‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 310 sur 505 · CI1A1'. XIII. — PABAL. DE QUELQUES PROPRIÉTÉS MUSCULAIRES · texte numérisé non relu

CI1A1'. XIII. — PABAL. DE QUELQUES PROPRIÉTÉS MUSCULAIRES

muscles. Ces faits parlent assez d'eux-mêmes pour que je sois dispensé d'en tirer une conclusion.

Les maladies internes m'ont offert quelquefois l'occasion d'observer l'abolition soit de la sensibilité et de la contraclilité musculaires, soit seulement de la sensibilité musculaire, alors que la sensibilité de la peau était restée intacte; mais le plus ordinairement ces affections ont aboli ou affaibli en même temps la sensibilité de la peau. Dans ce dernier cas, on constate aussi que les nerfs cutanés ont également perdu leur excitabilité, et que cependant les contractions musculaires, provoquées par la faradisation localisée sont accompagnées de la sensation musculaire spéciale que j'ai signalée plus haut.

Rien n'est plus facile que d'observer par l'exploration électromusculaire les phénomènes qui prouvent l'existence de la sensibilité des muscles. On connaît les longues recherches que j'ai faites sur ces faits pathologiques. On a apprécié l'importance des déductions que j'en ai tirées, au point de vue du diagnostic et du pronostic des affections musculaires. L'exactitude d'un grand nombre de ces phénomènes pathologiques a été constatée par d'autres observateurs.

Eh bien! d'un trait de plume, Remak a supprimé tous ces travaux, en disant que les muscles ne sont pas sensibles.. ! Et sur quoi a-t-il appuyé une pareille assertion? Ce n'est pas sur de nombreuses recherches pathologiques (il n'en a fait aucune), ni sur de longues méditations; mais seulement sur quelques expériences, dont j'ai donné un spécimen, en rapportant celle qu'il a faite sur le trapèze, expériences sur lesquelles on ne saurait discuter sérieusement.

Je ne puis me dispenser de faire une prompte justice de plusieurs autres assertions inexactes qu'il a déduites de ses expériences. Suivant cet observateur, la contraction d'un muscle, produite par l'excitation de son rameau nerveux, n'est pas accompagnée de sensation, (c'est de ce fait qu'il a aussi conclu que les muscles ne sont pas sensibles!). Ici llemak commet une erreur matérielle. En voici la preuve expérimentale: lorsqu'on faradise un rameau musculaire avec un courant d'une intensité modérée, on obtient une contraction assez forte avec une sensation soio-de, indolente ; si la force du courant est augmentée et que ses intermittences soient plus rapides, les sensations avgmentent proportionnellement, au point de devenir douloureuses. Ces sensations douloureuses peuvent même se prolonger après l'opération et se transformer en douleurs névralgiques.

11 ressort incontestablement de l'ensemble des faits et des considérations précédentes, que les nerfs musculaires, eteonséquemment les muscles, sont doués de sensibilité; ce qui concorde avec l'anatomie, puisque les nerfs musculaires sont mixtes; mais cette sen-

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sibililé, qu'elle soit ou ne soit pas douloureuse, est spéciale et difficilement excitable par d'autres agents que les courants électriques-.

Apiès avoir nié l'existence de la sensibilité musculaire, Remak a atlribué la sensation produite par la faradisation musculaire directe (par les rhéophores humides, appliqués sur la peau, au niveau du tissu musculaire) uniquement à l'excitation des nerfs cutanés.

J'ai fait connaître les précautions qu'il faut prendre dans ce genre d'expérience, afin d'éviter une telle confusion ; je n'ai donc pas à revenir sur ce sujet (I).

§ II. — Identité de la paralysie de la sensibilité électro-musculaire et de la paralysie du sens musculaire de Cli. Bell.

La paralysie de le sensibilité électro-musculaire et la paralysie du sens musculaire de Ch. Bell {sentiment d'activité musculaire de Gerdy) sont symptomatiques d'une lésion identique de la sensibilité musculaire ; elles constituent l affection morbide que l'on doit désigner sous le nom de paralysie de la sensibilité musculaire.

