I. — APPAREILS MAGNÉTO-ÉLICTRIQIitS
A. Double induction. — Quelle que soit la théorie physique des phénomènes de la double induction, dans les appareils magnétoélectriques, — théorie sur laquelle les physiciens ne larderont pas, j'espère, à s'entendre, — on ne saurait nier aujourd'hui queles courants qui émanent de chacune des deux hélices, exercent, comme dans les. appareils électro-dynamiques, des actions physiologiques qui les distinguent entre eux et qui répondent à des indications thérapeutiques spéciales.
11 est ressorti en effet des faits, des expériences et des considéralions que j'ai exposés antérieurement (chap. i, p. 22) :
1° Que le courant de la deuxième hélice excite plus vivement la rétine que la première hélice, lorsqu'il est appliqué à la face ou sur le globe oculaire, r.ar l'intermédiaire des rhéophores humides (voy. A, p. 23);
2° Que le courant de la deuxième hélice excite plus vivement la sensibilité cutanée que le courant de la première hélice (voy, R, p. 23) ;
3° Que le courant de la première hélice exiite plus vivement que celui de la deuxième hélice la sensibilité de certains organes placés plus ou moins profondément sous la peau (voy. C, p. 24);
4° Que, dans la faradisation des extrémités nerveuses par action réflexe, le courant de la deuxième hélice provoque des contractions musculaires plus énergiques que le courant de la première hélice (voy. D, p. 25) ;
0° Que lorsque les rhéophores humides sont appliqués sur la surface cutanée, le courant de la deuxième hélice pénètre plus profondément dans les tissus que le courant de la première hélice (voy. E, p. 2(3) ;
7° Que les actions physiologiques différentielles des courants de la première et de la deuxième hélices ne peuvent être appliquées indifféremment à la thérapeutique (voy. A, p. 34).
Comme corollaire des propositions qui précèdent, il faut donc conclure que tout appareil magnéto électrique destiné à la pratique médicale, qui ne possède pas la première et la seconde hélices construites dans certaines proportions relatives de sections et de longueur de feurs /ils, ne répond pas à tous les besoins de la thérapeutique.
Les préceptes qui précèdent n'ont pas lardé à exercer une grande influence sur la fabrication des appareils magnéto-électriques. En
effet, soit qu'ils en eussent compris l'importance, soit qu'ils voulussent répondre aux demandes des médecins, les fabricants des appareils magnéto-électriques les plus répandus , dans la pratique médicale, MM. Breton frères et Gaiffe leur ont appliqué la double induction.
C'est sans doute par oubli que M. C. Le Roux n'a pas signalé cet important perfectionnement de l'appareil magnéto-électrique de M. Gailfe, dont il a fait d'ailleurs un éloge mérité (voy. p. 286). Cet oubli est d'autant plus regrettable, que cet habile fabricant a su trouver les proportions relatives de section et de longueur des fils en rapport avec la puissance de l'aimant, qui donnent aux hélices le maximum d'action physiologique différentielle. M. Gaiffe a fabriqué un petit, un moyen, et un grand appareils magnéto— électriques, et c'est aux deux derniers modèles qu'il adapté la double induction. Il est à regretter que l'on ne trouve dans les hôpitaux de Paris que le plus petit modèle bien insuffisant non-seulement par la faiblesse de son courant, mais aussi par l'absence du courant de la deuxième hélice.
MM. Breton frères ont livré au commerce un grand et un petit appareils magnéto-électriques. D'aprèsM.LeRoux,ils auraient essayé d'ajouter la double induction au premier modèle.
J'ai eu l'occasion d'examiner l'action différentielle des deux hélices de l'un d'eux que j'ai rencontré dans un de nos hôpitaux de Paris, et, à ma grande surprise, j'ai trouvé que les caractères distinctifs de leur action différentielle étaient a peine appréciables.
Quelle en est la raison ? MM. Breton frères ont-ils observé les proportions de section et de longueur que doivent avoir, pour la production de la double induction, les fils de la première et de la seconde hélices, eu égard à la force initiale de l'aimant? les deux hélices sont-elles parfaitement indépendantes l'une de l'autre? Ne les ayant pas débobinées, j'en ignore la véritable cause. Usera facile à ces habiles fabricants qui ont tant contribué à vulgariser l'application des courants d'induction, enconstruisanl, les premiers, lesappareils magnéto-électriques les plus portatifs, de remplir le desideratum qu'il était de mon devoir de signaler ici .
