisKRYAiiON ('A'AI.VllI . — Siirdilr hiist('ri<ii(r ihiUml de j)hisienrs mois, gucrie rapidcmoit }i(ir ht [(iiutilisitliou des innsclrs moteurs des ossclefs ri de la corde du (i/?/i/>a/(.

Une jeuno fille, bien réélue habiluollemoul, bien porlanlo, courbée au n" 1 3 de la salle Saint-Martin, fut guérie à rhô[)ital do la Pitié, dans le commoTïeemeni d'avril 1855, d'une fièvre typhoïde à la suite de laquelle les règb^s ne revinrent j)as, quoique la s;uité parût assez bonne. Pendant sa convalescence à l'hôpital, elle fut prise, à la suite d'une discussion très vive, de sanglots, d'étoufTemcnls, sans cependant éprouver un accès complet d'hystérie.— Le lendemain, à l'heure môme à hiquelle avait eu lieu celle discussion de la veille, la malade tomba dans une espèce d'état cataleptique qui dura une heure et demie. Cette attaque se renouvela plusieurs fois pendant son séjour à la Pitié, d'(ui elle ne sortit que six semaines après. — F^lle rentra en service ; mais ses règles n'élaicnt pas revenues, et peu à peu elle s'aperçut que la sensibilité diminuait toujours dans le cèle gauche, au membr(» supérieur d'abord, puis nu membre inférieur. En même temps les mouvements étaient moins étendus, et la force moins grande, à tel point que, placée comme domestique, elle dut renoncer à ses occupations et rentrer à rhôpital de la Charité. A ce moment, elle ne pouvait plus tenir dans sa main gauche les objets qu'on y plaçait. — Admise dans le service de M. Briquet, on constata chez elle par le toucher, le pincement et l'exploration électrique, une aneslhésie cutanée et musculaire de tout le côté gauche (tronc, membre et face) et un affiiiblissement musculaire, assez grand pour rendre la marche difficile et pour gêner considérablement l'usage des membres supérieurs. Lorsque la malade tenait un objet dans la main et qu'elle ne le regardait pas, elle le laissait tomber. — Les organes des sens étaient également affectés du côté gauche : la vue était considérablement affaiblie, l'odorat, le goût et Vouie étaient abolis. Les muqueuses nasale, linguale et conjonctivale étaient complètement anesthésiées, ainsi que la peau du pavillon et du conduit auditif externe. Cette malade était en outre incommodée par des bruits continus et très variés (bourdonnements, sons de cloches, sifflets plus ou moins forts, aigus) qui la privaient de sommeil. — M. Briquet voulut bien m'autoriser à expérimenter dans ce cas l'action thérapeutique des divers modes d'excitation électrique qu'il m'avait vu appliquer avec succès dans son service chez un grand nombre de sujets atteints de troubles fonctionnels analogues. — En trois séances, renouvelées chaque jour, l'excitation électro-cutanée rétablit la sensibilité du tronc et du membre

SURDITÉ NERVEUSE. \0l)?,

supérieur (M. lîii(iu('l >'tH;iit r(''sorv6 le mombrc infrrieur pour oxpôrinicntor conipaiiilivcMiKMil l'huilo de crotoritif.'lium). — Jo dois noter iei qu'à la suite do ces excitations ('lerlro-cutariées, la menstruation, qui 3v;iil été suspendue def)uis le début do la fiovro typhoïde, reparut régulièrement par la suite. — Il uio suHit de» promener une fois un dos rliéophores niélaliicpies sur la muqueuse nasale et lin^^uale pour rafipeler, avec la sensibilité générale, l'odorat el le ^^oiit. .Ir nipprliii ausHi ht snisiliiUlr c\iUmvr du parillou et (lu conduit (tuditif r.rtcDte, mais mnf> inodilifr 1rs troubles foucliottncl/i dr l'ouïe. — Alors la malade étant placée de manière à donner à son conduit auditifune direction verticale, jo remplis celui-ci d'eau commune, puis, ayant plongé un fil métallique dans ce liquide avec la précaution de ne toucher ni les parois du conduit auditif, ni la membrane du tympan, et ayant placé l'autre rhéophore humide sur l'apophyse mastoïde, jo fis passer une dizaine dintermiltencos du courant de mon appareil d'induction, éloignées les unes des autres d'une; demi-seconde. Le courant, d'abord extrêmement faible, fut augmenté ^graduellement, jusqu'à produire une sensation désagréable dans le fond du conduit auditif, mais sans être douloureuse. A chaque inlcrmitlence, la malade entendit immédiatement un petit craquement sec du côté excité; mais file n'éprouvii (turuuc sensation dans lu lunque. Immédiatement après l'opération, elle distinguait à uno assez grande dislance le battement do ma montre, qu'elle no percevait pas même quand elle était apj)liquée contre loroillo ; elle entendait la voix aussi bien à gaucho qu'à droite. — Le lendemain, j'appris que la giiérison n'avait été que temporaire (elle s'était maintenue une heure), mais je constatai que l'ouïe était seulement affaiblie et que les bruits étaient moins forts et moins incommodes. — Je fis sur l'oreille une nouvelle opération, pratiquée do la même manière (juc la veille et qui produisit les mêmes effets physiologiques, el à l'instant l'ouïe revint à son état normal. — Depuis que celle malade était oiitréo à la Charité, ses crises élaientdevenues plus fréquentes ; elles reparaissaient charpie semaine, durant cluuiue fois une ou deux heures. La sensibilité cutanée el la force muscidairo, qui s'étaient longtemps conservées, so perdirent de nouveau. La malade out même pendant plusieurs semaines une contr.icture du membre supérieur gauche. Cependant elle n'éprouva plus de troubles du côté do l'Ouïe, et sortit plusieurs mois plus tard [)arfailemont guérie de sa surdité.

Ce cas est un type de surdité hystérique, et montre avce(|iielle facilité elle cède à ce procède de l'uradisution de l'oivillc. Je pourrais en rapporter d'autres qui ont guéri avec la inèin«M'apidilé, «U (|ui n'en dillVuenl que par le degré des troubles de l'ouieou par la tonne des autres symptômes (pii caractérisent l'hystérie. Ainsi celte esp«Ve de surdité n'est pastc»ujours complète; elle est enmpliipiee géiu'ra-

loo'i Tuociu.Ks Dr. i.\ sKNsiiiii.m': kt uvs sfns.

Ifiiiciil (le liniils varies plus on iiidiiis InrU ri iiicMimnddfs. D'ordinaire, les hdiihics (le rouï»' cxishîiit sculciiMMil il ^iaiH'lir, (!<• mt^iiu; (|ii(j les autres désordres (I(î la sciisihililé (.'t de la iiKilililé, mais (luulciuefois aussi la sui'dile e^l douhie, avec, predomiiiaiicc! il j^auelie.

Il ne faudi'ail pas coiiehire du l'ail tlH'Ma|)eiili(nie [)i('M''''deiit (lue la surdilt' hyslt-i'itiue est toujours une all'efition légère, eu égaid au déféré de rtKsislance ([u'elle olFre à cette iiKMlication (''lectri(jue. J'en ai rencontré (|ui, depuis des aiint-es, sont rebelles ;i toute (espèce de tiaileineiit. Toutefois, l)ien (jue je ne sois pas en niesuie d'exposer la statisti(|ue exacte de tous les cas de surdité hystérique (pie j'ai soumis à ces exp(''rietices électro-th(''raj)euti(puîs, je puis dire approximativement que la sui'diti' hyst(''i'if|ue i;u(''ril huit l'ois sur dix par ce traitement.

Quelques-unes et j^eut-ètreun bon nombre de cessurdit(';s peuvent être lieureusement modifiées par des excitatious péripliéri(jues. J'en ai vu, en effet, disparaître par la simple faradisation de la peau du pavillon ou du conduit auditif externe, et même des régions plus ou moins éloignées de l'oreille. Dans ces cas, on obtiendrait les mêmes résultats de toute autre espèce d'excitation (injection excitante du contluit auditif externe ou de la trompe dluistache, vésicatoires appliqués sur les parties voisines de l'oreille). C'est qu'il en est des troubles hystéri(|ues comme de certains désordres nerveux généraux de même nature, qui cèdent, comme par enchantement, à une excitation pratiquée dans un point très limité de la surface cutanée. A l'appui de cette assertion, je pourrais rapporter des cas d'anesthésie qui régnaient sur toute la surface du corps, et qui, par une excitation électrique limitée à un point quelconque de la peau, guérissaient immédiatement. De même, il arrive quel- (juefois, dans ces cas, que les troubles des sens (de l'odorat, du goût, de la vue et de l'ou'ie) disparaissent en même temps, s'ils existent. On provoque de la même manière le retour de la menstruation.

H s'en faut qu'il en soit toujours ainsi. J'ai eu l'occasion de guérir des surdités hystériques qui avaient épuisé tous les moyens rationnels, dirigés souvent par des hommes habiles et comi)étents; on avait employé vainement les injections plus ou moins excitantes par le conduit auditif externe ou par la trompe d'Eustache, et même l'excitation électro-cutanée. A l'infirmité de la surdité se joignaient presque toujours des bruits divers, continuels, qui faisaient le désespoir des malades et qui offraient la même résistance à ces médications. Eh bien ! tous ces désordres nerveux cèdent, en général,

Si;HUnK NKHVEUSE. lOO.")

à la laradisalioii des iiiiisclcs jiioluiirs des osS(drh cl de la corde du tympan.

II. Surdifrs par lu sul/attf de fjuiniuf. — Il n\->l pas tins rare de voir survenir, ii la suite de l'adininisti-ation du siilt'ale de (luiiiine, la (luret«'î de l'ouïe et (|uel(juelois la sui(lit(''. Poni* nia [)ai't, j'ai eu rucc.asioii d'en ohsei'Ver une deini-(lon/ain(j de cas, a des degrés divers.

La surditt' par le siiirale de quinine peut ('li'e incurable ; en voici la preuve.