Dans toutes les paralysies musculaires dont j'ai eu à exposer l'étude électro-pathologique, nous avons vu jusqu'ici la sensibilité électro-musculaire abolie ou diminuée parallèlement avec les mouvements volontaires, que la contractilité électro-musculaire fût ou non conservée. 11 était donc impossible d'observer, dans ce cas, les troubles fonctionnels, produits par la paralysie de la sensibilité électro-musculaire, pendant l'exercice des mouvements volontaires. Mais s'il est vrai que, dans la paralysie hystérique, les mouvements volontaires soient ordinairement perdus ou affaiblis en même temps que la sensibilité électro-musculaire, il arrive cependant quelquefois que celte dernière propriété est paralysée isolément.

Dès 1848, j'observais un fait analogue à l'hôpital de la Charité; c'est en faisant allusion à ce fait que j'écrivais dans un mémoire publié en 1850: « Une fois nous avons observé l'aneslhésie musculaire spontanée chez une hystérique, bien que les mouvements lussent conservés. » Depuis lors, j'ai eu l'occasion de recueillir un grand nombre de faits analogues au précédent; j'ai pu alors, après un examen minutieux des troubles fonctionnels occasionnés parla paralysie de la sensibilité musculaire, connaître aussi exacte-

(1) L'observation pathologique démontre aussi que les muscles sentent la pression. Combien de fois n'ai-je pas vu des sujets qui avaient perdu complètement la sensibilité de la peau, percevoir la pression que l'on exerçait au niveau des muscles souscutanés? Cette sensation de pression n'existe jamais, lorsque les muscles sont insensibles à l'excitation électrique.

7C4 C11AP. XIII. — I'AHAL. DE QUELQUES PROPRIÉTÉS MUSCL'LAI liES.

ment que possible la part d'influence exercée par cette propriété musculaire sur la locomotion. Ch. Bell avait, de prime abord, pressenti que les muscles devaient être doués de sensibilité.

« Ce fut, dit cet éminent observateur, la conviction que nous percevons l'action des muscles, qui m'engagea à porter l'investigation dans leurs nerfs, d'abord par Vanatomie, puis par l'observation. Je fus à même de démontrer que les muscles sont pourvus de deux ordres de nerfs ; qu'en excitanl l'un, le muscle se contracte; qu'en excitant l'autre, aucun mouvement n'a lieu, et que le nerf qui n'a pas d'action directe sur le muscle est destiné à produire la sensation. Il étaitainsi prouva que les muscles sont en communication avec le cerveau par l'intermédiaire d'un cercle nerveux; qu'un même nerf ne peut transmettre ce qu'on peut appeler influence nerveuse dans deux directions à la fois; en d'autres termes, qu'un nerf ne peut simultanément, et par lui-même, porter la volonté aux muscles, et la sensation au cerveau ; mais que, pour la régularité de l'action musculaire , deux nerfs distincts sont nécessaires: d'abord un nerf de sensibilité, pour porter au sensorium la connaissance de la condition des muscles, et puis un nerf de mouvement, pour porter au muscle le message de la volonté (I). »

Gomme Ch. Bell avait eu l'occasion d'observer un sujet qui, ayant perdu la sensibilité de l'un des membres supérieurs, bien qu'il eût conservé la puissance musculaire, laissant tomber les objets qu'il portait à l'aide de ce membre, il en avait attribué la cause à la perte de la sensibilité musculaire. En voici la relation.

Observation. CL. — « Une mère-, dit-il, nourrissant son enfant, atteinte de paralysie, perd la puissance d'un côté du corps et en même temps la sensibilité de l'autre, circonstance extraordinaire et fâcheuse. Aussi longtemps qu'elle regardait son enfant, elle pouvait le présenter à son sein, du bras qui avait conservé la puissance musculaire; mais si les objets environnants venaient à détourner son attention de la position de son bras, les muscles fléchisseurs de ce dernier se relâchaient peu à peu, et l'enfant courait le risque de tomber. »

« Nous voyons d'abord clans ce cas, (ajoute-t-il), que les nerfs du bras jouissent de deux propriétés distinctes , qui disparaissent ou sont conservées, selon la perte des uns et l'intégrité des autres; ensuite, que ces deux propriétés doivent l'existence à un ordre spécial de nerfs, et enfin que la puissance musculaire est insuffisante pour régler les mouvements des membres, si la sensibilité musculaire n'est là pour l'accompagner, a

« Dans mes lectures (leçons), dit-il ailleurs, j'ai loujoursexposé les mêmes vues. Je me suis attaché à prouver que, pour l'exercice parfait du sens du toucher, le mouvement de la main et des doigts, et

(1) Sir Charles Bell, Thehand; its mechanism and vital endowmenls, acevincing design, liftli édition; I8à2. Ch. ix. 0/ the muscular sensé, p. 211.

