III. — PORTION ADDUCTRICE (TIERS INFÉRIEUR) DU TRAPÈZE
Dans presque tous les faits qui jusqu'à ce jour ont été soumis à mon observation, c'est la portion adductrice du trapèze qui a été la première atteinte par l'atrophie musculaire progressive. Alors on ne retrouve plus aucune des fibres de cette portion musculaire par l'exploration électrique; ou si la transformation graisseuse n'est pas complète, on voit encore se soulever par l'excitation électrique, quelques faisceaux qui ne peuvent imprimerie moindre mouvement au scapulum, ces faisceaux étant trop rares pour avoir le pouvoir de soulever cet os. L'atrophie partielle de la portion claviculaire du trapèze m'a fourni l'occasion d'en étudier l'action et l'importance. Consécutivement à cette atrophie partielle du trapèze, le scapulum est entraîné en dehors et en avant, et cela d'autant plus que l'atrophie est plus avancée. Pour comprendre le mécanisme de cette attitude morbide, il suffit de se rappeler que ces fibres atrophiées ont justement pour fonction principale de maintenir le scapulum à sa dislance normale de la ligne médiane. Par suite de ce mouvement du scapulum, le dos s'arrondit transversalement, la clavicule et le moignon de l'épaule sont plus saillants en avant, et la face antérieure de la poitrine se creuse transversalement.
Cette attitude vicieuse du scapulum et ces troubles fonctionnels dans les mouvements de cet os sont bien plus apparents si l'atrophie de la portion adductrice du trapèze n'existe que d'un côté. Ainsi, chez le sujet de la figure 189, qui a perdu la portion adductrice de son trapèze droit, l'épine du scapulum du môme côté se trouve, pendant le repos musculaire, à une dislance de 10 centimètres de
la lignemédiane; ce qui contraste avec l'attitude normale de son scapulum gauche, dont le bord spinal n'en est éloigné que de 6 centimètres. Veut-il rapprocher les scapulum l'un de l'autre, on voit du côté malade (voy. fig. 185) le scapulum s'élever en tournant sur
Fig. 154 (')
son angle externe, tandis que du côté sain le scapulum effectue son mouvement normal. Je n'ai pas besoin d'insister pour faire ressortir l'importance de ce nouveau signe diagnostique de l'atrophie de la portion adductrice du trapèze.
Quand l'atrophie musculaire a détruit à la fois les portions adduc-
(*) La figure 184 représente l'attitude des scapulum d'un malade qui avait entièrement perdu la portion adductrice de ses trapèzes. Le bord spinal de chaque scapulum se trouvait des deux côtés à une distance de 10 centimètres de la ligne médiane; sou dos était très-arrondi et la parlie antérieure de la poitrine était comme enfoncée par suite de la saillie de ses clavicules et du moignon de ses épaules. Quand il voulait rapprocher ses scapulum en arrière, ou les voyait s'élever et tourner en obéissant à l'action des rhomboïdes. Cependant il pouvait encore opérer ce rapprochement, grâce aux libres supérieures de son grand dorsal qui était très-développé, fibres qui, ainsi que je le démontrerai, ont le pouvoir de rapprocher directement les scapulum de la ligne médiane. (Voir son observation dans Élect. loc, 1855, p. 282, obs. XXI.)
(**) Fig. 185. Mouvement eu sens contraire des épaules chez un sujet qui, ayant perdu les deux tiers de son trapèze droit, essaye de rapprocher ses scapulum de la ligne médiane. Le scapulum droit, privé de l'action de son trapèze, obéit au rhomboïde en s'élevant, tandis que le scapulum gauche exécute son mouvement naturel par l'action combinée de la moitié inférieure du trapèze et du rhomboïde. (Voir son observation dans Elect. loc. 1S55, obs. XXIII, p. 2S4 et 322.)