ART. III, $ I. — SURDITÉ NERVEUSE
mouvements provoqués par les contractions et les relächements successifs, brusques, plus ou moins rapides de leurs muscles moteurs, d’où résulte l’ébranlement de Ja membrane de la fenêtre ovale, et conséquemment l’agitation du liquide labyrinthique ; c’est à ces mouvements, dis-je, que j’attribue principalement l'action thérapeutique si puissante, exercée sur la surdité nerveuse par ce procédé d’électrisation. Que l’on songe, en effet, aux soins dont la nature a entouré le nerf acoustique pour le préserver des lésions physiques par cause externe. Non-seulement elle l’a enfermé dans un rocher privé de toute communication avec l'extérieur, mais elle l’a encore immergé dans un liquide modérateur des mouvements extérieurs. Dès lors on comprend combien ce nerf, mou, pulpeux, doit être sensible à la vive agitation du liquide labyrinthique dans lequel il plonge, et qui, d'habitude, n’ondule que faiblement sous l'influence des ondes sonores qui viennent frapper le tympan. Je ne saurais, en vérité, expliquer autrement l’action thérapeutique considérable que l’on verra bientôt exercée sur l’organe de l’ouïe par une excitation électrique aussi faible en apparence.
IL, — FAITS DÉMONTRANT LA VALEUR THÉRAPEUTIQUE DE LA FARADISATION DES MUS- CLES MOTEURS DES OSSELETS ET DE LA CORDE DU TYMPAN.
Les cas dans lesquels j'ai expérimenté avec succés le procédé d'électrisation auriculaire dont il vient d’être question, peuvent ètre rangés dans la classe des surdilés que l'on a appelées surdités nerveuses, ou, en d’autres termes, surdités qui, pendant la vie, n'ont présenté aucun signe de lésion organique appréciable. Ces cas sont aujourd'hui assez nombreux; leurs observations ont été recueillies avec soin:ils appartenaient à plusieurs espèces de surdités nerveuses que je vais passer rapidement en revue.
[. Surdités hystériques. — Au premier rang des paralysies nerveuses que j'ai vues guérir le plus sûrement, le plus rapidement par ce procédé de faradisation, je placerai la surdité qui se rattache à un état hystérique ; j'en ai relaté un seul cas comme exemple dans la précédente édition (1). En voici le sommaire :
Ogsenvarion CLXVIIL — Surdité hystérique datant de plusieurs mois, guérie rapidement par la faradisation des muscles moteurs des osselets et de la corde du tympan.
C'était un cas type de surdité hystérique; il à montré avec quelle facilité elle cède à ce procédé de faradisation de l'oreille. J'aurais pu en rapporter d’autres qui ont guéri avec la même rapidité, et qui n’en différaient que par le degré des troubles de l’ouïe ou par la forme des autres symptômes qui caractérisent l’hysiérie. Celte
(1) Duchenne (de Boulogne), É/ec, loc., 1861, obs. CCXLYVIIL.
espèce de surdité n’est pas toujours complète ; elle est compliquée généralement de bruits variés plus ou moins forts et incommodes. D’ordinaire, les troubles de l’ouïe existent seulement à gauche, de même que les autres désordres de la sensibilité et de la motilité ; mais quelquefois aussi la surdité est double, avee prédominance à gauche.
I ne faudrait pas conclure du fait thérapeutique précédent que la surdité hystérique est toujours une affection légère, eu égard au peu de résistance qu’elle offre en général à cette médication électrique. J'en ai rencontré qui, depuis des années, sont rebelles à toute espèce de traitement. Toutefois, bien que je ne sois pas en mesure d'exposer la statistique exacte de tous les cas de surdité hystérique que j'ai soumis à ces expériences électro-thérapeutiques, je puis dire approximativement que la surdité hystérique guérit huit fois sur dix par ce traitement.
Quelques-unes et peut-être un bon nombre de ces surdités peuvent être heureusement modifiées par des excitations périphériques. J’en ai vu, en effet, disparaître par la simple faradisation de la peau du pavillon ou du conduit auditif externe (région sans doute réflexogène du nerf auditif), et même des points plus ou moins éloignés de l'oreille. Dans ces cas, on obtiendrait les mêmes résultats de toute autre espèce d’excitation (injection excitante du conduit auditif externe ou de la trompe d’Eustache, vésicatoires appliqués sur les parties voisines de l'oreille), C’est qu’il en est des troubles hystériques, comme de certains désordres nerveux généraux, de même nature, qui cèdent, comme par enchantement, à une excitation pratiquée dans un point très-limité de la surface cutanée. A l'appui de cette assertion, je pourrais rapporter des cas d’anesthésie qui régnaient sur toute la surface du corps, et qui, par une excitation électrique limitée à un point quelconque de la peau, guérissaient immédiatement. De même, il arrive quelquefois, dans ces cas, que les troubles des sens (de l’odorat, du goût, de la vue, de l’ouïe) disparaissent en même temps, quand ils existent, On provoque, de la même manière, le retour de la menstruation.
Il s’en faut qu’il en soit toujours ainsi. J’ai eu l’occasion de guérir des surdités hystériques qui avaient épuisé tous les moyens rationnels, dirigés souvent par des médecins habiles et spéciaux ; On avait employé vainement des injections plus ou moins excilantes du conduit auditif externe ou de la trompe d’Eustache, et même l'excitation électro-cutanée. A l’infirmité de la surdité se joignaient presque toujours des bruits divers, continuels (cophose), qui faisaient le désespoir des malades et qui offraient la même résistance à ces médications. Eh bien ! tous ces désordres nerveux cédaient, en