‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 112 sur 400 · NS W/ 4 N KL 110 N AK W À NE · texte numérisé non relu

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Fi6. 118 et 119.— Représentant un même sujet, vu de face et de dos, dont les muscles pectoraux, trapèzes, excepté leur portion claviculaire, grands dorsaux, biceps et brachial antérieur gauches, longs supirateurs, ont presque entièrement disparu. On remarque dans la figure 118 que la face antérieure de la poitrine est décharnée et creusée par l’atrophie des pectoraux ; que le biceps gauche est réduit à un très-petit volume, et que les avant-bras sont devenus fusiformes par le fait de l’atrophie des longs supinateurs. La figure 119 montre, chez le mème sujet, l'attitude vicieuse des scapulums, pendant le repos musculaire, consécutivemeut à l’atrophie des trapèzes, les angulaires de l’omoplate étant encore intacts. Les angles inférieurs B, B, sont plus rapprochés de la ligne médiane, tandis que les angles internes A, A, en sont plus éloignés; le bord spinal de cet os a une direction oblique de bas en haut et de dedans en dehors ; les moignons des épaules sont plus abaissés, et le cou est allongé (1).

supinateur et une grande partie du biceps brachial. (On verra, par la suite, qu'après avoir restauré par la faradisation les fléchisseurs de l’avant-bras, j'ai été assez heureux pour arrêter, pendant six ans, la marche de la maladie qui avait laissé intacts les muscles moteurs des mains.)

(1) Voir, pour le mécanisme de cette attitude vicieuse des omoplates, Duchenne (de Boulogne), Physiologie des mouvements, p. 2.

En mai 1859, j'ai observé un manœuvre (Thaïs, quarante-six ans, malade depuis deux ans) chez lequel l’atrophie musculaire progressive a marché de la même manière en détruisant les mêmes muscles du tronc et des membres supérieurs. Je l’ai fait dessiner d’après les photographies que j'en ai tirées. Dans la figure 120, on

Fig. 120 et 121, — Représentant un sujet qui a perdu par l’atrophie musculaire progressive les mêmes muscles du tronc que le sujet des figures 137 et 138 (*).

voit qu’il porte ses épaules en avant. À ce mouvement concourent puissamment les pectoraux qui, dans l’état normal, se gonflent et font relief sous la peau. Mais, chez ce sujet, on voit, au lieu d’un relief, un creux considérable qui marque la place de’ ses pectoraux atrophiés. On distingue encore, cependant, un léger relief formé par le petit pectoral gauche qui n’est pas complétement détruit. Ce creux qui existe ici sous les clavicules, se produit, on Île conçoit,

*) Au lieu du relief des pectoraux, on voit un enfoncement considérable à la face antérieure de sa poitrine, occasionné par l’atrophie de ces muscles pectoraux. La peau y est littéralement collée sur les os, au point que l’on peut compter tous ses espaces intercoslaux comme dans la figure 120. Je lui ai fait porter les épaules en avant et les creux sous-claviculaires ont encore augmenté, tandis qu’à l’état normal les pectoraux qui coucoureut à ce mouvement font relief sous {a peau. On remarque cependant la sailie du petit pectoral gauche, qui u’est pas encore entièrement détruit. — La figure 121 montre l'attitude de ses épaules, occasionnée par l’atrophie d'u tiers inférieur (portion adductrice) de ses trapèzes. On voit que le bord spinal des omoplates est assez éloigné de la ligne médiane à cause de l’atrophie de cette portion ad. ductrice; mais ce bord spinal n’a pas une direction oblique, comme dans la figure 119, parce que la portion acromiale des trapèzes est encore saine et soutient bien l'angle externe de son scapulum.

à des degrés divers, pendant le même mouvement, chez tous Îles sujets dont les pectoraux sont plus ou moins atrophiés. Je lai vu aussi très-profond chez Bonnard (fig. 118) et chez un aulre sujet qui sera représenté plus loin (/ig. 122). — On remarque dans la figure 121 que les omoplates n’ont pas la même attitude quechez Bonnard (fig. 119) ; c’est que, dans le premier cas, le malade avait perdu seulement le tiers inférieur de ses trapèzes, dont la porlion acromiale, assez développée, soutenait l’angle externe du scapulum et l’empêchait de basculer, comme chez Bonnard dont le trapèze était presque entièrement atrophié.

