ART. II, $ II. — SURDITÉ NERVEUSE
général, à la faradisation des muscles moteurs des osselets et de la corde du tympan,
B. Surdités par le sulfate de quinine. — Il n’est pas très-rare de voir survenir, à la suite de l’administration du sulfate de quinine, la dureté de l’ouïe et quelquefois la surdité. Pour ma part, j’ai eu l’occasion d’en observer une demi-douzaine de fois, à des degrés divers.
La connaissance de l’incurabilité de ces surdités par le sulfate de quinine a fait ressortir l'importance d’une guérison que j'ai obtenue dans un cas analogue par la faradisation de la membrane du tympan, j'en ai exposé la relation dans la précédente édition (1).
C. Surdités consécutives à des firvres éruptives, continues, ou sans cause connue, datant de dix à vingt ans, rebelles à tous les traitements antérieurs. — J'ai maintenant à exposer des faits qui, en raison de la longue durée de la surdité et de la résistance qu’elle avait opposée antérieurement aux traitements les plus variés et les mieux dirigés, démontrent, d’une manière incontestable, la valeur thérapeutique de la faradisation des muscles de la chaîne des osselets et de la corde
du tympan.
OBSERVATION CLXIX. — Surdité double, complèle à gauche, consécutive à une fièvre éruptive, datant de seize ans, rebelle aux injections de la trompe d'Eustache et à la perforation de la membrane du tympan, qui a quéri par la faradisation des muscles moteurs des osselets et de la corde du tympan.
Ce cas de surdité relaté dans la précédente édition (2), à cause de sa longue durée et de sa résistance aux traitements divers el énergiques qui ont été employés contre elle, me semblait n’offrir aucune chance de réussite, Mais le malade était un pauvre ouvrier qui implorait mon intervention, en désespoir de cause; et puis le mode d’exeilation électrique qu’il sollicitait et que je devais appliquer, n’occasionnait pas de souffrance et ne pouvait aggraver son état. C’est en raison de ces considérations, que je consentis à faire sur lui cette expérience. Le plein succès dont elle a été couronnée fut un grand enseignement; il a misen lumière la puissance de l’action thérapeutique de la faradisation des muscles moteurs des osselets et de la corde du tympan, dans le traitement de la surdité nerveuse. Il a démontré aussi que, dans toute surdité nerveuse (sans lésion organique appréciable), quelque ancienne qu’elle soit, quels qu'aient été les insuccès des traitements les plus rationnels, on ne doit pas désespérer de la guérison, avant d’avoir tenté l'application de ce procédé de faradisation.
A l’appui de ces assertions, j'ai rapporté (3), sommairement, deux
(1) Duchenne (de Boulogne), Elect. loc., 1861, obs. CCXLIX.
(2) Id., Élect. loc., 1861, obs. CCLI.
(3) Id,, 1bid., 1861, obs. CCLII et CCLII.
autres faits non moins remarquables, où l’insuccès d’un long traitement par le cathétérisme de la trompe d’Eustache est mis en regard d’une guérison rapide par le même procédé de faradisation.
A la suite de ces cas de guérison ou d’amélioration de surdilés nerveuses rebelles, pendant de longues années, à tout autre traitement que la faradisation des muscles des osselets et de la corde du tympan, j'aurais pu relater quelques autres exemples de guérisons ou d'améliorations analogues ou survenues graduellement, sans cause connue. Parmi ces faits, se trouve un cas de guérison de surdité nerveuse datant de deux années, et qui avait semblé s’aggraver sous l'influence du cathétérisme de la trompe d'Eustache et d’autres moyens employés par mon honorable et très-habile confrère M. Hubert Valleroux. Une oreille était complétement perdue et l’autre entendait peu. L'ouïe a été rétablie des deux côtés, en une vingtaine de séances. Cette guérison a élé obtenue par la faradisation de l’oreille moyenne et interne, chez une jeune femme qui n'a été adressée et recommandée en 1860 par mon confrère et ami M. Sales-Grirons, rédacteur en chef de la Æevue médicale. Mais le rapporter ici serait donner inulilement une extension démesurée à ces recherches.
En résumé, les faits précédents démontrent surabondamment que la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets, appliquée au traitement de la surdité nerveuse, produit de très-heureux résultats.
L’exactitude de cette assertion, qui d’ailleurs s’appuyait déjà sur des faits cliniques exposés dans le même article, a été de nouveau prouvée par les cas relatés dans un important travail de M. le docteur Philipeaux (de Lyon) (lt).
Mais ce n’est pas à ce point de vue que ce travail a été écrit. L’auteur, observateur sagace autant qu'habile dans la pratique de la faradisation localisée, ne s’est pas contenté celte fois de vérifier expérimentalement les faits qui ressortent de mes recherches. Il s’est proposé principalement de démontrer la valeur d’un signe pronoslique de la surdité nerveuse, tiré de l’état de la sensibilité de la corde du tympan.
Cela me conduit, en terminant ce paragraphe, à rechercher s'#
existe des signes pronostiques, pathognomoniques de la surdité nerveuse.
III. — SiGnEs PRONOSTIQUES DE LA SURDITÉ NERVEUSE OBTENUS PAR LA FARADI- SATION DE LA CORDE DU TYMPAN ET DES MUSCLES DES OSSELETS.
Il ressort, on vient de le voir, des faits exposés ci-dessus, que la
(1) Philipeaux, Bulletin de thérapeutique, t. LIT, p. 456.