G CIIAP. I. — PARALYSIES C0NSÉC. AUX LES. DES NERFS MIXTES
§ VII. — Epoque à laquelle il convient de faradiser les muscles paralysés, consécutivement aux lésions traumatiuues des nerf* mixtes.
A quelle époque convient-il de pratiquer la faradisation, dans le traitement des paralysies consécutives aux lésions traumaliques des nerfs mixtes? Il est évident, d'après les faits exposés, que l'on doit se conduire différemment, selon que les muscles ont conservé plus ou moins de leur contractilité électrique, ou qu'ils ont perdu cette propriété.
Dans le premier cas, on ne saurait intervenir trop tôt . B:en qu'en s'abstenant d'agir, les malades puissent, à la rigueur, recouvrer spontanément leurs mouvements, il ressort des faits que j'ai relatés, que l'on s'exposerait à attendre longtemps, si, en pareils cas, on se reposait sur ce qu'on appelle les efforts de la nature. L'observation XXI en est un exemple frappant. On ne comprendrait pas les motifs qui feraient négliger une médication capable de rendre aux malades l'usage de leurs membres en quelques séances (cinq à dix).
Il est certainement irrationnel de faire des applications électriques dans le but de rappeler les mouvements volontaires, alors que les nerfs récemment lésés ne peuvent pas livrer passage à l'influx nerveux central. Mais en est-il de même de la nutrition musculaire? L'excitant artificiel ne peut-il, jusqu'à un certain point, suppléer l'excitant nerveux?
Il résulte des expériences électro-physiologiques de Rœder que les muscles qui ne sont plus en communication avec le centre nerveux, conservent plus longtemps leur nutrition et leur contractilité électriques, lorsqu'on les soumet à l'excitation électrique. N'est-il pas permis d'en tirer cette déduction thérapeutique : que, dans les paralysies consécutives aux lésions nerveuses qui interrompent même la communication entre la moelle et les muscles, la faradisation localisée peut dans de certaines limites toutefois entretenir intacte cette propriété si essentielle, la nutrition ? L'excitation faradique paraît donc avoir l'avantage de prévenir, jusqu'à un certain point, l'atrophie complète du muscle, sa mort, de telle sorte qu'au moment du retour de l'excitant nerveux, laguérison doit être plus facile et plus certaine.
J'avais conclu de ces considérations, que la faradisation musculaire, pratiquée le plus tôt possible après la lésion du nerf, ne pouvait produire que des résultats avantageux. Mais cette opinion, qui reposait plutôt sur des idées théoriques que sur une expérimentation rigoureuse, opinion que j'avais exprimée en 1852, n'est malheureusement pas aussi fondée que je l'espérais, comme cela ressort
ART. IV. — ACTION THERAPEUTIQUE DE LA FARADIS. LOCALISEE. 37 7
des expériences nombreuses quej'ai faites depuis lors. Non, l'agent électrique, de quelque manière qu'on l'administre, ne peut suppléer l'agent nerveux spinal pour l'entretien de la nutrition musculaire. Ne suffit-il pns de rappeler les faits rapportés dans ce chapitre, et dans lesquels on a vu les muscles dont l'innervation était profondément lésée, être frappés rapidement d'atrophie et disparaître presque entièrement, malgré la faradisalion pratiquée avec énergie dès le début des accidents?
Ce n'est qu'à une époque plus ou moins éloignée (après la régénération périphérique du nerf), que la, nutrition a commencé à reparaître dans ces muscles profondément lésés dans leur innervation. C'est ce qui m'a fait dire (!) que l'action thérapeutique de la faradisation localisée est plus rapide dans les anciennes paralysies traumatiques des nerfs mixtes, que dans celles qui sont récentes et occasionnées par leur lésion profonde.
Tout ie monde comprend que le médecin doive tenir compte de ces phénomènes, dans le jugement qu'il est appelé à porter sur l'opportunité de l'application du traitement faradique. Il est évident que si, pour les muscles qui, consécutivement à une lésion traumatique des nerfs, ont perdu complètement leur contractililé et leur sensibilité électriques, il existe une période pendant laquelle la paralysie doive persister quand même, et l'atrophie marcher progressivement, l'application de la faradisation localisée, durant cette période, est parfaitement inutile. Elle est môme nuisible, car elle fatigue le malade, qui ne voudra pas s'y soumettre de nouveau, quand le moment opportun sera arrivé. On m'a vu soumettre des malades régulièrement, pendant neuf mois, à ces excitations, bien que j'eusse annoncé qu'elles ne produiraient aucun résultat. J'expérimentais alors publiquement dans des services cliniques, et je ne pouvais me contenter de ma conviction ; il me fallait la faire passer chez les autres.
J'ai déjà fait l'application de l'expérience que j'ai acquise sur cette question, dans la pratique des hôpitaux comme dans la pratique civile.
Observation XLVIII. — En 1853, le professeur Roux m'engagea à faire suivre le traitement électrique à un malade de son service. Cet homme, âgé de cinquante-deux ans, couché au n° 7 de la salle Sainte-Marthe (Hôtel-Dieu), avait, en passant dans une rue, reçu sur l'épaule gauche un homme qui s'était jeté du quatrième étage. Je l'examinai, le douzième jour de l'accident, et je trouvai la contractililé et la sensibilité électriques de tous les muscles de son membre supérieur gauche complètement abo-
(1) Duchcnne (de Boulogne), Mémoire adressé au concours de la Société de médecine de G and, I s.">*J .