Chez un autre sujet, espèce d’athlète, les muscles pectoraux,

Les figures 122 et 123 représentent un même sujet vu de face et de dos, et dont les muscles pectoraux, trapèzes, grands dorsaux et grand dentelé droit, ont entièrement disparu. — La figure 122 montre la face antérieure de sa poitrine décharnée, et contrastant avec le développement athlétique de ses membres supérieurs qui n’ont pas encore été atteints par l’atrophie musculaire progressive. Dans la figure 123 on voit que le bord spinal du scapulum droit s’éloigue du thorax, à la manière d’une aile, pendant que le membre supérieur est porté dans l'élévation en avant. C'est le signe pathognomonique du défaut d'action du grand dentelé,

grauds dorsaux et grand dentelé droit étaient seuls atrophiés. Aussi la maigreur du tronc contrastait-elle, d’une manière frappante, avec la riche musculature de ses membres supérieurs qui étaient encore intacts, au moment où je l’observais (voyez la fig. 122). L’atrophie de son grand dentelé droit ne se reconnaissait que lorsqu'il élevait les deux bras en avant; alors l’omoplate droite se détachail du thorax en forme d’aile (voyez la fig. 193).

OBsERvATION LXXX.— J'ai été appelé à soigner conjointement (rois femmes [=]

qui avaient perdu, de chaque côté, les grands dentelés, les trapèzes et les

rhomboïdes, après avoir porté de lourds fardeaux sur les bras pendant un

temps très-long, Leurs membres supérieurs étaient intacts. Deux de ces femmes, bonnes d'enfant pendant plusieurs années, alors qu’elles étaient

fort jeunes, avaient porté des enfants sur leurs bras, pendant des journées entières,

Une de ces femmes, âgée de vingt-trois ans, rapporte qu’à l’âge de onze ans le maître d’école de son village lui imposait pour punition de porter une grosse pierre dans chaque main, les bras étant dans l’élévation et pendant qu’elle était à genoux sur des sabots. Cette punition barbare a été continuée plusieurs heures chaque jour, pendant près d’une année. C’est à partir de cette époque, que ses épaules ont fait une saillie en arrière, et que s’est formée l'énorme cambrure du tronc observée chez elle, pendant la station debout (voyez la fig. 117).

Ce sont les muscles qui vont du tronc au scapulum (les trapèzes, les rhomboïdes, les grands dentelés), qui se sont atrophits les premiers (j'ai expliqué ailleurs (1) le mécanisme des troubles que l'on observe dans l’attitude et les mouvements de son scapulum, consécutivement au défaut d'action de chacun de ces muscles). Les muscles de l'abdomen se sont ensuite airophiés, car elle disait que son corps s’était renversé en arrière, après la déformation de ses épaules. J'ai diagnostiqué l’atrophie de ses muscles de l’abdomen à l’aide de l'exploration électrique et des mouvements que je lui ai fait exécuter. En effet, ces muscles ne se contractaient pas sous l'influence de l'excitation électrique ; puis, élant couchée sur le dos, elle ne pouvait se relever, tandis qu’étant

Fig. 124. -— Sujet âgé de 22 ans, atteint d’atrophie musculaire progressive qui a détruit en totalité ou en partie un grand nombre de muscles du tronc et quelques muscles des membres supérieurs et inférieurs (*).

(1) Duchenne (de Boulogne), Physiologie des mouvements. Paris, 1866, chap. Ier.

(*) Cette figure, dessinée d’après nature, représente un sujet atteint d’atrophie musculaire et dont la face postérieure du tronc a été représentée dans la figure 125. — Ce sujet à perdu

penchée en avant, elle se redressait avec force, et l’on sentait alors ses sacro-spinaux se contracter etse gonfler vigoureusement, La maladie tendait à se généraliser chez cette malheureuse femme. Elle avait en outre perdu, dès l'enfance, l’orbiculaire des lèvres et quelques autres muscles de la face. Ses membres inférieurs commençaient à s’atrophier.

