C11AP. I. — PARAL. CONSÉC. AUX LÉSIONS DES NEUFS MIXTES
membre malade; la peau était aussi d'un blanc mat et dépourvue de veines apparentes dans les mômes régions (à l'avanl-bras et surtout sur la face dorsale de la main); après quelques mois de traitement, les veines dorsales étaient presque aussi développées que du côté sain, et la circulation capillaire y paraissait notablement améliorée.
Réflexions. — Les phénomènes musculaires qui ont été observés successivement chez Vanbelle, pendant le retour de la nutrition et des mouvements dans ses muscles, intéressent la physiologie musculaire au plus haut degré; je les ai exposes ailleurs (1).
Cette paralysie doit-elle être attribuée à une commotion du plexus brachial, ou bien à la contusion ou à la déchirure des nerfs qui le composent? Je ne discuterai pas longtemps cette question, qui a été traitée par Malgaigne et par M. S. Empis (2). Je dirai seulement que Malgaigne n'a pas trouvé, sur les sujets qui ont eu, pendant la vie, une paralysie consécutive à une luxation scapulo-humérale, de traces de déchirure ou de contusion des nerfs du plexus brachial, et qu'il n'a jamais pu produire, sur le cadavre, la déchirure des nerfs de ce plexus, quelque traction qu'il eût exercée sur le membre supérieur. Il a conclu de ces faits que la paralysie consécutive à la luxation scapulo-humérale est le résultai de la commotion du plexus brachial. Je crois, avec M. Empis, que c'est la même lésion nerveuse (la commotion) qui a causé la paralysie du sujet dont l'observation vient d'être rapportée, et je puis étayer l'opinion de Malgaigne (la possibilité de la commotion du nerf comme cause de paralysie) d'un autre fait (obs. XXXV), qui me paraît établir que la commotion de quelques nerfs du plexus brachial occasionne quelquefois la paralysie atrophique des muscles auxquels ces nerfs se distribuent.
Le membre entier, chez Vanbelle, était amaigri; tous ses mouvements étaient abolis; il était donc naturel d'en conclure que tous ses muscles étaient également affectés, ou, en d'autres termes, que tous les filets nerveux qui les animent avaient souffert au même degré; or, on a vu que les muscles situés au-dessous du deltoïde avaient perdu leur conlractililé électrique, et que ce sont justement ceux-là qui se sont atrophiés le plus rapidement', tandis que les autres muscles paralysés, qui avaient conservé cette propriété, non-seulement ont échappé à l'atrophie, mais encore qu'ils ont recouvré leurs mouvements volontaires en quelques séances; quant au deltoïde, dont la contraclilité électrique était seulement un peu affaiblie, il a fallu un peu plus de temps pour lui rendre sa motilité.
(1) Duclienne, De l'électrisation lo:aliséc. Paris, 1855, in-8, p. 259. — Physiologie des mouvements, p. 25G. Paris, 1SG7.
(2) S. Empis, tlièse.
On doit en conclure que la perte de la contraclilité électrique, dans les muscles placés sous la dépendance d'un nerf lésé traumatiquement, est un signe d'autant plus fâcheux, que cette contraclilité est plus affaiblie.
L'absence de la contraclilité électrique dans certains muscles pouvait faire craindre que ces derniers fussent perdus à tout jamais; mais le malade accusant encore quelque sensibilité, lorsque je soumettais ces muscles à la faradisation, — ce qui annonçait que la communication nerveuse n'était pas complètement interrompue (I), — je pus annoncer au professeur Roux, en m'appuyant sur des faits antérieurement observés, que, tôt ou tard, sous l'influence de l'excitation électrique, ces muscles reviendraient a la vie. C'est, en effet, ce qui est arrivé à ces muscles qui, avant de retrouver leur nutrition et leurs mouvements, éprouvèrent, comme on l'a vu, une surexcitation de la sensibilité (une hypereslhésie momentanée), sous l'influence du traitement. Vhyperesthésie musculaire qui se développe sous l'influence de la faradisation dans un membre paralysé par une lésion traumatique de ses nerfs, est donc un signe favorable.
La succession des phénomènes thérapeutiques qui se manifestèrent sous l'influence de la faradisation localisée , chez Vanbelle, est d'autant plus remarquable, que je les ai vus se reproduire, dans le même ordre, dans des cas analogues. Voici le résumé de ces phénomènes, dans l'ordre de leur manifestation : 1° retour rapide des mouvements volontaires dans les muscles qui n'avaient pas perdu leur contraclilité électrique; 2° exaltation de la sensibilité (hypereslhésie) dans les muscles dont la contraclilité électrique avait été profondément lésée et dont la sensibilité était seulement diminuée; 3° retour de la nutrition et ensuite des mouvements volontaires dans les muscles du bras, de l'avant-bras, et enfin de la main.
L'action thérapeutique de la faradisation localisée, sur les muscles dont la contractiblé électrique avait été gravement altérée, a été très-lente; il ne pouvait en être autrement, car évidemment la faradisation localisée ne peut donner la vie à des muscles privés de l'action nerveuse. Chez Vanbelle, l'excitation faradique n'a réellement commencé à agir sur ses muscles privés de contraclilité électrique, que lorsque les nerfs, par leur régénération, ont permis à l'influx nerveux d'arriver librement jusqu'à eux.
La guérison a été si lente, chez notre malade, qu'on serait tenté d'en refuser l'honneur à la faradisation localisée, et de l'attribuer plutôt au temps, et cela avec d'autant plus d'apparence de raison,
(1) J'avais remarqué que la commotion ou la contusion des troncs nerveux mixtes occasionnait généralement plus de troubles dans la contractilité que dans la sensibilité.