Je sentiment de l'action des muscles en produisant ce mouvement, doivent être combinés avec la sensation de contact de l'objet. A cette conscience de l'effort, je donne le nom de sens musculaire, l'appelant un sixième sens. »

Ce sixième sens, de même que la dénomination qui fut sans aucun doute inspirée à Ch. Bell par l'interprétation erronée, comme je le démontrerai bientôt, du fait pathologique rapporté ci-dessus, furent rejetés par les physiologistes, qui ne virent avec raison, dans les faits exposés par Ch. Bell, qu'un phénomène de sensibilité générale. Si en effet l'on avait accepté les principes du physiologisteanglaiSjil n'y aurait plus eu de raison pour ne point diviser la sensibilité générale en autant de sens qu'il y a d'organes. On aurait créé, par exemple, un sens rectal, vésical. (Je rapporterai par la suite un fait qui démontre la grave perturbation apportée dans les fonctions de la vessie par le seul fait de l'insensibilité de cet organe.)

Il est donc à regretter que Ch. Bell ne se soit pas contenté d'appeler sensibilité musculaire cette propriété, dont il avait si bien démontré théoriquement l'existence. Cette dénomination eût passé d'emblée dans la science, et un autre physiologiste d'un grand talent (Gerdy, que nous avons tous estimé) n'aurait pas, après Ch. Bell, embarrassé le langage physiologique d'un nouveau nom pour désigner cette prétendue propriété musculaire: il ne l'aurait pas appelée sentiment d'activité musculaire. Cette dénomination, qui n'est qu'une superfétation et qui était également due à une fausse interprétation de troubles locomoteurs dans des cas où les muscles avaient perdu de leur sensibilité, n'a pas même le mérite de lui appartenir, puisqu'on a vu plus haut que Ch. Bell explique ce phénomène dans les mêmes termes (I). Loin de moi la pensée de déprécier ses beaux travaux; mais on peut dire, sans être injuste envers lui, ou plutôt Gerdy lui-même, dont la probité scientifique de tous était connue, déclarerait aujourd'hui, clans l'intérêt de la vérité, qu'il n'a rien ajouté aux faits découverts et commentés par l'illustre physiologiste anglais.

D'autres physiologistes, ceux du moins que j'ai consultés, tout en admettant le rôle important attribué par Gerdy à la sensation d'activité musculaire dans la locomotion, semblent avoir ignoré, jusqu'en ces derniers temps, que c'est à Ch. Bell que revient l'honneur d'avoir démontré, le premier, l'existence de cette propriété musculaire. C'est que le chapitre admirable qui traite du sens musculaire est perdu dans un livre peu connu où l'on ne devait guère s'attendre à l'y trouver. Un lord qui avait perdu l'usage de la main,

(1) Ou a vu en effet ci-dessus (p. 703, ligne 1) que Ch. Bell appelle aussi le sens musculaire sentiment de l'action des muscles.

76 6 CnAP. XIII. — PARAL. DE QUELQUES PROPRIETES MUSCULAIRES.

avait promis un prix de 30,000 francs à celui qui publierait le meilleur traité sur la main. Ch. Bell, dont le nom était déjà illustre dans la science, envoya à ce concours son livre sur la mécanique de la main. Ce livre, dans lequel on trouve beaucoup d'anatomie et de physiologie comparées, n'ajoute vraiment rien à ce que l'on savait alors sur l'usage de la main ; mais on y découvre un tout petit chapitre (la perle de ce livre) qui traite au sens musculaire (Of the muscular sensé). Ce livre, illustré par un grand nombre de ligures (dessinées par l'auteur, qui avait aussi un talent artistique), n'a pas été traduit en français; c'est ce qui explique pourquoi il est si peu connu parmi nous. Si je n'avais dû le consulter avant de publier mes recherches sur la main, j'ignorerais sans doule encore l'existence du curieux chapitre dont j'ai traduit précédemment quelques extraits.