On observait, chez elle, un phénomène bizarre, propre à cette maladie ; c’est qu’à côté des muscles détruits, on voyait les autres muscles parfaitcment intacts. On était surtout frappé du développement des pectoraux et des muscles des membres supérieurs. Je dois encore signaler ici uu fait important qui s’est montré chez elle et que j'ai noté assez souvent dans d’autres cas : c’est l’absence de contractions fibrillaires. Enfin, cette malade n’a jamais éprouvé la moindre douleur.

Chez le sujet représenté dans la figure 124, la plupart des muscles du tronc sont ruinés (les pectoraux, les trapèzes, les rhomboïdes, les grands dorsaux, les grands dentelés, les fléchisseurs de la jambe sur la cuisse et d’autres muscles des membres inférieurs, etc.); cependant ce malade n’a perdu, aux membres supérieurs, que les longs supinateurs, ce qui donne à ses avant-bras une forme singulière (ils sont fusiformes). Les muscles fléchisseurs de l'avant-bras sur le bras commencent seulement à s’atrophier.

Enfin deux fois seulement sur cent cinquante-neuf cas, j'ai vu l’atrophie musculaire débuter par les membres inférieurs, en attaquant les muscles fléchisseurs du pied sur la jambe.

IV. —— CHANGEMENT DANS LA FORME ET DANS L’ATTITUDE DES PARTIES. — TROUBLES DE LA LOCOMOTION.

A. Les changements de forme, d’attitude des parties, et les troubles de la locomotion occasionnés par l’atrophie musculaire progressive sont, en général, propres à cette dernière affection. En effet, à l'exception de la paralysie atrophique de l'enfance et de la même maladie qui, je lai déjà démontré, se rencontre mais rarement, chez l’adulte, dans laquelle, à une période avancée, on voit

une grande partie de ses pectoraux et de ses muscles de l'abdomen; ses lrapèzes, ses grands dentelés, son rhomboïde gauche, et ses grands dorsaux, sont également atrophiés. Au bras gauche, il reste à peine quelques vestiges du biceps, tandis que son triceps est encore assez développé ; c’est l'inverse pour son bras droit, — Son deltoïde est atrophié à droite et très-développé à gauche, — Ses deux longs supinateurs ont entièrement disparu; les autres muscles de l’avant-bras et ceux dela main sont intacts. (L'atrophie du long supinateur donne à l’avant-bras une forme de fuseau.) — Aux membres inférieurs, l’atrophie a atteint les muscles de la cuisse, surtout ceux de la région antérieure, mais elle a respecté ceux de la jambe et du pied. — Ce sujet est représeuté portant, autant que possible dans l'élévation en avant, ses bras qui, eu conséquence, sont vus en raccourci. Cette élévation est très-limitée, comme on le voit dans la figure 124. Pendant ce mouvement, ses omoplates basculent au point ,que ses angles internes À, A, font une saillie considérable sur les côtés du cou. Alors aussi sa cambrure, habituellement très-prononcée par le fait de l’atrophie de ses muscles abdominaux, augmente encore davantage, et le tronc se renverse en arrière.

des muscles s’atrophier ou devenir graisseux isolément et par portions, les autres paralysies musculaires frappent en masse un ou plusieurs membres ou toute une région d’un membre. {Il est sousentendu qu'il n’est pas ici question de quelques paralysies traumatiques où rhumatismales partielles, comme la paralysie du deltoïde ou du grand dentelé.) Or, les troubles fonclionnels causés par ces paralysies en masse sont bien différents de ceux qui sont produits par un défaut d’aclion motrice ou tonique des muscles atrophiés individuellement, par portions et d’une manière irrégufière:

Les signes locaux de l’atrophie individuelle eu partielle des muscles, abstraction faite des signes que l’on peut obtenir par l’explcration électro-musculaire, se reconnaissent : 4° à la déformation de la surface du corps et des menibres, c’est-à-dire à des dépressions irrégulières, correspondantes aux muscles atrophiés; 2° au changement d’attilude des membres pendant le repos musculaire, changements occasionnés par la rupture de l'équilibre des forces musculaires toniques ; 3° aux désordres apportés dans l’exercice des mouvements volontaires, par l’inaction partielle d’un muscle, soit pour produire le mouvement qui lui est propre, soit pour coopérer à la synergie musculaire, Je vais exposer l'étude de ces signes dans les considérations suivantes.

