‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 258 sur 400 · ART. I, $ IT. — SURDITÉ NERVEUSE · texte numérisé non relu

ART. I, $ IT. — SURDITÉ NERVEUSE

on ne pouvait conclure à l’ineurabilité d’une surdité, parce que je croyais que ce nerf n’avait aucun rapport avec le nerf acoustique.

Le nouveau signe pronostique de la surdité préconisé par M. Philipeaux aurait une valeur bien plus grande, si à l’inexcilabilité de la corde du tympan s’ajoutait l’absence du bruit spécial qui se fait entendre dans le fond de l'oreille, à chaque intermittence du courant d’induction. J'en ai fourni un exemple dans l'observation CCXLIX de la précédente édition.

Sans attacher une valeur exagérée à l’absence du bruit provoqué dans le fond de l'oreille par l’excitation électrique des mouvements des osselets, ce nouveau signe pronostique me paraît bien plus grave que l'absence des sensations linguales produites par la faradisation de la corde du tympan, puisque ce bruit est dû à l’ébranlement et au craquement des membranes du tympan et de la fenêtre ovale. Si ce bruit n’est pas perçu pendant l'opération, il faut donc que la lésion anatomique ou dynamique du nerf acoustique soit profonde.

Résumé général.

Il ressort des faits et des considérations exposés précédemment :

1° que la surdité nerveuse hystérique guérit en général par l’excitation électrique de la corde du tympan et des mouvements de la chaine des osselets ;

9° que quelques surdités nerveuses consécutives aux fièvres éruptives, continues, etc., peuvent guérir par ce même traitement, quelque anciennes qu’elles soient, et bien que leur résistance aux autres traitements leur ait donné une apparence d’incurabilité ;

3° que probablement l’action thérapeutique du procédé de faradisation employé dans ces recherches est due principalement aux ondulations du liquide labyrinthique produites par l’ébranlement de la chaîne des osselets, et conséquemment de la fenêtre ovale ;

4° que l'exploration électrique de l’oreille ne fournit aucun signe pathognomonique qui permelte de pronostiquer l’incurabilité de la surdité ; 8 EXX. — De la curabilité et du diagnostic de la surdi-mutité

nerveuse par la faradisation de la corde du tympan et des

muscles moteurs des osselets,

A la suite d’une note sur la valeur de la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets appliquée au trailement de la surdité nerveuse (1), que j'ai reproduite textuellement dans le paragraphe précédent, j'ai relaté un cas de semi-guéri-

(1) Duchenne (de Boulogne), De la valeur de la faradisation de la corde du

tympan et des muscles moteurs des osselets appliquée au traitement de la surdité nerveuse (Bulletin de thérapeutique, 1858, t. LV, p. 105 et 160).

son d’une surdi-mutité congénitale, par le même procédé de faradisation. « Ce fait, écrivais-je alors, a été rigoureusement et scientifiquement observé ; il offre loutes les garanties d’honnètelé et d'authenticité désirables. De plus, ilest déjà jugé par le temps; l'enfant, devenu demi-sourd, a développé sa parole el fait son éducation à l’aide de son ouïe. Tout me fait doncun devoir de le publier. Cependant je vais peut-être, en relatantici ce fait, m’atlirer bien des brocards. »

C’est qu’alors je savais que ce fait allait remettre en question la curabilité de la surdi-mutité congénitale, question qui paraissait résolue d’une manière négative. Aujourd’hui, cette opinion n’est pas encore modifiée parmi la plupart des hommes qui, en raison de leurs études spéciales, paraissent les plus autorisés. Un d’entre eux, Ménière, qui ne pouvait ignorer les recherches auxquelles je me suis dévoué, est venu depuis lors formuler encore celle opinion dans les termes les plus désespérants (1).

Scientifiquement, un tel langage n’est pas justifiable. « La surdimulité congénitale, écrivait Ménière,en 1848 (2), dépend quelquefois d’un vice de conformation de l'oreille; et, dans ce cas, c’est un arrêt de développement, une aberration organique. Dans beaucoup d'autres dissections, je n'ai trouvé aucune lésion apparente des parles constiluantes de l'oreille, et l’on peut croure que la surdité dépend d'une altération du système nerveux.» La même opinion avait élé formulée par Itard ; elle est aujourd’hui confirmée par un grand nombre de faits d'anatomie pathologique. Il existe donc une espèce de surdi-mutité congénitale, sans lésion matérielle apréciable. En conséquence, personne, quelque grande que soitson autorité, n'a le droit d'affirmer aujourd’hui que cette espèce de surdi-mutité nerveuse est incurable.

Nous devons certainement stigmatiser le charlatanisme et faire tomber les illusions entretenues par des guérisseurs; mais ceux qui se donnent la sainte et difficile mission de garder le sanctuaire de la science et de la vérité, ne doivent pas, en aveugles, fermer la porte au progrès, C’est ce que l’on fait pour ce qui à trait à la surdimutité congénitale, en venant déclarer, en pleine Académie, sans preuve scientifique, que, dans tous les cas, celle infirmité est à jamais incurable.

La presse médicale a unanimement et avec raison protesté contre une assertion aussi légèrement émise. Je réponds à son appel en venant faire connaître aujourd’hui les résullats des quelques recherches que j'ai faites sur celle question humanitaire.

(1) Ménière, De l'expérimentation en malière de surdi-mutité (Bull. de l'Acad. de méd., 1859-60, tome XXV, p. 1090 et Gaz. médicale de Paris, décembre 1860), (2) Ménière, Gazette médicale de Paris, 1848.

