II. — Intercostaux
A. — Les expériences éleclro-physiologiques que j'ai faites chez l'homme, dans des circonstances qui m'ont permis, soit de faradiser les intercostaux externes sur tous les points de leur surface, et les intercostaux internes dans -l'espace intercartilagineux, soit de localiser l'excitation électriquedans unnerf intercostal, démontrent que tous ces muscles sont inspirateurs : \° en élevant individuellement chaque côte inférieure sur la côte supérieure qui reste fixe ; 2° en imprimant un mouvement excentrique à cette côte inférieure, à l'aide de la rotation qu'ils lui l'ont exécuter sur ces extrémités (1).
(I) Depuis la publication de mes recherches sur l'action des intercostaux, un
B. — L'action inspiratrice des intercostaux, mise en lumière chez l'homme vivant, au moyen de l'expérimentation électro-physiologique, a été confirmée : 1° par des faits cliniques dans lesquels les muscles inspirateurs auxiliaires étant atrophiés, ainsi que le diaphragme, la respiration costale avait lieu cependant largement, et dans lesquels, avec les doigts appliqués dans les espaces intercostaux, on sentait les muscles intercostaux se gonfler, se durcir, pendant chaque inspiration; 2° par des faits cliniques dans lesquels, consécutivement à l'atrophie des intercostaux, la respiration costo-supérieure est abolie, et- la capacité thoracique diminuée ; ce qui est la contre-épreuve des faits précédents.
C. — L'expérimentation électro-physiologique, confirmant l'opinion de Winsîow, et après lui, de Haller et d'autres physiologistes, démontre que les intercostaux élèvent la côte inférieure, parce que Je point fixe est à la côte supérieure ; d'autre part, l'observation clinique prouve que ces muscles ne peuvent pas abaisser les côtes supérieures, pendant la respiration costo-supérieure naturelle , parce qu'alors elles sont fortement élevées par le sterno-cléido-mastoïdien et les scalènes.
D. — De ce que les intercostaux se trouvent dans un état d'élongation, pendant l'inspiration, ce n'est pas une raison pour qu'ils ne puissent concourir aux mouvements inspiratoires, comme l'a prétendu Hamberger; car j'ai démontré que certains muscles, lorsqu'ils sont appelés à fonctionner volontairement, sont placés dans un étal d'élongation par la contraction synergique d'autres muscles, afin que leur force soit augmentée. C'esL ce que l'observation clinique a démontré pour les fléchisseurs des doigts qui perdent leur puissance, des que les radiaux et le cubital postérieur paralysés ne peuvent plus maintenir la main étendue, au moment où ils se contractent ; de même l'élongation des intercostaux internes, pendant l'inspiration, peut augmenter la puissance de ces muscles qui concourent à la produire.
E. — La direction oblique des intercostaux indique qu'ils sont destinés à l'inspiration, car c'est seulement pendant ce temps de la respiration, qu'ils deviennent perpendiculaires aux leviers (les
journal littéraire, L' Evénemenit avait annoncé., le 25 octobre 1SGIÎ, que M. Marccllin Duval, directeur du service de santé de la marine, à Jîrest, avait vérifié l'exactitude des opinions exposées dans mon Mémoire, en électrisant directement les intercostaux dénudés des quatre guillotinés du Fœderisarca. Le savant directeur de l'Ecole de médecine s'est empressé de m'écrire : « L'auteur de l'article de Y Événement a dit vrai. Jusqu'à présent son nom m'est parfaitement inconnu; il faisait évidemment partie des nombreux témoins (soixante environ) de mes expériences. Il a dû par conséquent entendre proclamer votre nom, après des résultats qui nous ont paru décisifs. Je ne saurais vous dire combien j'ai été heureux de pouvoir confirmer, d'une manière qui me semble incontestable, l'une des conclusions de votre beau Mémoire, adressé aux Académies des sciences et de médecine. »
côtes) qu'ils mettent en mouvement. S'ils se contractaient pendant l'expiration, ils deviendraient encore plus obliques à ces leviers; ce qui serait contraire à la règle générale, à savoir: que les muscles deviennent ou tendent à devenir, en se contractant, perpendiculaires aux leviers qu'ils meuvent, de telle sorte que leur puissance augmente en raison de leur degré de contraction.
F. — La direction oblique, en sens inverse des intercostaux internes et externes, indique que ces muscles sont destinés àse contracter synergiquement, car s'ils agissaient isolément, afin de produire, les premiers l'expiration, les, seconds l'inspiration, il en résulterait nécessairement, pendant chacun de ces mouvements, un mouvement de chevauchement oblique des côtes les unes sur les autres ; ce qui paraît du reste ressortir de l'observation clinique.
La contraction simultanée de tous ces muscles neutralise cette action oblique qui, en raison de cette combinaison, est convertie en une action perpendiculaire aux côtes à mettre en mouvement.
G. — Contrairement aux déductions tirées des vivisections de Galien qui rendait le porc aphone, en pratiquant la ligature de tous ses intercostaux, l'observation clinique démontre que les muscles intercostaux n'exercent pas une grande influence sur la phonation sans effort.
H. — L'utilité des intercostaux n'est pas comparable à celle du diaphragme, car leur paralysie ne compromet pas la vie comme celle de ce muscle. Cependant lorsque celui-ci vient à faire défaut, les intercostaux sont les seuls qui puissent le suppléer provisoirement, de manière que l'hématose continue à se faire et que le sujet puisse vivre, s'il ne survient pas d'affection bronchique ou thoracique.
C'est pour cette raison que les intercostaux doivent être aussi considérés comme des muscles inspirateurs essentiels venant, toutefois, après le diaphragme.