A. Déformation de la surface des membres et du tronc. — Un des caractères les plus frappants de celte singulière maladie, c’est de détruire lentement et partiellement les muscles, en laissant intactes toutes les autres fonctions. Il en résulte des changements bizarres

Fig. 125. — Sujet déjà représenté de face dans la figure 124 \*).

(*) On remarque l’attitude vicieuse de ses omoplales pendant le repos muscula’re, attitude produite par l’atrophie des trapèzes et des grands dentelés. Cette attitude vicieuse est beau- . eoup plus prononcée à gauche, parce que l’atrophie des muscles précédents y est beaucoup plus avancée qu’à droite. L’angle inférieur À est remonté presque au niveau de l'angle externe B; l'angle interne du même os s’est porté en haut, et, soulevant la peau, il interrompt la ligne qui va du cou au moignon de l’épaule,

506 CIIAP, V, — ATROPäIE MUSCULAIRE PROGRESSIVE.

de la forme extérieure des membres et du tronc, dans les régions qui sont atteintes par la maladie, indépendamment des troubles partiels occasionnés dans l'attitude des membres et dans la locomotion. Ainsi, un muscle peut être atrophié, à côlé d’autres muscles parfaitement inacts, bien que tous soient animés par le même nerf; de telle sorte que des saillies musculaires normales font place à des dépressions qui conlrastent avec le volume des parties voisines. Cette espèce de déformation, l’un des principaux caractères de l’atrophie musculaire progressive, est presque le facies de cette maladie. II suffit, en effet, de l’avoir observée une fois, pour la reconnaitre, à première vue. C’est afin de faire bien connaître ce facies, que je l'ai représenté dans un grand nombre de figures photographiées ou dessinées d’après nature.

Elles peuvent, jusqu’à un certain point, suppléer l’observation clinique, pour ceux qui n’ont pas encore eu l'occasion de rencontrer celte étrange maladie, sous ses formes variées.

Est-il, par exemple, une autre affection daus laquelle on voie une poitrine décharnée, contrastant avec le volume plus où moins considérable des membres supérieurs, comme dans les figures 118, 120, 122? Remarquez Fic, 126. — Atrophie complète des, surtout dans la figure 122 les muscles

muscles de la main et de l'avait- athlétiques des membres supérieurs,

bras, à l'exception du long supina- - 3 à

teur, dont on voit le relief (*). contrastant avec cette poitrine de-

charnée. Cette déformation de la poitrine est due chez ces sujets à l’atrophie des pectoraux. La figure 125 (qui a été dessinée d’après le sujet représenté de face dans la figure 124) nous montre les dépressions occasionnées par l'atrophie des trapèzes, des rhomboïdes, et qui meltent en relief les saillies osseuses des omoplates.

Le sujet de la figure 119 n'avait perdu en arrière que ses trapèzes

” (*) Cette espèce de momification de la main et de l’avant-bras contraste avec la riche musculature du bras et de l’épaule, Ou a déjà vu daus les figures 135 et 136 la mème localisation de l’atrophie musculaire progressive,

et ses grands dorsaux; ses omoplates faisaient moins de relief, parce que les parties comprises entre leurs bords spinaux étaient moins creuses; cependant l’atrophie de ces muscles donnait à son dos, comme on le voit, un aspect anormal. — Voyez aussi la forme singulière de ses avant-bras dans la figure 424 ; c’est la disparition des longs supinateurs qui les a rendus fusiformes, — Et ces autres membres supérieurs (voyez les figures 114,115 et126) dont les muscles de la main et de l’avant-bras doivent être profondément altérés (ce que j'ai constaté par l’exploration électrique), à l’exception du long supinateur et des radiaux qui font un relief considérable au milieu de ces ruines musculaires. Je ferai remarquer aussi combien, dans la figure 126, la richesse de la nutrition musculaire du bras et de l’épaule contraste avec l’atrophie de la main et de l’avant-bras.

Je regrette de ne pouvoir re-

DA : Fig, 127. — Atrophie des pecloraux masquée

présenter ici toutes les régions par le tissu cellulo-graisseux sous-cutané trèsainsi déformées par ces atro- abondant, chez un sujet âgé de 22 ans (*). phies partielles et disséminées.

