ART. II, § I. — CONTRACTURE DU RHOMBOÏDE
contraction pathologique, un spasme continu, ce que l'on désigne, en un mot, sous la dénomination de contracture. C'est ce qui avait lieu chez la jeune Aglaé.
Il n'était pas impossible que la contracture du rhomboïde et de l'angulaire fût compliquée de la paralysie du grand dentelé ; il importait donc de s'assurer de l'état de ce muscle chez ma jeune malade. Je lui fis en conséquence porter les deux bras en avant, et je vis son scapulum droit, obéissant à l'action du grand dentelé, reprendre son attitude normale, et exécuter les mêmes mouvements de rotation que du côté sain (voy. fig. 1 94).
Que l'on rapproche maintenant l'une de l'autre la contracture du rhomboïde et l'atrophie ou la paralysie du grand dentelé, ou bien que l'on compare les deux figures qui représentent leurs effets respectifs, à l'état de repos et à l'état de mouvement, et l'on verra que, dans la première, la difformité se produit seulement pendant que le bras pend le long du corps (fig. 193) et disparaît dans l'élévation du bras (fig. 19i); tandis que, dans la seconde, la difformité apparaît lorsque le malade écarte son bras du tronc (fig. 180 et 187), et n'est pas visible à l'état de repos (fig. 189).
Contracture du rhomboïde, tel fut donc mon diagnostic. L'inclinaison de la tête du côté de la difformité, et la saillie de l'angulaire dans le triangle sus-claviculaire, que l'on observait chez Aglaé, m'autorisaient aussi à admettre que ce dernier muscle était également contracture. La contracture du rhomboïde et l'angulaire était primitive et de cause rhumatismale; cela me paraît établi par l'histoire môme de la maladie. Le grand dentelé avait été peut-être affaibli consécutivement à l'élongation longtemps prolongée qu'il avait dû subir par le fait de la déviation du scapulum : mais il n'était pas paralysé. (J'exposerai bientôt le mode de l'aradisation que j'employai pour guérir cette contracture.)
La contracture du rhomboïde ou de l'angulaire ne peut pas produire l'abaissement du moignon de l'épaule. Celle proposition eût été antiphysiologique avant mes recherches, car on avait imaginé, je ne sais sur quelle donnée, que ces muscles faisaient tourner le scapulum sur un axe fictif central, de manière que l'angle externe devait s'abaisser pendant que les deux autres angles s'élevaient. Or, l'expérimentation électro-physiologique a établi que, sous l'influence du rhomboïde et de l'angulaire, le scapulum tourne sur son angle externe qui reste fixe, et qu'au moment de la contraction, cet os s'élève en masse. Ces faits physiologiques sont confirmés par l'observation pathologique. En effet, chez la petite Aglaé, le moignon de l'épaule n'était pas abaissé.
Mais pourquoi ce mouvement d'élévation en masse n'a-t-il pas eu lieu chez celte malade? Est-ce que le rhomboïde et l'angulaire
n'étaient pas arrivés à leur maximum de contraction ? Ou bien cela tiendrait-il à ce que le grand dentelé, qui avait subi longtemps une grande élongalion, n'opposait plus à ces muscles assez de résistance tonique pour produire, à l'aide de son action combinée avec celle du rhomboïde et de l'angulaire, l'élévation en masse, comme le mécanisme en a été exposé dans mes études électro-physiologiques? Cette dernière explication me paraît s'approcher davantage de la vérité.
J'ai observé d'autres cas analogues de contracture du rhomboïde ou de l'angulaire, qui ne différaient entre eux que par leur degré de difformité ou de maladie, le ne les rapporterai pas ici, parce qu'ils ne seraient que la confirmation des faits et des signes diagnostiques que je viens d'exposer.
En résumé : 1° élévation plus ou moins grande de l'angle inférieur du scapulum, avec rapprochement de la ligne médiane, sans abaissement du moignon de l'épaule; 2° direction oblique de bas en haut et de dedans en dehors du bord spinal du scapulum; 3° tumeur située en dedans du bord spinal du scapulum, et se prolongeant vers la fosse sus-épineuse; 4° quelquefois crépitation, appréciable par l'ouïe et par le toucher, de cette tumeur pendant les mouvements imprimés au scapulum ou au bras; 5° enfin, disparition de la difformité du scapulum et des tumeurs, pendant l'élévation volontaire du bras du côté malade : tels sont les signes qui caractérisent la contracture du rhomboïde.
La contracture de l'angulaire de l'omoplate, qui complique celle du rhomboïde, ajoute aux symptômes précédents l'inclinaison latérale de la tête, ainsi qu'on l'a vu dans l'observation ci-dessus relatée (obs. CXC). Celte inclinaison de la tète n'est pas rendue dans les figures 193 et 194.
Dans plusieurs cas, j'ai constaté la contracture simultanée du rhomboïde et des deux portions supérieures du trapèze. Alors aux signes propres à la contracture du rhomboïde sejoignent l'élévation considérable du moignon de l'épaule et la rotation de la tète du côté opposé. La figure 195 (dessinée d'après une photographie) représente un cas de contracture du rhomboïde et du tiers moyen du trapèze (portion élévatriee).
Observation CXCI. — La jeune fille représentée dans la figure 195, âgée de quatorze ans, ayant été exposée à un courant d'air, ressentit bientôt une douleur dans le côté droit de la partie postérieure du cou et dans quelques muscles de l'épaule droite, douleur augmentée par certains mouvements de la tète et du membre supérieur. Bientôt après la mère s'aperçut que son épaule se déformait. Tue application de sangsues et plusieurs vésicatoires avaient diminué les douleurs; mais la contracture avait persisté jusqu'au moment où cette jeune fille me fut présen-