OnsinvATioN (ICXIdX. — Mn I8.')2, un conirère, aide-major au Val-de- Grûce, me présenta son père, (pii était depuis cinij ans atl'cîcté d'une sunlité doul)le,con)plélo, dans l'espoir (le ioguérir[)arrélectris;ition de l'oreille interne. Il me donna en résumé les renseignemenls suivants: M. X. .., capitaine d'infanterie, avait eu en Afriipie une lièvre intermittente, a la ?uile do laquelle il avait conservé une hyperlropliie considérable de la rate, dont n'avait pu triompher le sulfate de ([uinnie administre à la dose ordinaire. Pour guérir cette hypertrophie, on fut obligé d'augmenter de beaucouj) la dose de ce médicament et de le contimier fort longtemps. Consécutivement à ce traitement, survint une céphalalgie opiniâtre, accompiignéo de bourdonnements et de dureté de l'ouïe. — La cé[)halalgie (luit [)ar disparaître après ciurj ou six mois, mais les bourdonnements persistèrent et la surdité s'aggrava progressivement. Le malade fut soumis à bien des traitementsiiui échouèrent, bien qu'ils fussent dirigés [)ar des hommes instruits it spéciaux. Lorsque j'examinai M. X..., je constatai, ce (jui, du reste, avait été noté |)ar d'autres niains plus exercées, (pie des deux côtés la troniped'Eustache était libre, ainsi que le conduit auditif externe. {'.e[iendanl la surdité était complète. M. X. .. n'entendait pas même les bruits explosifs; il ne i)ercevait que l'ébranlement qu'ds occasionnent. Je lis immédiatement l'application de mon procédé defaradisatiou de l'oieille.M. X... ne pcrnil, dcluiquc inlcnniltcncc^ ni bruit ni sensution d un s le fond de l'orclUe ou dann la Imujuc, quoique j'eusse élevé graduellement l'intensité du courant à un degré beaucoup plus fort que d'habitude. Après une di/aine de séances cjui n'avaient produit «uicune amélioration, je renonçai à ce traitement qui, d'ailleurs, après la première exploration électrique do l'oreille, semblait m'offrir peu de chances de succès.

La connaissance de l'incurabilité de ce cas de surdité par le sulfate de (luinine l'ait ressortir l'iniportaiicc du l'ait tlierapeuti(iue([ue je vais relater.

Um\ moi lîl.i:S |)K LA SKN>IIMI.1TK Kl DKn SENS.

OnsinVATioN C.C.L. — Snnlilr prof/a/'/c par le sidfdlc de ijitininc. - - Ciicvison pur lu fdrudisdtion (/t. s muscles des osselets cl de la corde du ti/mptin.

An n" 1:5 (le la >;illc SiiiiiLc-Marlliu, ùlail coucliûo une jeune lillu alleinlo depuis assez longtemps d'une (lèvre inlermillenle tierce. La raleélant très volumineuse et la maladie déjà assez ancienne, M, IJri(juel (il prendre à cette malade \ gramme de sulfate de quinine dans les vingl-quatre heures, et cela pemlant neuf jours de suite. Dès le premier jour, des bourdonnements d'oreille se firenl sentir, allèrent en augmentant, et se compliquèrent bientôt d'une surdité tellement prononcée, que les battements d'une montre appliquée contre l'oreille n'étaient plus perçus ni d'un côté ni de l'autre, et que l'on ne pouvait se faire entendre, si fort qu'on élevût la voix en parlant. — La malade resta dans cet état pendant quinze jours, après lesquels M. Bricpiet, ne voy;uit survenir aucune amélioration, m'engagea à la soumettre à la faradisation de l'oreille. L'opération fut pratiquée comme d'habitude. Du côté excité, la malade entendit un bruit et sentit dans la langue un engourdissement suivi de fourmillements. A peine l'opération fut-elle terminée, qu'elle entendit du côlé excité les battements de la montre et la conversation des personnes qui l'entouraient. La surdité persistait du côté opposé. Le lendemain seulement, ce dernier côté fut à son tour soumis à l'excitation électrique, (jui provoqua les mêmes sensations que du côlé opposé, et l'ouïe revint aussitôt, mais non aussi franchement et aussi complètement que la première fois. Le troisième jour, je dus lui faire une nouvelle ap[)licalion électrique, qui suffit pour ramener louie à son étal normal. Depuis ce moment aussi, les bourdonnements cessèrent. La malade resta dans les salles quinze jours après sa guérison, et l'on put constater la guérison bien soutenue de sa surdité.

IIL Surdités consécutives à des fièvres éruptives continues ou sans cause connue, datant de dix à vingt ans, rebelles à tous les traitements antérieurs, — J'ai maintenant à exposer des faits qui, en raison de la longue durée de la surdité et de la résistance qu'elle avait opposée antérieurement aux traitements les plus variés ou le mieux dirigés, démontrent d'une manière incontestable la valeur thérapeutique de la faradisation des muscles delà chaîne des osselets et de la corde du tympan.

Odservation CCLL — Surdité double, complète à gauche, consécutive à une fièvre éruptive, datant de seize ans, rebelle aux injections de la trompe d'Eustache et à la perforation delà membrane du tympan. — Guérison par la faradisation des muscles moteurs des osselets et de la corde du tympan.

Emmanuel Glayray, âgé de vingt-six ans, né à Arvier » Piémont), est

.*^l UDl'lh .NEKVEIJSK. i()()7

devLMHi -souiil a la suiU; il'uiiu lievro éruplive, vois 1 à^'O de nuul ans. il a suivi dans son pays divors Iraileniunls i^ans succès, tn jauvier l8oG, il osl venu à Paris rrclanior lus soins d'un niédocin aurisle jouissant d'uno jurande icnouiniée. Des injoclioiis do la Ironipo d'Muslacholui ontolo iailes pondant plusieurs semaines, et comme elles no produisaient aucun résultat favorable, il dit qu on lui a perioré la meuibrano du lym|)an, et cjue celte dernière tentative n ayaiil pas été plus heureuse ipie les autres, il lui a été conseillé de renoncer a toute espèce de trailcment.

C'est alors qu'il vient me consulter en janvier 1850. Je constate (jue son ouïe est entièrement perdue à gaucho, et qu'il entend très laiblement a droite; lorsqu'il boucho son oreille droite, il n'entend aucun son, quelque Tort qu'il soit. 11 ne perçoit pas les battements do la montre appliquée contre l'oreille. A droite, il faut que l'on parle très haut et près de loroillo ()our qu'il distinguo la voix. De ce côté, il entend ma montre, à quelques centimètres de distance. Il se plaint de bourdonnomerils et do silfloments continuels, plus forts à gauche qu'à droite. Il dit enlin que cet état date de l'â'^e do neuf ans. — L'examen le plus altonlif ne me fait découvrir aucune lésion organique. La trompe d'Eustacho et le conduit auditif sont parfaitement libres; ce qui, du reste, avait été reconnu par les médecins qui lui avaient doimé des soins. Je faradise immédiatement ses oreilles, d'après le procédé décrit précédemment, et le malade accuse pendant l'opération le bruit et les sensations habituels, mais beaucoup moins prononcés à gaucho qu'à droite. Celte première opération ne modifie nullement son état ■ ce n'est (ju'après la troisième qu'il commence à entendre la voix du côté "^auclie et à distinguer les battements de ma montre appliquée contre son oreille. Les bourdonnements et les bruits divers, qui avaient diminué dès la deuxième séance, ont entièrement disparu. Il entend également mieux à droite, car je puis converser avec lui d'une extrémité de mon cabinet à l'autre et sur un ton de voix ordinaire.

Les opérations suivantes, pratiquées trois fois par semaine, produisent une amélioration progressive, et après la dixième, il entend d'une manière satisfaisante et aussi bien à gauche qu'à droite. Il peut suivre la conversalion sans efforts ; il entend ma montre des deux côlés, à une assez "rande dislance. 11 est retourné dans son pays d'où il m'a écrit, plusieurs mois plus lard, que sa guérison s'est bien maintenue.

Ce cas (le surdité, à cause de sa longue durée et de sa résistance aux traitements divers et énergiques ((ui ont été employés contre elle, m<' send)lait n'otfrir aucune chance de réussite. xMais le malade était un pauvre ouvrier (jui implorait mo!i intervention, en dé.sespoir de cause; et puis Topéralion électrique qu'il sollicitait n'occasionnait pas de souffrance et ne pouvait aggraver son état. C'est en

lOO.S IHMllUI.^ I)k lA >I.NMIUI.IIK l'I DKS SENS.

r;u>«iii (le ( ('^ (•l•ll^i(l('I•illillll^ <|ii<' i<' citiiscnlis ii laiic sur lui crtlc cxpiM'iciic»'. 1,1' piriii succès (imit (Ile ;i t'[r ( oiii'oiiik'c, cuniiiic on l'a vu, est iiii m'aiid enseii;iieiiieiit. Il met en liifiiiei-e la piiis^-aiice de l'aclioii lli('iM|iciilii|uc (le l;t lai'adi >ali()ii des iini>,cles iikiIciii-s des osselels et de la coidc; du lynipaii, dans li* ti'aileuieul de la surdité iKîrveusc. Il dénioulrc aussi qua dans lonlc sui'ditc* i)('rv('U>e (sans lésion or^'aiiicjuu appn'ciahlo), (|nel(]ue aiicieuiK! (lu'elh; ^oit, (|uels (|u'aieiit été les insuccès dos trailenienls les plus rationnels, on ne (U)it pas désespérer i\c la }^u(''rison, avant d'avoir tent('; l'applicialion de ce procédé de farad isat ion.

A l'appui de ces assertions je rapporterai, en résumé, (huix autics laits non moins remanjuables, ou l'insuccès d'un lon^' f.i'ailement })ar lecathélérisme delà tromi)ecrKustaclie est mis en rej^^ird d'une yuerisoii rapide par le même procédé de faradisation.

Observation (XLII. ■ — Sardité nerveuse double^ faible a gauche, cumplèle à droite, datanl de neuf ans, conséculivc à la rougeole, rebelle au calhélcrisme de la trompe d'Eustache et à divers autres moyens excitants, guérie par la faradisation des muscles moteurs des osselets et de la corde du lijmpan, en vingt séances.

