CHAP. I. — PARALYSIES C0NSEC. DES LES. DES NERFS MIXTES
lysies dans lesquelles la lésion des nerfs a été légère, pour attendre leur guérison du temps. J'ai vu ces paralysies légères résister quelquefois aux médications ordinaires (vésicatoires, strychnine), durer jusqu'à une année et guérir par la faradisation localisée en quelques séances. J'en ai rapporté un exemple dans l'observation XXVII. Si la faradisation localisée eût été employée plus tôt, comme dans l'observation XXXII, la guérison eût été probablement aussi rapide.
On doit encore moins s'en rapporter au temps pour la guérison de ces paralysies traiîmatiques des nerfs mixtes, dans lesquelles la contractilité et la sensibilité électro-musculaires sont profondément lésées. Voici deux faits qui montrent quelles peuvent être les suites déplorables de la temporisation, dans des cas de ce genre.
Observation XLVI. — Au n° Tî de la salle Saint-Ferdinand, hôpital de la Charité, était couché en 1851 un homme dont un coup de faux sur la pat lie interne du bras avait blessé quelques-uns des nerfs destinés aux muscles qui meuvent, les doigts et le pouce. Après la guérison de sa blessure, sa main resta paralysée et s'atrophia rapidement. Je constatai, au moyen de la faradisalion localisée, que les muscles interosseux et lombricaux et ceux de l'éuiinence thénar, à l'exception de l'adducteur du pouce, étaient les seuls qui ne répondissent pas à l'excitation électrique. De la perle de ces muscles, il était résulté que ses premières phalanges avaient conservé l'altitude de l'extension, d'une manière continue, et les deux dernières, celles de la flexion, sans que la volonté pût changer celte attitude. Mais, la paralysie atrophique de ce membre datant de quinze ans, il s'était produit de graves désordres auxquels il n'était plus possible de remédier. Ainsi, l'action des fléchisseurs n'étant plus modérée par les interosseux seuls extenseurs réels des deux premières phalanges), ces fléchisseurs s'étaient rétractés, au point de produire la luxation des deuxièmes phalanges sur les premières. Les surfaces articulaires s'étant abandonnées à la longue, l'extrémité supérieure des deuxièmes phalanges avait glissé sur la face antérieure des premières et s'était arrêtée au niveau de leur partie moyenne. Le pouce avait perdu son mouvement d'opposition; l'attitude pathologique dans laquelle il était resté, pendant quinze ans, avait aussi occasionné des déformations irrémédiables dont j'ai expliqué le mécanisme, dans l'élude électro-physiologique des interosseux.
Observation XLV1I. — Lu i Soi , j'avais observé, dans le mémo hôpital au n° L3 de la salle Sainte-Marguerite, une atrophie du membre supérieur, datant de vingt ans, et consécutive à une lésion du plexus brachial. Je n'exagère pas en disant qu'il ne restait plus de ce membre que la peau et les os. Il me paraît probable que si ce malade eût été farad isé à temps, ses muscles auraient pu revenir à la vie tout aussi bien que dans les cas analogues que j'ai cités, car sa peau avait conservé, comme, dans ces derniers, une partie de sa sensibilité, ce qui prouve que la communication du membre avec les centres nerveux n'était pas complètement abolie.
J'ai aussi la conviction que le membre du sujet de l'observa-
ART. IV. — ACTION THERAPEUTIQUE DE LA FARADIS. LOCALISEE. 375
tion X VIII aurait eu le môme sort que celui du sujet de l'observation XLVI que je viens de rapporter, si l'on s'était confié au temps pourlaguérison de sa paralysie.
Et qui n'a pas eu l'occasion d'observer les suites déplorables de ces anciennes paralysies consécutives aux lésions traumatiques des nerfs? Ces paralysies, et principalement celle qui est produite parla luxation de l'épaule, ont été l'objet d'une savante discussion dans le sein de la Société de chirurgie de Paris, et il en est ressorti cette proposition, à savoir, qu'elles sont souvent incurables. C'est le pronostic qui a été porté chez Guille (obs. XXXI) qui a été renvoyé comme incurable de l'hôpital de la Clinique. On a vu dans son observation que, pendant tout le temps qu'il est resté dans le service de M. Nélaton, il a été soumis à un traitement faradique régulier qui n'a exercé aucune influence sur sa paralysie et qui n'a pas empoché les muscles de s'atrophier. Je l'avais annoncé; mais j'ai affirmé aussi que cette paralysie serait améliorée, et j'ai tenu ma promesse. Le pronostic porté par M. Nélaton eût été moins grave, si la puissance thérapeutique de la faradisation localisée, appliquée avec cette persistance, eût été mieux connue.
Les faits que j'ai rapportés et d'après lesquels je me crois fondé à dire que la faradisation localisée est toute-puissante dans le traitement desparalysies qui font l'objet de ce chapitre, ne peuvent laisser aucun doute dans les esprits, car, s'il en est dans lesquels le traitement faradique a commencé une semaine à deux mois après le début, il en est d'autres où l'on a vu la paralysie datant de six mois à quatre ans rester stationnaire, et dans lesquels cependant les muscles étaient quelquefois tellement atrophiés, qu'il était impossible d'en soupçonner l'existence. Il n'est pas douteux pour moi que, sans l'application de la faradisation localisée, les membres affectés étaient à jamais perdus, ainsi que je viens d'en rapporter des exemples.
En résumé, je me crois fondé à dire qu'il serait très-imprudent de s'en rapporter au temps pour la guérison des paralysies traumatiques ; que la faradisalion est, de tous les agents thérapeutiques, celui qui convient le mieux au traitement de ces paralysies, et qu'elle peut encore rétablir les mouvements et la nutrition, alors môme que les muscles paraissent entièrement atrophiés et privés des conducteurs naturels de l'innervation centrale.