CHAPITRE XIII
PARALYSIES DE QUELQUES PROPRIÉTÉS MUSCULAIRES (DE LA SENSIBILITÉ MUSCULAIRE ET ARTICULAIRE, DE LA CONSCIENCE MUSCULAIRE OU DE L'APTITUDE MOTRICE INDÉPENDANTE DE LA VUE, DE LA CONTRAC- TILITÉ ÉLECTRO-MUSCULAIRE).
Les recherches cliniques qui vont faire le sujet de ce chapitre, ont mis en lumière des faitsinatlendus eld'unehaute^imporlance au point de vue physiologique et pathologique. Ainsi elles prouveront: i° que la sensibilité musculaire de Ch. Bell ne joue pas le rôle important qui lui a été attribué par le célèbre physiologiste anglais dans l'exercice de la coordination motrice et que les troubles fonctionnels locomoteurs qu'il croyait occasionnés par la paralysie de la sensibilité musculaire appartiennent à la sensibilité articulaire; 2° qu'il existe une aptitude motrice indépendante de la vue sans laquelle l'homme n'est plus dans l'obscurité, qu'une masse inerte, incapable de tout acte musculaire, c'est-à-dire de provoquer toute contraction musculaire ou de la relâcher, si elle est commencée; 3° enfin que la contractilité électro-musculaire, propriété que l'on croyait fondamentale ou inséparable de la vie, peut être abolie sans que l'exercice des mouvements volontaires soit empêché.
ARTICLE PREMIER
PARALYSIE DE IA SENSIBILITÉ MUSCULAIRE ET ARTICULAIRE. § I. Preuves de l'existence de la sensibilité électro-musculaire.
11 a été souvent question de la sensibilité électro-musculaire dans ce livre. Je me suis d'abord appliqué à démontrer expérimentalement l'existence de cette propriété musculaire. J'ai prouvé ensuite qu'elle joue un rôle important au point de vue du diagnostic et du pronostic des nombreuses paralysies, dont j'ai eu à exposer l'élude électro-pathologique. Nier donc aujourd'hui que les muscles sont doués de sensibilité, c'est contester un fait établi aussi solidement par l'expérimentation sur le muscle à nu que par l'observation pathologique.
Et cependant, un pathologiste allemand, Remak, dont j'ai déjà eu à combattre l'espèce d'hérésie sur l'irritabilité hallérienne(chap. II, prem. part., p. 7G) a nié aussi l'existence de la sensibilité élec-
tro-musculaire. Je ne crois pas pouvoir me dispenser de défendre ce point de doctrine attaqué par mon savant contradicteur.
Une seule expérience suffirait pour démontrer rigoureusement que le muscle est sensible, c'est celle que j'ai faite sur la fibre musculaire dénudée et excitée directement par un courant d'induction (elle a été rapportée à la page 40 de ce livre) et que j'ai pratiquée sur un blessé, à l'Hôtel-Dieu de Paris. J'ai dit que ce sujet accusait une sensation sourde pendant la faradisation de ses faisceaux musculaires; Remak en a conclu que le muscle n'est pas sensible; comme si une sensation sourde signifiait absence de sensation.
En vérité ! cette manière de lire ou d'interpréter un auteur est désespérante. J'ai écrit, en effet, et prouvé, par des faits, que la sensation musculaire est sourde, lorsque les intermittences du courant sont très-éloignées les unes des autres et qu'alors on peut agir à dose moyenne sans produire de douleurs, mais que la sensation augmente d'autant plus que ces intermittences sont plus rapides, au point de devenir tétaniques. Eh bien ! Remak n'y a rien compris; il m'a fait dire que l'excitation directe du muscle est toujours sourde et indolente; d'où il conclut que le muscle n'est pas sensible.
Pour que l'on ne pût plus, à l'avenir, interpréter d'une manière aussi étrange l'expérience que j'avais faite sur le muscle dénudé, j'ai répété publiquement, à l'Hôtel-Dieu, sous les yeux de M. A. Richard, chargé provisoirement du service chirurgical de M. le professeur Laugier, cette môme expérience sur une portion du grand pectoral dénudé d'un sujet chez lequel la peau et les nerfs sous-cutanés avaient été enlevés dans une opération chirurgicale. Dans ce cas, le rhéophore étant appliqué sur le tissu musculaire, loin du point d'émergence et d'immersion du nerf propre du grand pectoral, les sensations provoquées par la contraction ont été sourdes lorsque les intermittences étaient éloignées d'une seconde et à une intensité modérée; puis ces sensations ont augmenté en raison du rapprochement des intermittences, au point de devenir très-douloureuses, dès que la rapidité de ces intermittences était devenue assez grande pour produire la contraction tétanique delà portion du muscle excité.
Passons maintenant à l'observation pathologique. Que l'on se rappelle ces cas dans lesquels le nerf radial est lésé traumatiquement. Si l'on pose alors les rhéophores humides sur les points où la peau a conservé sa sensibilité, et au niveau des muscles animés par le nerf lésé, on observe que le sujet n'accuse aucune sensation ; mais si au contraire les nerfs cutanés sont lésés et que les nerfs musculaires aient conservé leur innervation intacte, les rhéophores humides provoquent, en môme temps que la contraction musculaire, des sensations qui ne peuvent être attribuées qu'à la sensibilité des