Je crois cependant que les figures que j’en ai données suffisent pour que l’on ait une idée du facies étrange de cette affection musculaire.

L’atrophie d’un grand nombre de muscles est quelquefois masquée par l’obésité ou par un embonpoint considérable ; j'en aireprésenté un exemple dans les figures 127, 198 et 129. (L'observation de ce cas a été relatée dans la précédente édition, obs. CIT, p. 465.)

À une période très-avancée de la maladie, le facies de l’atrophie musculaire n’est plusle même. Cene sont plus des dépressions anormales contrastant avec des reliefs et des bosselures; toute la couche musculaire disparaît à peu près complétement, surtout au tronc et aux membres supérieurs; la peau y est littéralement collée sur les os. Les malades offrent alors un aspect spécial que l’on ne saurait confondre avec celui du marasme produit par d’autres maladies. Il

(*) On reconnaît ici malgré son embonpoint que ses pectoraux sont atrophiés, à l’absence de relief formé par ces muscles. A l’âge de 17 ans, il a été atteint héréditairement par l’atrophie musculaire progressive. Son bisaïeul, son aïeul et son père, comme lui, les aînés de leurs familles, ont eu la même maladie, à peu près vers le même âze.

faut avoir vu cette période de l’atrophie musculaire progressive pour la reconnaître; c’est pourquoi j’en présente un cas vu de dos et de face dans les figures 124 et 122.

Fuc. 128, — Jeune homme, vu de face Fig. 129, — Même sujet portant les bras en dans la figure 120, et chez lequel l’a- avant et en haut, et dont les omoplates et les trophie de plusieurs muscles importants épaules présentent alors une déformation spédu trone est masquée par son embon- cia'e (2) point.

On remarque, dans ces figures, que l’embonpoint de la face contraste avec la maigreur du tronc et des membres. Dans le marasme, au contraire, la maigreur et les rides dela face sont en harmonie avec la maigreur des membres et du tronc; on retrouve en outre les rudiments des reliefs musculaires, tandis que, dans l’atrophie musculaire, tous les reliefs musculaires ont entièrement disparu.

B. Attitudes vicieuses des membres pendant le repos musculaire. —

(*) J'ai photographié le sujet représenté dans ces figures, afin de montrer la richesse apparente de sa nutrition générale, Cependant, outre ses pectoraux, il a perdu ses grands dorsaux et ses grands dentelés. L'atrophie de ces derniers muscles se décèle pendant l'élévation des membres supérieurs (voyez la figure 129) par le mouvement pathologique de ses omoplates qui s’écartent du thorax à la manière d'ailes,

L’attitude des membres, pendant le repos musculaire, est sous la dépendance de la force tonique des muscles qui les meuvent. Or, il n’est pas un muscle qui n’ait son antagonisie, En conséquence, un des muscles antagonistes vient-il à être affaibli ou détruit par l’atrophie, l’équilibre des forces toniques, duquel résulte l’aititude normale des membres, se trouve rompu, et ces derniers sont nécessairement entraînés dans la direction de la force tonique prédominante, c’est-à-dire de l’action propre du muscle ou du faisceau musculaire prédominant. Telle est la genèse des attitudes vicieuses et des déformations que l’on observe dans l’atrophie musculaire progressive, à la main, à l'épaule et au tronc.

U, { \ | LS N À \ d NS {|| À | \ 1

Fic. 130 et 131, — Sujet vu de face et de dos, atteint d’atrophie musculaire progressive généralisée dans les membres supérieurs et le tronc, et datant de 4 ans (*).

