AUT. I. — DÉFINITION ET HISTORIQUE
Aussi, me bornerai-je à rapporter avec quelques détails un ras type de la maladie dont je veux présenter la description, me réservant de n'exposer à la suite de cette observation que le résumé ou les traits principaux des faits cliniques qui offriront un intérêt particulier ou qui pourront servir à la démonstration d'une assertion nouvelle.
II. Tableau delà maladie. — Avant d'entrer dans l'étude plus approfondie de l'utaxie locomotrice progressive, je vais relater une observation rédigée parle malade, homme intelligent et instruit. Celle que j'ai recueillie moi-môme, d'après l'interrogatoire méthodique du sujet, serait incontestablement plus scientifique, mais elle aurait, je pense, moins de valeur réelle ; car, quelque honnêtes que nous soyons,*nous subissons toujours, sans nous en douter, en interrogeant les malades, l'influence d'une idée préconçue. Trop souvent les observations ont été recueillies systématiquement, en vue de la démonstration d'une théorie; trop souvent un même fait, relaté par plusieurs pathologisles, a été exposé d'une manière différente.
Voici cette observation, qui m'a été adressée en 1856 par le malade, M. X..., négociant, âgé de quarante-huit ans, demeurant à Marsigny-sur-Loire.
Observation CI II. — Cas type d'alaxie locomotrice progress've arrivé à sa troisième pèiioie.
« Le sujet est âgé de quarante-huit ans; il a longtemps habile une maison humide où le soleil ne pénétrait jamais; menant une vie tresactive;ses affaires lui ont donné beaucoup de soucis. — En 1835, il éprouva, pendant une nuit, dans les mollets, de violentes douleurs qui se dispersèrent par l'exercice de la marche ; ce ne fut que plusieurs mois après qu'il les ressentit de nouveau. Peu à peu les crises se rapprochèrent, et les eaux d'Aix lui furent ordonnées en 1840 et 184!. Il revint très-affaibli de la seconde saison, et s'aperçut alors, en valsant, de la difficulté d'effectuer les mouvements en rond.Très-insensibemenl ses forces diminuèrent. A la fin de 184?, la marche était devenue embarrassée, comparable à celle d'un homme ivre, et très-incertaine, surtout dans l'obscurité. — A la fin de février 1843, il fut consulter à Lyon, où les médecins le déclarèrent atteint d'une maladie de la moelle épinière. On le soumit aussitôt aux violents traitements adoptés par la thérapeutique (administration de la strychnine, cautères ordinaires, cautères actuels, moxas sur la colonne vertébrale, frictions de thérébenlhinc de Venise, etc.). En Juillet, il prit les eaux de Bourbon-Lancy, pendant cinquante jours, qui parurent lui faire du bien et rappelèrent la sensibilité aux jambes. Mais, pendant l'hiver, la maladie reprit le dessus, malgré la continuation des remèdes violents. L'électricité par la machine électrique et par la pile à godets, l'acupuncture, les eaux de Balaruc, de Bourbon, furent successivement employées, sans résultat. La maladie continuait toujours sa marche lente. — Dans l'hiver de 1844 à 1845, traite-
menl hydrothérapique de six mois, aux Ternes (banlieue de Paris), qui arrêta les progrès du mal et forlifla le sujel qui le continua chez lui pendant un an encore. — Il a passé, en 18o6, une nouvelle saison de trenle-huil jours à Bourbon. Son médecin lui conseilla beaucoup d'exercice et lui appliqua la machiné de Breton : pendant le traitement des eaux, ses jambes se réchauffèrent et prirent de la force.
« Étal du malade en \ 856. Tous les sens ont été plus ou moins affectés par celle maladie, à laquelle il ne savait quelle cause assigner, n'ayant jamais eu d'attaque ni fait aucun excès, ayant vécu très sobrement pour le boire et le manger. — Ouïe. L'oreille gauche, entièrement perdue, n'entendait pas même le mouvement d'une forte montre appliquée contre elle; sifflement continu dans cette oreille. — Vue. Au début de sa maladie, les yeux se croisèrent, et le strabisme était fort apparent. Depuis lors, ce dernier a à peu près disparu; mais la vue, qui était parfaite, a été affaiblie. L'œil gaucbe est pre-byte, et l'œil droit myope. De celui-ci, il lit très-facilement sans lunettes, le gaucbe ne fonctionnant pas à une certaine dislance. — Odorat et goût. Ces deux sens ne paraissent pas avoir été altérés. — Toucher. Le bras et la main gauche sont légèrement engourdis, et le toucher assez obtus; il est meilleur du côté droit, et le malade écrit assez facilement. Les mouvements ont besoin de la vue pour les guider. En fermant les yeux, la main gauche ne peut trouver le bout du nez, mais ia main droite y arrive moins difficilement. Dans son lit, même de la main droite, il ne saurait, à température égale, s'il touche son matelas ou sa cuisse. Kn grattant légèrement l'épiderme, il sent que c'est à lui; mais il ne peu-t se rendre compte si c'est la cuisse droite ou la gauche. — Lorsqu'il marche entre des perches, où il peut faire jusqu à douze cents pas dans trois séances, en se reposant tous les cinquante pas, il est obligé de regarder constamment ses pieds pour les diriger, la • plante ne sentant pas le contact du sol. Bien que le sujet puisse se tenir droit pendant cinq minutes, s'il se maintient en équilibre en se cramponnant à un meuble, la moindre impulsion le ferait tomber. — L'estomac est resté fort bon. — la parole a toujours été libre. Les facultés intellectuelles n'ont pas été altérées. — Les selles, bien qu'un peu difficiles, se font assez régulièrement, mais il ne peut retenir ses matières, s'il y a dévoiement. Une incontinence d'urine, qui avait lieu au commencement de ia maladie, n'existe plus. — Tous les membres se nourrissent bien, et à les voir nus on ne soupçonnerait aucune maladie ; seulement les hanches sont un peu amaigries. Le sommeil est très-léger et trop court ; son absence est ce qui fatigue le plus le malade. Sa diminution doit être attribuée aux souffrances qui vont être décrites. Lors des changements atmosphérique?, le malade éprouve des tiraillements douloureux qui lui parcourent le corps avec !a rapidité de l'éclair, avec retentissement dans l'oreille gauche; sauf la colonne vertébrale et toute la partie postérieure du tronc, ces tiraillements affectent toutes les parties du corps, depuis les doigts du pied jusqu'au sommet du crâne. Ces douleurs ne se font sentir ordinairement que sur un très-petit espace à la fois et durent par série de douze heures, vingt-quatre, trente-six, jusqu'à soixantedouze. Elles commencent sourdement, avec des intermittences qui se