M. X..., âgé de vingt et un ans, a conservé, depuis l'âge de huit ans, et conséculivement à la rougeole, une surdité presque complète à droite et une dureté do l'ouïe à gauclie, avec bourdonnements et bruils divers. Celte surdité, quoique incomplète, entrave sa carrière et le gêne considérablement dans ses rapports avec la société. Il a fait vainement appel à toutes les lumières de la capitale; aucun traitement excitant (calhélérisme, injections de la trompe d'Euslache, du conduit auditif externe, vésicatoires). Cependant ses trompes sont libres ; les hommes spéciaux qu'il a consultés nont reconnu aucune lésion organique. Je pratique la faradisation de l'oreille, selon le procédé décrit précédemment. M. X... en éprouve tous les effels physiologiques habituels. Immédiatement après, ma voix lui paraît plus distincte. Les opérations suivantes produisent une amélioration progressive incontestable. Ainsi, après la sixième, il conversait facilement à distance, sans que l'on dût élever la voix; au théâtre, il entendait sans fatigue le récit des acteurs, il jouissait du plaisir de la musique, qui jusqu'alors n'avait été pour lui qu'un bruit confus. Cependant la guérison ne me parut aussi complète que possible qu'après la vingtième séance.

Observation CCLIII. — Surdité complète à gauche et datant de vingt ans, incomplète à droite et datant de dix ans, rebelle à tous les traitements intérieurs, guérie à gauche par la faradisation des muscles moteurs des osselets et de la corde du tgmpan.

M. Xovinski, réfugié polonais, âgé de trente ans. A l'âge de dix anS;

SlIUDlTli NERVEUSE. 1009

douleur? de l^le \i rs lc'> Icmpes de cliaciue côté, saiis fio\re, sans maux de j^orge, sans donleuis dans les oreilles; affaiblissement graduel de l'ouïe à gauche, cl perle coniplele (h; l'oMie de ( e côté, vers l'âge de qnalor/.e ans. A l'âge de vingl ans, après une lièvre continue lièvre lyplioidej, qui dura quinze jours, affaiblissement de l'ouïe à droite, avec sifflements et bourdonnements. A vingt ans (en i8'>1), premiers soins donnés par un médecin de Posen, le docteur Hoffmann : catliétérisme de la trompe d'Eustaclie, vésicatoires, glycérine. Il n'existait j)as d'obstruction de la trompe d'Eustache. Ce [)rcmier traitement, qui a dure trois mois, a été sans résultat. En 1857, traitement sous la direction do M. Blancliet: injection déilier par la trompe d'Eustache, pendant quinze jours et trois fois par semaine; pilules dont la composition est ignorée. Pas d'amélioration. M. Raciborski a prescrit des gargarismes alumineux et l'injection de la glycérine dans le conduit auditif externe. Ce dernier traitement i;e fut pas plus heureux que les précédents.

Un médecin des sourds et muets a été consulté pour l'examen du conduit auditif externe et des trompes, et tout a été trouvé à l'état normal. C'est dans ces conditions que M. Novinski m'a été adressé, le 5 mars 1858, par mes confrères MAJ. Haciborski et Lbrozek (de Wilna). L'excitation électrique des muscles des osselets et de la corde du tympan produisit les bruits normaux et les sensations linguales habituelles. (Je noterai ici que la langue, qui pendant lopération devint sèche et râpeuse, s'humecta largement peu de temps après ; M. Novinski m'apprit, le lendemain, qu'il avait un peu salivé pendant une grande partie de la journée.)

Ce fut seulement après la sixième séance que M. Novinski commença à éprouver une modification du côté gauche (où l'ouïe était entièrement perdue depuis vingt ans). Ainsi, lorsqu'il bouchait loreille droite, il entendait confusément la voix, tandis qu'auparavant il ne percevait aucun son de ce côté, quelque fort qu'il fût et d'aussi près qu'on lui criât à l'oreille. Celte amélioration augmenta jirogressivement, au point qu'après les vingt séances il entendait de l'oreille complètement sourde depuis vingl ans, mieux que de l'oreille droite, cjui était seulement dure. II est ii remarquer que cette dernière, qui était affectée seulement depuis dix ans, ne tira aucun profil des mêmes excitations électriques ; les bruits continuels, sifllements, bourdonnements, qui se faisaient entendre de ce côté, ne furent pas môme diminués. M. Novinski, forcé de retourner dans son pays, ne put malheureusement terminer son traitement. Il m'écrivit, quelques mois après, une lettre qui m'informait de la persistance du résultat obtenu.

.le pourrais, à la suite do ces cas ilc giirrisciii ou (raiiu'lioralioii {\v surdités nerveuses rebelles pendant de longues années à tout antre traitoincntciue la laradisalion desninscles dos osselets et de la

1)1 (.111 N.NK. t)-4

KMO TiKii lu.rs iiK i.A si'NsiiMi. ni: v.i i)i;s sens.

rordr du tym|>.iii, ivlaicr (jiicl(|m's Muti'cs cx^-mplcs (!«' j^Mif^risDfisou d'MmiMioi'Mfioii^ ;iiiiil()f(iirs on siirvcimcs {^iMducllciiicnt, sans cause cMiiiiiic. Je poiiiTiiis rapporter iiii lait de i;ii('ii>oii de surdité iici'veiise datant de deux aniK'es, et (pii avait scMnhl»' s'a^'^'i'aver sous rinflucMHUî (lu catliétfM'isiiie de la trompe d'KustnclHî et d'autres moyens (;mploy«'s par mon lionorahh; et très liahile c(>nl"r»'*rcM. Ilul)(M't Valleronx. llnv. oreille était rompl«''len)ent perdue et l'auti-e (Mitendait peu. I/ouïc a été rappelée des deux certes en une vingtaine de séances. Cette pfuérison a été obtenue par la faradisation de l'oreille moyenne et interne, chez une jeune; femme (pii m'a été adressée et recommandée en 1860 par mon confrère et ami M. Salles- Girons, rédacteur en chef de la Reune médicnle. Mais ce serait donner inutilement une extension démesurée à ces recherches.

En résumé, les faits précédents déinontrent surabondamment ((ue la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets, applicpK'eau traitement de la surdité nerveuse, produit (h; très heureux résultats.

L'exactitude de cette proposition, ({ui d'ailleurs ressortait déjà des faits exposés dans le même article, a ét('; de nouveau prouvée par les faits rapportés dans vni important travail de M. le do(!teur Philipeaux (de Lyon) Bulletin de thérapeutique, t. LIIL p. /i.^6.

^lais ce n'est pas à ce point de vue que ce travail a été écrit. L'auteur, observateur sagacc autant qu'habile dans la pratique (h; la faradisation localisée, ne s'est pas contenté cette ibis de vérifier expérimentalement les faits qui ressortent de mes recherches. 11 s'est proposé principalement de démontrer la valeur d'un signe pronostique de la surdité nerveuse, tiré de l'état de la sensibilité de la corde du tympan .

Gela me conduit, en terminant ce paragraphe, à rechercher f^'il existe des signes pronostiques, patJiognomoniques de la surdité nerveuse.

C, — Des signes pronostiques de la surdité nerveuse obtenus par la faradisation de la corde du tympan et des muscles des osselets.

Il ressort, on le sait, des faits exposés ci-dessus, que la surdité hystérique guérit, en général , par la faradisation des muscles moteurs des osselets et de la corde du tympan. 3Iais, hélas ! il s'en faut de beaucoup qu'il en soit ainsi de toutes les espèces de surdités nerveuses.

Il serait peut-être utile d'exposer, en regard des cas de guérison

SIRDITK NERVEi;SE. 1011

(le; surdiU' iiorv(;iisc (Hraiigcrs à un t'iat liysl«'Mi(jiU!, ol <!uiil j'ai rapporté ((uchpies exemples, les trop noinhnîux insuccès rie cette même métliocle de tiailemeiit electricpie, applicpié ('(iperwlaiit dans des conditions seml)lal)les en a[)parencc. Mais ces cas d'insuccès appartiennent-ils réellement à la classe des surdités nerveuses? Le diagnostic dilïérentiel de la surdité nerveuse n'est pas aussi simple (ju'on rens(;igne dans les traités spéciaux. Il ri'est plus pei'niis (]<', dire avec Kramer : « Lorsqu'on aura constaté l'absence de tout changement matériel dans leméatexterneou dans l'oreillemoyenne, on pourra, sans crainte de se tromper, diagnosticpier une surdité nerveuse. » En etfet, outre ces changements matériels du méat externe et de la trompe d'Eustache, il en est incontestablement d'autres de l'oreille moyenne et de l'oreille interne, dont le diaj<nostic est encore inconnu, et (jui jusqu'à ce jour ont été inévitablement conlondus avec la surdité nerveuse.

On conçoit donc combien il importerait à la pratique de distinguer ces cas les uns des autres, combien la science surtout y gagnerait en considération, (^est ce qui a été pari'aitement senli par M. Philipeaux. Cet observateur avait d'abord recoimu «. qu'il était un certain nombre d'individus sourds, depuis plus ou moins longtemps, (jui, malgré leur alïection, percevaient très distinctement, sous l'intluence de l'électricité, cette douh^ur caractéristique de la pointe de la langue, tandis (pi'il en est d'autres chez lescjuels ce signe manquait d'une manière complète. » Ayant ensuite reinarcpié ({u'il n'avait pu obtenir aucune guérison, ni même aucune amélioration chez ceux de la derniè-re cat(''gorie, il en conclut ((;ela était très rationnel) que dans ce cas la surdité est incurable. « Je suis si peu encouragé, dit-il, vu les insuccès que j'ai obtenus chez les sourds qui ne m'ont j)oint présenté, à l'exploration électricpie, les signes caractéristi(pu'S ([ue je cherche à mettre en évidence dans ce m«'moire, qu'aujourd'hui je me refuse d'une manière complète à traiter ceux dont la surdité est déjà ancienne, et (jui ne me i)résentenl point à l'exploration électri(jue la sensation particulière que l'on perçoit piiysiologiquement à la pointe de la langue. » (^eci est grave et m'oblige à déclarer rranchement ceciu'une longue (.'xperience m'a appris à cet égard.