Si l’on possède bien le mécanisme de ces atlitudes vicieuses, mécanisme dont la connaissance est acquise par l’étude de l'action individuelle des muscles ei même des faisceaux musculaires, il sera

(*) Aux membres supérieurs, tous les muscles sont presque entièrement détruits; on n’en retrouve plus que quelques faisceaux très-atrophiés, incapables de concourir à une fonction quelconque, bien qu'ils se contractent encore électriquement et volontairement, Sur le tronc, il ne reste des muscles pectoraux, grands dorsaux, trapèzes, rhomboïdes et grands dentelés, que de rares faisceaux contractiles. Les muscles extenseurs du tronc commencent à être atteints par la maladie; c’est pourquoi le sujet se renverse un peu en arrière, pendant la station debout. Les extenseurs de la tête sont atrophiés au point que, lorsque celle-ci est inclinée en avant, il la redresse avec peine, Aussi remarque-t-on qu'il la tient habituellement un peu renversée en arrière afin d’en faire porter le poids par les sterno-mastoïdiens moins atrophiés. Enfin ses museles flechisseurs du pied sur la jambe ont presque entièrement disparu,

facile de prévoir les désordres dont il est iei question, et qui sont les principaux caractères des atrophies musculaires partielles. (L'étude dumécanisme des attitudes vicieuses et de la valeur sémiotique de celles-ci, au point de vue du diagnostic des atrophies partielles de la main et de l’épaule, sera assez longuement exposée dans les chapitres où je formulerai les déductions pathologiques que j'ai tirées de mes recherches électro-physiologiques sur la main et sur l’épaule. Un grand nombre d’attitudes vicieuses produites par les atrophies musculaires partielles seront représentées dans des figures; il serait donc superflu de m’étendre ici sur ce sujet.)

C. Troubles fonctionnels pendant les mouvements volontaires. — Les troubles fonctionnels qui, pendant les mouvements volontaires, caractérisent l’atrophie d’un muscle ou d’une portion de muscle, sont de deux ordres; ils portent sur le mouvement propre exercé par ce muscle ou sur la synergie musculaire à laquelle ces derniers sont appelés à concourir; on sait, en effet, que tout mouvement volontaire se compose de la contraction du muscle producteur du mouvement principal et de la synergie d’autres muscles qui assurent, règlent, ou modèrent ce mouvement.

a. Les mouvements propres des muscles n’ont pas tous le même degré d'utilité pour les mouvements volontaires. Ainsi, 1l est tels muscles dont la lésion compromet l’usage d’un membre, tandis qu’il en est d’autres d’une utilité secondaire. C’est ainsi que j'ai vu des sujets qui avaient, pour ainsi dire, perdu toute l’écorce musculaire du tronc (les pectoraux, les grands dorsaux, les trapèzes, les rnomboïdes, muscles d’une utilité secondaire), et qui cependant ne s’en doutaient pas, tant ils en‘avaient été peu troublés dans l'exercice de leurs mouvements (1). Ils n'avaient songé à se mettre en traitement, que lorsque des muscles absolument nécessaires à certains mouvements avaient été affectés. Celui-ci, par exemple, ne me consultait que sur l'impossibilité on la difficulté de lever son bras (son deltoïde était atrophié); celui-là sur la perte ou la fai blesse de la flexion de l’avant-bras sur le bras, ou des mouvements de la main, etc. ; mais aucun d’eux ne se plaignait de la perte d'un grand nombre des muscles du tronc, dont je constatai cependant l’atrophie par l'exploration électro-musculaire et par l'attitude vicieuse des épaules ou par les déformations du tronc. C’est pourquoi

(1) Cela ne veut pas dire que ces muscles soient des muscles de luxe. J’ai au contraire exposé, dans mes recherches électro-physiologiques qui traitent des muscles moteurs de l’épaule sur le tronc (*), leur degré d'utilité pour certains mouvements qui exigent un grand déploiement de forces et pour l’attitude des épaules au repos musculaire. Mais ils ne sont pas absolument indispensables au mouvement du menibre supérieur.

(*) Duchenne (de Boulogne), Physiologie des mouvements, chap. Ler, 1867.

l’on ne doit jamais négliger d’inspecter les muscles de toutes les régions, même lorsque le sujet atteint de la maladie dont nous nous occupons, ne se plaint que d’une atrophie partielle d’un membre.

b. Les troubles occasionnés dans la synergie musculaire par l’atrophie partielle des muscles ne sont par moins importants à connaître, comme signes réels de l’atrophie partielle. Je me bornerai à en rappeler un exemple. On voit quelquefois pendant l’élévation du bras le seapulum s'éloigner du thorax sous la forme d’une aile (voyez les fig. 122 et 128). C’est la synergie musculaire ‘du grand dentelé qui fait alors défaut. Ce mouvement pathologique est donc un signe du défaut d'action du grand dentelé.

