ART. I, § II. — FARADISATION LOC. DANS LES AFF. CÉRÉBRALES
effet et, pour ma part, j'en ai observé quelques-unes, dans un court espace de temps. J'en ai rapporté un cas dans la deuxième édition de ce livre (I).
J'ai vu un bon nombre de paralysies de la septième paire dont il avait été difficile de trouver la cause. A côté du fait précédent, j'en ai placé un autre qui avait une grande ressemblance avec lui, et qui, cependant, reconnaissait une cause cérébrale. Dans ce cas j'avais été appelé en consultation par mon confrère, M. Vigla (2). Nous fûmes alors éclairés par l'exploration électrique des muscles dont l'irritabilité était normale:, sur la nature probablement d'origine cérébrale de celte hémiplégie faciale. Je fis entrevoir les dangers de la faradisation localisée, appliquée dans de telles conditions. Bien nous en a pris, car, peu de temps après, le malade fut frappé d'une nouvelle attaque d'apoplexie qui lui paralysa tout le côté droit du corps.
Aran a observé un cas d'hémiplégie limitée au côté gauche de la face ; j'ai constaté avec lui que les muscles paralysés avaient conservé leur contraclilité électrique normale. Le malade ayant succombé, on trouva un ramollissement très-circonscrit dans la paroi inférieure du ventricule latéral droit, autour d'un ancien foyer hémorrhagique.
J. — Comment doit-on pratiquer la faradisation localisée, dans le traitement de la paralysie consécutive à Vhémorrhagie cérébrale? — Cette question est très-importante à examiner, car de la manière d'opérer dépendent non-seulement les résultats plus ou moins heureux du traitement, mais aussi les accidents plus ou moins graves qu'il peut provoquer.
a. L'expérience a établi que tout individu qui a été une fois frappé d'apoplexie est, en général, prédisposé à une nouvelle attaque. On se rappelle, de plus, qu'il s'opère, dans les parties qui avoisinent le kyste, une irritation formatrice, se manifestant par des contractures et des douleurs dans les membres affectés et se propageant jusque dans certains faisceaux qui descendent en parcourant les pédoncules cérébraux, les pyramides antérieures de la protubérance et du bulbe. Eu conséquence, toute excitation trop vive des centres nerveux peut provoquer soit une nouvelle congestion ou hémorrhagie cérébrale, soit une augmentation du travail hypérhémique dans les parois du kyste, et aggraver ainsi la situation du malade.
Ces principes une fois posés, on se gardera bien d'appliquer au traitement de la paralysie cérébrale la méthode d'électrisation que j'ai appelée électrisation par action réflexe, et qui consiste à faire
(1) Duclienne (de Boulogne), Èlect. toc, Obs. LXX. 18G1. l2)id., Obs. LXXI.
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passer les courants des extrémités aux centres nerveux. Un fait que j'ai rapporté dans la précédente édition et dans lequel ce mode d'éleclrisation a foudroyé, pour ainsi dire, un hémiplégique, en démontre le danger, quand on l'applique au traitement de l'hémiplégie de cause cérébrale.
Afin d'éviter cette excitation réflexe des centres nerveux, on doit rapprocher autant que possible les rhéophores l'un de l'autre, de telle sorte que les recompositions électriques se fassent, sans que les courants aient à parcourir les membres dans une longue étendue. J'ai déjà démontré qu'on limite mieux ainsi les recompositions électriques dans les organes.
Mais cela ne suffit pas, lorsqu'il est indiqué de localiser l'exci tation des courants, c'est-à-dire d'empêcher cette excitation de réagir sur les centres nerveux. Il faut encore que les intermittences des courants soient éloignées les unes des autres. J'ai démontré, en effet, que la faradisation musculaire provoque à la fois des sensations et des contractions; que le degré des sensations augmente en raison directe du rapprochement des intermittences, et qu'à une rapidité donnée de ces intermittences, les sensations deviennent excessivement douloureuses et comme tétaniques. Or on comprend que des sensations aussi douloureuses produisent inévitablement une excitation générale qui peut réagir sur les centres nerveux de manièreà provoquer, dans certaines conditions, une congestion, ou une nouvelle hémorrhagie, ou des accidents cérébraux d'un autre ordre.
Les intermittences éloignées ont l'avantage de permettre d'agir à forte dose, sans provoquer de trop douloureuses sensations, surtout lorsqu'on se sert du courant de la deuxième hélice, et d'opérer les recompositions électriques dans la couche profonde de chaque muscle aussi bien que dans la couche superficielle, c'est-à-dire de porter l'excitation dans toutes les fibres musculaires. Au contraire, par les courants rapides qui excitent trop vivement la sensibilité pour permettre d'agir à haute dose, les muscles ne sont faradisés que superficiellement.
Le but que l'on se propose dans la faradisation m-usculaire appliquée au traitement de l'hémiplégie cérébrale, c'est de provoquer le retour des mouvements volontaires, en produisant des contractions musculaires artificielles. Ce but est atteint par un courant d'induction à rares intermittences. Pourquoi, d'ailleurs, infliger au malade des sensations douloureuses provoquées par les intermittences rapides, dont l'application est indiquée seulement lorsque les muscles ont perdu de leur sensibilité, ou lorsqu'ils sont menacés dans leur nutrition, comme dans les paralysies traumatiques des nerfs ou dans les paralysies saturnines et dans l'atrophie musculaire progressive.