Dès le début de mes recherches sur les propriétés de la vordo du tyuïpan, j'ai remarqué chez (pieUpies uuVwUIvm^ Vnhscnrc cniii])/r(r (les sensations i)/iysiolo(ji(jia's (jiiriou perçoit à lo Icnf/uc sous l'inlluence de l'excitation énergitpie de ce nerf, .lavoue ([u'il ne m'est pas venu à la pensée de rechercher la vah'ur de ce [)iiéiiomeiie,

loi '2 TIU)1 IMKS DE I.A SKNSIIUI.ITK ET DKS SENS.

(•(Himu' sij^iM' |»ri)ii()sti(Hi('(l(U;i siirditr nerveuse. Kn voici l;i liiison : c'est (jiie i);ii'nii criix (pii ont inj'seiitc (■(;lle aiioiiialie, j'en avais trouve dont l'oiue était |)aiïailemeiil saine. — Il en existe nii exemple dans mon memoii'c; de 1851, sur les |>roj)riélés de la cor(l<; (lu tympan. On lit en elïet dans roi)servati()n l"^'" : a Ayant galvanisé la corde du tympan alternaliv(îment du c6té gauche et du côté droit, je constatai que l'rxcitntion ne produisait à fjauc/ie {côté para' lysé) aucune scnmtion générale ou (jmtative de la langue^ tandis que du ccMé sain ces phénomènes (jue j'ai déjà (h'crits i)récédennnent étaient accusés par la malade. » Cette malade était atteinte d'une hémiplégie faciale rhumatismale et n'offrait point d'altération de l'ouïe. — Bien plus, des sourds chez lescpiels je ne pouvais produire l'excitation de la corde du tympan, n'en ont pas moins guéri par mon procédé de laradisation de l'oreille. Des deux cas de guérison de surdité rapportés dans la précédente édition, il en est un (obs. CLXXXIII) dans lecjuel je n'ai pu provoquer aucune sensation linguale pendant l'opéraion (1). L'observation CCXLVII relatée dans ce paragraphe en offre encore un exemple remarquable.

IS absence des sensations linguales produites par l'excitation n'est donc j)as un signe patliognomonique de i uicurahilitè de la surditénerveuse.

Toutefois le signe pronostique préconisé par le savant praticien de Lyon n'est pas sans valeur, car l'inexcitabilité de la corde du tympan peut dépendre de la lésion ou de l'absence de ce nerf, et, dans ce cas, il y a lieu de craindre que la lésion n'ait atteint plus ou moins profondément tous les organes de l'ouïe (nerfs, muscles, osselets). M. Fano, agrégé de la Faculté de médecine de Paris, m'a montré une belle pièce d'analomie pathologique sur laquelle tous les organes de l'oreille moyenne étaient détruits(voy. obs. CCXLVII). 11 en existe, d'ailleurs, d'autres exemples dans la science. Mais de la

(1) A l'occasion de ce fait, M. Philipeaux fait les réflexions suivantes : a Le fait connu n'a pas été parfaitement clair. Dans la première des deux observations citées par M. Durlienne, et dans lesquelles l'électricité a produit des résultats heureux, il est dit que le malade perçut distinctement le signe caractéristique de la langue. M. Duchenne ne nous indiquant point, dans la seconde observation, si le patient ressentit ce phénomène physiologique, il nous est impossible de tirer de ce dernier fait une interprétation favorable ou défavorable aux idées que nous défendons actuellement. » Je regrette de n'avoir pas été plus clair. Je déclare que si j'avais observé chez mon malade les phénomènes physiologiques produits habituellement par l'excitation électrique de la corde du tympan, je n'aurais pas manqué de les noter comme dans le précédent cas. D'ailleurs, ce fait est encore présent à ma mémoire.

Sijuui-MUTITK. loi;;

lésion .^ùrciuenl <li;ij4i)()sti(ni«''o de la corde du lyiiipini on \ut jouirait (conclure ii rincuraliililé d'une surdité; car, ainsi (juc je cnjis l'avoir (h'-niontn' dans ce mémoire, ce nerf n'a aucun rapport avec le nerracousli(|ue.

Lenouv(;au si^iie [)ron()sti(pie de la surdit('; i)n''comsé par M. Pliilipeaux aurait une valeur hien plus «grande, si à l'inexcilabilité de la corde du lymj)an s'ajoutait ral)senc(; du hrnit spéciahiui se fait entendre dans le tond de l'oreille, à chaque intermittence du courant d'induction. J'en ai fourni un exemple précédennnent (obs. CCXLIX).

Sans attacher une valeur exagérée à l'abseiK^e du bruit provocpi»; dans le fond de l'oreille par l'excitation électriciuedes mouvements des osselets, ce nouveau sij:ne pronostique me paraît bien plus grave (pie l'absence des sensations linguales produites par la faradisationde la corde du tym[)an, puisque ce bruit est dû a lV?branlement et au craquement des membranes du tympan et de la fenêtre ovale. Si ce bruit n'est pas perçu pendant l'opération, il faut donc que la lésion anatomique ou dynamique du nerf acoustic^ue soit profonde.

Résumé général.

Il ressort des faits et des considérations exposés précédemment :

1° Que la surdité nerveuse hystérique guérit en général par l'excitation électrique de la corde du tympan et des mouvements de la chaîne des osselets.

2" Que quelques surdités nerveuses consécutives aux lièvres éruptives, continues, etc., guérissent par ce même traitement, ([uelque anciennes qu'elles soient, et bien que leur résistance aux autres traitements leur ait donné une apparence d'incurabilité.

3" Que probablement l'action thérapeutique du procédé de taradisation eniployé dans ces recherches est due principalement aux ondulations du liquide labyrinthi(|ue produites par l'ébranlement delà chaîne des osselets, et conséquenmient de la fenêtre ovale.

U" Que l'exploration électriijuede l'oreille ne fournit aucun signe pathognomonicpie qui permette de pronosti(iuer l'incurabilitéde la surdité.

§ III. — lie la ciirabilitc vt «lu «liagiiuiiific <!«' la surdi-mutité nerveuse par U% faritdisatiou de la corde du l;»iu|»au et «les lUUScleK moteurs des osselets.

A la suite dune note sur la valeur de la faradisation de la corde du tymi)an et des muscles moteurs des osselets appliquée au traite-

lOI'l IIIOIIU.I;^ DK I.V SKNSIBH.IIK V.ï DKS SKNS.

iiiriit (le ia siirdilc nerveuse, note (|nc j ai |mhli««e dans le /{nl/ffin (h> f/irid/ii-ufii/rc '{ LV, p. 105 et I()0 , et (jiie j'ai reproduite lextuelleinent dans I(î paragraphe préoédeiit, j'ai relaté nti (!.i^ de senii-f^Mierisoii d'une surdi-inutili' eon^i'iiitaie, par le nièiiKî proe^'-dé de laradisalion. <( i\v. l'ail, ecrivais-je alors, a et»; ri}^oiirens(;ineiit et s(Menlili(pieinent ohservi! ; il olTr(i tontes l(;s i^aïaiities d'Iioniièletrî et d'aullieulieite desirahles. I)(î plu^, il (>st déjii jn{<«'' pal' le temps; renlaiil, (k.'Venn denii-soui'd, rhîveloppc; sa parole et tait son «';diieation ii l'aide de son (Hiie. Tonl me Tait doue un devoir de le publier. ('.e()en(lant je vais peut-être, cw relatant iei co l'ait, altirei' bien des brocards. »

C'est (|u'alorsj(î savais (pu; ee lait allait rem(;ttre en (piestion la (ui'iihilitv (le la surdi-mutiti' f:oiifj(''ni((flc, (juestion (p>i [)arai:-.sait résolue d'une manière négative. Aujourd'hui, cette Oj)inion n'est }»as encon; modiliée parmi la plupart des hommes (pii, en* raison de leurs études spéciales, paraissent les plus autorisés. Un d'entre eux, M. Ménière, qui ne peut ignorer les recherches auxquelles je me suis dévoué, est venu tout r(!cemment encore fijrmuler cette opinion daîis les termes les plus désespérants (1).

Scientilicpiement, un tel langage n'est pas justitiable, même par les écrits de celui qui le tient. « La surdi-mutité congénitale, écrivait M. Ménière, en 1868, dans la Gazette médicale, dépend quelquefois d'un vice de conformation de l'oreille; et, dans ce cas, c'est un arrêt de développement, une aberration organique. Dans heaucDup d'autres dissections, je n'ai trouvé aucune lésion apparente des parties constituantes de l'oreille^ et l'on peut croire que la surdité dépend d'une altération du s f/stème nerveux. )) La même opinion avait été formulée par llard ; elle est aujourd'hui confirmée par un grand nombre de faits d'anatomie pathologique. 11 existe donc une espèce de surdi-mutité congénitale, sans lésion matérielle appréciable. En conséquence, personne, quehjue grande que soit son autorité, n'a le droit d'affirmer aujourd'hui que cette espèce de surdi-mutilé nerveuse est incurable.

Nods devons certainement stigmatiser le charlatanisme et faire tomber les illusions des guérisseurs; mais ceux qui se donnent la sainte et difficile mission de garder le sanctuaire de la science et de la \érité, ne doivent pas, en aveugle, fermer la porte au progrès. C'est ce que l'on lait pour ce qui a trait à la surdi-mutité congénitale, en venant déclarer, en pleiise Académie, sans preuve scien-

(1) De rexpcrimentalion en malià-e de surdi-mutHé^ Mémoires lu à l'Académie de médecine, par M. Méuièrc((ja:r. médicale de Paris, décembre 1860).

SUIlDI-MiniTK. loi.")

tilit|at', (iiiL' (liiiis tt)iis lus cas cell»; iiilirmiltM'sl a jamais incurable.

La prt'S^L' iiit'dicalt! a uiiaiiini<jiii(JMt cl avetî raison proteste cohIk; une asserlioii aussi lé^èreiiieiit «;inise. Je repoiids à son appel e-n venant taire; (UjniiaiLre aujourd'iiiii les résultats des quelques recherches tpu! j'ai laites sur cette (piestioii humanitaire.

