CIIAP. XIII. — PARALYSIE DE QUELQUES PROPRIÉTÉS MUSCUL
supérieur?, jusqu'à ce qu'il fût bien établi que, chez cette malade, la contraction volontaire ne pouvait se faire sans le secours de la vue, symptôme* propres à l'impotence d'une fonction que j'appelais conscience musculaire.
2° Voici une autre etpèrience qui montra, en outre, que l'action de la volonté et le concours de la vue étaient nécessaire à la cessation de la contraction musculaire une foii produite . Si, après s Y'tre fait serrer la main, on l'empochait de voir, et qu'on lui dît de cesser tout effort, on sentait que la contraction de ses fléchisseurs confirmait, et il fallait employer une grande force pour lui ouvrir la main ; ou bien si, après lui avoir fait fléchir l'avantbras, on l'empêchait de voir, l'avant-bras restait dans la flexion, et résistait également aux efforts d'extension que l'on exerçait sur lui. (On se rappelle que la malade, privée de toute sensibilité, n'avait pas conscience des mouvements qu'on imprimait à ses membres).
L'expérience suivante établit qu'?7 ne suffit pas que le sujet voie, pour que les mouvements soient obtenus, mais qu'il faux encore que son attention suit alors fixée sur le membre à mettre en mouvement. Ayant placé les mains de la malade assez rapprochées l'une de l'autre pour qu'elle pût les voir également bien, je l'invitai à les fermer et à les ouvrir toutes les deux à la fois. La flexion des doigts se fil, mais alternativement de chaque côté, et il en fut de même pour leur extension. Quelque effort qu'elle fit pour obtenir ce résultat, elle ne put faire contracter à la fois les muscles homologues. On voyait que, pendant les contractions, elle fixait alternativement son regard sur la main qui entrait en mouvement. 11 ne lui fut pas non plus possihle de fléchir ou d'étendre simultanément ses avant-bras sur les bras.
3° Celte espèce de suspension de l'action motrice volontaire dépendaitelle d'un état pathologique des centres nerveux, ou des organes périphériques? Dans cette dernière hypothèse, était-elle l'effet d'un élat morbide de la sensibilité cutanée ou des propriétés musculaires ? Voici les expériences que je fis pour juger ces diverses questions.
J'essayai de rétablir la sensibilité de la peau de l'avant-bras et de la main par la faradisalion cutanée. Pendant les premières minutes, Désirée n'éprouva aucune sensation dans les points excités, bien que le courant fût intense et ses intermittences rapides. Mais bientôt après elle accusa d'abord un chatouillement, puis une sensation de piqûre et de brûlure qui alla croissant et lui arracha des cris, au point que je fus forcé de diminuer l'intensité du courant. Après quelques minutes de cette excitation, la sensibilité de la peau était en partie revenue dans le point faradisé, mais elle n'en franchissait pas les limites. Je promenai de la même manière l'excitation électro-cutanée mit tous les points de la région antérieure et postérieure de l'avant-bras et de la main, et sur la pulpe des doigts. Après cette opération, la malade sentait vivement le? plus légers pincements de la peau, et lorsqu'elle promenait ses doigts sur les draps de son lit, elle en appréciait bien les inégalités; enfin, elle distinguait les corps chauds des corps froids. La sensibilité taciile et douloureuse étant ainsi rappelée en partie, je commandai à Désirée demomoirla main ou les doigts sans les regarder, mais elle ne remua pas plus qu'auparavant, bien que je stimulasse sa sensibilité cutanée en frottant ou en
ART. II. — l'ARALYSIE DE LA CONSCIENCE MUSCULAIRE. 7 89
pinçant la peau de son avant-bras et en frappant sur la pulpe de ses doigts, ce qui l'affectait désagréablement. Il m'était démontré par celte expérience que la sensibilité de la peau ne pouvait dans ces conditions remplacer, chez elle, le sens de la vue pour la production des mouvements volontaires-.
Je dirigeai ensuite l'excitation électrique sur les muscles de l'avant-bras et de la main du côté opposé (du côté droit), commençant par les interosseux de la face dorsale de la main, de manière que la malade ne pût voir les mouvements partiels de ses doigts. La contractilité électro-musculaire était parfaitement normale, mais Désirée ne commença à ressentir l'excitation musculaire qu'après trois ou quatre minutes. La sensation, qu'elle comparait d'abord à des pulsations, devint bientôt presque douloureuse. Cessant alors l'excitation musculaire, je lui commandai de luire un mouvement quelconque de sa main droite, que je ne lui laissai pas regarder (bien entendu), et je vis très-distinclement ses doiijts exécuter seulement les mouvements qui appartiennent à l'action propre des interosseux, c'est-à-dire que ses premières phalanges se fléchirent pendant que les deux dernières s'é'ondaienl ; mais le pouce resta immobile. Plusieurs fois de suite, elle fit ce même mouvement, après que je lui avais placé les doigts dans différentes positions. (Si l'on venait à m 'objecter que j'ai été la dupe de quelques supercheries, ce que les expériences déjà faites sur la malade ne permettaient pas de craindre, je répondrais seulement en rappelant cette dernière expérience, que personne ne supposera que Désirée connaissait l'action propre de ces muscles.) Je localisai successivement l'excitation électrique dans les muscles du pouce, qu'elle put mouvoir à leur tour, puis dans les extenseurs et les fléchisseurs des doigts et du poignet, de sorte qu'elle recouvra successivement à ma volonté tous les mouvements de la main, sans s'aider de la vue.
J'avais eu soin d'humecter largement la peau de manière à ne pas l'exciter; c'est pourquoi cette peau était restée aussi insensible qu'avant l'excitation musculaire. Ainsi, je pouvais la pincer, la piquer, la brûler, sans que la malade le sentit. Mais si je comprimais le bras, si je le frappais, elle éprouvait une sensation profonde que je pouvais porter jusqu'à la douleur.
Je dois noter ici que souvent la malade a perdu, par de nouvelles attaques, ce qu'elle avait gagné la veille, de sorte qu'il m'a été possible de renouveler ces expériences chaque jour. Elles ont été faites en présence d'un grand nombre d'observateurs. J'ajouterai enfin que, pendant que je rappelais la sensibilité cutanée au membre supérieur gauche, M. Briquet la rappelait au membre inférieur du même cùté avec les sinapismes et l'huile de croton tiglium ; que le retour de la sensibilité cutanée aux membres inférieurs n'avait pas plus modifié l'état des mouvements qu'au membre supérieur de ce côté, tandis que l'excitation musculaire du membre inférieur droit y avait, comme au membre supérieur de ce côté, rappelé en partie l'aptitude aux mouvements volontaires sans le secours de la vue.
Puisque, dans cette dernière expérience, la faradisalion musculaire a rendu aux muscles la faculté de se contracter volontaire-