KTIOLOGI1Ù — ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET PATHOGÉNIE
Pour compléter l'étude pathologique de la paralysie progressive de la langue, du voile du palais et des lèvres, il faut connaître ses causes, le siège et la nature de sa lésion centrale ; j'avoue que sur ces différentes questions je ne possédais jusqu'en ces derniers temps que des données ou obscures, ou insuffisantes, pour ne pas dire nulles.
§ I. — Éliologrie.
J'ai recherché avec le plus grand soin, mais vainement, les causes
(1) Ces cns d'atrophie des racines antérieures de la moelle n'étaient pas encore nombreux; il n'en existait que trois, qui d'ailleurs se trouvaient en contradictioa avec trois autres cas négatifs.
(2) Cruveilhier, Arch. gén. de méd., 1853, t. I, p. 590.
ART. IV, § 1. — ÉTIOLOGÏE. 5 87
possibles de cette affection. Une fois (1) elle paraissait s'être développée sous l'influence de profonds chagrins. Dans deux autres cas, que je n'ai pas relatés, il existait, chez l'un, des antécédents syphilitiques tertiaires, chez l'autre, un état rhumatismal, qui se traduisait, depuis plusieurs années, par des douleurs rhumatoïdes générales. Dans aucun des autres cas, il ne m'a été possible de découvrir la moindre cause appréciable. La maladie est venue, d'une manière insidieuse, surprendre, pour ainsi dire, les sujets dans des conditions de santé qui présageaient une existence longue et heureuse. Qu'il me suffise d'en rappeler ici plusieurs exemples choisis parmi les observations qui ont été rapportées dans le cours de ce travail... — M. le comte deX. (2) arrive à l'âge de cinquante-six ans, sans avoir eu de maladies. Doué d'une forte et belle constitution, d'une force musculaire peu commune, il ne se rappelle même pas avoir eu la plus légère indisposition; son existence s'est écoulée heureuse, jusqu'au moment où, sans souffrance et sans cause connue, il est atteint par celte terrible maladie. — L'histoire des autres malades est à peu près la même. M. P... (3), ayant toujours joui d'une bonne santé et d'une riche constitution, se retire des affaires à l'âge de quarante-cinq ans, espérant jouir de la fortune considérable qu'il a amassée. C'est alors qu'il est atteint, sans cause appréciable, de celte maladie dont personne n'a soupçonné la gravité, et dont la terminaison est fatalement prochaine, au moment où je suis appelé auprès de lui. D'un caractère heureux, aimant la vie, le vin, la bonne chère, et goûtant tout ce qui touche à son palais, il pleure de ne pouvoir avaler, quoiqu'il ait toujours faim et soif, et se désepère de ne plus pouvoir parler, en pressentant la terminaison fatale de sa maladie, se sentant mourir, dit-il, seulement de faim (4).
La paralysie glosso-labio-laryngée est une maladie de l'âge adulle.
Cette maladie me paraît assez fréquente, car j'en ai observé quinze cas dont sept en moins d'une année. Depuis la publication de mon mémoire, depuis deux mois, quatorze nouveaux cas m'ont été communiqués par des confrères; ce qui fait un total de dix-neuf cas de paralysie de la langue, du voile du palais et de Porbiculaire des lèvres (o).
(I) Duchenne (de Boulogne), É/ect. /oc, obs. CXLVI, 1861. (2)ld., obs. CXLIF, 18G1.
(3) ld.,obs. CXLI, 1861.
(4) J'ai depuis lors recueilli des cas semblables aux deux dernier?, pour l'un des. quels j'ai été appelé en consultation avec MM. Ricord et Gendrin. Le malade, M. le C,cde G.., éprouvait, dans la période ultime, des troubles cardiaques qui revenaient par crises, pendant un jour ou deux (140 pulsations); il est mort dans une syncope. Son existence avait été toujours beureuse, quand sa maladie vint le surprendre.
(S! J'ai déjà dit que le nombre s'en est considérablement accru depuis la publica-
288 CHAP. VI. — l'AHALYSIE GLOSS0-LAB10-LAR YNGÉE .
§ fil. — Anatomie pathologique et pathogénle.
Le siège périphérique de celte maladie est facile à connaître pour ce qui a trait aux troubles musculaires. J'ai démontré, dans l'étude des symptômes, qu'elle se localise dans les muscles moteurs de la langue, du voile du palais et de l'orbieulaire des lèvres, sans nier qu'elle s'étende quelquefois à quelques musclesvoisinsdece dernier.
Longtemps il ne m'a pas été permis de faire une seule nécropsie dans cette maladie, parce que les sujets que j'en ai vus mourir appartenaient à la pratique civile. Cette question restait donc à élucider. Elle ne pouvait tardera l'être, car, ainsi que je l'ai dit plus haut, la paralysie glosso-labio-laryngée n'est pas rare, et, après la description que j'en ai faite, le diagnostic était facile.
Tout le monde comprend qu'il faut, avant tout, étudier les cas simples : c'est pourquoi je ne tiens aucun compte du cas de nécropsie complexe recueilli par M. Dumesnil, et dont il a été question (Voy. l'art. III, p. 585). Ce fait, pour le moment, ne peut que jeter de l'obscurité sur celte question d'anatomie pathologique.
I. — But pe mes recherches icono-photogiuphiques sur. la strioitrf