CDA1'. II. — ÉLECTRISATION LOCALISÉE
médius, en dedans du premier radial externe, à partir de 3 a 6 centimètres au-dessous de l'épicondyle; pour le faisceau de l'annulaire, un peu en dedans du point précédent; enfin, pour le faisceau du petit doigt, à 12 centimètres au-dessous de l'épicondyle et au niveau de la face postérieure du cubitus. Il faut, dans toutes ces opérations, agiravec un courant peu pénétrant (le courant de la première hélice) et à un degré modéré, afin que l'excitation n'arrive pas aux couches profondes.
En suivant les données anatomiques que je viens d'exposer, je puis obtenir avec sûreté, chez le premier sujet venu, la contraction isolée des faisceaux de l'extenseur commun, et aussi la contraction des autres faisceaux qui meuvent les doigts et le pouce.
b. C'est en faisant allusion aux difficultés que la pratique de la faradisation musculaire localisée doit présenter même aux analomistes, s'ils ne possèdent ces données, qu'après avoir exposé les principes généraux de la faradisation musculaire localisée, j'ai écrit, dans les premières éditions, les lignes suivantes : « Il ne faut pas s'imaginer qu'il suffise de connaître les préceptes que je viens d'exposer dans cet article et d'être anatomisle, pour posséder complètement l'art défaire contracter isolément chacun des muscles ou de leurs faisceaux. Pour atteindre ce degré d'habileté, il est une foule de détails auxquels il faut être initié, et dans lesquels je ne puis entrer actuellement, sans sortir des limites que je dois m'imposer. »
Remak , interprétant d'une manière étrange le sens du mol initié, y a vu tout un mystère ; il a joué sur ce mot auquel il est revenu sans cesse. Cependant, s'il avait eu connaissance des préceptes généraux exposés précédemment , il aurait dû comprendre, surtout après m'en avoir vu faire l'application, qu'il était possible de s'initier soi-même à ces détails anatomiques. C'est ce qu'il a dit avoir fait depuis lors, en recherchant, dans des dissections, les points d'immersion des nerfs musculaires (1).
(i) En octobre 1852, Remak me lit l'honneur d'assister, avec MM. les professeurs Riehter (de Dresde), Jacksch de Prague), Hébra (de Vienne1, et d'autres savants célèbres d'Allemagne, à une séance où je m'étais proposé de démontrer expérimentalement les fonctions d'un certain nombre de muscles avec le concours de l'électro-pbysiologie et de la pathologie. Remak a écrit, dans sa brochure citée précédemment, que cette séance fut tellement saisissante d'intérêt, qu'il en rendit compte à la Société médicale de Berlin, après son retour de Paris. Mais il s'est plaint que mes explications verbales aient été bornées à des démonstrations physiologiques, et n'aient touché aucunement ma méthode d'électrisation localisée. Puis, n'ayant pas compris comment il m'avait été possible de faire contracter individuellement les muscles, il a ajouté : « Quiconque a vu l'assurance et l'habileté avec lesquelles il (M. Duchenne) met les grands muscles en contraction, pourrait presque l'accuser de l'intention d'en vouloir garderie secret pour lui. » {Loc.dt., p. 11.)
Habituellement, lorsque j'expérimente en présence des élèves, je n'oublie pas d'expliquer les raisons anatomiques qui me font placer les rhéophores sur tel ou tel point d'élection , si j'ai l'intention de produire soit la contraction en masse d'un muscle, soit la contraction individuelle de ses faisceaux ou portions diverses. Mais en
Les indications données par Remak dans le but d'obtenir la contraction tétanique d'un muscle en masse n'apprennent rien sur les points d'émergence et d'immersion des nerfs ; ils ne peuvent pas même servir comme règle générale. Ainsi, suivant lui, veut-on faire contracter un muscle en masse, il faut placer un rhéophore sur un point du bord des muscles vers lequel a lieu l'entrée de son rameau nerveux. Si ce principe est bon pour quelques muscles, il ne l'est plus pour beaucoup d'autres. A l'appui de mon assertion, je choisirai comme exemple un des muscles qu'il dit pouvoir faire contracter en masse par ce procédé, le deltoïde. Eh bien ! sur quelque point du bord de ce muscle que l'on applique les rhéophores, on n'obtient que des contractions partielles , parce que l'entrée du
présence de l'auditoire d'élite dont Remak faisait partie, j'ai pensé qu'il eût été déplacé d';igir ainsi, de faire une sorte de leç on d'anatomie.
Lorsqu'on me vit, dans cette séance, provoquer la contraction en masse du grand dentelé et placer les rliéophores humides sur le côté du thorax, au niveau du bord antérieur du grand dorsal, était-il nécessaire de dire que ces rliéophores se trouvaient en rapport avec le nerf du grand dentelé? Quand ces mômes rliéophores étaient posés à la réunion du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs du trapèze, avais-je besoin d'apprendre aux savants qui me voyaient agir, que j'excitais alors les filets trapéziens émanés de la branche externe du spinal et du plexus cervical ? la contraction en masse du trapcze suffisait d'ailleurs pour en faire foi. Ce mode d'électrisation musculaire par l'intermédiaire des nerfs musculaires était la faradisation musculaire indirecte que j'avais décrite d'une manière générale dans mes écrits et dans mes séances expérimentales', sans entrer dans des détails anatomiques sur les points d'émergence et d'immersion des nerfs musculaires. Puis, lorsque, dans cette môme séance, je voulus faire contracter isolément chacune de ces portions du trapèze, qui physiologiquement constituent autant de muscles différents, on me vit m'éloigner, autant que possible, du point d'entrée de ces nerfs, placer les rliéophores alternativement au niveau de chacune de ses ponions musculaires qui forment ce que j'ai appelé, ou la portion respiratrice (portion claviculaire), ou la portion élévatrice, ou enfin la portion adductrice du trapèze.
Pendant plusieurs heures que dura cette séance , Remak put me voir faisant contracter successivement un assez grand nombre de muscles larges et fascicules ou en mas-se en excitant leurs rameaux nerveux, ou par portions ou par faisceaux c'est-à-dire, en plaçant les rliéophores sur ces derniers, au delà du point d'immersion des nerfs musculaires. Cependantce savant critique, qui avaitété témoin de ces effets • variés et dont il a fait un si grand éloge, n'avait pas môme entrevu les proc édés particuliers qui m'avaient permis de les obtenir ! A qui la faute ? Avais-je donc trop compté sur ses connaissances anatomiques ? L'anatomie microscopique lui avait-elle fait oublier celle qui se voit à l'œil nu? C'est la seule manière d'expliquer cette, énigme.
Remak, que l'on a vu plus haut me représenter comme une espèce de prestidigitateur, dont il a bien voulu louer l'habileté, qui a eu soin de garder ses secrets pour lui, s'est dit encore :« On peut également admettre qu'il (Duchenne) n'est pus encore parfaitement fixé sur les conditions anatomiques des effets qu'il obtient, et qu'il doit la connaissance desdits points (les points d'élection où les rliéophores doivent être placés) peut-être au hasard, ou plutôt à des essais qu'à une méthode déterminée. » Dès lors Remak, pour l'honneur de la science, s'est mis à l'œuvre, et il est venu déclarer triomphalement que ces fameux points d'élection sont les points d'entrée des nerfs musculaires I Malheureusement pour la priorité de sa grande découverte, les expériences qu'il a rapportées, afin d'expliquer la raison anutomique de ces points d élection, sont exactement celles qu'il avait vu faire dans la séance à laquelle il assistait en 1852.