SYMPTÔMES
§ I. — Tableau de la maladie.
En 1852, j'ai eu, pour la première fois, l'occasion d'observer, avec mon regrettable maîlre, Chomel, la paralysie progressive des muscles de la langue, du voile du palais et de Porbiculaire des lèvres. Un malade lui avait été adressé, comme étant atteint d'une angine de nature obscure. L'histoire de ce malade est identiquement celle de tous les autres cas analogues que j'ai recueillis plus tard; elle offre la symptomatologie à peu près complète de l'espèce morbide que j'ai à décrire; elle me servira donc à en tracer le tableau.
Observation XCVtlI. — L'affection dont il va être question, dans la présente observation, datait à peu prés de sept mois, lorsqu'elle fut adressée au professeur Chomel ; elle avait débuté sans cause apréciahle, sans êlre précédée ni accompagnée de douleurs, par une gène de la déglutition et par un peu de difficulté dans l'articulation des mots. Pendant les deux premiers mois, le malade s'en trouvait si peu incommodé, qu'il ne s'en préoccupait pas. Cependant ces troubles augmentèrent progressivement, et bientôt la déglutition devint difficile; il eut surtout de la peine à avaler sa salive qui s'écoulait quelquefois au dehors ou qu'il était forcé de recevoir dans son mouchoir. Puis sa prononciation était devenue si embarrassée et si étrange qu'il lui était, par moments, impossible de se faire comprendre. Une médication active (vésicaloires promenés autour du cou, purgatifs, gargarismes astringents) n'avait exercé aucune influence sur la marche de son affection. Chomel reconnut que tous les troubles fonctionnels dont il souffrait étaient probablement occasionnés par une lésion des muscles qui président à la déglutition et à l'articula-
B66 C1IAP. VI. — PARALYSIE GLOSSO-LABIO-LAKYiNGÉE.
tionde mots, et m'invita à faire, chez son malade, l'examen physiologique el électro-physiologique des muscles qui président à ces fonctions. Voici ce que je constatai.
La langue avait son volume normal, mais elle était affaissée et comme fixée derrière l'arcade dentaire inférieure; sa surface était un peu ridée, elle avait très-peu de motilité ; le malade ne pouvait en relever la pointe, ni en appliquer la face dorsale contre la voûte palatine: enfin il lui était seulement possible delà porter un peu en avant et latéralement. — On ne remarquait aucune déformation du voile du palais ni de la luette, qui se contractaient normalement lorsqu'on les titillait. — La phonation était normale, quant à sa puissance; mais le malade faisait de grands efforts pour articuler les mots. Je n'avais observé cette espèce de trouble de la prononciation dans aucune autre affection : il dépendait évidemment de l'immobilité presque absolue delà langue. Je ne saurais ni le décrire, ni même l'exprimer; on peut cependant en avoir une idée en essayant de parler, pendant que l'on maintient la langue solidement à la partie inférieure de la bouche, la pointe fixée derrière les dents du maxillaire inférieur. — La voix était un peu nasonnée. Le malade ne pouvait souffler avec force, ni éteindre une bougie; mais, si l'on pinçait son nez, l'air alors sorlait avec assez de force pour l'éteindre. L'articulation des labiales, comme p ou b, était plus nette lorsque les narines étaient maintenues fermées, comme ci-dessus. Ces phénomènes morbides démontraient un affaiblissement des muscles du voile palais; ce que l'on n'aurait certes pas soupçonné, en voyant l'énergique contraction réflexe produite par la titillation de la luette, qui n'était pas déviée. — Toutefois, cette articulation des labiales n'était pas encore normale, et il était évident que l'orbiculaire des lèvres se contractait faiblement. C'est en effet ce que je constatai, quand je voulus lui faire prononcer la voyelle o ; ce qui lui était impossible. 11 ne pouvait, non plus, contracter les lèvres comme pour donner un baiser; par la même raison, il lui était impossible de siffler. — Une salive abondante et un peu visqueuse remplissait incessamment la bouche; il ne pouvait, cracher, de sorle que cette salive s'écoulait au dehors et qu'il était forcé de s'en débarrasser avec un mouchoir. Lorsqu'il buvait, il mettait un intervalle entre chaque gorgée, qui ne passait que difficilement et avec effort; alors une parlie du liquide revenait par le nez. Les aliments solides n'étaient avalés que lorsqu'il les avait coupés en très-petits morceaux et mêlés à du liquide; encore fallait-il qu'ils fussent broyés longtemps par les dents. La sensibilité générale et gustative de la langue, était intacte . — Enfin le malade éprouvait, de temps à autre, de l'orthopnée, bien que les mouvements de sa respiration parussent parfaitement normaux. — Il élait tombé dans un état de faiblesse générale, depuis deux ou trois mois; il avait perdu de son embonpoint. Mais je constatai que la nutrition musculaire, que ses mouvements étaient restés intacts. — La faradisation fit contracter la langue à peu près comme à l'étal normal; les muscles de la face, surtout l'orbiculaire des lèvres, et les muscles du voile du palais, jouissaient de leur conlraclililô électrique. — La faradisation dirigée sur les muscles affectés, pendant une quinzaine de jours, parut améliorer d'à-