ART. II, § I. — CONTRACTURE DU RHOMBOÏDE
en pension, elle fut moins observée, malgré la gène des mouvements du cou.
Ce fut seulement en avril 1832, Aglaé étant venue passer quelques jours à Bagnolet, chez sa mère arloptive, que celle-ci s'aperçut de la difformité de son épaule droite. Elle se décida alors à conduire cette
enfant à la consultation de M. Marjolin. En présence d'une difformité de l'épaule qu'il rencontrait pour la première fois, M. Marjolin crut devoir adresser la petite malade à son collègue M. Bouvier, comme un cas de diagnostic intéressant. Dans le but de favoriser mes recherches sur les muscles moteurs de l'épaule, M. Bouvier donna rendez vous à la malade dans mon cabinet, afin de poser le diagnostic de cette difformité à l'aide de l'exploration électro-musculaire.
Les bras tombant sur les côtés du tronc, et la malade se tenant debout ou assise, l'angle inférieur D (tîg. 193) du scapulum droit était remonté au point de se trouver presque au niveau de son angle externe, et trèsrapproché de la ligne médiane. Cet angle faisait une saillie considérable sous la peau. En appuyant sur lui je parvenais à l'abaisser, et à placer le scapulum dans son altitude normale; mais il fallait employer alors une grande force, et sitôt que je cessais la compression, l'angle inférieur remontait vivement, comme s'il avait été mû par un ressort, et le scapulum reprenait son attitude vicieuse. Lorsque l'on imprimait ces mouvements au scapulum, on sentait et l'on entendait un craquement qui paraissait se passer entre la face antérieure de cet os et les parois tbora-
(*) Attitude vicieuse de l'épaule droite produite par la contracture du rhomboïde, pendant ■que les mains supérieures tombent verticalement.
(**) Disparition de cette déformation pendant que le membre supérieur est élevé en avant.
ciques. Au-dessus du bord spinal du scapulum, qui était devenu oblique de dedans en dehors et de bas en haut, on voyait une tumeur assez considérable B (1) qui était due au relief du muscle rhomboïde contracture (voy. fig. 193). Celte tumeur se reliait avec un autre soulèvement situé sur l'épaule droite, lequel était dû à l'angle interne du scapulum que l'on sentait distinctement sous la peau, et au relief A de l'angulaire qu'on voyait se prolonger jusqu'au sommet du triangle sus-claviculaire, où il luisait une saillie très-apparente. Enfin, la tôle était penchée légèrement à droite, et en l'inclinant du côté opposé on provoquait une sensation douloureuse qu'Aglaé rapportait à la tumeur de l'espace sus-claviculaire.
Qui ne reconnaît, dans celte attitude pathologique du scapulum et dans l'inclinaison latérale de la têle, l'attitude que je produis à volonté en faisant contracter le rhomboïde et l'angulaire de l'omoplate par l'excitation électrique dirigée, soit sur chacun de ces muscles, soit sur tous les deux à la fois. Rien n'y manque, pas même les reliefs musculaires caractéristiques. Aussi n'hésilai-je pas, quand je vis cette jeune fille pour la première fois, à diagnostiquer une contracture du rhomboïde et de l'angulaire.
Je me refusai à admettre, dans celle disposition du scapulum, un signe de paralysie ou d'atrophie du grand dentelé, bien que ce fût la pensée de la plupart des confrères éclairés qui avaient examiné Aglaé avant moi, et qui ne voyaient dans cette contracture du rhomboïde et de l'angulaire que le résultat de la perte de l'antagonisme musculaire, comme on l'observe dans certains pieds bols con séculifs à la paralysie de quelques muscles.
L'observation m'avait enseigné, en effet, que le muscle grand dentelé peut être entièrement atrophié, sans que pour cela il soit entraîné par la prédominance tonique du rhomboïde, son antagoniste. Je vais en fournir la preuve la plus irrécusable. Le scapulumdu sujet représenté dans la figure 18G, et dont le grand dentelé est paralysé, conserve son attitude normale quanta la direction de son bord spinal et à sa dislance des parois thoraciques, pendant le repos musculaire, c'est-à-dire lorsque ses bras tombent sur les côtés du tronc, et cela malgré l'intégrité de son rhomboïde. Seulement son scapulum est plus bas et plus éloigné de la ligne médiane que celui du côté opposé (voyez figure 189); ce qui dépend de l'atrophie de son trapèze, comme je l'ai démontré précédemment.
Il faut donc plus que la prédominance tonique du rhomboïde pour entraîner le scapulum dans une attitude vicieuse ; il faut une
(1) Cette tumeur, qui a une grande importance au point de vue du diagnostic différentiel, n'est malheureusement pas bien rendue dans la figure 193. Elle est parfaitement représentée dans la figure 195 (gravée d'après la photographie), bien que la contracture du rhomboïde fut moindre que dans la figure 1 03.