Sur sept sourds-MUU.'ts de naissance soumis à la rai'.uli-alioii de la corde du lyni[)au et des muscles moteurs des osselets, l'un n'est plus (jue demi sourd, apprend la parole, et fait son éducation à l'aide de l'orne. Ch(;z deux autr(;s, ce sens se (leveloi>pe d'une manière très remanpuible. Eniin, les (puitre derniers n'ont encore éprouvé aucune modilication a[)préciable. Avant à démontrer ici l'inlluence therapeulicpui du procédé (h; iaradisalion de la corde du tympan sur lii surtii-mulité nerveus.', il ne sera (|ue.>lion cpjc des trois premiers.

OusEuvATiON CCLIV. — Surdi-mutité congénitale complète. — Qudsi-fjucr/.so/i par hi furadisation des muscles des osselets et do la corde du t y in pan.

Raymond C..., né à Aubenne (Ardèche;, âgé de huit ans, dune riche constitution, très intelligent, est sourd-muet de naissance: du moins, on n'a jamais pu constater d'une manière certaine (ju'il entendait. 11 esl d'une bonne santé habituelle, quoicju'ii soit sujet aux maux de gorge, et que ses amygdales soient volumineuses.

En 'I8.")2, M. Ménière, médecin en chef des Sourds-Muets, à qui cet enfant a été adressé j)ar le médecin de la famille, a formulé son diagnostic par écrit dans la lettre suivante : « Le jeune enfant qui m'a été présenté, suivant votre désir, ne me paraît pas avoir é[)rouvé aucun accident capable d'expliquer la surdité considérable dont il est affecté.

» On me dit qu'il entend un peu certains bruits; mais ce que j'ai essayé chez moi ne conlirme pas cette opinion, que je ne dois pas cependant rejeter absolument.

j Les oreilles sont saines; mais les deux amygdales sont grosses, surtout en haut; elles écartent les piliers du palais, et sont situées de façon à agir sur l'orifice des trompes ; mais quand bien même il serait démontre (pie les caisses sont engouées, elles n'expliqueraient pas une surdité aussi forte. L'enfant ne parle pas du tout, parce qu'il n'a pus entendu jusqu'ici. Or^ ce mulisvie ne se rencontre jamais chez les enfants qui n'ont qu'une lésion de roreille moyenne. Suivant moi, il y a autre chose, et, bien que l'enfant n'ait jamais eu de convulsions, bien qu'il paraisse fort de tout point, je suis bien obligé d'attribuer à un.^ lésion du système nerveux cette absence de sensibilité spéciale.

lOKi . Illtil IM.I..S DK l.\ NLN.sIlill.m. Kl DKS SKNS.

.. Dont-, )(' ne propo-ii' aucun IraitcMncnl chiriir^'ical pour Ui ni )n.(;nl. l/onfanl ('>L troj) jcnni! pour (juo In calliélérisnio soil nlilc les ainy;^ Iule-; pourraient iMro difficilniniMU cnlovéns choz lui; elles sont plarj'^es <i(; laron à Ml (hnoloppor encore, même après une excision (pii ne serait que partielle. Je pense (piil faut attendre. Lenfant est sain et vigour<Mix, il n'y a pas péril en la demeure. Il faut l'élever connme s'il entendait, lui faire en- Uindre des sons, non brusques et explosifs, afin de no pas ébranler le cerveau, et puis on verra plus tard. »

En 1850, un ami de la famille, iM. le docteur Ollier, ancien interne des hôpitaux, aujourd'hui chirurgien en chef de l'hôpital de Lyon, donna le conseil de soumettre ce cas de surdi-mutité à mon observation, et d'en tenter, s'il était possible, la guérison par la faradisalion localisée. En arrivant à Paris, Raymond fut conduit do nouveau à M. Méniére, qui donna le môme avis qu'en 1852. C'est alors que je fus consulte sur l'opportimilé d'un traitement électrique. Je constatai immédiatement que l'enfant n'entendait ni les grands cris, ni la sonnerie d'un fort réveille-malin placé près do son oreille, ni le diapason appliqué sur les parois du crâne. Il percevait seulement les bruits explosifs.

Croyant alors, sur l'aulorité des auteurs les plus compétents, à lincurabilité de la surdi-mutilé, il me répugnait d'expérimenter dans de telles circonstances, et surtout dans un cas de pratique civile. Cependant les parents de cet enfant auraient éprouvé les plus grands regrets si je m'étais refusé à lui faire subir cette expérience. Considérant donc que l'opération qu'ils attendaient de moi était inoffensive et ne provoquait point de douleur, je cédai à leur désir. J'excitai les muscles des osselets et de la corde du tympan, d'après mon procédé ordinaire. Raymond se débatlit d'abord en poussant de grands cris. Puis étonné, sans doute, de ne pas ressentir les douleurs qu'il redoutait, il se calma bien vite, se mit à rire aux éclats et se prêta complaisamment aux opérations suivantes. Quoique je n'eusse aucun espoir, je n'en suivis pas moins altenlivement les effets de chaque opération. Et quelle fut ma surprise, quand, à la quatrième séance, Raymond sembla percevoir à gauche le son du diapason ! Cette expérience, renouvelée de différentes manières, ne me laissa plus bientôt aucun doute. Lorsqu'en effet le diapason, mis en vibration, était appliqué sur la paroi gauche du crâne, il manifestait son étonnement, en montrant avec le doigt l'oreille de ce côté. Je pensais d'abord que les vibrations du diapason avaient été transmises par la paroi solide du crâne sur lequel il reposait, et que peut-être la sensation de ces vibrations avait été seulement perçue par Raymond, mais i\ me fut bientôt démontréqu'il en entendait réellement le son, car cette même expérience, répétée du côté opposé, ne provoqua pas de sa part les mêmes manifestations. Il semblait alors écouter très attentivement, puis il témoignait l)ar des gestes a sa mère qui assistait à l'opération, qu'il n'éprouvait rien.

.SI'UDI-MIITITK. 1017

\.o loruliMiiiiin. ccl licunMiv ri'siillat fui coiiliinK' par un l'ail d un aulrn ordro.Un or^ziic; jouanldans la cour do riiôtohiu'illiahitait, il avait alors (-ouru vers la fenc^tro (jui donnait dans celte ronr et en avait éprouvé iine {grande émotion. Apres la septième séance, sa niôre app<?lant (pioiqn'un à hauto voix, le jeune Raymond se retourna vivement de son côté et émit un son sur le même ton que la derniérf; corHonnance du mot qui venait d'élre ()rononcé. Une sorte d'instinct maternel lui faisant pressentir que son enfant avait entendu sa voix, madame ('„.. répéta sur le mém'; tnii, et sans (pjo Kavmond pût voir ses lèvres, la voyelle a, et à l'instant d fit entenrlre a avec la mémo vivacité que la pr(Miiière fois. FCIIeen fil autant pour les cpialre autres vovelles qui furefit également répétées, mais avec plus ou moins de difficulté. (Kavniond s'efforçait en vain do [)rononcer e et i.) Rien ne saurait peindre l'émotion de colle mère faisant ent(Midre pour la première fois la voix humaine à son enfant dont on lui avait laissé entrevoir l'incurabilité. Aussi, avec quelle joie et avec quelle ardeur elle se mita faire la première éducation de sa parole et de son ouïe naissantes I Le lendemain, Raymond prononçait assez, bien les cinq voyelles. Je dois dire ici que jusqu'alors on avait vainement essayé de les lui faire articuler, en lui montrant le mouvement des lèvres, et que depuis qu'il entendait, sa mère, à ma recommandation, avait toujours soin de se placer derrière lui. Il fallait cependant lui parler très près de l'oreille gauche. Ce ne fut que vers la douzième séance (ju'il entendit des deux côtés, non-seulement le diapason et la sonnerie du réveille-matin, mais aussi le battement du mouvemeni de celui-ci, à la distance de quelques centimètres. Son intelligence et son caractère é|)rouvèrent alors une sorte de transformation très intéressante à suivre dans leur développement. Madame C... était parvenue en quelques jours à lui faire lire et articuler les cinq voyelles; il prononçait papa, manuin, bonbon, et comprenait le sens de ces mots. Jadis son caractère était sauvage; il était devenu plus docile depuis le retour de l'ouïe; il ne poussait j)lus les grands cris par lesquels il manifestait ses impressions les [)lus légères, parce que, sans doute, il entendait sa voix. Après une vingtaine do séances, le traitement fut suspendu.

Raymond m'a été ramené en avril 1857. Voici ce qui s'était passé pendant la suspension du traitement. Non-seulement le résultat acquis s'était conservé, mais il a paru à la famille que l'amélioration avait augmenté progressivement. L'enfant, envoyé dans une pc^tite école, entendait les exercices de chant et cherchait à imiter les sons qu'il entendait. Son éducation se faisait; il connaissait et prononçait toutes les lettres de l'alphabet; il commençait à épeler; il demandait du pain, à boire, etc.; mais il lui était arrivé un accident (jui faillit tout compromettre. Sa gouvernante eut I imprudence de lui mettre entre les mains un vieux pistolet (jue l'on ne crovait pas chargé; puis, l'armant, elle l'engagea à tirer sur elle en lui montrant

10IM moi lu.i.s i)i: lA SK.Nsiim.iiK ki dks skns.

commtMil il l.illall s'y pKMulr.'. Hiiyiiiond in> icîlinl (|iii> Irop hu'ii celli; l(M;()ti ; riiniic parlit, ol la inallivurouso rciimio fui, luùiî hur lo ctjuj) : deux halN'S lui avaierit Iravcr.-r la poitrine. Lo polit j^urron fui uussi blessé a la jonc par lo icmuI de l'aiino. Mais co (pi'il y eut do plus .grave, c'est (pi'ayaiit pordii (U)niiaissaiic.o, sans doiito par codimoliun, K.iyiiiond n'erileiulait plus (lu tout lor.-cpiil revint a lui. ('opendaut, apriîs trois ou (jualro jours, i'uuïo était dans le mémo état (pi'avant cet accident. Depuis lors, il n'y eut plus de proj^nès.