B, Intermittences lentes ou rapides. — Dans l'article (ehap. i, art. 1er) où j'ai exposé les propriétés: et les dispositions particulières que doit posséder tout appareil d'induction destiné à la pratique médicale, j'ai fait connaître l'action spéciale des intermittences lentes et des intermittences rapides, 1° sur la conlractilité électromusculaire, 2° sur la sensibilité musculaire, 3° sur la tonicité musculaire, 4° sur la nutrition musculaire, 5° sur la sensibilité électrocutanée.
Ensuite j'ai pasré en revue les principales conditions patholog;-
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ques dans lesquelles les intermittences rapides méritaient la préférence etdans. lesquelles elles étaient formellement contre-indiquées et dans lesquelles devaient être remplacées par des intermiltences plus ou moins éloignées, sous peine de produire quelquefois des accidents. Il faut en conclure que tout appareil magnéto-électrique qui n'est pas construit de manière à fournir des courants avec des intermittences lentes ou rapides, selon les indications thérapeutiques à remplir, ne sont pas applicables dans un grand nombre de cas.
C'est ce qui vient d'être compris enfin par M. Gaiffe, qui, à l'imitation de mon appareil magnéto-électrique, ne laisse arriver aux électrodes qu'une ou deux intermittences par révolution de la grande roue.
11 est à espérer que tous les fabricants d'appareils magnéto-électriques suivront cet exemple facile à réaliser. Ce sera un grand progrès.
C. Graduation. — Tout appareil d'induction médicale doit pouvoir distribuer ses courants à des doses proportionnées aux différents degrés'd'excitabililé très-variables, dans l'état de santé ou dans l'état de maladie, des nerfs sensibles ou moteurs, des muscles et d'autres organes situés plus ou moins profondément (voy. § IV, p. 228); en outre la graduation doit se faire exactement et sur une échelle d'une étendue suffisante (voy. § II, p. 229).
Sans ces conditions, les appareils magnéto-électriques sont souvent inapplicables à la pratique médicale.
Les appareils de Pixii, de Clarke et de Saxlon sont complètement dépourvus de graduation. C'est Page qui, le premier, a essayé de l'obtenir en mobilisant l'aimant de son appareil magnéto-électrique (voy. fig. 68) et en le rapprochant ou en l'éloignant plus ou moins du fer doux. Celte idée reposait sur ce principe : que, dans un appareil magnéto-électrique, plus l'aimant est éloigné de son fer doux ou de son électro-aimant, plus l'influence inductrice des changements alternatifs d'état de ces aimants s'affaiblit et vice versa.
Depuis lors, ce mode de graduation a été imité par la plupart des fabricants. Mais il est très-défectueux, car il n'existe aucune proportionnalité entre les divisions dugradualeur et la diminution ou l'augmentation d'intensité du courant, lorsque l'on éloigne ou que l'on rapproche l'aimant du fer doux.
Le gradualeur est, en général, une petite tige métallique qui sert à éloigner ou à rapprocher l'aimant du fer doux. Ce graduateur a un centimètre et demi environ de longueur; son action ne devient sensible que dans sa seconde moitié, parce que, dans cette première moitié, le fer doux n'exerce sur l'aimant aucune influence physiologiquemenl appréciable, chez l'homme. A partir de la seconde moitié, à peu près, du graduateur, le courant va croissant dans des propor-
lions énormes(dans des proportions géométriques, presque en raison du carré des distances). II est impossible de doser exactement h puissance faradique sur un système de graduation aussi irrégulier.
D'autre part, la progression du graduateur et l'accroissement de la force du courant d'induction fussent-ils dans des rapports exacts, en d'autres termes, l'augmentation ou la diminution de l'intensité du courant fussent-elles dans des proportions arithmétiques, ce système de graduation n'en serait pas plus applicable à la faradisalion localisée, ni à certaines recherches physiologiques ou pathologiques ni même souvent à la thérapeutique, parce qu'elle ne se fait pas sur une échelle d'une assez grande étendue.
On a vu cependant que j'ai appliqué le système de. Page à mon appareil magnéto-faradique (avec cette différence, qu'au lieu de l'aimant, c'est le fer doux que j'ai rendu mobile), mais que je l'ai employé seulement comme modérateur des courants (voy. E, p. 271), c'està-dire qu'il est destiné à convertir l'appareil magnéto-électrique le plus puissant en un appareil plus ou moins faible, dont je mesure les doses fortes ou les doses les plus faibles avec les cylindres métalliques graduateurs (voy. D, p. 271). Ce système de graduation par îles cylindres n'est applicable qu'aux hélices enroulées sur l'aimant.