‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 253 sur 400 · ART. II, $S II. — SURDITÉ NERVEUSE · texte numérisé non relu

ART. II, $S II. — SURDITÉ NERVEUSE

l’obligeance de M. Fano, ancien prosecteur et professeur agrégé de la Faculté. Je regrette que les limites de ce travail ne me permettent pas de rapporter textuellement et dans tous ses détails l’observation d'un fait d'anatomie pathologique aussi complet. J'en ai exposé les principaux traits dans la première édition (1).

De l’ensemble de ces faits électro-physiologiques et pathologiques, j'ai conclu dans mon premier travail (2), que /a corde du tympan préside à la sensibilité générale et à la sensibilité gustative des deux tiers antérieurs de la langue, et que l'intégrité de ce nerf est nécessaire à l'exercice complet de ces fonctions.

L'action de la corde du tympan sur la sensibilité gustative n’est aujourd’hui contestée par personne. Ce phénomène physiologique, découvert par Bellingeri, corroboré ensuite par des faits patholog:ques publiés par MM. Bonnafont (3), Montault, Bérard, etc., a été même constaté dans des vivisections (4).

Mais il n’en est pas de même de Paction de la corde du tympan sur la sensibilité générale de la langue ; avant mes recherches, cette propriélé était, je crois, complétement méconnue.

Si les animaux auxquels Magendie et M. CI. Bernard ont pincé ou arraché la corde du tympan n’ont pas crié pendant l’opération, est-ce à dire qu’ils n'éprouvaient aucune sensation dans la !angue ? Non, certes. Cela signifie tout au plus qu’ils ne souffraient pas. Mes expériences électro-physiologiques établissent qu'ils ont dû éprouver alors une sensation dans la langue. Mais comment auraient-ils pu exprimer le mode et le degré de cette sensation linguale qui ne va jarnais jusqu’à la douleur ? Personne ne reconnait mieux que moi les services rendus à la physiologie par les vivisections, mais il est évident qu’elles sont insuffisantes dans un grand nombre de questions qui intéressent le système nerveux, et surtout dans l'étude des sensations ou des différents phénomènes de sensibilité (3).

E. Influence de l'excitation de la corde du tympan sur la glande sousmaxillaire. — On doit aux vivisections la démonstration de l'influence

(1) Duchenne (de Boulogne), Élect. loc., 1855, p. 995, obs. CCXLVII.

(2) Id., loc. cit.

(3) Bonnafont, Mémoire sur les polypes de l'oreille (Bulletin de l’Académie de médecine, t. X, p. 37, 1843).

(4) M. Claude Bernard a, en effet, coupé sur des chiens la corde du tympan dans l'oreille moyenne, et chez tous il a trouvé la diminution du goût; d’autres fois il a opéré la section du nerf facial, au moment où il pénètre avec l’acoustique dans le concuit auditif interne, et alors il a observé, indépendamment de l’hémiplégie faciale, une diminution de la faculté gustative. Voy. Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux. Paris, 1858.

(5) Comment étudier sur les animaux, par exemple, les phénomènes de l’anesthésie et de l’analgésie, dont la découverte est due à l’observation pathologique faite sur l’homme ?

nécessaire de la corde du tympan sur la sécrétion de la glande sousmaxillaire. M. CI. Bernard a découvert que la section de la corde du tympan tarit la sécrétion de cette glande (1).

Mes expériences, bien que répétées des centaines de fois, ne m’avaient pas même fait soupçonner l'existence de ce fait. Mais lorsque j'ai eu connaissance de l’importante découverte de M. CL. Bernard, j'ai constaté, en effet, que, par mon procédé de faradisation de la corde du tympan appliqué à l’homme, la salivation est quelquefois activée, mais qu’elle est loujours précédée par un sentiment de sécheresse de la langue du côté excité (j'avais déjà noté ce dernier fait dans mon mémoire de 1831). Toutefois la salivation, — elle a lieu rarement — n'est pas telle alors qu’elle attire l’attention du sujet sur lequel on expérimente, Cela tient sans doute à ce que la corde du tympan est excitée trop faiblement dans mes expériences faites sur l'homme.

F, Quelques considérations anatomiques sur l'origine de la corde du tympan. — Le problème de physiclogie dont il est ici question (l'étude de l’action de la corde du tympan sur la sensibilité générale de la langue) ne sera complétement résolu que lorsqu'il existera une parfaite concordance entre l’expérimentalion électro-physiologique, l’observalion pathologique et le fait anatomique. Malheureusement l'harmonie est loin de régner entre les anatomistes sur l’origine de la corde du tympan.

Cette origine est-elle sensible, motrice ou mixte? J'ai analysé et discuté, dans mon premier travail sur la corde du tympan, les recherches anatomiques qui ont été faites sur ce sujet. Voici le résumé des recherches anatomiques qui plaident en faveur de la sensibilité de ce nerf.

Bellingeri a le premier assigné à la corde du tympan une action spéciale sur le sens du goût (2). Celte opinion a été parlagée depuis lors par la plupart des physiologistes.

M. Lussana a conclu récemment des expériences assez nombreuses et de quelques faits cliniques qu'il a recueillis concurremment avec M. Inzani, « que la faculté gustative, qui persiste indépendamment de l’innervation des glosso-pharyngiens, doit être exclusivement rapportée à l’anastomose du nerf lingual avec la corde du tympan ; » et plus loin il a ajouté : «l’ensemble des faits anatomo-physiologico-pathologiques qui précèdent ont eu leur sanction, dans ces derniers temps, par les remarquables résultats électro-thérapeutiques de M. Duchenne (3). »

(1) La corde du tympan envoie un filet de communication à la glande sous-maxillaire (C, fig. 182). Ce fait anatomique, contesté par M. le professeur Cruveilhier, est démontré par l’expérience de M. CI. Bernard.

(2) Bellingeri, De nervis faciei, Turin, 1818.

(3) Lussana, Recherches expérimentales et observations sur les nerfs du goût ! Arch. gén. de Physiologie, n°° 1 et 2, 1869, p. 198).

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