Quand je revis Raymond, je; lus surpris des cliangemenls ([ui .-^'étaient opérés en lui: sa voix n'était plus {gutturale, coinnie on l'observe souvent chez les sourds-muets de naissance, elle était naturelle; \\ se retournait lorscjne je l'appelais a distance; il entendait une montre j)laiée a 2 ou 3 centimètres de l'oreille, etc., etc.

Je le soumis à unii nouvelle cure d'une trentaine de séances, auxquelles il se prêta sans répugnance.

L'amélioration obtenue dans cette période de traitement a été telle qu'une institutrice a pu, dès ce moment, faire son éducation, seulement a laide de l'ouïe (je lui avais recouimandé de lui pailer toujours en se plaçant de manière qu'il ne put pas voir les mouvements des lèvres).

Un an après (en mai 1 858) je constatai qu'il avait fait de grands progrès : il lisait couramment et écrivait as^ez bien; il prononçait distinctement, quoiqu'un peu trop précipitamment, comme les enfants de son âge qui récitent ce qu'on leur a appris. La première fois qu'il me revit, il me dit très clairement: « Bonjour, monsieur le docteur Duclienne (de Boulogne). » Et il comprenait le sens de cette phrase, car, lorsqu'il entrait dans mon cabinet, il ne manquait pas de me la répéter et de me dire adieu en partant. Il demandait les choses dont il avait besoin ; il était curieux de connaître les noms de toutes choses et les retenait facilement. On comprend qu'il faudra un certain temps avant que son éducation soit complétée sur ce point. Une nouvelle cure de trente séances a encore amélioré son ouïe, mais d'une manière moins notable qu'après les deux précédentes : l'enfant est demi-sourd. Restera-t-il dans cet état, ou son ouïe s'améliorera-t-elle encore? C'est ce que le temps nous apprendra ; car la famille se propose de me ramener périodiquement cet enfant pour continuer son traitement. Je dois rappeler, en terminant cette relation, que ses amygdales étaient très volumineuses, et que M. Ménière avait conseillé de les exciser avant tout : cette opération vient d'être pratiquée très habilement par M. Guersant.

En résumé, il est parfaitement établi qu'un sourd-muet de naissance, âgé de huit ans, a entendu après quelques excitations électriques des muscles moteurs des osselets et de la corde du tympan; que son ouïe s'est ensuite améliorée progressivement dans les séances

si;ui)i-Mi;riTi:. 1019

suiviiiilcs; (|ir;ij)rt'> trois ciii-fs, (;()iiii)()st''es rliiiciiiK! d'iiiH' ti-ciitainc de séances, cl pralicjutes à des intervalles de six mois a nn an, (^et enfant n'i.'st })lus {\\\(\ denii-sonrd; enlin, (jue, depnis son traitement, on a [)ii le taire parler, d«';veloj)|jer ses facultés intellectuelles; (aire, en nn mot, son edncation seulement a l'aide de l'ouïe.

Le traitement n'est [)as terjnin(!. H reste; ii i"(;clier(lier si les n'-snllats n'en seront pas t)lus complets, lorscpi'il sera pratictne* d'une manière plus continue.

Depuis la publication de ce lait dans ce journal, cVst-à-dir<' depuis 1<sr)8, le jeune Uaymond m'a été ramené chacpie année pour suhir une nouvelle cure qui a toujours été suivie d'une aniélioration notable; mais dans l'intervalle, son état est resté statioimaire. Aujourd'hui, en janvier 1861, il est encore demi-sourd. Placé dansune institution où il lait son éducation i)ar l'ouïe, S(jus l'habile direction de M. Houdin, Raymond me sera ramené quatre fois dans l'année, ])our être soumis à une vingtaine d'ex(;itations cha([ue lois. Ks[)érons (jue sous l'influence de ce traitement plus suivi, nous pourrons h; faire jouir d'une audition plus complète.

Je dois dii'e cpie depuis (pie la t)arole de Uaymond a été assez développée pour (ju'il ait pu rendre compte des sensations ou des impressions ([ue lui fait éprouver la faradisation de la corde du tympan et des nuiscles moteurs des osselets, j'ai pu constater (]ue cette excitation électrique provoque chez lui tous les phénomènes électro-physiologiques normaux : à savoir la sensation linguale et l'impression auditive dans le fond de l'oreille.

J'ai encore à exposer l'observation de deux autres sourds-muets en voie d'amélioration, sinon de gucîrison, et (pie j'ai trait<''s par la même excitation électri({ue de l'oieille moyenne et de l'oreille interne, (^es deux laits sont des plus intéressants parce que les sujets de ces observations avaient clé, sans aucun résultat appréciable, traités antérieurement pendant plusieurs années par des médecins auristes des plus célèbres.

L'un de ces faits, Albin X..., de Barcelone, âge de neuf ans, m'avait été spiîcialement recorinnandé i)ar lAL Uayer. H elail placé depuis (piehpies amurs dans l'in^tiiution de iM. Homlin, dans hupielle on develojtpe la parole chez de jeunes sour(ls-muet>, à l'aide d'une admirable méthode qui en même tcmiis leur ap[)rend à lire sur les lèvres. Doué d'une grande intelligence, ce jeune gar- (^'on avait fait de tels progrès, que la première fois (pi'il me fut présenté je pus cjuverser avec lui. Il rét>ondait si clairement à mes

102(1 IIUM Ill.hS |)i; l.\ >FNs|Uil.llK l.l l)|;s .sKNS.

«|llt•^ll()lls. (| lie l'aurais ciii (ju'il m'ciilciidail, si je n'avais clr prcvcmi (Itî sa .siii'di-iMUliti^' ; il me coiiiprciiail aux iiiouvciimmHs de iiil'S livres. Mais je reviens au suj(!t |»riiic,i])<il de celle; noie, à la eurahilil*' de la Miidi nujtde nerveuse. Je vais l'\|)()^e|• l'ohservalinn (jU(; M. Iloudin a bien voulu rédiger d'après lt;s notes (ju'il a jjii^es sui' les resullals progressifs du Iraileniont suivi par sou j(;une i)uusionuaire.

OnsKRYATioN l'-CLV. — Surdt -initliU' cunijriiiUilt'^ ami-Uonu; pur lu [(ira- (lisalion de Li corde du tympan et des nLuscles inotcurs du marteau.

Le jeune Albin \..., âgé de quatorze ans, dune bonne santé et sourd depuis la première année de son existence ; peut-ùlre même l'esl-il de naissance, car le père, en émettant la première opinion, n'ose la présenter comme une conviction, ne pouvant d'ailleurs invoquer à l'appui aucune circonstance de la vie de son enfant, à laquelle on puisse sérieusement attribuer la surdité accidentelle.

Cet enfant a éié traité sans succès pendant plusieurs années par divers médecins auristes (pendant trois ans, par le cathétérisme de la trompe d Eustache) ; c'est à la suite de ces traitements qu'on a dû prendre le parti de lui enseigner la parole sans le secours de Toreille.

Quand nous le présentâmes à M. le docteur Duchenne, l'enfant n'entendait rien. Il ne percevait, comme tous les sourds-muets de naissance, que les bruits imprimant à lair ou au sol un ébranlement capable d'affecter les nerfs tactiles, tels que le bruit du tonnerre, du canon, etc.

Par suite des plus persévérants efforts, Albin avait appris, malgré sa surdité profonde, à parler à peu près comme tout le monde, et à lire la parole sur les lèvres d'autrui avec une facilité des plus remarquables, de sorte qu'il nous a été facile de nous rendre un compte exact des impressions qu'il a ressenties, des résultats obtenus sous l'influence d'une première série de trente séances d'excitations électriques.

Dès la première séance, les symptômes les plus favorables se manifestèrent, les excitations électriques produisirent dans l'oreille une sensation que l'enfant compare à une espèce de chatouillement ou de picotement qui n'avait rien de désagréable, et qui se transforma bientôt (dans la même séance) en une espèce de bruit qu'il nous rendait par les sons iic tic, tac tac. Dans la deuxième séance une sensation de picotement à la langue, sensation que M. Duchenne regarde comme d'un bon augure, fut facilement accusée. Ces diverses sensations paraissaient faire un plaisir extrême à notre jeune malade, dont le regard étonné et la physionomie épanouie nous exprimaient encore mieux sa joie que ses paroles. Ces sensations étaient entièrement nouvelles pour lui, telle est du moins l'assurance qu'a plusieurs reprises il nous a formellement donnée.

SlUDI-MUTITl'i. 1021

A la siiilcdc la Iroisième sisuirc, nous avons pu constaler l'existence do la gcnsibililr aiirlilivc : les Nuyclhs ti, o, onl élô positivomonl entendues, sur un Ion très élevé, il est vrai, et l'oreille placée très près do la bouche. Nous avons eu soin, toutefois, de laisser une dislance entre elles, afin que le sens tactile ne puisse saisir les mouvements de la dernière ; et le courant d'air vibrant, d'ailleurs, élail dirigé de manière à ne pas frapper les houppes nerveuses de la peau. Dans cette môme séance, les autres voyelles ont été distinguées des deux premières, mais elles n'ont été que confusément perçues. L'enfant les prenait souvent l'une pour l'autre. Expression de joie et d'étonnemenl en entendant celle fois la voix humaine; nouvelle assurance que cette sensation était entièrement nouvelle.

Après la quatrième séance les cinq voyelles furent perçues, l'oreille étant toujours près de la bouche, mais sur un ton plus bas, un peu plus élevé encore cependant que celui de la conversation ordinaire. L'a et l'o éla-ent reproduits sans hésitation aucune par l'enfant dès la première émission; les autres, pour èiro reproduites, avaient besoin dèlre émises plusieurs fois. Voici, du reste, l'ordre dans lequevl nous pouvons les ranger par rapport au degré de facilité avec lequel elles étaient pergoes: 1° a, 2<* o, 3° e, 4° t, 5° u.