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b. J'ai démontré que, par le l'ait de la suspension de l'excitation cérébrale, les muscles paralysés, dans l'hémiplégie consécutive à l'apoplexie, perdent leur aptitude à réagir ou à être mis en action par l'influx nerveux volontaire qui leur revient librement, après la résorption de l'épanchement sanguin; en d'autres termes, que la paralysie, primitivement symptomatique de la lésion du cerceau, s'est localisée dans les muscles. Il est aussi ressorti des faits exposés ci-dessus que c'est seulement dans ces conditions, que l'hémiplégie consécutive à l'hémorrhagie cérébrale peut être modifiée par la faradisation localisée. La déduction à en tirer, c'est que l'excitation électrique doit être alors dirigée sur chacun des muscles paralysés, et que les muscles, qui ont perdu la faculté d'obéir à la volonté^ doivent être soumis plus longtemps et plus souvent à l'excitation électrique. Cette proposition a été souvent confirmée par l'expérimentation clinique.
c. On voit donc que, dans le traitement de l'hémiplégie cérébrale, i! importe d'exciter individuellement les muscles paralysés, afin de rappeler les mouvements d'une manière égale, et pour rétablir l'équilibre des forces musculaires.
Lorsqu'il existe, chez l'hémiplégique, un certain degré de contracture active ou réflexe, c'est sur les antagonistes des muscles contractures que j'ai principalement dirigé la faradisation.
Ici je rappellerai un phénomène important, que j'avoue ne pas comprendre et que j'ai déjà signalé en traitant des contractures hystériques : c'est qu'en général l'excitation des muscles antagonistes l'ait cesser la contracture à l'instant même et pour un temps plus ou moins long. Les malades éprouvent moins de roideur après l'opération. Malheureusement les contractures reviennent dans l'intervalle des applications et bien, que je les aie quelquefois vues diminuer après le traitement, je n'oserais pas faire honneur d cette amélioration à la faradisation localisée.
d. Les séances ne doivent pas être trop prolongées, sous peine de produire une courbature ou une surexcitation, ce qu'il faut éviter autant que possible dans le traitement de l'hémiplégie cérébrale.
La durée du traitement doit être limitée, contrairement à ce que l'on observe dans les paralysies traumaliques des nerfs ou dans les paralysies saturnines. Si, après quinze à vingt séances, les muscles ne paraissent pas recouvrer leurs mouvements, c'est que la cause de la paralysie siège ailleurs que dans les muscles, c'est que le cerveau n'a pas encore recouvré sa liberté d'action. Ce premier insuccès ne doit pas faire renoncer, pour toujours, à la faradisation localisée, car il peut arriver, quelques mois plus tard, qu'il ne reste môme plus qu'une cicatrice, ou que le kyste soit assez ré-
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sorbe, pour laisser un libre cours a l'action nerveuse cérébrale. Alors une nouvelle tentative pourrait être plus heureuse que la première.
Les considérations électro-thérapeutiques que je viens d'exposer sont, en grande partie, applicables à toutes les espèces de paralysies par lésion organique du cerveau.
Citons des exemples : une tumeur syphilitique ou de toute autre nature peut se résoudre, sous l'influence d'une médication spéciale. La paralysie produite primitivement par la compression qu'elle exerce sur le cerveau, diminue, ou guérit en général, par le seul l'ait de la cessation de celte compression. Mais arrive-t-il alors que la paralysie persiste, ce n'est pas l'action nerveuse centrale qui est en défaut; la paralysie est périphérique; en d'autres termes, les muscles seuls, ainsi que je l'ai dit plus haut, ont perdu leur aptitude à réagir sous l'influence de l'excitant nerveux cérébral. Dans ce cas, la faradisation localisée peut rendre cette aptitude motrice aux muscles paralysés.
e. Quelque favorables que soient les conditions dans lesquelles on applique la faradisation au traitement d'une hémiplégie cérébrale hémorrhagique, on ne doit jamais oublier que les malades sont toujours sous le coup d'une nouvelle apoplexie qui peut survenir pendant le traitement ou après que l'on en a obtenu les meilleurs résultats. Un malheur semblable m'était arrivé (1); le traitement faradique appliqué par moi-même, avec une grande prudence, avait singulièrement amélioré une hémiplégie cérébrale; il n'avait aucunement surexcité la malade que j'avais laissée dans un état parfait; on ne pouvait certes accuser ce traitement d'avoir provoqué la seconde hémorrhagie.
Cependant celte nouvelle apoplexie étant survenue peu de temps après l'application delà faradisation, de même qu'elle aurait pu frapper la malade pendant ce traitement, je me serais exposé ù laisser quelque arrière-pensée dans l'esprit de sa famille et de ses amis, si je n'avais eu la précaution de les éclairer sur l'imminence d'une rechute, par le seul fait d'une hémorrhagie antérieure. En raison de cette imminence d'une nouvelle hémorrhagie qui existe chez lout sujet qui a été atteint une fois d'apoplexie, connaissant celte tendance du vulgaire à nous appliquer le post hoc, ergo propter hoc, j'éprouve toujours quelque répugnance à intervenir dans les paralysies consécutives à l'hémorrhagie cérébrale.
Aussi n'ai-je jamais négligé, lorsqu'il a été de mon devoir d'agir dans de telles conditions, de mettre ma responsabilité à l'abri, en laissant entrevoir à la famille du malade la possibilité d'une
(i) Voir la relation de ce fait dans la précédente édition, Obs. LXM, p. 371.