‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 146 sur 400 · IV. — ÂTROPIIÉ DK LA LANGUE, DANS L'ATROPHIE MUSCULAIRE PROGRESSIVE · texte numérisé non relu

IV. — ÂTROPIIÉ DK LA LANGUE, DANS L'ATROPHIE MUSCULAIRE PROGRESSIVE

La paralysie glosso-labio-laryngée pourrait bien être prise pour le début de l’atrophie musculaire progressive ; ou l’atrophie de la

(1) Voy. Duchenne (de Boulogne), Électi loc., 1861.0bs. CXLV.

ART, I, S If, =— DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL, 581

langue et des lèvres, que l’on observe quelquefois dans cette dernière affection, pourrait être confondue avec la première,

Sur 200 cas environ d’atrophie musculaire progressive que j'ai observés, je n'ai point vu une seule fois, au début où dans la première période de cette affection, la langue atteinte par l’atrôphie, En conséquence, si, chez un sujet qui n'offre, sur les membres ou sur le tronc, aucune trace de l’atrophie musculaire progressive, on rencontre des troubles dans la prononciation des consonnes et dans la déglutition, il est très-probable qu’ils ne dépendent pas de celte maladie, Je dis seulement que cela est probable, car de ce que je ne l’ai jamais vue et qu'il n’en existe aucun exemple authentique, je ne veux pas encore en conclure que l’atrophie des muscles de la langue et des lèvres ne se présentera jamais, au début ou dans la première période de l’atrophie musculaire progressive (1).

Admettant donc que, dans quelques cas infiniment rares, l’alrophie de la langue et des lèvres se soit présentée, dans les premiers temps de l’atrophie musculaire progressive, les signes qui distingueraient alors ceile atrophie d’avec la paralysie progressive de la langue, du voile du palais et des lèvres, sont des plus tranchés; l’une est en effet une paralysie sans atrophie, tandis que l’autre, au contraire, est une atrophie sans paralysie,

À l'appui de cette assertion, j'ai rapporté, comme exemple, un Cas de paralysie glosso-labio-laryngée (2) dans lequel, en somme, on voyait que la langue avait été frappée (dès le début) de cette parésie, qui avait augmenté progressivement, en s'étendant au voile du palais et à l’orbiculaire des lèvres ; qu'après six mois de durée, alors qu’elle était à son maximum, la langue cependant avait conservé toute son ampleur, et que les muscles ne s'étaient pas atrophiés (3).

C’est ce que j'ai toujours observé. Une fois, chez un sujet dont l'observation a été relatée précédemment (obs. XCIX), j'avais été trompé par les apparences. J'ai dit, en effet, que, dans ce cas, la langue, complétement immobile, et abaissée sur le plancher de la bouche, était un peu plissée longitudinalement et en

(1; Je m'applaudis d’avoir fait cette réserve, car, en 1861, j'ai donné des soins à un habitant des environs de Naples chez qui l’atrophie musculaire progressive avait, un an auparavant, débuté presque 6n même temps par les interosseux et par la langue; celle-ci avait perdu au moins la moitié de son volume, et cependant elle exécutait volontairement tous ses mouvements, L’articulation des mots était seulement légèrement troublée. — M, Dumontpallier, alors chef de clinique de Trousseau, a été témoin de ce fait.

(2) Voy.Duchenne (de Boulogne), Electrisation loc., ete., obs. CXLVI, p. 640,1861.

(3) Cette malade que j'avais fait entrer à l'Hôtel-Dieu, dans le service du professeur Trousseau, à succombé en 1862. Sa langue avait conservé son volume normal. Tous les muscles moteurs de celle-ci, d’un rouge foncé, n’offraient aucunetrace d’atropbie, ni d’altération de texture. (J'ai conservé, dans l’alcool, cette langue avec deux autres aussi intactes provenant de sujets qui avaient succombé à là même maiadie.}

apparence un peu atrophiée. Mais on a vu qu’en deux séances de faradisation cette langue s’élait relevée et qu’elle s’était largement développée, en acquérant un peu plus de mobilité. Cela ne serait certes pas arrivé presque instantanément (en deux séances), si les muscles avaient été atrophiés, car il faut toujours un temps assez long pour exercer sur la nutrition une action thérapeutique appréciable,

Comparativement à ces exemples de paralysies glosso-labiolaryngées, j'ai relaté un cas d’atrophie musculaire progressive, dans lequel la langue, qui était considérablement atrophiée, pouvait cependant se mouvoir en tous sens, et dans lequel existaient des troubles légers dans l’articulalion des mots, mais qui ne ressemblaient en rien à ceux de la paralysie glosso-labio-laryngée (1).

Il ressort donc des faits précédents, 4°que, dans la paralysie glossolabio-laryngée, les troubles de la prononciation et de la déglutition sont produits par la paralysie de la langue, sans atrophie de cet organe, tandis que, dans l’atrophie musculaire progressive, ils ne sont causés que par l’atrophie de la langue, qui jouit alors de tous ses mouvements, affaiblis seulement en raison directe de la diminution de la quantité de fibres musculaires ; 2° que les troubles de l'articulation observés, dans ces cas, permettent d’élablir le diagnostic différentiel de ces deux maladies.

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