ART. II. — SYMPT0MAT0L0G1E
0 Paraplégies ;
1 Hémiplégie;
2 Paralysies croisses (membre supérieur droit, et inférieur gauche) ; 25 Paralysies du membre inférieur droil ;
7 Paralysies du membre inférieur gauche;
10 Paralysies du membre supérieur droit ou gauche ;
2 Paralysies latérales du membre supérieur;
1 Paralysie des muscles du tronc et de l'abdomen (I). »
B. Paralysie de la contractilité électro-musculaire. — Le plus tôt que j'ai eu l'occasion d'examiner l'état de la conlraclililé électromusculaire, c'est le troisième jour, dans le cas suivant.
Observation LVI. — Un enfant âgé de dix mois m'aélé prétenté en 1.SG3, trois jours après le début de la maladie. Il avait eu deux jours de fièvre avec quelques vomissements. La nuit du troisième jour de la maladie, la mère s'aperçutque son bras droil restait inerte. Je constatai, le lendemain, que ce membre était tout à fait privé de mouvements; mais, le cinquième jour seulement, je trouvai la conlraclililé électrique du deltoïde notablement affaiblie comparativement à celle du même muscle du côté opposé, tandis qu'elle était normale dans les muscles moteurs de l'avanl-bras sur le bras et dans ceux de la main qui déjà avaient recouvré, en grande partie, leur motililé. Des vésicatoires furent appliqués, à plusieurs reprises, dans la région cervicale; le traitement par la faradisation du deltoïde fut immédiatement commencé. Le surlendemain, le deltoïde avait complètement perdu sa contractililééleclrique. Un mois après, la saillie deltoïdienne avail disparu; la peau semblait appliquée sur l'articulation scapulo-humérale. Sous l'influence de la faradisation qui fut continuée pendant une dizaine de séances, et deux fois par semaine, le bras et Pavant-bras qui s'étaient amaigris, étaient à peu près aussi développés qu'à l'état normal, les mouvements de l'avant bras et de la main paraissaient se faire avec autant de force que du côté opposé, mais l'épaule resta décharnée, et l'élévation du bras sur l'épaule fut complètement perdue.
En somme, dans ce cas où la lésion centrale de l'innervation du deltoïde avait été si profondément lésée que la destruction de ce muscle en a été la conséquence, la contractilité électro-musculaire a été trouvée complètement abolie, le 7me jour seulement. J'ai constaté plusieurs fois ce même fait, dans les autres muscles, du 7me au 8me jour, et lorsqu'après ce temps les muscles paralysés avaient conservé une partie de leur contractilité électrique, je leur ai toujours vu recouvrer leur motililé et cela d'autant plus vite que cette irritabilité était moins affaiblie.
C. Atrophie des muscles paralysés. — L'atrophie des muscles et des membres, que j'ai observée dans cette espèce de paralysie de
(l) Duclienne (de Boulogne) fils, loc. cit , p. 38.
398 CIIAP. II. — PARALYSIE ATROPIIIQUE DE L'ENFANCE.
l'enfance, marche Irôs-rapidemenf, ou plus rapidement, d'aprèsmes observations, que celle qui est occasionnée par les lésions traumatiques des nerfs mixtes chez l'adulte. Elle est, du reste, en raison de l'affaiblissement de la contractililé électro-musculaire, c'est-à-dire de la lésion nerveuse. Lorsque les parents avaient trouvé celte atrophie très-prononcée déjà dans certaines régions, quelques jours après le début de la maladie, j'ai constaté plus lard que dans ces régions la contraclilité électro-musculaire était abolie ou considérablement diminuée.
A quel moment a lieu l'altération de texture du tissu musculaire ? Est-ce avant ou après l'abolition de la contractililé électro-musculaire? Cette question ne peut tarder à être résolue (il sera facile de l'étudier sur le vivant, à l'aide de mon emporte-pièce histologique). Il importe de l'élucider, au point de vue du diagnostic de l'état local de la nutrition musculaire. J'ai démontré en effet, dans le chapitre précédent, que de l'absence de la contraclilité électrique d'un muscle, on ne saurait conclure à l'altération de sa texture, et que, dans les paralysies consécutives aux lésions traumatiques des nerfs mixtes, les muscles peuvent avoir recouvré leur molilité, alors qu'ils ne se contraclenl pas encore par l'excitation électrique; eh bien! je suis porté à croire que, dans l'espèce de paralysie spinale de l'enfance dont il s'agit ici, l'altération du tissu musculaire suit de plus près l'abolition de sa contractililé électrique ; M. Damaschino m'a montré un petit fragment de deltoïde qui avait été atteint depuis trois semaines de cette paralysie et dont les fibres étaient déjà transformées.
D. Troubles dans l'état de la température des membres paralysés. — Une atrophie aussi rapide et aussi profonde, et que nous verrons, dans une période plus avancée, atrophier aussi le système osseux, annonce une lésion profonde du système nerveux vaso-moteur des circulations locales trophiques. L'état de la température des membres paralysés en est un indice certain.
