ART. II, $ I. — SURDITÉ NERVYEUSE
Les expériences électro-physiologiques que j'ai répétées jusqu’à ce jour, sur la propriété de la corde du Lympan, sont si nombreuses (plus d’un millier) qu'elles pourraient certainement suffire pour juger cette question physiologique. Corroborée par les faits cliniques et anatomo-pathologiques que j'ai cités (1) el par ceux de MM. Lussana et Inzani (2), notre proposition acquiert la valeur d’une démonstration plus scientifique et peut commander au besoin le fait anatomique.
Ce n’est pas que les recherches anatomiques aient ici fait défaut. En effet, les partisans de cette proposition ont attribué cette propriété gustative de la corde du tympan soit à la petite portion de la 7e paire qui, selon le professeur Morganti (3), entrerait seule dans la composition du ganglion géniculé, soit, d’après Longet, à la connexion qu'il contracte avec le nerf lingual ; Scarpa à aussi essayé d'expliquer cette action spéciale de la corde du tympan en soutenant que le nerf de Wrisberg prend naissance à côlé du glosso-pharyngien (4).
Bischoff et Gaedchens (5) avaient soutenu en 1832 que le faisceau accessoire de Wrisberg devait être considéré, quant à son origine, comme l’analogue d’une racine postérieure ou sensilive. Ils avaient en effet suivi les filets originels de ce nerf en arrière et à la partie postérieure de la moelle allongée jusqu’aux environs du sinus rhomboïdal.
infin M. Cusco, chirurgien des hôpitaux (6), a constaté aussi en 1848 que le nerf intermédiaire de Wrisberg est la continuation directe de la partie la plus interne du cordon médian postérieur de la moelle.
« La sécrétion salivaire, selon M. CI, Bernard, s'explique par une action réflexe à laquelle prendraient part, comme cela a toujours lieu en pareil cas, un nerf seusitif et un nerf moteur. » Le nerfsensitif, qui produit la réaction motrice sur la glande sous-maxillaire, serait, d’après ce savant physiologiste, le nerf lingual ; tandis que la corde du tympan serait uniquement motrice, propriété qu’elle devrait au nerfintermédiaire de Wrisberg constituant une racine d’'origine sympathique.
En somme,quand bien même l’existence du noyau originel de la corde du tympan, dont le nerf intermédiaire de Wrisberg est la
(1) Duchenne (de Boulogne), Recherches électro-physiologiques et pathologiques sur les propriétés et les usages de la corde du tympan; obs. I, IL, IT et IV (Arch, gén. de méd., 1850, p. 403, 410).
(2) Lussana, loc. cit.
(3) Morganti, Anatomie et physiologie du ganglion géniculé. Milan, 1816.
{4) Scarpa, Œuvres diverses, Florence, 1858, 4€ part. chap. HI, p. 461.
(5) Gaedchens, Thèse soutenue à Heidelberg, en 1832.
(6) Cusco, Thèse pour le doctorat, 1848.
continuation, ne serait pas encore suffisamment établie, on ne peut plus dire aujourd’hui, avec feu le professeur Bérard, que «la corde du tympan est une énigme proposée à la sagacité des physiologistes.» Eu effet, l’expérimentation électro-physiologique chez l’homme et chez les animaux, se complétant mutuellement, démontrent : la première, que la corde du tympan préside à la sensibilité générale et gustative des deux tiers antérieurs de la langue, et la seconde, que ce même nerf exerce par influence réflexe sur la glande sousmaxillaire une action probablement motrice, sans laquelle elle ne peut sécréter.
G. Déduchions thérapeutiques. — J'ai déclaré qu’au début de mes recherches sur l’action thérapeutique du procédé de faradisation dont je viens d’exposer l’action physiologique, je n'étais guidé par aucune idée théorique, et que j’agissais empiriquement. Je savais seulement que j'allais exciter la corde du tympan dont j'avais à étudier les propriétés physiologiques (but principal de mes expériences). Mais que pouvais-je attendre de son excitation ? Ces propriétés physiologiques m’étant mieux connues, je ne voyais pas les connexions anatomiques qui pouvaient exister entre la corde du tympan et le nerf acoustique. Je savais, en effet, qu’en électrisant le premier nerf, on agit sur la sensibilité générale et gustative de la Jangue et qu’on excite alors la sécrétion de la glande sous-maxillaire. Mais quelle influence une telle excitation pouvait-elle exercer sur l’ouïe ?
Eh bien, la connexion intime de la corde du tympan avec le nerf acoustique est aujourd’hui démontrée par les investigations microscopiques. En effet, sur les coupes horizontales de la protubérance faites au niveau de la racine réelle de la septième paire, on voit un rameau se détacher de la racine intrabulbaire de ce nerf etse dirigeant de dedans en dehors, s’unir au bord interne de la racine réelle de la huitième paire, de là se porter d’arrière en avant dans le noyau interne de ce nerf et s’y ramifier. Cette disposition anatomique se voit très-distinctement dans les figures de l’atlas de M. L. Clarke et dans la figure 4, planche 9, photographiée d'après une section transversale du bulbe d’un chat par M. Roudanowsky (1), qui a proposé d'appeler corde du tympan ce rameau connectif entre la septième et la huitième paire.
C’est principalement aux mouvements de la chaîne des osselets,
(1) Roudanowsky, Études photographiques sur le système nerveux de l'homme. Paris, 1870.
Dans un atlas (/conographie photographique sur la structure intime du bulbe, à l’état normal et à l'état pathologique) que j'ai présenté en 1869 à l’Académie de médecine, j’ai montré très-nettement cette même connexion entre la septième et la huitième paire. Pour moi aussi, le rameau qui établit cette communication est vraisemblablement la continuation du nerf de Wrisberg.