‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 267 sur 505 · Î CI1AP. IX. — PARALYSIES SATURNINES ET VÉGÉTALES · texte numérisé non relu

Î CI1AP. IX. — PARALYSIES SATURNINES ET VÉGÉTALES

été repoussée par la majorité des chirurgiens de la marine, et qu'elle a été combattue avec beaucoup de talent par M. Fonssagrives (I). Il y avait donc lieu d'examiner si parmi les coliques et les paralysies végétales dues incontestablement, dans certains cas, à l'émanation d'effluves paludéennes, il ne s'en trouve pas un certain nombre qu'on pourrait attribuer avec juste raison à l'action du plomb. Je ferai remarquer, en etl'et, que les sujets de ces observations étaient des cuisiniers qui, continuellement exposés à la chaleur du foyer, doivent être plus altérés et boire une plus grande quantité d'eau. Or, l'eau qu'ils buvaient était de l'eau distillée par des appareils dont les serpentins sont en plomb, et qu'elle était conduite de l'appareil au réservoir par un long tuyau également en plomb. Comme il paraît démontré que plus l'eau "est pure, plus elle décompose facilement le plomb avec lequel elle est en contact, n'est-il pas possible que l'eau distillée, à bord des navires, contienne des sels de plomb dans des proportions toxiques pour certaines personnes ? J'ajouterai que ces malades ont été atteints parla colique dite végétale, alors qu'ils n'avaient pas été encore exposés aux émanations paludéennes (en passant sous la ligne). C'est une question d'hygiène importante à étudier.

Quoi qu'il en soit, si toutes les paralysies végétales ressemblent à celles que j'ai eu l'occasion d'observer, on ne saurait nier qu'il existe, quant aux symptômes, une parfaite identité entre la paralysie végétale et la paralysie saturnine (2).

ARTICLE II

Les principaux symptômes de l'intoxication saturnine (coliques, constipation, aplatissement du ventre, liséré des gencives) qui pré-

il) Voyez son travail intitulé: Mémoire pour servir à l'histoire de la colique nerveuse endémique [Arch. gèn. de méd., t. XXIX).

A M. Fonssagrives je puis opposer le travail très-remarquable d'un de ses collègues de la marine, M. Lefèvre, directeur du service de santé de la marine à Brest, qui, après moi, a professé une opinion toute contraire à la sienne, en s'appuyant Kurde nombreuses observations (voyez ses Recherches sur les causes de la colique observée sur les navires de guerre français, particulièrement dans les régions équaloria/es. Paris, 1859).

(2) En 1856, en visitant l'hôpital de Toulon, je fus invité par M. Raynaud, alors directeur du service de santé de la marine, à explorer l'état de la contract ilité électromusculaire chez un marin atteint d'une paralysie consécutive à des coliques végétales et à dire quelle était mon opinion sur la nature de cette espèce de paralysie. Je l'avais déjà formulée très-nettement en 1855 (Voy. Duchenne (de Boulogne), Elect. /oc, 1855, 3e partie, cliap. 111, p. 5)4); je l'ai soutenue de nouveau, en présence des professeurs et des élèves présents à la visite. A cette époque, l'opinion contraire professée par M. Fonssagrives régnait principalement dans l'enseignement de la médecine navale. M. Lefèvre n'avait pas encore publié ses recherches qui ont modifié depuis lors l'opinion générale.

cèdent ou accompagnent les paralysies saturnines, l'absence de contraclilité électrique et de sensibilité des muscles paralysés, la connaissance de la cause professionnelle ou accidentelle qui a produit l'intoxication, enfin les localisations spéciales de cette espèce de paralysie, rendent en général facile son diagnostic différentiel. Cependant on pourrait, dans certaines circonstances, la confondre avec la paralysie du nerf radial à frigore ; je me réserve d'en établir bientôt le diagnostic différentiel d'avec cette dernière dans le chapitre X consacré à l'élude des paralysies à frigore. Je ne discuterai ici que celui de la paralysie saturnine et delà paralysie générale spinale subaiguë, avec laquelle elle a en apparence quelque ressemblance.

Lorsque la paralysie saturnine est généralisée et qu'elle s'est développée sans cause appréciable d'intoxication par le plomb, elle peut offrir une certaine similitude avec la paralysie que j'ai décrite précédemment, dans le chapitre II de la 2e partie, sous le nom de paralysie générale spinale subaiguë. J'en ai rapporté précédemment deux exemples remarquables, chap. IV, p. 480 et 481. Voici sommairement les symptômes qui, dans celte dernière affection, fournissent les principaux éléments de diagnostic, qui ne permettent pas la confusion dont il est question.