Faut-il s'étonner maintenant qu'un auteur, Landry, ait publié en 1853 des faits de physiologie pathologique (1) qui sont semblables à ceux de Ch. Bell, même sans citer le nom de cet illustre physiologiste, et qu'il ait remplacé la dénomination de sens musculaire, donnée primitivement parCh. Bell au nouveau phénomène musculaire dont il avait fait la découverte, par celle de sentiment d'activité musculaire, de telle sorte qu'il semble rapporter tout l'honneur de cette découverte àGerdy, l'auteur de celte dernière dénomination. Faut-il s'étonner aussi qu'il ait pu se croire le premier qui soit venu nous démontrer par la pathologie l'existence du sens musculaire de Ch. Bell? Il a été écrit en effet, après avoir relaté des observations identiques avec celles de Ch. Bell: « Je ne pense pas que rien de semblable aux faits précédents ait été consigné dans aucun écrit (2) !

En 1853, j'ai eu soin de protester contre cette ignorance des recherches de Ch. Bell sur cette propriété musculaire, en rappelant que le phénomène appelé sentiment d'activité musculaire, phénomène physiologique qui fera le sujet de l'article suivant, avait été découvert par le grand physiologiste anglais et dénominé par lui sens musculaire. Aussi ai-je été étrangement surpris de voir encore, en 1858, le même auteur auquel j'avais eu l'intention de reprocher indirectement de n'avoir pas suftisamment connu ce point de littérature médicale, exposer de la manière suivante l'historique des recherches sur le sentiment d'activité musculaire: «Le sentiment d'activité musculaire (dit-il) entrevu par Darwin, nettement indiqué par Gerdy et reconnu par tous les physiologistes, n'était admis que

(l) Landry, Recherelies physiologiques cl pathologiques sur les sensations tactiles (Arch. gin. tir médecine. 1853, 4e série, t. IX, de la page "2 JS à la pag.; 275), (?) Landry, lue. cit., p. ^70.

par induction, sans preuves expérimentales ou pathologiques, lorsque je publiai en 1852 trois faits pathologiques qui démontrent son origine et son rôle précis (1). » — Cet auteur, on le voit, ne s'est pas contenté de taire ici le nom de celui qui a découvert le phénomène de sentiment de l'action des muscles, mais il a été jusqu'à s'approprier la démonstration que cet homme de génie en avait faite par l'observation pathologique!

En somme, l'existence delà sensibilité musculaire et de la paralysie de celte propriété paraissait démontrée par Ch. Bell. Cetle démonstration avait besoin d'être étayée pnr les faits électro-physiologiques et pathologiques que j'ai exposés dans le présent paragraphe, et desquels il ressort, d'une manière incontestable, que le muscle est doué de sensibilité et que cette sensibilité peut être paralysée soit isolément, soit conjointement avec les autres propriétés musculaires.

§ III. — Les troubles fonctionnels locomoteurs attribués par Ch. Bell à la paralysie de la sensibilité musculaire (paralysie du sens musculaire) sont produits principalement par la paralysie de la sensibilité articulaire.

Longtemps j?ai cru, pour ainsi dire, aveuglément à l'importance physiologique que Ch. Bell a fait jouera l'insensibilité musculaire dans l'exercice de la locomotion. Mais voici le premier fait clinique qui m'a démontré qu'elle avait été singulièrement exagérée.

Observation CLI. — Une jeune dame (fille d'un médecin célèbre) avait été atteinte, à deux reprises et dans l'intervalle de deux années, d'une hémiplégie hystérique des membres de tout un côté du corps. Les mouvements avaient été complètement abolis, ainsi que toute espèce de sensibilité (anesthésie, analgésie, insensibilité osseuse et articulaire); la première fois, rebelle pendant cinq mois, à toute espèce de médication, cette paralysie n'avait cédé qu'à la faradisation localisée. (Il m'avait fallu faradiser chaque muscle, chaque point de la peau assez longtemps pour en triompher). Lorsqu'elle était revenue la seconde fois, deux ans après, la faradisation localisée appliquée immédialement en avait triomphé en peu de séances. Quatre ans plus tard, le membre supérieur et le tronc du côté gauche furent frappés d'insensibilité, bien que la motilité y fût conservée ; j'y constatai alors l'abolition de la sensibilité de la peau (anesthésie et analgésie) et de la sensibilité musculaire (insensibilité à l'excitation électro-musculaire eUà la pression) ; cependant la malade, alors même qu'on la privait de la vue, avait conscience des mouvements que l'on imprimait ou qu'elle imprimait

(1) Landry, Moniteur des hôpitaux, 1868, page 117-4.

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