ART, 1, $ II, —— ÉLECTRO-THÉRAPIE
thésie. L'expérience m'a démontré que les organes menacés d’une rechute-y résistaient d'autant mieux qu'ils avaient été plus souvent faradisés. Aussi m’a-t-on souvent entendu dire, au lit des malades, qu’il fallait continuer le traitement faradique après le retour des mouvements ou de la sensibilité afin d'assurer la guérison. C’est ainsi que j'ai dû agir souvent, dans les cas de paralysies hystériques où j'ai expérimenté l’influence thérapeutique de la faradisation localisée,
C. — Gependant il m'a quelquefois suffi d'une seule excitation électro-cutanée pour guérir la paralysie hystérique, A l'appui de celte observation, j'avais recueilli un exemple bien remarquable (1); ces guérisons rapides dues à ia faradisation localisée sont aujourd’hui trop bien connues et ont été contrôlées depuis lors par d’autres praticiens, pour qu’il soit besoin de relater de nouveau ce fait clinique.
D. — Pendant bien des années, de 1848 à 1860, j'ai observé à la Charité, dans le service de M. Briquet, un assez grand nombre d’hystériques dont les membres du côté gauche étaient plus ou moins anesthésiés, et surtout le membre supérieur. Ordinairement cette anesthésie était accompagnée d’affaiblissement musculaire. Il me suffisait presque toujours, dans ces cas, de rappeler la sensibilité cutanée pour voir reparaître la force musculaire normale.
C'est sans doute en allant exciter les centres nerveux par une sorte d'action réflexe que la faradisation cutanée rappelle les mouvements dans ces paralysies hystériques. 1l est même des cas où elle semble mieux réussir que la faradisation musculaire.
E. — Les faits que j'ai recueillis ne n'ont pas permis de reconnaitre les signes qui annoncent si la faradisation quérira ou non la paralysie hystérique.
Quand on a été témoin de ces guérisons obtenues par la faradisation localisée, chez des hystériques dont la paralysie a résisté jusqu’alors, et quelquefois depuis longtemps, aux médications les plus énergiques, on se sent pris d’une sorte d’admiration pour la puissance thérapeutique de l'électricité. Ainsi, j'ai relaté un cas (2) dans lequel s'était montrée une paralysie évidemment hystérique rebelle à toutes les médications, où la malade, qui possédait une certaine aisance, s'était fait longtemps soigner par un médecin habile, sans obtenir d'amélioration. Elle s'était fait ensuite transporter dans la maison de santé de la rue Saint-Denis, où elle avait été traitée énergiquement, pendant cinq mois, par M. Vigla (cautères placés de chaque côté du rachis, strychnine, ete.), et elle en élait sortie, disait-elle, exactement dans le même état qu'avant son entrée, Elle se fit alors transporter à la Charité, où on lui
(1) J'en ai rapporté un exemple dans la première édition (obs. CLE, p. 743). (2) Duchenne, Loc. cit., obs. LXXVI, p. 382, 1861.
dit qu’elle trouverait des soins spéciaux. Je la soumis une seule fois à la faradisation cutanée et elle guérit en quelques ‘séances de celte paralysie jusqu'alors si rebelle! Ici point de doute sur la réalité des phénomènes accusés par la malade, car elle n'avait évidemment aucun intérêt à les simuler, comme le font quelques hystériques ; elle avait fait tous les sacrifices d'argent pour obtenir sa guérison ; et puis elle sortit avec une grande joie de l'hôpital, aussitôt qu’elle fut guérie. -
Ce fait et d’autres analogues ont vivement impressionné les personnes qui les ont observés. Si le hasard ne leur faisait rencontrer que des cas semblables, on conçoit qu’il y aurait de quoi leur inspirer une foi bien grande dans ce mode de traitement électrique ; mais la confiance qui peut naître de pareils faits, diminue singulièrement, lorsque l’on voit, comme dans le cas suivant, cette même médication échouer complétement dans des paralysies en apparence identiques avec celle dont on vient de la voir triompher si facilement.
OBsERvATION CXXX VIT, — En 1852, je vis, en consultation avec MM. Blache et Rayer, une jeune personne demeurant rue Joubert, à Paris, et qui, depuis une année, était entièrement privée des mouvements des membres inférieurs. Sa paralysie était survenue à la suite d’un saisissement, elle était compliquée de phénomènes hystériques. On avait eu recours à des moyens très-variés et énergiques qui n’avaient point amélioré son état. On lui avait même appliqué des moxas sur le trajet de la colonne vertébrale, d’après le conseil de Rayer qui avait attribué la paralysie à une myélite. Lorsque je fus appelé par M. Blache à essayer l'influence thérapeutique de la faradisation localisée, je constatai que les muscles paralysés possédaient leur contractilité électrique normale, et que les excitations les plus fortes de la peau et des muscles n’occasionnaient pas la plus légère sensation. Il existait de plus une hyperesthésie cutanée et profonde, au niveau des gouttières verlébrales. Il était impossible, en présence de ces symptômes joints à l’histoire de la maladie, de méconnaître l'existence d'une paraplégie hystérique. M’appuyant sur des faits semblables où la guérison avait été obtenue par la faradisation localisée, j’espérais que celle paralysie guérirait facilement. Eh bien! ce traitement, appliqué pendant un mois, n’exerça pas la moindre influence sur l’état de la paralysie; l’excitation électro-cutanée avait seulement rappelé légèrement la sensibilité de la peau. La résistance opposée par cette paralysie à tous les moyens thérapeutiques semblait justifier le diagnostic de myélite, porté par l’un des médecins appelés à donner des soins à cette demoiselle, lorsque l'obstacle à l’action nerveuse motrice, que n'avait pu vaincre la faradisation localisée, disparut tout à coup et complétement, bien qu'on n’eût rien fait de nouveau pour combattre la maladie. Voici l'espèce d'émotion qui paraît avoir opéré cette guérison ; elle fut considérée par quelques personnes comme un miracle. La jeune malade ayant une grande foi religieuse avait fait une neuvaine, à la fin de laquelle