ART. II. — PARAL. DE LA CONTRACTILITÉ ÉLECTRO-MUSCUL
la paralysie de la septième paire et la paralysie générale spinale.
Au début de mes recherches, je m'attendais à voir, dans ces Cas, reparaître parallèlement la contraclilité volontaire et la contractilité électro-musculaire, sous l'influence du traitement; il n’est pas un physiologiste qui admette la possibilité du contraire. Cependant j'ai constamment vu la contractilité électrique rester longtemps dansle même état, c’est-à-dire abolie ou très-notablement affaiblie, alors que les muscles avaient recouvré leurs mouvements volontaires.
Je ne fatiguerai pas le lecteur de la relation de tous ces faits observés en trop grand nombre (plus d’une centaine) pour trouver place dans cette note, et dans lesquels j'ai répété mes expériences publiques à satiété, Néanmoins je re puis me dispenser d’en exposer quelques exemples, afin qu’il soit bien convaincu de la rigueur de mes déductions, et pour qu’il puisse en-contrôler lui-même l’exactitude, dans des cas analogues. Comme exemples et à l'appui de la proposition qui découle de mes recherches et de mes expériences électro-cliniques, à savoir, qu’il existe une paralysie de la contractilité électro-musculaire, indépendante de la contractilité volontaire, ou, en d’autres termes, qu’au point de vue physiologique, la contractilité électro-musculaire peut être éteinte et la contractilité volontaire s'exercer normalement, comme exemples, dis-je, j'ai relaté des faits cliniques dans la seconde édition (1), qui datent de mes premières recherches (de 1847 et 1848). Voici les sommaires de deux de ces cas; je ne produirai ensuite que les réflexions dont je les ai fait suivre,
OBsERvATION CLIX, — Pasioli, peintre en bâliments, àgé de 21 ans, entré à l'hôpital de la Charité en 1847 (service du professeur Bouillaud). — Paralysie Saturnine des avant-bras. — Absence complète de la contractilité électrique, appréciable même par l'électro-puncture, dans les muscles paralysés. — Retour des mouvements volontaires par la faradisation localisée, el persistance de l'abolition de la contractilité électro-musculaire.
OBSERVATION CLX. — Guillemard, 24 ans, exposé par sa profession à l'intotication saturnine, entré à l’Hôlel-Dieu (service clinique de Chomel) en mars 1848. — Paralysie saturnine avec absence de la contractilité électrique même par l'électro-puncture. — Retour de la contractilité volontaire par la faradisafion musculaire et de quelques contractions fibrillaires provoquées par l'électro-puncture.
Ea voyant chez le sujet de l'observation CLIX les muscles autrefois atrophiés présenter à mon examen un développement considérable, etse contracter avec force sous l'influence de la volonté, on ne les aurait pas soupçonné atteints d’une grave lésion vitale, privés de
leur irritabilité électrique.
(1) Duchenne (de Boulogne), Élect, loc., obs. LX et LXI, 1861.
Cette observation offre tous les caractères d'authenticité désirables, puisqu'elle à été recueillie dans un service clinique de la Faculté, où les faits sont soumis au contrôle le plus sévère. Elle suffirait à la démonstration complète de cette proposition écrite en tête de cet article : L'irritabilité n’est pas nécessaire à la motilité. Si les muscles de Pastoli avaient offert la plus petite contraction sons l'influence de l'excitation électrique, on aurait pu apprécier par la vue, car sa peau offrait peu d'épaisseur; on aurait aussi vu les aiguilles implantées dans ses muscles s’agiter au moment de la contraction.
Cependant, pour être physiquement certain que, chez ce malade, la contractilité électro-musculaire était complétement éteinte, il faudrait que j'eusse pu voir le muscle à nu, au moment de la recomposition électrique. En conséquence, quoique je sois porté à penser que l'irritabilité électrique des muscles de notre malade était entièrement aboke, il me paraît sage de faire quelques réserves à cet égard.
Je donne l'observation de Pastoli comme le cas le plus probant parmi toutes celles dans lesquelles j’ai observé des phénomènes électro-dynamiques analogues. Cependant je dois dire qu'après leretour des mouvements volontaires, on voit assez souvent reparaître, à un faible degré, il est vrai, la contractilité électro-musculaire ; mais alors on observe encore qu’il n’existe aucun rapport entre l’état de faiblesse de la contractilité électrique et la puissance de la contractilité volontaire. On en trouve un exemple dans l’observation CEX, qui n’a différé de la précédente qu’en ce qu'au moyen de lélectropuncture, à un courant très-intense, On à pu produire des contractions faibles et fibrillaires après le traitement. Faut-il en conclure que, chez le malade (Guillemart), l'irritabilité n’était pas complétement éteinte dans la fibre musculaire ? L’aiguille enfoncée dans le tissu du muscle ne pouvait-elle pas rencontrer des nerfs ou des filets nerveux ? J’ai recueilli en effet plusieurs observations danslesquelles les nerfs possédaient encore à un assez haut degré la faculté de provoquer des contractions, quand je les excitais directement, bien que l’irritabilité n’existâi plus dans le tissu musculaire.
Les autres médications rélablissent aussi les mouvements volontaires, sans rappeler la contractilité électro-musculaire. Ainsi j'ai vu des paralysies saturnines guéries par la strychnine, dans lesquelles cependant les muscles ne se contractaient pas plus par l’excitation électrique qu'avant le traitement.
J'ai rapporté comme exemple le cas de paralysie saturnine exposé dans l’observation CLIX, et dans lequel j'ai vu reparaître les mouvements volontaires sous l'influence des bains sulfureux, sans que la contractilité électro-musculaire fût à peine modifiée. Je pourrais encore rappeler ici quelques observations de paralysies traumatiques des nerfs, qui ont été exposées dansle chapitre V, dans lesquelles les
mouvements volontaires ont reparü, alors même que les muscles restaient privés de leur contractilité électrique ; mais ce serait donner inutilement trop d’extension à cet article.
Les faits que j'ai recueillis prouvent donc surabondamment qu’un muscle, privé de sa contractilité électrique (autant qu’il est toutefois permis de le constater chez l’homme), peut cependant posséder intégralement sa contractilité volontaire.
L'absence de la contractilité électrique dans un muscle qui possède sa contractilité volontaire a étéjusqu’à présent le résultat d’un état pathologique, c'est-à-dire que je n'ai observé ces phénomènes que chez des sujets qui, après avoir été paralysés, avaient recouvré les mouvements volontaires. Les muscles qui ont perdu leur contractilité électrique, la recouvrent-ils tôt ou tard? A quelle époque la recouvrent-ils entièrement ? Je me réserve de revenir sur ces questions. Pour le moment, il me suffit d’avoir démontré par des faits cette proposition importante, sans chercher à la commenter, à savoir, que l'intégrité de la contractilité électro-musculaire n’est pas nécessaire à l'exercice des mouvements volontaires (1).
De ce qu’une aussi profonde lésion de l’irritabilité ne trouble en rien les fonctions musculaires, est-ce à dire que cette propriété soit superflue ? Telle n’est pas ma pensée ; je professe au contraire que tout a un but dans la création. Mais, d’après les faits précédents, il est évident que l'utilité de la contractilité électro-musculaire, de celte irritabilité sur laquelle on a tant écrit, tant discuté, que l’on a cru inséparable de la vie, est encore à rechercher.