‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 193 sur 400 · ART. VI, $ III. — QUELQUES CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

ART. VI, $ III. — QUELQUES CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES

opposer à la marche de celte terrible affection. Cette médication a d'autant plus de chances de succès qu’elle est administrée à une époque plus voisine du début de la maladie.

Il résulte cependant, de mon observation personnelle, que son action thérapeutique est nulle à une période avancée de la maladie, Le plus grand nombre des sujets dont j'ai recueilli les observations, avaient commencé à faire usage de l’iodure de potassium seulement après que les troubles de la locomotion s'étaient déclarés depuis plus ou moins de temps; c'était déjà un peu tard, sinon trop tard, Si, dans ce cas, on avait su reconnaître les phénomènes initiaux (la diplopie amblyopique ou amaurotique, et les douleurs spéciales) ou de début d’une maladie qui menace la locomotion et peut se terminer d’une manière fatale, on n’eût pas attendu autant pour faire intervenir très-activement et avec persévérance cette médication interne. Tant qu’à moi, dès que j'ai diagnostiqué l'existence de l’ataxie locomotrice progressive à sa première période, je prescris l’usage des préparations icdurées (protoiodure de mercure, iodure de potassium, suivant les cas), en même temps que j'attaque localement, s’il y a lieu, les désordres symptomatiques de la maladie par la faradisation localisée dont j’approprie les différents modes d’application aux troubles fonctionnels à combattre. Lors même que la médication locale et périphérique triomphe d’un symptôme morbide, je ne m’endors pas dans une fausse sécurité, el je n’en continue pas moins longtemps la médication interne.

Tels sont les principes qui me dirigent dans le traitement de l’ataxie locomotrice. Découvrira-t-on une médication meilleure que celle que je viens de préconiser contre l’ataxie locomotrice progressive ? il faut bien l’espérer. Mais à ceux qui voudraient se livrer à des expériences thérapeutiques, je rappellerai ce précepte capital: Principus obsta, préceple dont je m’estime heureux d’avoir facilité l’application, en posant les bases du dignostic sûr de Ja première période de cette redoutable maladie.

S IN. — Quelques considérations historiques (A)

Contrairement à l’usage consacré, je n’ai fait précéder ce travail sur l’ataxie locomotrice d’aucunes considérations historiques; j’en dois l'explication à mes lecteurs. Lorsque l’on veut se livrer à l’observation des phénomènes morbides et de leur nature, indépendamment de toute influence étrangère, il faut bien se garder, selon moi, de se remplir l'esprit des travaux antérieurs qui ont trait au sujet sur lequel on a l'intention de faire des recherches spéciales. C’est

(1) Je reproduirai en partie, dans ce paragraphe, les considérations historiques que j'ai exposées dans mon premier mémoire,

du moins un principe dont je ne me suis point écarté dans toutes mes études pathologiques expérimentales, me réservant toujours néanmoins de faire plus tard les recherches bibliographiques sur ce sujet, et en général de ne mentionner les travaux antérieurs aux miens, qu'après la publication de ces derniers. En agissant autrement, il m’eût été impossible de ne pas regarder à travers le prisme d’autrui; ce qui aurait pu me gêner dans mes observations personnelles. Afin de voir les faits, pour ainsi dire, de mes propres yeux, j'ai dù même m'efforcer quelquefois d'oublier les connaissances que je possédais en littérature médicale; c’est du moins en suivant cette méthode d’observation, qu’il m’a été possible d’exposer les faits d’ataxie locomotrice tels que je les ai vus, et de coordonner, après de longues réflexions, et piusieurs années de recherches, les idées qu'ils ont fait naître dans mon esprit.

Je m’'empresse de reconnaître que la symptomatologie de l’ataxie locomotrice progressive n’est pas entièrement nouvelle, bien que la description qui en avait été faite, laissât beaucoup à désirer. On trouve en effet, dans les auteurs, des observations qui ont une certaine ressemblance avec celles qui forment la base de mon travail. Il ne pouvait en être autrement, car cette maladie est fréquente, et, sans aucun doute, elle a toujours existé; mais ces observations, ou sont incomplètes, ou ne paraissent se rapprocher des miennes que par quelques symptômes, ou sont exposées de manière qu'it est impossible ni d’y reconnaître les différentes phases de la maladie dont j'ai fait une espèce morbide, ni de les diagnostiquer à coup sûr, En outre, les faits pathologiques dont il est ici question, ont été quelquefois confondus avec d’autres désordres symptomatiques d’affections essentiellement différentes (1).

Quelques auteurs cependant se sont crus autorisés à fonder des maladies diverses sur des faits cliniques analogues aux précédents et qu’ils avaient recueillis. Je rappellerai les plus importants de ces iravaux,

I. — M. le professeur Romberg (de Berlin), a décrit, sous le nom

(1) La critique s’est quelquefois servi de faits cliniques, épars dans la presse médicale, pour contester aux auteurs d’études pathologiques nouvelies la priorité de leurs descriptions, ou de leurs découvertes. A l’occasion de mes recherches sur l'ataxie locomotrice, j'ai été en but à ces sortes d'attaques qui, je l'avoue, m'ont presque découragé, lorsque l’on y mêlait des personnalités.

Tout le monde certainement reconnait la valeur de la relation fidèle d’un fait clinique, dans lequel on trouve, pour ainsi dire, le tableau d’une maladie; c’est l’indice d’un excellent esprit d'observation chez son auteur, et nous devons lui en savoir gré. Mais si, S'appuyant seulement sur ce fait clinique, cet auteur a la prétention de revendiquer pour lui l'honneur de la découverte de la maladie à laquelle sa relation se rapporte, il perd de son mérite, et s'expose à s’entendre reprocher, à bon droit, d’avoir méconnu Ja valeur et la signification réelle du fait clinique que le hasard seul

lui a fait rencontrer, sans qu'il ait su en tirer la description d’une maladie nouvelle.

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