ART. 11, $ II. — ÉTAT ANATOMIQUE DES MUSCLES
était sage de ne pas conclure trop vite de ce fait négatif; j'ai écrit en effet : « Malgré la grande autorité de cet habile micrographe, l’un des anciens assistants les plus distingués du professeur Virchow, ét aujourd’hui un maître déjà célèbre, ce résultat négatif, tout en conservant sa valeur réelle, a besoin d’être confirmé par de nouvelles autopsies, avant que l'opinion sur l'anatomie pathologique des centres nerveux, dans la paralysie pseudo-hypertrophique, puisse être parfaitement fixée, »
S HN. — État anatomique des muscles.
Depuis deux années je possédais les matériaux d’une bonne étude clinique de la paralysie glosso-labio-laryngée ; mais je voulais cette fois y joindre l’anatomie pathologique. On m'avait vivement reproché, à l’étranger, d’avoir négligé et même dédaigné, dans les différentes recherches pathologiques que j'ai publiées, l'anatomie pathologique, cette branche de la science inséparable de toute bonne étude clinique. J'avais été sensible à ce reproche; je ne voulais plus m y exposer (1). J’attendais vainement qu’une autopsie me fournit l’occasion d’examiner l’élat anatomique des museles dont le volame avait augmenté d’une manière si excessive, et de rechercher l’explication de ces deux états contradictoires existant chez mes petits malades: Parésie ou paralysie et hypertrophie musculaires.
L'appel que j'ai fait en 1861 aux observateurs, en signalant cette nouvelle maladie, a été entendu en Allemagne, où mes recherches en physiologie et en pathologie musculaire ont, — je dois le reconnaître, — toujours trouvé l’accueil le plus sympathique, où elles ont été plus tôt vulgarisées qu’en France.
De 1861 à 1866, quinze cas de paralysie pseudo-hypertrophique
(1) Je dois répondre à ces reproches que je ne crois pas avoir mérités, Ceux qui me les ont adressés, ignoraient sans doute qu’il m’a été seulement permis de glaner, pour ainsi dire, dans nos hôpitaux, et que si j’ai pu exister scientifiquement, c’est parce que j'ai été assez heureux pour recueillir, en parcourant les nombreux services de nos hôpitaux, les faits cliniques, je ne dirai pas dédaignés, mais qui avaient échappé à l'observation de tous. Ceux qui m'ont critiqué auraient dû savoir aussi que, lorsqu'il m'est arrivé de découvrir une espèce morbide non encore décrite, je n'ai pas eu le droit de disposer des sujets sur lesquels j'avais fait, de leur vivant, mes recherches cliniques. J'aurais eu, il est vrai, la liberté de compléter celles-ci par des recherches anatomo-pathologiques, si j’avais été médecin des hôpitaux. Mais alors, rivé pour ainsi dire à un service, je n'aurais pu remplir la tâche de chercheur que je me suis imposée, et je suis coavaincu que mes principaux travaux (entre autres sur l’atrophie musculaire progressive, la paralysie atrophique de l'enfance, l’ataxie locomotrice progressive, la paralysie glosso-labio-laryngée et la paralysie pseudohypertrophique) n’aurajent jamais vu le jour. Pour les accomplir, en effet, il me fallait un champ d'observation plus vaste et s'étendant sur tous les hôpitaux de Paris. Si donc j’ai renoncé, si aujourd’hui je renonce encore aux honneurs des positions officielles, c’est afin de me livrer entièrement et librement à mon goût irrésistible pour les recherches physiologiques et pathologiques. Doit-on me faire un reproche de ce désintéressement d’avoir fait dela science uniquement par amour de la science ?
y ont été publiés (4). En outre, l'anatomie pathologique de celle maladie y a fait un grand pas principalement sous l'impulsion de Griesinger. Secondé par le professeur Billroth, à a osé exciser profondément, chez un petit garçon atteint de cette maladie, un morceau du muscle deltoïde hypertrophié, afin d’en faire l’examen histologique.
Ce genre de recherches faites sur le vivant, dans le but de satisfaire une curiosité scientifique, a été très-sévèrement jugée par un jeune critique de talent et d’avenir (2). Je démontrerai bientôt cependant qu’elles peuvent éclairer le diagnostic et faire connaître le degré d’altération anatomique des muscles dans la paralysie pseudo-hypertrophique. Ce qu’il faut blâmer, ou du moins ce qui, en France, exposerait à un blâme, c’est le procédé employé par Griesinger, Billroth et leurs imitateurs.
C'est pourquoi j'ai imaginé un petit instrument que j'ai appelé emporte-pièce histologique, à l’aide duquel je suis allé chercher de petits fragments dans la profondeur des muscles, et qui provoque peu de douleurs. Depuis plusieurs années, il me rend les plus grands services, sans qu'il ait jamais produit le moindre accident. Grâce à cet instrument, j'ai pu compléter mes recherches cliniques par des recherches anatomo-pathologiques sur l’état des muscles, chez le vivant.
En 1865, j'ai examiné, pour la première fois, les fibres musculaires sur des morceaux de muscles enlevés pendant la vie, dans différentes régions, à l’un de mes jeunes sujets hypertrophiques : dès ce moment, j'ai possédé tous les éléments d’une description aussi complète que possible de la paralysie pseudo-hypertrophique. Mais les résultats de cetexamen microscopique différant, sur quelques points, de ceux qui avaient été observés en Allemagne, j'ai voulu attendre l’occasion de les soumettre au contrôle d’autres micrographes. Ce genre d'exploration m'avait été refusé chez plusieurs des enfants pseudo-hypertrophiques qui s'étaient présentés à mon observation, lorsqu’en 1867, M. Bergeron me fit prévenir qu'un petit garçon de son service de l'hôpital Sainte - Eugénie était atteint de l'espèce
(1) Voir l’Index bibliographique que j’ai fait paraître dans mon Mémoire, loc. cit., p. 24, janvier 1868.
(2) M. Griesinger, a-t-il dit, paraît disposé à adopter ce procédé sommaire de se procurer de la substance musculaire, comme méthode générale d'étude. Nous avouons que nous ne saurions approuver cette proposition. M. Griesinger a dû chloroformiser son malade. C’est un premier danger. Puis, le savant professeur ajoute que la plaie produite par l’opération suppura longtemps, et qu’elle n’était pas encore guérie au bout Ge cinq semaines. Le malade a donc couru, pendant tout ce temps, les chances d'un érysipèle traumatique, et l’on pourrait ajouter de l'infection purulente, si l’on voulait pousser les choses à l’extrème. Est-il juste d'exposer des malades à de pareils dangers, pour atteindre un résultat purement scientifique, qui ne peut leur être d'aucune utilité ? Nous ne le pensons pas. (Fritz, Remarques sur les paralysies avec surcharge graisseuse interstilielle (hypertrophie apparente) des muscles. Gazette heb, de méd. et de chir., Paris, 25 août 1865, n° 34, p. 529.)
DUCHENNE. Electrisation local. 3° Edition.