CHAT. I. — PARAL. CONSÉC. AUX LÉSIONS DES NERFS MIXTES
nous faire découvrir que ce muscle était lésé (I). On comprend cependant l'importance de ce diagnostic exact pour le traitement local qu'il faut faire subir alors aux muscles paralysés.
Les muscles faradisés sont devenus le siège de douleurs spontanées qui ont persisté un certain temps; mais ce symptôme a précédé (comme dans les observations XVIII, XIX, XX, XXI) le tour des mouvements; ce qui prouve une fois de plus que les douleurs qui suivent l'excitation électrique sont, dans ces circonstances, le signe d'un travail favorable à la guérison.
Observation XXIII. — Paralysie atropkvjue du membre supérieur survenue pendant le sommeil, attribuée à l'existence d'une tumeur de cause syphilitique, comprimant quelques filets du plexus cervical et du plexus brachial. — Diagnostic tiré de Vètat de la conlractilité électro-musculaire. — Impuissance thérapeutique de la faradisation. (Voir, pourles détails, Ëleclr, local., 2e édit., obs. XII.)
Réflexions. — Celle paralysie, survenue tout à coup pendant le sommeil, sans avoir été précédée de douleurs, chez un homme qui n'avait été exposé à aucune influence toxique, à aucune des lésions Iraumatiques des nerfs qui produisent les paralysies locales du membre supérieur, devait être rationnellement attribuée à une cause cérébrale. Celle opinion pouvaits'appuyer sur plusieurs observations analogues, que j'avais recueillies à la Charité (2), et sur un fait qui sera relaie plus loin, a l'occasion du diagnostic différentiel ; mais, clans tous ces cas, les muscles paralysés avaient conservé la faculté de réagir sous l'influence électrique ; tandis qu'ici, les muscles avaient perdu plus ou moins celte aptitude. En présence de ces phénomènes, je n'hésitai pas à éloigner toute idée de lésion cérébrale, comme cause de la paralysie. Une telle lésion musculaire ne pouvait être rapportée, selon moi, qu'à une altération ou des nerfs qui animent les muscles paralysés, ou du point de la moelle d'où ces nerfs prennent leur origine; et comme complément de ce diagnostic différentiel, j'annonçai que l'atrophie des muscles paralysés devait marcher d'autani plus rapidement, dans chacun des muscles, que leur conlractilité électrique était plus affaiblie tandis que l'atrophie musculaire ne s'observe pas dans la paralysie de cause cérébrale, qui expose seulement le membre attaqué par elle à un amaigrissement lent, par défaut d'exercice, mais limité.
Je plaçai le siège de la lésion principale dans certains nerfs émanant des plexus cervical et brachial. En effet, à un examen plus
(i; Il existe cependant un moyen sûr, quoique peu connu, de reconnaître, sans l'exploration électrique, la paralysie du lung supinateur. Pendant que le malade maintient solidement son avant bras dans la flexion et la semi-pronalion, et que l'on cherche à en produire l'extension, on voit et l'on sent, du coté sain, la contraction de ce muscle, tandis qu'il reste mou et flasque lorsqu'il est paralysé.
(2; Ducbenne, i'nion médicale, t. V, nn* 53 et ôi, 185?.
minutieux, on constata dans la région cervicale droite et au niveau de l'émergence des nerfs qui constituent ces plexus, l'existence d'un point très-sensible à la pression ; cette pression y déterminait une douleur qui s'irradiait dans tout le membre supérieur droit ; c'était aussi dans ce point que le malade rapportait des douleurs lancinantes qui revenaient irrégulièrement et spontanément. Non content de remonter ainsi par la faradisation localisée à l'origine de cette paralysie, je diagnostiquai l'état exact de chacun des muscles, et., en conséquence, de chacun des faisceaux qui entrent dans la composition des nerfs des plexus cervical et brachial. En effet, chez notre malade, certains muscles et même des portions de muscles placés sous la dépendance de ces plexus, avaient conservé leur contraclililé électrique ; ce qui annonçait l'intégrité de leurs filets nerveux. C'est pourquoi ces muscles n'étaient que faiblement paralysés. Ainsi, par exemple, ce malade, qui ne pouvait élever directement l'épaule du côté paralysé volontairement , parce que le tiers moyen du trapèze qui exécute ce mouvement était profondément atteint, ce malade , dis-je, élevait instinctivement cette épaule pendant une forte inspiration, grâce à l'intégrité de la portion claviculaire du trapèze et de l'angulaire de l'omoplate (les uniques agents de ce mouvement instinctif delà respiration). La rotation \olontaire de l'humérus en dehors, mouvement qui est dû au sous-épineux, se faisait encore. Le mouvement de l'humérus obliquement en dehors et en arrière n'était pas complètement perdu, parce que les fibres nerveuses qui animent ces muscles avaient peu souffert ou n'avaient pas souffert du tout, comme l'indiquait la conservation plus ou moins parfaite de leur contractilité électrique.
Traiter l'affection locale, cause de la paralysie, c'est-à-dire la lésion des plexus cervical et brachial du côté droit, telle était la première indication à remplir. M. Jarjavay, chargé provisoirement du service dans lequel se trouvait le malade, fit appliquer un vésicatoire sur la région postérieure du cou, et pensa que la faradisation des muscles paralysés pouvait entretenir, jusqu'à un certain point, la vie locale, ou diminuer le dépérissement inévitable des muscles qui ne pouvaient plus recevoir librement l'excitation spinale. Mais ni les vésicaloires ni la faradisation localisée ne purent arrêter la marche de l'atrophie, et, ainsi que cela avait été prévu, les muscles paralysés s'atrophièrent d'autant plus rapidement et complètement que leur contractilité et leur sensibilité avaient été plus profondément lésées. De plus, les douleurs, primitivement intermittentes et limitées à la région cervicale, devinrent continues et s'irradièrent dans tout le membre en s'exaspéranl la nuit.
Un mois après l'entrée du malade à l'hôpital, M.Nélalon, qui avait