Ce progrès ne s'est pas arrêté. Dans l'intervalle des trente séances l'enfant est arrivé à saisir par l'oreille une centaine de mots avec lesquels l'ouïe est aujourd hui familiarisée, et sur lesquels il ne se trompe généralement pas. Quelques phrases courtes, comme Où est Ion chapeau? Donne-moi mon chapeau, sont elles-mêmes perçues à une très petite distance et sur un ton peu élevé. Nous avons aussi voulu exercer l'enfanta s'entendre lui-même; ce à (juoi il parvient en élevant la voix.

Des expériences non moins concluantes sont celles que nous avons faites chaque jour à laide de l'orgue harmonium. Avant la première séance, certaines notes basses n'étaient perçues que par les nerfs tactiles, de la mémo m.anière que les bruits exi)losifs. Aussitôt après cette première séance, nous avons remarqué que l'oreille était j)lus ou moins affectée par ces mômes notes. Chaque jour, ou dans l'intervalle de deux ou trois jours, l'oreille saisissait ensuite plus ou moins régulièrement une ou deux noies de plus ; do sorte qu'après avoir atteint et dépassé le médium correspondant à l'échelle de la voix de baryton, nous avons fini par arriver aux notes les plus élevées, qui m'ont toujours paru les plus difliciles à saisir pour nos enfants. Dans l'intervalle de ces trente séances, nous avons ainsi parcouru un clavier de cinq octaves 1/2. soit de 35 à 10 notes réellement acquises.

Dans ce môme espace de temps, diverses autres circonstances sont venues confirmer encore et surabondamment l'amélioration déjà si évidente de l'état de l'ouïe. Dès les premières séances, lenfant a poussé un crid'étonnem(mt (^ (le joie, et porté vivement les mains aux oreilles, en entendant le

102*2 Tiuiini.Ks Dr. i\ sknsiiui.itk i.t dms sens,

^illli'l (rum^ locoiiiotivo. Ouohpics jours nprcs, c'étnil le sifflol hraiicoup iiKims inlenso dos condiictours d'omnibus qui produisait le in^iuc cfftt. A peu pros à la m^mo é[)()que, commo nous Iravorsions avoc l'enfant une fêle des environs do P.iris, il nous a fait remarfpier à plusieurs reprises qu'il entendait la musique des saitimbancpies. Les années |)récédentes cette m^^me nuisique ne lui avait fait aucune espèce d'impression. Le l.'i août (jour correspondant à peu près a la quinzième séance), des Champs-Elysées à la hauteur de la rue deChaillol, l'enfant nous a affirmé entendre les explosions du feu d'artilice tiré sur les hauteurs du Trocadéro. A la môme époque, le bruit des voitures, rue de la Chaussce-d'Antin, lui faisait fréquemment porter les mains aux oreilles comme pour éviter une sensation trop forte, désagréable.

Une remarque imporlanle à faire, conii)lément naturel de cette observation, c'est le secours puissant que nous a prêté l'orgue j)our le développement lent, mais progressif, de l'ouïe réveillée sous l'inûuence des excitalions électriques. Bien des fois il nous est arrivé de prononcer quel- (|ues mots sur un ton très élevé. Ils n'étaient point entendus même après avoir été répétés plusieurs fois. Cinq minutes daudition attentive près du clavier de l'orgue, pendant lesquelles nous saturions pour ainsi dire l'oreille de soins nriéthodiquement gradués, suffisaient pour que les mêmes mots fussent tout à coup entendus sur un ton beaucoup moins élevé, et quelquefois même sur le ton de la conversation.

En résumé, il s'agit ici d'un enfant dont la surdité, qu'elle soit congénitale ou qu'elle soit seulement accidentelle, était assez profonde pour le condamnera un mutisme complet, qui, mis en possession de la parole sans le secours de l'oreille, par des efforts inouïs de patience et de persévérance, n'entendait absolument rien, pas même les plus puissantes vibrations de l'orgue, lorsqu'il me tut présenté. Cet entant, après trente séances de faradisation de l'oreille moyenne et interne, a non-seulement entendu de trentecinq à quarante notes de l'orgue, mais encore le sifflet des conducteurs d'omnibus, la musique d'orchestre en plein air, les explosions d'un feu d'artifice tiré à 5 ou 600 mètres de distance au moins, et enfin ce qui est plus péremptoire encore, les sons mêmes de la voix humaine et une centaine de mots articulés. Le fait est certainement digne du plus profond intérêt et de la plus sérieuse attention.

Après une absence de près de deux mois, l'oreille était à peu près dans le même état qu'au départ. Il y avait affaiblissement dans le degré d'aptitude fonctionnelle, résultat évident du défaut d'exercice; deux ou trois notes de l'orgue (les plus élevées) étaient perdues; mais ellesont été regagnées par la reprise "des exercices.

.siiU)i-MrTnK, \{)'2?>

(](' (iii'il iiii|)()i'tt' (le (•(Histalcr, c'est que le i\i''^H' (l'iirii(';li()i';ili()ij obloniio dans IV-taldc roiiïc n'avait pas diiniimt'. Le traitement scia continue.

A la nH''nie ('jXHiue, ji; faisais une tentative eleelro-lliéraijenticiue analogue chez une jeune fille affectée de surdi-mutité con^'énitale, et chez laciuelh' (ni avait essayé, sans aucun ij-sultat, un(; foule (h* traitements. Pendant trois années, M. Hubert Valieroux, dont tout le monde ct)nnaît l'habileté, avait piaticjué le catliétérisnie. Ce savant médecin auriste se croyait d'autant plus lomb» à en obtenir de bons r(''sullats, (juo, par la même m(''ll)o(le de traitement, il avait {4uéri U) frère d(î cette jeune lille, (pii était sourd-nmet de naissance. Aussi la famille avait-elle prié 31. Hubei't Valieroux de continuer ses soins avec une «grande persévi-rance. F^e frère et la sœur, d'un teni[)érameut lymphatiques, olfraient une obstruction des trompes (rKustache. Le cathétérisme, loTigtem[)S prati(pié par M. Hubert Valieroux, les avait conq)létement (h'barrassées. Chez le jeune garçon, l'ouïe s'était développée progressivement; mais sa sœur était restée aussi sourde ciu'auparavant. La conclusion à en tirer, c'est que l'obstruction des trompes causait seule la surdité chez le premier, taiulis (pie chez l'autre il existait, en outre, soit une altération anatomi([ue d'une partie quelconque de l'oreille moyenne ou interne, soit une paralysie du nerf auditif (nous verrons bienl(H quelle (Hait la nature de cette? surdité). Après trois années, le cathétérisme, toujours très pénibU; chez mademoiselle X..., et (jui avait été pratiqué régulièrement trois ou quatre fois par semaine, dut être abandoniu'. Alors M. Valade Cabel fut chargé d'enseigner [)endant queUjue temps la parole à mademoiselle X..., et de lui appiendre à lire sur les lèvres. Une dame d'uiK! haute intelligence s'est ensuite dévouée à son éducation, a]>j)li(piant la nuHhode de iM. Valade (iabel au dévelopj)cment de sa parole. Elle a suivi jour par jour l'intluence de» la laradisation de la corde du tympan et des muselés moteurs des osselets sur Touïe de sa jeune élève. Je vais publier ci-dessous, sous forme d'observation, une note où elle a bien voulu consigner les modiOcatiniis constatées pendant ce traitement.

Observation (T.LVL — Surdi-miililc congénitale tniikc })ar lu furadifiiilion (le la corde du tympan et des muscles moteurs de lu membrune du lymimn.

« Madeinoisclie JennyO..., sourdo-nuielle de naissance, a été Irailéojt.nr le catliélérisin(% et par tous les moyens connus jiistiu'ici contre celle infir- ?rité. riusieurs modes «réiccliisation ont aussi élé emjJoyés sans succès.

•10'2^ iintiiuis 1)1 I ,\ si'N^iiiii m. Il id.s .SK.N-.

> l/oit'illc jzniiche fciiiI)I(î Ôlrc un peu inoms inci tf (juc l.i droilc : de» tons Iro foris cl ItL'S aigus pjiiiissent ralleclcr. L»; mol paim cl lu pri'iion» do rt'ufanl soul per(;us cl rcju'lcs ; uiais ces mc'^mcîs mois, articules avec la bouche sur la niaiu de Jenny, sont (^galouiont répétés par elle, (pioi (ju'elle u'ail pu voir lo luouvenicnt des lèvroi». Cetle jeune enfant est vivo, sensible, inlelligenle et très nerveuse; on peut croire que le tact l'aide autant que l'ouïe à percevoir ces deux mots. Elle entend un |)eu la voix humaine, mais il est impossible de faire percevoir une seule syllabe en dehors des deux mots dont j'ai parlé, ni de constater aucun autre signe d'audition.

» Le 9 juin 1859, nous avons, monsieur, commenté voire Irailemenl, et voici le résultat de mes observations annotées chaque jour et après chaque exercice. Jenny avait alors treize ar)s.

I) Le M juin, après la neuvième séance, l'oreille gaucho, que nous appelons la bonne, semble percevoir quelques sons: une sonnette agilée près de loreille, un réveille-malin mis en mouvement tout près aussi, sont entendus. Jenny dislingue très bien quand ce bruit cesse ou reprend. Enfin quelques mois dune et de deux syllabes sont entendus et répétés. Mais il y a intermittence : le lendemain l'audition est à peu près nulle. Nous oscillons ainsi du 17 au 24 juin. A la quinzième séance, l'oreille droite, la mauvaise oreille, celle qui n'a jamais rien enlendu, perçoit lout à coup la voix ; plusieurs mots dune et de deux syllabes sont assez nettement distingués et répétés. L'oreille gauche ne reste point en arrière, et, à partir de ce jour, l'une et l'autre ont progressé à l'unisson.

» Mais nous continuons à subir des oscillations considérables: il est des jours où nous n'avons aucune audition ; d'autres, au contraire, où nous sommes tout surpris de faire entendre des mots d'une, de deux et même de Irois syllabes.

