‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 230 sur 400 · ART. I, S II. —FARADISATION LOC. DANS LES AFF. CÉRÉBRALES · texte numérisé non relu

ART. I, S II. —FARADISATION LOC. DANS LES AFF. CÉRÉBRALES

b. J'ai démontré que, par Île fait de la suspension de l’excitation cérébrale, les muscles paralysés, dans l’hémiplégie consécutive à l’apoplexie, perdent leur aptitude à réagir ou à être mis en action par l'influx nerveux volontaire qui leur revient librement, après la résorption de l’épanchement sanguin; en d’autres termes, que la paralysie, primitivement symptomatique de la lésion du cerveau, s'est localisée dans les muscles. Il est aussi ressorti des faits exposés ci-dessus que c’est seulement dans ces conditions, que l’hémiplégie consécutive à l’hémorrhagie cérébrale peut être modifiée par la faradisation localisée. La déduction à en tirer, c'est que l'excitation électrique doit être alors dirigée sur chacun des muscles paralysés, et que les muscles, qui ont perdu la faculté d’obéir à la volonté, doivent être soumis plus longtemps et plus souvent à l'excitation électrique. Cette proposition a été souvent confirmée par l’expérimentation clinique.

e. On voit done que, dans le traitement de l’hémiplégie cérébrale, il importe d’exciter individuellement les muscles paralysés, afin de rappeler les mouvements d’une manière égale, et pour rétablir l'équilibre des forces musculaires.

Lorsqu'il existe, chez l'hémiplégique, un certain degré de contracture active ou réflexe, c’est sur les antagonistes des muscles contracturés que j'ai principalement dirigé la faradisalion.

Ici je rappellerai un phénomène important, que j'avoue ne pas comprendre et que j'ai déjà signalé en traitant des contraciures hystériques : c’est qu’en général l'excitation des muscles antagonistes fait cesser la contracture à l'instant même et pour un temps plus ou ruoins long. Les malades éprouvent moins de roideur après l'opération. Malheureusement les contractures reviennent dans l'intervalle des applications et bien, que je les aie quelquefois vues diminuer après le traitement, je n'oserais pas faire honneur d cette amélioration à la faradisation localisée.

d. Les séances ne doivent pas être trop prolongées, sous peine de produire une courbature où une surexcitation, ce qu'il faut éviter autant que possible dans le traitement de l’hémiplégie cérébrale.

La durée du traitement doit être limitée, contrairement à ce que l’on observe dans les paralysies traumatiques des nerfs ou dans les paralysies salurnines. Si, après quinze à vingt séances, les muscles ne paraissent pas recouvrer leurs mouvements, c’est que la cause de la paralysie siége ailleurs que dans les muscles, c'est que le cerveau n’a pas encore recouvré sa liberté d'action. Ce premier insuccès ne doit pas faire renoncer, pour toujours, à la faradisation localisée, car il peut arriver, quelques mois plus tard, qu’il ne reste même plus qu’une cicatrice, ou que le kyste soit assez ré-

sorbé, pour laisser un libre cours à l’action nerveuse cérébrale. Alors une nouvelle tentative pourraît être plus heureuse que la première.

Les considérations électro-thérapeutiques que je viens d’exposer sont, en grande partie, applicables à toutes les espèces de paralysies par lésion organique du cerveau,

Citons des exemples : une tumeur syphilitique ou de toute autre nature peut se résoudre, sous l'influence d’une médication spéciale, La paralysie produite primitivement par la compression qu’elle exerce sur le cerveau, diminue ou guérit en général, par le seul fait de la cessation de cette compression, Mais arrive-t-il alors que la paralysie persiste, ce n’est pas l’action nerveuse centrale qui est en défaut; la paralysie est périphérique; en d’autres termes, les muscles seuls, ainsique je l’ai dit plus haut, ont perdu leur aptitude à réagir sous l'influence de l’excitant nerveux cérébral. Dans ce cas, la faradisation localisée peut rendre cette aptitude motrice aux muscles paralysés.

e. Quelque favorables que soient les conditions dans lesquelles on applique la faradisation au traitement d’une hémiplégie cérébrale hémorrhagique, on ne doit jamais oublier que les malades sont toujours sous le coup d’une nouvelle apoplexie qui peut survenir pendant le traitement ou après que l'on en a obtenu les meilleurs résultats. Un malheur semblable m'était arrivé (1); le traitement faradique appliqué par moi-même, avec une grande prudence, avait singulièrement amélioré une hémiplégie cérébrale; il n’avait aucunement surexcité la malade que j'avais laissée dans un état parfait, on ne pouvait certes accuser ce traitement d’avoir provoqué la seconde hémorrhagie.

Cependant cette nouvelle apoplexie étant survenue peu de temps après l'application de la faradisation, de même qu’elle aurait pu frapper la malade pendant ce traitement, je me serais exposé à laisser quelque arrière-pensée dans l'esprit de sa famille et de ses amis, si je n’avais eu la précaution de les éclairer sur l’imminence dure rechute, par le seul fait d’une hémorrhagie antérieure. En raison de cette imminence d’une nouvelle hémorrhagie qui existe chez tout sujet qui a été atteint une fois d’apoplexie, connaissant cette tendance du vulgaire à nous appliquer le post hoc, ergo propter hoc, j’éprouve toujours quelque répugnance à intervenir dans les paralysies consécutives à l'hémorrhagie cérébrale.

Aussi n’ai-je jamais négligé, lorsqu'il a été de mon devoir d'agir dans de telles conditions, de mettre ma responsabilité à l’abri, en laissant entrevoir à la famille du malade la possibilité d’une

(1) Voir la relation de ce fait dans la précédente édition, Obs. LXXI, p. 371.

Page 1