Un individu éprouve de temps à autre, à des intervalles de plusieurs mois à un an ou deux, des douleurs gastralgiques très-vives, d'une demi-heure à une heure de durée, et revenant par crises pendant plusieurs jours ; elles sont accompagnées souvent de vomissements avec ballonnement delà région épigastrique, sans coliques, sans constipation habituelle, quelquefois au contraire avec diarrhée; les crises sont accompagnées de contractures plus ou moins étendues des membres, et quelquefois, après les crises, de trémulations pendant les mouvements volontaires; les membres s'affaiolissent ensuite graduellement, et bientôt les muscles moteurs de la main, principalement ceux qui sont animés par le nerf radial, sont frappés de paralysie; enfin les muscles paralysés perdent à des degrés divers leur contraclilité électrique et s'atrophient. Tels ont été les phénomènes morbides principaux offerts par les sujets des observations LXXXVI et LXXXVII.

Appelé en consultation, afin de donner mon opinion sur le diagnostic de l'affection musculaire du malade dont il est question dans l'observation LXXXVII, j'avoue qu'à la vue de l'attitude de ses mains, de l'atrophie de ses avant-bras et en apprenant que sa paralysie avait été précédée de douleurs gastralgiques, l'idée d'une paralysie saturnine me vint à l'esprit; mais, après un examen plus attentif, j'ai dû abandonner cette hypothèse pour les raisons suivantes :

1° Il n'existait en effet aucune ressemblance entre les douleurs

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gastralgiques observées chez ce malade et enlre celles que l'on a appelées colique? saturnines, qui siègent au niveau de la région abdominale, descendent dans la direction des cordons jusque dans les testicules et s'accompagnent d'aplalissement du ventre; 2° il y avait eu de la diarrhée au lieu de la constipation habituelle de l'intoxication saturnine; 3° la profession du malade (c'était un notaire) ne pouvait l'avoir exposé à l'intoxication plombique; A0 il n'avait pas, sur les gencives, le liséré qui caractérise celte dernière; o" enfin le processus de celte paralysie générale elle-même était bien différent de celui de la paralysie saturnine; elle avait élé compliquée de contractures, de trémulations et d'une atrophie assez rapide et générale des masses musculaires.

Tout, en un mot, dans cet ensemble de symptômes, démontrait que la paralysie ne pouvait être attribuée, dans ce cas, à l'intoxication saturnine.

Mais supposons que ce malade se soil trouvé dans des circonstances où l'empoisonnement par le plomb ait été possible, et que sa gastralgie ait été accompagnée d'une constipation rebelle; alors l'hypothèse d'une intoxication saturnine acquerrait une apparence de vérité; ensuite, sous la pression de celte idée, on aurait quelque tendance à faire de la gastralgie avec ballonnement de l'épigaslre une entéralgie saturnine avec aplatissement du ventre, et l'on aurait conclu à l'existence d'une paralysie saturnine.

C'est justement ce qui est arrivé au malade de l'observation LXXXVI, dont le cas était le pendant du précédent, à quelques exceptions près. Il racontait en effet que l'empoisonnement par le plomb est fréquent à Babia, ville du Brésil qu'il avait habitée plusieurs années, et où le vin est conservé dans des outres recouvertes d'un vernis; qu'il avait bu fréquemment de ce vin. Il lui attribuait sa constipation habituelle et opiniâtre ; ajoutons à cela que ses gencives étaient décolorées par l'anémie profonde dans laquelle il était tombé (1). Ces circonstances pouvaient certes faire pencher un instant le diagnostic vers une paralysie saturnine. Mais après un examen plus approfondi cette hypothèse n'aurait pu tenir, en présence des quelques considérations que j'ai exposées à la suite de l'observation précédente (ohs. LXXXVI); et. qui démontrent qu'en aucune

(I) Dans l'observation LXXXVI, j'avais consigné, en note, ces détails qui m'avaient été donnés tardivement par le malade. Malheureusement cette noie a été égarée à l'imprimerie.

Je saisis cette occasion pour signaler ici des errata bien plus graves, entre autres l'oubli d'un paragraphe important : Etiologie de l'atrophie musculaire progressive, qui a été également égaré dans l'imprimerie, mais qui sera composé de nouveau et placé, en note, à la lin de ce livre. Ces errata que l'on trouvera en trop grand nombre, dans quelques feuilles, et surtout dans la feuille '■}'*, ont été commises à l'époque où tout était bouleversé par nos derniers événements politiques. A ce moment aussi, me maladie grave m'empêchait de donner tous mes soins à la correction des épreuves.

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