J'ai demandé souvent aux personnes qui avaient assisté à l'invasion de la paralysie des enfants qui m'étaient présentés, si, à ce moment, les membres paralysés étaient plus chauds que les autres; toutes m'ont répondu négativement sur ce point. C'est, toutefois, une question à réserver et qui devra être étudiée par les médecins eux-mômes.
Quant à l'abaissement de la température de ces membres, en même temps que l'atrophie, je l'ai constaté moi-même de bonne heure (du 4*eau 5œe jour), lorsque la lésion nerveuse était profonde.
A UT. H. — SYMPTOMATOLOGIE. 3 99
§ II. — Seconde période.
La seconde période est caractérisée par le retour des mouvements volontaires, de la contractilité électrique et de la force tonique dans certains muscles, par la dégénérescence granuleuse, ou granulograisseuse, ou graisseuse d'autres muscles, par l'atrophie des os, par la rétraction des muscles dont l'action tonique n'est plus équilibrée à l'aide de leurs antagonistes, conséquemment enlin par des déformations et par la production de pieds-bots variés.
Il est un moment où les muscles ou faisceaux musculaires dont la texture est restée intacte, recouvrent leur contractilité volontaire; alors finit la période paralytique. La durée de celle période est très-variable, car on voit, dans un même membre qui a été entièrement paralysé au début, certains muscles recouvrer leurs mouvements en quelques jours ou en quelques semaines, tandis que d'autres muscles au contraire restent paralysés plusieurs mois et même plus d'une année, bien que leurs éléments ne soient pas altérés dans leur texture.
J'ai démontré que, dans les paralysies traumatiques des nerfs mixtes, les mouvements volontaires reviennent avant la contractilité électro-musculaire (ce que l'on observera bientôt aussi dans les paralysies saturnines); jamais je n'ai remarqué cependant ce phénomène dans la paralysie alrophique de l'enfance ; surplus de trois cenlscas appartenant à celle dernière affection, je n'ai pas vu, une seule fois, un muscle dont la contractilité électrique avait été plus ou moins affaiblie, ne pas recouvrer entièrement celte propriété, en môme temps que sa contractilité volontaire.
La nutrition des muscles qui recouvrent ainsi leur molilité et leur contractilité électrique, s'améliore; aussi voit-on leur volume augmenter. Au contraire, les autres muscles qui restent paralysés, s'atrophient, de plus en plus, et la dégénération granuleuse ou graisseuse qui avait atteint un plus ou moins grand nombre d'entre eux, va en s'aggravant. Le degré d'atrophie ou d'altération de lexture de ces muscles peut être apprécié par l'épaisseur du tissu ccllulo-graisseux, qui, à ce niveau, devient d'une abondance considérable.
Alors les muscles sains ou dans lesquels la molilité et la force tonique sont revenues, n'étant plus modérés par la force tonique de leurs antagonistes plus ou moins atrophiés ou dégénérés, déplacent, en se rétractant lentement el progressivement, les membres dans le sens de leur action propre, el produisent, à la longue, des changements d'attitude, ou des déformations des membres et des pieds-bols.
4 00 CI1AP. II. — PARALYSIE ATROI'IllQCE DE L'ENFANCE.
Quelles sont les déformations qui se produisent dans la seconde période de la paralysie alrophique de l'enfance? J'en exposerai toutes les variétés et j'en ferai connaître le mécanisme, dans le chapitre où je traiterai des paralysies ou des atrophies partielles.
Le système osseux des membres où siège la paralysie musculaire, est atteint dans sa nutrition, à des degrés divers. Les us s'atrophient en tous sens; j'ai vu alors, par exemple, les os longs, devenir en peu d'années plus courts de deux à six ou huit centimètres. Le degré de l'atrophie osseuse n'est pas toujours en rapport avec le degré ou l'étendue de, la paralysie. Ainsi un membre pourra avoir perdu la plupart de ses muscles, alors qu'il sera plus court que celui du côté opposé seulement de deux à trois centimètres, tandis que la diminution de longueur d'un autre membre ira jusqu'à cinq à six centimètres, quoique la lésion musculaire y soit restée localisée dans un ou deux muscles. Je me bornerai à rapporter, en quelques mots, comme exemple, le cas suivant.
Observation LV 11. — J'ai vu, en consultation avec M. Barthez, un jeune garçon de C ans qui, depuis quelques mois, avait été atteint d'une paralysie du membre inférieur droit, après deux jours de fic\re initiale. La eontraclilité électrique était un peu diminuée dans les muscles fléchisseurs du pied sur la jambe; j'en déduisis un pronostic léger, qui fut justifié par le retour complet des mouvements, après une dizaine de séances. Deux ans plus tard, le garçon me fut présenté de nouveau ayant une claudication très-piononcée. La guérison de sa paralysie s'était maintenue; mais le membre où elle avait siégé, était plus court que celui du côté opposé de o centimètres.
Un phénomène intéressant au point de vue du diagnostic à signaler encore, en terminant celte élude symptomatologique de la paralysie alrophique de l'enfance, c'est l'immunité des fonctions de l'intestin et de la vessie, à toutes les périodes de la maladie, quel que soit le degré et l'étendue de la paralysie.
ARTICLE III
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — I'ATHjGÉNIE. — ÉTIOLOGIE. § I. — Anatomie pathologique.