Certains troubles: dans la synergie musculaire peuvent faire croire à l’existence de l’atrophie d’un muscle qui cependant est intact. Ainsi, l’action des muscles fléchisseurs des doigts est-elle affaiblie ou perdue isolément, le sujet, quand il veut fermer la main, ne peut empêcher l’extension exagérée de son poignet ; où bien les extenseurs des doigts (des premières phalanges) n’agissent-ils plus, c’est au contraire la flexion du poignet qui se fait avec force, quand le sujet veut étendre ses doigts parallèlement aux métacarpiens. À l’époque où j’observai ces phénomènes pour la première fois, je crus que, dansle premier cas, lesfléchisseurs du poignet {les palmaires), et dans le second, les extenseurs du poignet (les radiaux et le eubital postérieur) étaient détruits, cependant il n’en était rien. Îl serait trop long d’expliquer ici le mécanisme de ce trouble singulier dans la synergie musculaire, que j'ai fait connaître dans mes recherches sur la physiologie pathologique de la main. Il était opportun de le rappeler ici.

On comprend combien il importe de connaître les troubles de la locomotion propres à la paralysie de chacun des muscles ou de chaque portion musculaire, et de se rendre comple de son mécanisme. Je renvoie done le lecteur aux chapitres consacrés à l’étude pathologique des mouvements partiels de la main, du pied, de l’épaule et du diaphragme (1).

Afin de compléter l'étude des troubles fonctionnels de la locomotion, que l’on observe dans l’atrophie museuiaire progressive, je vais dire quelle est l'attitude du trone pendant la station, consécutivement à l’atrophie des muscles extenseurs ou fléchisseurs du (ronc.

J'ai représenté dans les figures 116 et 117 deux sujets affectés de lordose par atrophie musculaire. Au premier aspect, ces deux lordoses sont semblables, et cependant on a vu, dans la légende de ces figures, qu'elles sont produites par l’atrophie des muscles qui

(1) Duchenne (de Boulogne), Physiologie des mouvements, etc., 1° GT.

agissent en sens inverse sur le tronc. Et puis il est facile de démontrer qu'elles diffèrent essentiellement l’une de l’autre.

Que l’on examine, en effet, l'attitude de la colonne vertébrale, on constate qu’une ligne fictive, conduite verticalement de haut en bas, à partir de la première dorsale, passe, dans la figure 116, sur un plan postérieur au sacrum, tandis que dans la figure 117 cette ligne tombe au contraire sur un plan antérieur à la moilié inférieure de cet os. — J'ai expliqué ailleurs le mécanisme physiologique de la différence d’atlitude de la colonne vertébrale, dans ces deux espèces de lordoses (1).

Quelle que soit l'exactitude de ces théories, la valeur séméiolique de ces deux espèces de lordoses par atrophie musculaire n’en reste pas moins bien établie par les faits précédents, desquels il ressort que la lordose par atrophie musculaire, dans laquelle la ligne de gravité du tronc, conduite verticalement de la première apophyse épineuse dorsale au sacrum, tombe en arrière de cet os, annonce la faiblesse ou le défaut d'action des exteñseurs du tronc {des sacro-spinaux), tandis que la lordose, également par atrophie musculaire, dans laquelle la ligne de gravité du tronc tombe en avant du sacrum, est le signe de faiblesse ou du défaut d’action des fléchisseurs du tronc (des muscles de l’abdomen). Suivant M. Bouvier, l’atrophie des extenseurs du tronc sur la cuisse peut produire une lordose semblable à celle qui est consécutive à l’atrophie des muscles de l’ebdomen. Je regrette de ne pas partager l'opinion de mon savant ami, pour celte raison que l'extension du tronc sur la cuisse n’est plus possible quand les muscles producteurs de ce mouvement, étant paralysés, le bassin se trouve infléchi sur la cuisse.

Eufin, la lordose par atrophie des muscles de l’abdomen offre quelque ressemblance avec celle qui est produite par la contracture des fléchisseurs du tronc sur la cuisse ou par la luxation congéni- {ale double du fémur:; mais les signes propres à cette dernière affection rendent toute confusion impossible.

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