‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 257 sur 400 · ART. II, $ I. — SURDITÉ NERVEUSE · texte numérisé non relu

ART. II, $ I. — SURDITÉ NERVEUSE

surdité hystérique guérit souvent par la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets ; il s’en faut cependant de beaucoup qu'il en soit ainsi de toutes les espèces de surdités nerveuses.

11 serait peut-être utile d’exposer, en regard des cas de guérison de surdité nerveuse étrangers à un état hystérique, et dont j'ai rapporté quelques exemples, les trop nombreux insuccès de cette même méthode de traitement électrique, appliquée cependant dans des conditions semblables en apparence. Mais ces cas d’insuccès appartiennent-ils réellement à la classe des surdités nerveuses ? Le diagnostic différentiel de la surdité nerveuse n’est pas aussi simple qu’on l’enseigne dans les traités spéciaux. Il n’est plus permis de dire avec Kramer : « Lorsqu'on aura constaté l'absence de tout changement matériel dans le méat externe ou dans l'oreille moyenne, on pourra, sans crainte de se tromper, diagnostiquer une surdité nerveuse. » En effet, outre ces changements matériels du méat externe et de la trompe d’Eustache, il en est incontestablement d’autres de l'oreille moyenne et de l'oreille interne, dont le diagnostic est encore inconnu, et qui jusqu’à ce jour ont été inévitablement confondus avec la surdité nerveuse.

On conçoit donc combien il importerait à la pratique de distinguer ces cas les uns des autres, combien la science surtout y gagnerait en considération. C’est ce qui a été parfaitement senti par M. Philipeaux (de Lyon); cet observateur avait d’abord reconnu «qu’il était un certain nombre d'individus sourds, depuis plus ou moins longtemps, qui, malgré leur affection, percevaient très-distinclement, sous l'influence de l'électricité, cette douleur caractéristique dela pointe de la langue, tandis qu’il en est d’autres chez lesquels ce signe manquait d’une manière complète(l).» Ayant ensuite remarqué qu'il n’avait pu obtenir aucune guérison, ni même aucune amélioretion chez ceux de la dernière catégorie, il en conclut (cela était très-rationnel) que dans ce cas la surdité est incurable. « Je suis si peu encouragé, dit-il, vu les insuccès que j’ai obtenus chez les sourds qui ne m'ont point présenté, à l'exploration électrique, les signes caractéristiques que je cherche à mettre en évidence dans ce mémoire, qu'aujourd'hui je me refuse d’une manière complète à traiter ceux dont la surdité est déjà ancienne, et quine me présentent point à l'exploration électrique la sensation particulière que l’on perçoit physiologiquement à la pointe de la langue. » Ceci est grave et m'’oblige à déclarer ce qu'une longue expérience m'a appris à cet égard.

Dès le début de mes recherches sur les propriétés de la corde du

(1) Philipeaux, loc. cit. :

tympan, j'ai remarqué, chez quelques individus, l’absence complète des sensations physiologiques que l'on perçoit à la langue sous linfluence de l'excitation énergique de ce nerf. J’avoue qu’il ne m'est pas venu à la pensée de rechercher la valeur de ce phénomène, comme signe pronostique de la surdité nerveuse. En voici la raison: c’est que, parmi ceux qui ont présenté cette anomalie, j'en avais trouvé dont l’ouïe était parfaitement saine. Il en existe un exemple dansmon mémoire de 4831, sur les propriétés de la corde du tympan. On lit en effet dans l'observation I": « Ayant électrisé la corde du tympan alternativement du côté gauche et du côté droit, 7e constata que l'excitation ne produisait à gauche (côté paralysé) aucune sensation genérale ou gustative de la langue, tandis que du cÔLé sain ces phénomènes que j’ai déjà décrits précédemment étaient accusés par la malade.» Cette malade était atteinte d’une hémiplégie faciale rhumatismale et n’offrait point d’altération de l’ouïe. Bien plus, des sourds chez lesquels je ne pouvais produire l’excitation de la corde du tympan, n’en ont pas moins guéri par mon procédé de faradisation de l'oreille. Des deux cas de guérison de surdité rapportés dans la première édition, il en est un (obs. CLXXXIIT) dans lequel je n'ai pu provoquer aucune sensation linguale pendant l'opération ,unsecond cas (obs. CGXLVI, édition précédente), en offre encore un exemple remarquable (1).

L'absence des sensations linguales produites par l'excitation de la corde du tympan n’est donc pas un signe pathognomonique de l'incurabilité de-la surdité nerveuse. Toutefois le signe pronostique préconisé par M. Philipeaux n’est pas sans valeur, car l’inexcitabilité de la corde du tympan peut dépendre de la lésion ou de l’absence de ce perf, et, dans ce cas, il y a lieu de craindre que la lésion n'ait atteint plus ou moins profondément tous les organes de l’ouiïe (nerfs, muscles, osselets). M. Fano, agrégé de la Faculté de médecine de Paris, m'a montré une belle pièce d'anatomie pathologique sur laquelle tous les organes de loreille moyenne étaient détruits (2). Il en existe, d’ailleurs, d’autres exemples dans la science. Je professais jadis que dela lésion sûrement diagnostiquée de la corde du tympan

(1) A l’occasion de ce fait, M. Philipeaux fait les réflexions suivantes : « Le fait n’a pas été parfaitement clair. Dans la première des deux observations citées par M. Duchenne, et dans lesquelles l'électricité a produit des résultats heureux, il est dit que le malade perçut distinctement le signe caractéristique de la langue. M. Duchenne ne nous indiquant point, dans la seconde observation, si le patient ressentit ce phénomène physiologique, il nous est impossible de tirer de ce dernier fait une interprétation favorable ou défavorable aux idées que nous défendons actuellement. » Je regrette de n’avoir pas été plus clair. Je déclare que si j'avais observé, chez mon malade, les phénomènes physiologiques produits habituellement par l’excitation électrique de la corde du tympan, je n'aurais pas manqué de les noter comme dans le précédent cas. D'ailleurs, ce fait est encore présent à ma mémoire.

(2) Duchenne (de Bouiogne), Elect. loc. 1861, obs. CCXL VII.

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