CHAT. I. — PARAL. CONSÉC. AUX LÉSIONS DES NERFS MIXTES
repris son service, m'engagea à soumettre Je malade à un nouvel examen ; le diagnostic local (la lésion des plexus ou de leur origine) fut de nouveau confirmé par moi, à l'aide de la faradisalion localisée. Mais quelle pouvait ôlre la nature de celte lésion locale? M. Xélaton retrouva dans les antécédents une infection syphilitique, dont le malade présentait alors des symptômes tertiaires, -et pensa qu'une exostose pouvait bien être la cause de la lésion locale. Un traitement spécifique (le proto-iodure de mercure) fut alors prescrit; en peu de jours, les douleurs disparurent, puis la paralysie diminua progressivement dans les muscles qui n'avaient pas perdu leur contractilité électrique.
§ II. — Paralysies anciennes, consécutives à la lésion traumatique des nerfs mixtes (datant de six mois à quatre ans an moment du traitement).
Observation XXIY. — Paralysie atrophique des muscles de la main droite, consécutive à l'arrachement du nerf cubital. — Attitude vicieuse des phalanges avec déformation de leurs surfaces articulaires. — Sous l'influence thérapeutique de la faradisation localisée, appliquée quatre ans après le début, retour t° de la calorification; 2° de la nutrition des muscles animés par le ne>f lésé: 3° de la force tonique,puis des mouvements volontaires dans ces mêmes muscles ; 4° enfin } sous l'influence de la faradisation, amélioration de l'attitude des phalanges, pur l'augmentation de la force tonique des interosseux et des lombricaux. (Voyez plus luin les figures 87, 88, 89 el 90, représentant la main du sujet de cette observation, avant et après le traitement.)
Albert Musset, figé de dix-neuf ans, ouvrier typographe, demeurant rue Saint-Louis, n° 20, a perdu l'usage de la main droite, à la suite d'une blessure qu'il s'est faite à la partie antérieure de l'a\ant-bras, le 13 novembre 1840. Ayant eu le bras pris dans une mécanique, un instrument tranchant à bords mousses, enfoncé dans les chairs, à la partie interne de l'avant-bras, 4 à 5 centimètres au-dessus du métacarpe, a rasé la face intérieure du cubilu?, puis est ressoni en dedans du tendon du grand palmaire (A, fig. 87), en divisant par arrachement tous les tissus qui se trouvaient en avant. En conséquence, le muscle cubital antérieur , k-s faisceaux internes des fléchisseurs superficiel et profond, le petit palmaire, le nerf, cubital, l'artère cubitale, et peut-être aussi -la terminaison du nerf médian, ont dû être divisés par l'instrument tranchant. Cet ouvrier entra immédiatement à l'Hôtel- Dieu, dans le service de Roux, et ne l'ut guéri de sa blessure que trois mois après son entrée à l'hôpital ; sa main était alors amaigrie, el les deux dernières phalanges des doigts étaient constamment fléchies, sans qu'il pût les étendre. Le quatiième et le cinquième doigt de celte main ne pouvaient êlre étendus mécaniquement; ils semblaient retenus par la cicatrice (A, fg. 87), de l'avant-bras à laquelle adhéraient leurs tendons fléchisseurs. On parvint, au moyen des tractions graduées et continues, à rompre les brides qui les retenaient, et à les éter.dre aussi facilement que les autres doigts. Mais les mouvements
d'extension volontaire semblaient perclus à tout jamais; telle était, du moins, au dire du malade, l'opinion de Roux.
Les figures 87 el 88 montrent quel était l'état de sa main, avant le traitement.
Fig. 87. — Attitude vicieuse (eu griffe) de la main de Musset vue par sa face palmaire, avaut le traitement (*).
FiG. 88.— Attitude vicieuse (en griffe) de la main de Musset vue par sa face ducale, avant le traitement consécutivement à la lésion du nerf cubital (**).
Depuis sa sortie de l'Hôtel-Dieu, ce jeune homme avait épuisé tous les genres de traitement, sans pouvoir améliorer son état. Le 16 octobre 1850, époque de son entrée à la Charité, c'est-à-dire quatre ans après l'accident, sa main semblait être encore plus amaigrie et lui était plus incommode qu'utile.
Traitement commencé le 22 décembre 18o0. — Pendant cinq à six séances pratiquées de deux jouis l'un, l'excitation faradique a été dirigée seulement sur les. muscles de l'avanl-bras, sans que le malade ail éprouvé la plus légère amélioration. La faradisation a été ensuite limitée aux espaces inter-
(*) A. Cicatrice indiquant la direction prise par l'inst'iiment qui a divisé le nerf cubital et les tissus placés au-devant de lui. — B, B, B, B. Tètes des métacarpiens hypertrophiés. — C, D. Régions thénar et hypothénar , où l'on ne seul plus de tissu musculaire a t avers la peau, qui semble partout eu rapport avec les métacarpiens. On remarque dans les figures S 7 et 88 les reliefs ti es- prononcés des tendons exienseurs et fléchisseurs qui soulèvent la peau.
(**) La lésion du nerf cubital a été suivie de l'atrophie des iuterosseux et des deux derniers lombricaux. — Les muscles de l'avant-bras jouissant de leur liberté et se trouvaut privés de leurs modérateurs, les phalanges ont ele entraînées dans des directions vicieuses, et la main a pris la forme d'une griffe. — La dépression A indique l'origine de la cicatrice occasionnée par la blessure. — La griffe formée par l'extension des premières phalanges et la tlexion des deux dernières, se prononce encore davantage, quand Musset veut étendre les doigts. — Les premières phalanges sont subluxées eu arrière sur les métacarpiens, et leur flexion est limitée par l»s tètes de ces métacarpiens hypertrophiées en avaut.