CHAP. 1. — PARALYSIES COSSÉC. AUX LES. DES NEUFS MIXTES
électro-musculaire, j'ai pu prédire ces résultats avec la plus grande exactitude. Quelles conclurions aurait-on pu tirer de tous ces faits, si je n'avais pas suivi cette méthode, dans ces recherches électrothérapeutiques ? Il est évident qu'il en serait résulté une confusion qui aurait rejailli sur la pratique. Tel médecin, par exemple, à qui le hasard aurait fait rencontrer un de ces cas heureux, comme celui de l'observation XXXVI, aurait eu une foi aveugle dans l'emploi de la faradisation, tandis qu'un autre a qui serait échu un cas semblable à celui de l'observation XXXV, léger en apparence, aurait échoué avec cette même médication ; -il n'aurait certainement pas manqué de la condamner.
Est-il nécessaire de dire que ces considérations sont applicables aux guérisons des paralysies traumatiques des nerfs mixtes par les courants continus, dont la valeur thérapeutique ne saurait êlre appréciée, si leur diagnostic et leur pronostic n'avaient pas été établis exactement.
Les principes que je vais poser dans les §§ I, II, III, IV, V, VI et VII, ont été déduits des faits cliniques dans la plupart desquels le pronostic a été sévèrement étudié à l'aide de l'exploration électro-musculaire ; ils montreront la puissance thérapeutique de la faradisation localisée, qu'aucune autre médication ne saurait jusqu'à présent remplacer dans le traitement des paralysies traumatiques des nerfs mixtes. J'établirai aussi que l'on peut reconnaître les cas dans lesquels cette action thérapeutique devra être plus ou moins rapide.
§ I. — Action de la faradisation localisée sur la sensibilité.
L'action thérapeutique de la faradisation localisée sur les paralysies traumatiques des nerfs mixtes se manifeste, en premier lieu, sur la sensibilité. On a vu, en effet, que des membres paralysés qui n'étaient le siège d'aucune douleur, sont devenus très-sensibles après quelques séances, et cela d'autant plus que la lésion du nerf avait été plus profonde. Dans ce dernier cas (obs. XXII), le malade, dont les nerfs et les muscles supportaient un fort courant avant la faradisation, témoignait une vive douleur sous l'influence de la plus légère excitation électrique. Cette exaltation de la sensibilité se manifestait aussi à la pression; enfin, ce malade éprouvait des douleurs profondes dans le membre paralysé, dans l'intervalle des séances.
Celte hypereslhésie musculaire développée par la faradisation localisée a toujours été le signal du retour de la nutrition et des mouvements. En conséquence, l exaltation de la sensibilité des muscles et des nerfs, qui est produite par la faradisation localisée, est, dans ces
ART. IV. — ACTION TUERAPEUTIQUE DE LA FARADIS. LOCALISEE. 369
cas, un signe favorable. Cette proposition me paraît d'autant plus fondée que, lorsque la paralysie s'est montrée rebelle à tous les traitements, j'ai vu l'hypéresthésie musculaire ne pas se manifester.
Observation XLV. — En 1850, un malade était entré à la Charité, salle Saint-Félix, n° U, pour une paralysie à peu prés complète du membre supérieur, consécutive à une luxation scapulo-humérale et datant de deux ans. 11 avait été soumis à l'électrisation à l'hôpital Beaujon, quelques mois avant d'entrer à la Charité. Mais, soit qu'on ne sût pas diriger l'excitation dans les muscles paralysés, soit que l'appareil ne fût pas assez puissant, la paralysie n'en éprouva aucune modilicalion avantageuse. Ce malade disait n'avoir jamais eu de douleurs, ni d'exaltation de la sensibilité dans les muscles électrisés ; la sensibilité cutanée efmusculaire était, au contraire, obtuse au moment où je l'observai à la Charité. Mais sitôt que je dirigeai, à une dose suffisante, l'excitation faradique sur les muscles paralysés, le membre devint le siège de douleurs excessives qui nécessitèrent la suspension du traitement, pendant quelques jours. Bientôt après le malade exécuta des mouvements qu'il n'avait jamais pu faire depuis son accident, et put se servir de son bras pour un grand nombre d'usages. Malheureusement il ne voulut pas se soumettre assez longtemps au traitement, et son état fut seulement amélioré. Ce Tait est une preuve de plus à l'appui de mes assertions.
L'exaltation de la sensibilité, produite par le traitement faradique, n'est pas de longue durée ; elle disparaît bientôt peu à peu, en même temps que l'on voit revenir la vie dans les muscles.
Je n'ai pas toujours observé, comme dans l'observation précédente, que l'hypéresthésie des muscles et des nerfs se développe sous l'influence de la faradisation dans les paralysies anciennes.
- El. — Action de la faradisation localisée sur la calorifieation et sur la circulation.
Dans toutes ces paralysies par lésion traumatique des troncs nerveux, on constate, quelque temps après leur début, que l'abaissement de température est considérable ; ainsi, j'ai trouvé souvent, une différence de cinq à six degrés entre le côté sain et le côté malade; les sujets eux-mêmes ont toujours accusé une sensation de grand refroidissement dans le membre paralysé. La circulation locale s'y fait mal ; les veines cutanées sont peu développées ; la peau est violacée et œdématiée, surtout quand le membre est exposé au froid. Un des effets les plus constants et les plus immédiats de lu faradisation localisée, c'est de faire disparaître ces phénomènes morbides. Il suffit souvent de quelques séances pour ramener la calorifieation du membre duchenne. — 3e édition. 24