» Le 4 juillet, malgré la continuation exacte des visites chez vous,raudilion se trouve presque entièrement supprimée; le 5, même situation. Enfin un violent coryza se déclare et il explique notre désastie. Le traitement est interrompu pour quelques jours. Mais sur votre avis, monsieur, nous le continuons et nous achevons voire cure de trente séances, à travers ce coryza, sans reconquérir le moindre degré d'audition. Le rhume dura assez longtemps ; ce ne fut que vers le 1 I juillet qu il commença à décrotlre, et le 12 il y avait déjà quelque amélioration dans l'audition ; le 13, l'ouïe était relevée à une très bonne moyenne des oscillations antérieures : ce degré s'est maintenu et s'est même un peu accru par l'exercice. Nous partons alors pour la campagne, et pendant un intervalle de trois mois nous constatons un progrès désormais incontestable : il est de rien a quelque chose. C'est un pas immense qui nous permet d'exercer l'ou'ie, d'apprendre a répéter un assez grand nombre de mots.

i> Toutefois c'est peu encore : il faut |:arler très fort et très près de l'oreille,

SI HDI-MlJilTÉ. 1023

CM (jui rend les exercices fatig;mls. Les mois sont souvent rendus dune façon très confuse et inintelligible. L'ouïe manque enlièniinenl d'acuité; plusieurs voyelles .ne sont pas distinguées do leurs voisines plionéli(iues ; plusieurs consonnes sont enlièrenient confondues entre elles, sans qu'aucun exercice puisse réussir à les faire reconnaître.

» De plus, malgré toutes les précautions contre les iniluences atmosphériques, il y a encore de très grandes inégalités, et la fixité d'une temi)érature chaude et sèche n'en maintient aucune dans l'audition de notre chère enfant.

» Le 20 octobre, nous reprenons le traitement et nous commençons la seconde cure. Les premières séances ne semblent donner aucun résultat: l'audition est relativement très mauvaise. Vers la dixième faradisation, il y a progrès; le mieux augmente rapidement pendant quatre ou cinq jours. On peut faire entendre à voix presque ordinaire de petites phrases en assez grand nombre. IMais les oscillations reviennent plus grandes que la première fois. Du jour au lendemain, l'audition s'élève, mais semble n'avoir fait un effort que pour retomber plus bas. Vers la seizième faradisation, survient sous l'oreille droite un gonflement douloureux, et il faut interrompre pour trois semaines. Pendant ce temps le peu d'exercices possibles sert du moins à constater et à maintenir un progrès nouveau. Nous reprenons ensuite le traitement, et les oscillations recommencent. Cette seconde cure s'est terminée seulement vers la fin de décembre.

» C'est avec une bien réelle satisfaction que je constate pendaiit cet intervalle un progrès précieux dans l'audition. Les inégalités qui nous ont tant affligées ne se reproduisent plus, du moins elles se sont amoindries. Il n'est plus besoin d'une émission de voix aussi forte pour faire entendre des phrases un peu plus étendues que les premières ; on peut s'abstenir d'appliquer, comme il y a trois mois, la bouche, pour ainsi dire, sur l'oreille, et je me fais souvent entendre à voix presque ordinaire, à la distance de 2 ou 3 centimètres.

» J'ajouterai une observation : j'ai cru remarquer plusieurs fois que le temps sec, la gelée par exemple, non-seulement n'ajoute rien à l'acuité de l'ou'ie, mais semble au contraire nous ôler quelque chose. Avec la reprise de la gelée j'ai souvent trouvé une diminution assez notable.

» Le 17 mars 1860, nous commençons la troisième cure, et mes observations annotées chaque jour me donnent ce résumé : dès les premières faradisalions, 1 audition, qui était restée assez égale pendant l'intervalle, et malgré les variations atmosphériques de l'hiver, est troublée de nouveau et semble s'affaisser; mais cela ne dure pas, et le 23 mars il y a déjà amélioration. Toutefois Jenny se plaint de douleurs d'oreilles que le bruit de la voix augmente. Le 3 avril, sous l'influence du traitement, les douleurs continuent et l'ou^ie est considérablement affaissée. Le 7, 1 audition est très bonne, on peut parler assez bas ; mais l'enfant est souffrante : elle se plaint

nCCIIENNF.. 6^

lO'JC) inoinii-s Di; i \ sfnsihii, ni: \.v i)i;s stNs,

l)(Mm(Mi|) (Icdoiilciirs iiiiUxir (In cou cl des orciII(S. I.cs cNcrriccs lui sont Toil <l(''s.i^M('Mbl('S. I.n 9, jo conslalo un prn;,M(s frii|»ii;nit djins l'.indilion à dislanrr ; plusieurs bruils sont ontciidus el souvent in^^nin la voix : ainsi en appolanl Jcnny, la -plupaildu temps elle se relourno en répétant son nom. Le 1 3 avril, audition excellente ; elle n'a jamais été aussi boruie. Si les proprés se soutenaient ainsi, nous arrivericns en peu de temps. Les jours suivants nous perdons un j)eu, mais lo 20 avril hî i)rogrès est considérable. L'audition est vraiment très satisfaisante; elle prend de l'acuité. Le dimanche 23, .lenny assiste au catéchisme do sa paroisse; elle entend les chants des jeunes filles et y prend plaisir. FJle en est fière, et, à j)ariir de ce jour, elle me demande à y assister réguhèrement. Elle m'assiire rpielle entend la voix du catéchiste, sans toutefois distinguer ce qu'il dit. L'audition se soutient très bien jusqu'à la fin de la cure, qui a lieu le 2 mai.

j)Un enchifrènement survient le 3, et nous voilà retombées: l'ouïe est dure, pénible ; Jenny ne se prêle pas volontiers aux exercices. Le 4, l'audition est très bonne, quoique Jenny soit extrêmement nerveuse. Encore un peu plus d'acuité, et nous serions sauvées. Les consonnes sont beaucoup mieux distinguées entre elles. Il y a un progrès considérable. Le 10 mai, grande diminution, l'acuité acquise a disparu ; le 4 6, seulement le progrès se retrouve dans son intégrité, mais il ne se soutient pas. L'enfant est si importunée par la voix, si fatiguée des moindres exercices, qu'il semble que tout soit perdu. L'audition est très mauvaise. État lymphatique, sensibilité très grande. Jenny prend du fer. Cette mauvaise disposition dure jusqu'au 28, et alors, comme toujours, l'ouïe se relève tout à coup. La leçon est enlevée avec entrain ; et Jenny écrit sous ma dictée, faite à son oreille, une petite demi-page. L'enchifrènement qui avait disparu est revenu assez fort. Le 26, l'ouïe est mauvaise; le 28, excellente. A partirde ce moment, la moyenne se produit enfin; notre acquis se régularise et peut s'apprécier. Le résultat de cette cure est bon et relativement considérable. L'ouïe a pris de l'acuité, elle s'exerce dans une certaine mesure, à dislance.

» Sans doute Jenny n'est pas encore une entendante; son audition ne peut suffire aux communications sociales. Elle est même encore insuffisante pour l'éducation ; cependant je commence à en tirer une grande et réelle utilité.

» Mais celte jeune fille a une organisation si impressionnable que les moindres influences morales retentissent sur son ouïe encore faible et peu exercée. La timidité et la distraction que lui cause la présence de personnes étrangères lui enlèvent une grande partie de ses moyens. Elle distingue alors beaucoup moins bien les mots et les petites phrases qu'elle entendait l'instant auparavant. De plus, malgré le désir qu'elle a d'entrer en rapport avec ceux qui l'entourent, sa nature vive et primesautière répugne à une attention longtemps soutenue. Ces circonstances n'ont pas permis jusqu'à présent

Si:iU)l-.MLTITK. 1027

aii\ pcrtoiiiies moines de sa rainille do conslaler aussi bien que moi ses progrès.

» J'ai fait une autre observation. Si je vois Jenny enjouée et animée se prêter volontiers à sa leçon, je suis assurée que l'audition sera bonne. Si, au contraire, cette [)elite sensitive éprouve quelque légère contrariété, ou si par soumission seulement elle se résigne à ses exercices, il y aura déchet, souvent même presque pas d'audition. L'ouïe plus ouverte et percevant le.^ bruits voisins inilue-t-elle sur Ihumeur de lenfant ; ou bien I état général agit-il sur l'ouïe ? Je ne saurais répondre à cela ; mais j'aflirme le fait comme constant.

» Le 22 juin, nous avons commencé une quatrième cure qui a été interrompue par une indisposition de Jenny, et ensuite par votre absence d'un mois, monsieur ; elle ne s'est achevée que le 17 août. Faut-il attribuer à cette interruption le peu de progrès que nous y avons fait? A cet égard , cette dernière cure a été très inférieure aux [irécédentes. Je dirais presque quelle a été nulle, si, malgré un grand voyage et de longues vacances, pendant lesquelles on ne l'a presque pas exercée, ma chère enfant ne m'était revenue avec l'intégrité au moins de l'ouïe qu'elle avait en partant.

» Aujourd'hui 30 janvier iSGI, après six mois bientôt d'interruption du traitement, l'audition est meilleure qu'elle n'a jamais été, et je crois pouvoir dire sans exagération qu'il y a progrès sur tout le passé. J'ajoute que si l'ouïe restait comme elle est en ce moment, elle serait presque suffisante pour les besoins de l'éducation.

» Oui, monsieur, l'impressionnabilité toute particulière, la timidité de cette charmante enfant, ont souvent empêché les étrangers et même les personnes de sa famille, d'apprécier ses progrès. îMais moi qui ai la conscience et la conviction de tout ce que nous avons acquis sous l'influence de votre traitement, je ne puis, en considérant ce qu'a donné le passé, me défendre d'espérer de nouveaux progrès pour l'avenir.

» Jehûtede mes vœux l'instant où nous pourrons reprendre nos bienfaisantes cures qui ont été interrompues par des circonstances indépendantes de ma volonté.

» La vérité, la plus scrupuleuse observation hxée chaque jour par des notes, n\'ont dicté ces renseignements que j'ai 1 honneur de vous transmettre. »

Les trois laits de surdi-mutité que j'ai relatés ci-dessiis portent en eux-mêmes leur eonelu.siou. ils t'ialdissent d ime luuniere incontestable que eertaines surdi-mutilés peuvent être améliorées à des degrés divers.

Leur diagnostie ue saurait être révoqué en doute; d'ailleurs, j'ai

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