ART. If, $S II. — SURDI-MUTITÉ NERVEUSE. 847

En 1861 j'écrivais : « Sur sept sourds-muels de naissance soumis à la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselets, l’un n’est plus que demi-sourd, apprend la parole, et fait son éducation à l’aide de l’ouïe. Chez deux autres, ce sens se développe d’une manière très-remarquable. Enfin, les quatre derniers n’ont encore éprouvé aucune modification appréciable. Ayant à démontrer ici l'influence thérapeutique du procédé de faradisation de la corde du tympan sur la surdi-mutilé nerveuse, il ne sera question que des trois premiers. On a lu, dans la précédente édition, une longue observation de surdi-mutité congénitale complèle qui a été presque entièrement guérie par la faradisation de la corde du tympan et des muscles moteurs des osselels (1). »

Il était en somme parfaitement établi par ce cas qu’un sourdmuet de naissance, nommé Raymond X..., âgé de huit ans, avait entendu après quelques excitations électriques des muscles moteurs des osselets et de la corde du tympan; que son ouïe s’était ensuite améliorée progressivement dans les séances suivantes ; qu’après trois cures, composées chacune d’une trentaine de séances, et pratiquées à des intervalles de six mois à un an, cet enfant n’était plus que demi-sourd ; enfin, que, depuis son traitement, on avait pu le faire parler, développer ses facultés intellectuelles, en un mot, son éducation, seulement à l’aide de l’ouiïe.

Depuis la publication de ce fait, c’est-à-dire depuis 1858, le jeune Raymond m'a été ramené plusieurs fois à un intervalle d’une année pour subir une nouvelle cure qui à toujours été suivie d’une amélioration notable ; mais dans l’intervalle, son état est resté stationnaire, En janvier 1861, il était encore demi-sourd. Placé dans une institution où il fait son éducation par l’ouïe, sous l’habile direction de M. Houdin, Raymond m’a été ramené, à plusieurs reprises, pour être soumis à une vingtaine d’excilations chaque fois. Mais je n’ai plus constaté d'amélioration appréciable.

Je dois dire que depuis que la parole de Raymond a élé assez développée pour qu'il ait pu rendre compte des sensations ou des impressions que lui fait éprouver la faradisation de la corde du iympan et des muscles moteurs des osselels, j'ai pu constater que cette excitation électrique provoque chez lui tous les phénomènes électro-physiologiques normaux : à savoir, la sensation linguale et l'impression auditive dans le fond de l'oreille,

À la suite de cette observation j'ai exposé la relation de deux autres cas en voie d’amélioration, sinon de guérison, et que j’ai traités par la même excitation électrique de l’oreille moyenne el de l'oreille interne. Ges deux faits sont des plus intéressants, parce

(1) Duchenne (de Boulogne), Élect. loc., obs. CCLIV, 1861.

que les sujets de ces observations avaient été, sans aucun résultat appréciable, traités antérieurement pendant plusieurs années par des médecinsauristes des plus célèbres.

La relation prendrait trop de place pour êlre exposée ici avec détails : elle se trouve d’ailleurs dans la précédente édition (1).

Dans la première observation (obs. GCLV), il s’agissait d’an enfant dont la surdité, qu’elle fût congénitale ou seulement accidentelle, était assez profonde pour le condamner à un mutisme complet, et qui, mis en possession dela parole, et sans le secours de l'oreille, par des efforts inouïs de patience et de persévérance, sous la direction de M. Houdin, n’entendait absolument rien, pas même les plus puissantes vibrations de l'orgue, lorsqu'il me fut présenté. Get enfant, après trente séances de faradisation de l'oreille moyenne et interne, a non-seulement entendu detrente-cinq à quarante notes de l'orgue, mais encore le sifflet des conducteurs d’omnibus, la musique d’orchestre en plein air, les explosions d’un feu d'artifice tiré à à ou 600 mètres de distance au moins, et enfin, ce qui est plus péremptoire encore, les sons mêmes de la voix humaine et un grand nombre de mots articulés. Le fait est certainement digne du plus profond intérét et dela plus sérieuse attention.

Après une absence de près de deux mois, l'oreille était à peu près dans le même état qu’au départ. Il y avait affaiblissement dans le degré d'aptitude fonctionnelle, résultat évident du défaut d'exercice ; deux ou trois notes de l'orgue (les plus élevées) étaient perdues ; mais elles ont été regagnées par la reprise des exercices. Ce qu’il importe de constater, c’est que le degré d'amélioration obtenue dans l’état de l’ouïe n’avait pas diminué.

Chez une petite fille affectée de surdi-mutité congénitale (2), et chez laquelle on avait essayé, sans aucun résuilat, une foule de traitements, M. Hubert Valleroux, dont on connait l’habileté, avait pratiqué le cathétérisme pendant trois années. Ce savant médecin auriste se croyait d'autant plus fondé à en obtenir de bons résultats, que, par la même méthode de traitement, il avait guéri le fière de cette jeune fille, qui étaitsourd-muet de naissance. Aussi la famille l’avait-elle prié de continuer ses soins avec une grande persévérance. Ces deux enfants, d’un tempérament lymphatique, offraient une obstruction des trompes d’Eustache. Le cathétérisme, longtemps pratiqué par M. Hubert Valleroux, les avait complétement débarrassés. Chez le garçon, l’ouïe s'était développée progressivement ; mais sa sœur élait restée aussi sourde

(1) Duchenne (de Boulogne), Élect. loc. ,obs. CCLV et CCLVI, 1861. (2) Id., Elect. loc., abs, CCLVI, 1861.

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