ART. II, $ IT. — SURDITÉ NERVEUSE
Je signalerai ici un fait physique qui est la conséquence du mouvement imprimé à la membrane de la fenêtre ovale: c’est l'agitation du liquide labyrinthique, et conséquemment du nerf acoustique qui plonge dans ce liquide. On verra bientôt que ce phénomène joue probablement le rôle le plus important dans la question thérapeutique, qui est le sujet principal de cet article.
b. Excitation de la sensibilité générale et qustative de la langue. — Les rapports de la corde du tympan avec la membrane du tympan démontrent que ce nerf est nécessairement excité dans l'expérience que j'ai à analyser.
On sait que la corde du tympan (A, fig. 181) se détache de la septième paire, B, un peu avant sa sortie du trou stylo-mastoïdien ; qu'elle remonte ensuite, par un canal particulier, vers la cavité tympanique, dans laquelle elle pénètre par un orifice situé au niveau de l’extrémité postérieure du diamètre transverse de l’encadrement de la membrane du tympan; qu’elle est accolée à cette membrane (dans le point C) avant de passer entre la branche verticale de l’enclume et le manche du marteau; enfin, qu'après sa sortie de la caisse par la scissure de Glaser, elle va s’anastomoser avec le nerf lingual D, auquel elle s’accole, en allant se ramifier dans les deux tiers antérieurs de la langue. Avec ces données anatomiques, on comprend que le rhéophore, plongeant dans le liquide qui remplit le conduit auditif externe, doit faire arriver l'excitation jusqu’à la corde du tympan qui se trouve en rapport immédiat avec la membrane du tympan.
C'est l'excitation de la corde du tympan qui produit l’engourdissement, le fourmillement, etc., ressentis dans la langue du côté opéré; car cette sensation se manifeste exactement dans le point où ce nerf immerge dans la langue, après s'être anastomosé avec le lingual, pour se propager ensuite jusqu’à l’extrémité de cet organe.
Le nerf lingual jouit, il est vrai, de propriétés analogues, et l’on pourrait m’objecter que la corde du tympan conduit le courant jusqu’à lui. Mais comme celte anastomose se fait 3 à 4 centimétres au-dessous du point excité, il est impossible que le courant, à un degré d'intensité aussi faible, pénètre jusqu’au nerf lingual. D'un autre côté, personne ne conteste que cette anastomose n’est qu'un simple accolement. La corde du tympan peut même être séparée du nerf lingual, comme dans la figure 181. Il en résulte donc que la corde du tympan peut être excitée indépendamment du nerf lingual.
Quant au nerf deJacobson, A [fig. 182 (rameau du glosso-pharyngien qui constitue le plexus tymparique, et qui rampe contre la paroi postérieure de la caisse)], quant aux grand et petit pétreux,
DUCHENNE, — 3° édition. DJ
GetF, je doute que l'excitation puisse arriver jusqu'à eux, même par un Courant intense (qui ne saurait être appliqué sans danger dans cette région). D'ailleurs, si le courant pénétrait jusqu’à ces nerfs, l'excitation s’en manifesterait dans d’autres organes que la
Fig. 482. — Le nerf de Jacobson et les nerfs qui naissent du facial dans son trajet à travers le canal *.
langue : par exemple, dans le voile du palais, que l’on verrait se mouvoir, ce qui n’a pas lieu dans ces expériences.’
D. Faits pathologiques et anatomo-pathologiques, à l'appui des faits électro-physiologiques précédents. — Les faits électro-physiologiques que je viens d'exposer concordent avec l’observation et avec l’anatomie pathologiques. À l’appui de cette assertion, on peut prendre connaissance des faits cliniques que j'ai relatés dans mon premier mémoire sur la corde du lympan, entre autres d’un fait pathologique recueilli depuis la publication de ce mémoire. Ce nouveau fait est plus important que les précédents, parce que les phénomênes observés dans ce cas, pendant la vie, ont été pleinement confirmés par l’examen nécroscopique. J’en dois la connaissance à
() A, nerf de Jacobson; B, corde du tympan accolée au nerf lingual, et envoyant un filet à la glande sous-maxillaire C ; D, nerf facial; E, ganglion géniculé dans lequel se rendent les nerfs grand et petit pétreux, G.