‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 124 sur 400 · ART. III. — DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

ART. III. — DIAGNOSTIC

ici à une seule et même maladie, à la lèpre, l’atrophie musculaire de la main qui s'était ajoutée aux autres symptômes, lorsqu'un troisième fait semblable aux précédents, mais arrivé à une période plus avancée de la lèpre, vint, quelques jours après, changer mes présomptions en conviction. Le voici:

OnservaTION XOVII, — Afrophie des muscles de la main, chez une femme altteinte de la lèpre sèche de l'île Bourbon. — Madame veuve Bellamy, âgée de soixante ans, journalière, demeurant à Paris, rue de Clichy, n° 66. D'une santé qu’elle dit être délicate, elle n’a jamais cependant eu de maladie grave, avant celle qui fait l’objet de cette observation. Née à Paris, elle quitta la France en 1832, pour aller à l'ile Bourbon, où elle a exercé le commerce de marchande de comestibles, dans la ville de Saint-Denis, pendant vingt ans, jusqu’en 1852. Vers l’âge de cinquante ans, en 1845, sa menstruation disparut. C’est à cette époque que sa santé se dérangea (dit-elle). Mais cinq à six mois auparavant, elle avait vu apparaitre sur la peau des membres et un peu sur le tronc, des taches rouges lie de vin, qui, après quelques jours, passèrent à la couleur café au lait. Elles étaient plus ou moins grandes; les plus petites étaient larges comme la main. Après un certain temps (après un mois en général) elles avaient pâli où disparu, et la peau où elles avaient siégé était insensible. Ces phénomènes cutanés étaient accompagnés de douleurs profondes, continues dans les membres inférieurs et moins fortes dans les membres supérieurs. Elle n’avail pas de fièvre; cependant on lui fit, à plusieurs reprises, des saignées aux jambes, des applications de quinze à vingt sangsues sur les mêmes points. Après avoir épuisé vainement, pendaut deux ans, des médicalions très-varites contre ces éruptions accompagnées de douleurs qui reveuaient à de très-courts intervalles, elle prit pendant {rois mois la médecine dite Leroy (purgatif drastique très-énergique), ne laissant entre chaque purge qu’un jour ou deux d'intervalle. Elle dit avoir élé entièrement guérie, deux aus, par ce remède, En 1849, la maladie revint avec les symptômes décrits plus haut et persista depuis lors. La face elle-même fut envahie à son tour, comme les autres points de la surface du corps; elle est restée, depuis lors, constamment rouge-brun par points, el la peau de cetle région s’est hypertrophiée. Dans tout le cours de cette maladie, il ne s’est jamais produit d’ulcération de fa peau.

Dos le début de la maladie, elle s'apercut d’un amaïgrissement de la main droite dont elle avait de la peine à étendre les doigts ; puis elle vit l'éminence ihénar S'aplatir, et les mouvements du poure devinrent de plus en plus difficiles. La main gauche fut prise ensuite de la même manière. Elle revint en Europe en 1850 et habita la Suisse, où sa maladie continua avec des paroxysmes d’éruptions cutanées et de douleurs dans les membres. En mai 4855, elle vint à Paris pour se faire traiter. C’est alors qu'elle entra à la Charité, où je la vis quelques mois après son entrée. Ce qui me frappa le plus, au premier abord, ce fut l'aspect de ses mains qui sont littéralement desséchées. J'ai photographié sa main droite sous deux faces, de sorte qu’on peut se faire une idée assez exacte de la déformation que

ses deux mains présentent. Cette difformité est une, véritable griffe que la figure jointe à cette observation me dispense de décrire ; elle est due à l’atrophie des muscles interosseux (voy. fig. 148 et 149). À l’exploralion électro-musculaire, je n’en ai plus retrouvé de traces ; les muscles des

Fire, 149,

éminences paraissantavoir également disparu, à l'exception de l’adducteur du pouce, que l’excitation électrique fait encore contracter. Ce muscle obéit aussi à la volonté. Les deux dernières phalanges sont tenues dans une flexion continue par les fléchisseurs rétractés. La sensibilité tactile et douloureuse de la face dorsale des avant-bras, des mains, des pieds, de la face externe des jambes est complétement abolie. La sensibilité n’est que diminuée dans les autres parties des membres. Amaigrissement général, La face est hypertrophiée et couverte de larges taches d’un rouge livide; les membres présentent çà et là des taches d’un jaune sale.

Pendant son séjour à l’hôpital, j'ai été témoin d’une de ses crises habituelles, qui a été caractérisée par des douleurs dans les membres et par des taches d'un rouge vif d’abord, puis d'un rouge foncé, qui ont passé à la couleur café au lait et ont fini par disparaître après quelques semaines. Au niveau de ces taches, la sensibilité cutanée a augmenté pendant le temps que les taches étaient d’un rouge vif, mais cette sensibilité a disparu pendant que cette rougeur perdait de sa vivacité ou passait à la couleur café au lait.

Aux symptômes que je viens d'exposer, on reconnaît la lèpre. Ce qui donne plus de poids encore à ce diagnostic, c’est que cette affection régnait à l'île Bourbon et qu'il existait une léprosie à peu de distance de la ville habitée par notre malade.

En résumé, cette malade atteinte de la lèpre a offert, dès le début de la maladie, comme les malades précédents, une atrophie muscu-

laire de la main; c’est ce que je voulais établir en rapportant son observalion.

Les trois faits précédents me paraissent démontrer que l’atrophie musculaire des muscles de la main esl un des symplômes que l’on

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