ART. I, § IF. — FARADISATION LOC. DANS LES AFF. CÉRÉBRALES
nouvelle hémorrhagie, indépendamment de toute espèce de traitement.
/".Trop longtemps je me suis figuré que la faradisation appliquée au traitement des paralysies cérébrales de l'enfance était dangereuse, en ce sens, qu'elle devait provoquer de nouveaux accidents cérébraux, a cause de l'excitabilité plus grande, à cet âge; conséquemment, bien que, chez l'adulte, j'eusse souvent conseillé ce traitement, dans la paralysie cérébrale, je le proscrivais toujours chez l'enfant.
Tels étaient les préceptes que j'enseignais encore dans ma première édition de V E lectrisation localisée; c'était un reste «le préjugé dont l'expérimentation ne m'avait pas encore permis déjuger le peu de fondement. Cette expérimentation est complète aujourd'hui; elle a été faite sur un très-grand nombre d'enfants de la classe pauvre, qui me sont adressés des hôpitaux. Eh bien ! je déclare que je n'ai pas observé, chez eux, un seul accident cérébral, provoqué par la faradisation musculaire, quelque jeunes qu'ils fussent. Mais je me hâte d'ajouter qu'il ne m'est jamais arrivé de m'écarter, pour le procédé opératoire, des principes que j'ai exposés ci-dessus, en traitant de la faradisation appliquée aux paralysies consécutives à l'hémorrhagie cérébrale.
Les résultats produits par la faradisation localisée appliquée au traitement des paralysies cérébrales de l'enfance sont vraiment encourageants, même lorsqu'elles ont été congénitales. Ainsi il m'est démontré par des faits bien observés que certaines paralysies cérébrales congénitales, restées longtemps stationnaires, ont été singulièrement améliorées par cette méthode d'électrisation.
Est-il besoin de dire que les hémiplégies qui datent de la vie intra-utérine ou de la première enfance se distinguent de celles que l'on observe dans l'âge adulte par leur nature, par leur processus et par leur pronostic, qu'elles se rapprochent de celles-ci en ce qu'elles sont symptomaliques seulement de scléroses secondaires, à des degrés divers, de certains faisceaux des cordons antéro-latéraux de la moelle, consécutivement à des lésions primitives variées du cerveau ?
Il faut reconnaître que les hémiplégies consécutives à des lésions graves et congénitales de l'encéphale sont incurables; mais il est aussi établi, d'après les faits cliniques et empiriques que j'ai exposés, que bon nombre d'entre elles peuvent guérir ou être améliorées. J'en ai acquis récemment une nouvelle preuve que je vais exposer en résumé, malgré le résultat thérapeutique trop merveilleux dont elle paraît pour ainsi dire entachée.
Observation CXLV1I. — Léocadie Desplanches, 4, rue de Mnrignan, âgée de douze ans et demi, paraissait jouir d'une bonne santé jusqu'à l'âge
746 CIIAP. XII. — AFFECTIONS CEREBRALES ET CEREBELLEUSES.
de six mois, sans troubles apparents dans la motilité. A ce moment, étant en nourrice, elle paraît avoir eu une affection intestinale sans fièvre ni convulsions, dit-on ; c'est à cette époque que sa mère s'est aperçue que les membres du côté gaucbe étaient roides et contractures dans le sens de la flexion et douloureux lorsqu'on voulait les étendre ou qu'on babillait l'enfant : la marche et la station étaient conséquemment difficiles. Vers l'Age de cinq ans, les contractures ont diminué et les douleurs ont disparu ; l'amélioration a été en progressant jusqu'au moment où elle m"a été présentée, le 1er novembre 1871. A celle époque, je constatai, au membre supérieur gauche, la contracture des fléchisseurs des doigts et de la main qui les maintenaient constamment fermés, quelque effort que l'on fit pour les étendre, et la contracture de la plupart des muscles fléchisseurs de la main sur l'avant-bras, de l'avant-bras sur le bras et des abaisseurs du bras sur l'épaule. Ces contractures augmentaient, pendant les efforts volontaires, au point que l'usage du membre en était complètement aboli; la sensibilité était partout normale. Au membre inférieur, un grand nombre de muscles étaient contractures jusqu'à un certain degré et les efforts volontaires ou une émotion quelconque augmentaient ces contractures et imprimaient au membre des trémulations réflexes ; la marche en était gênée. Le traitement par la faradisation a commencé le t" novembre; il consistait en excitations à intermittences lentes et à un degré modéré des muscles antagonistes de ceux qui étaient contractures; après la quatrième séance, il y avait déjà une amélioration notable; les contractures avaient diminué; la main pouvait s'ouvrir ; les mouvements du membre supérieur pouvaient être faits et la main pouvait être placée sur le derrière de la tôle. La force avait aussi augmenté; la malade saisissait l'anse d'un sceau plein d'eau et le portait facilement à une certaine distance. Cette amélioration a été en augmentant dans les séances suivantes; après la neuvième ou dixième, la main a pu être ouverte volontairement; les usages sont devenus plus faciles, et pour la première fois depuis sa naissance, la jeune fille a pu aider aux soins du ménage; par exemple laver la vaisselle, faire les chaussures, elle a commencé même à tenir assez solidement les objets pour apprendre la couture. Lorsqu'elle était debout, la contracture de la cuisse sur le bassin la tenait courbée en avant; aujourd'hui, elle se tient droite et marche sans claudication, traînant seulement un peu la jambe.
En présence de ce cas d'atrophie du cerveau, congénital ou datant de la première enfance, sans convulsions, dans lequel les facultés intellectuelles étaient conservées depuis la naissance, et dans lequel la parole s'était développée normalement, je ne pouvais admettre l'existence d'une sclérose un peu étendue de l'encéphale; mais la roideur d'un grand nombre d'articulations et principalement de la main et de l'avant-bras, avec contractures et trémulations accompagnant les mouvements volontaires et fonctionnels, ces phénomènes morbides, dis-je, me semblaient symptomatiques d'une sclérose spinale fasciculée anléro-latérale; je portai alors un pronostic tellement grave, qu'il me répugnait de faire la moindre