ART, II, $ III. — SURDI-MUTITÉ NERVEUSE
qu'auparavant. La conclusion à en tirer, c’est que l’obstruction des trompes causait seule la surdité chez le premier, tandis que chez l’autre il existait, en outre, soit une altération anatomique d’une partie quelconque de l'oreille moyenne ou interne, soit une paralysie du nerf auditif, Après trois années, le Cathétérisme, toujours très-pénible chez la petite fille, et qui avait été pratiqué régulièrement trois ou quatre fois par semaine, dut être abandonné. Alors M. Valade-Gabel fut chargé de lui enseigner pendant quelque temps la parole, et de lui apprendre à lire sur les lèvres. Une dame d’une grande intelligence s’est ensuite dévouée à son éducation, appliquant la méthode de M. Valade-Gabel au développement de sa parole. Elle a suivi jour par jour l'influence de la faradisation de Ja corde dutympan et des muscles moteurs des osselets sur l’ouïe desa jeune élève.
Voici les réflexions dont j’ai fait suivre la relation de ces trois observations.
a. Les trois cas de surdi-mulité dont il vient d’être question, portent en eux-mêmes leur conclusion. Ils établissent d’une manicre incontestable que certaines surdi-mutités peuvent être améliorées à des degrés divers. Leur diagnostic ne saurait être révoqué en doute ; d’ailleurs j’ai toujours eu soin, pour prévenir les objeclions, de le faire contrôler par les médecins auristes les plus célèbres. Onne sait pas encore tout ce que peut rendre ce mode de faradisation appliqué au traitement de la surdi-mutité, parce que mes expériences ont été faites sur un petit nombre de sujets (je n'ai ni le temps ni le désir de les continuer sur une plus grande échelle). Le traitement produira peut-être un jour la guérison complète de certaines surdi-mutités; maison a vu que jusqu’à ce jour je n’ai pu en obtenir qu’une demi-guérison.
b. Est-ce un service rendu ? En d’autres termes, la demi-surdité est-elle de quelque utilité ? Si l’on interroge ceux qui ont observé l'influence du développement de l’ouïe sur le moral et sur l’éducabilité de ces malheureux sourds-muets, la question n’est pas douteuse. Le cas exposé dans l’observalion de Raymond répond éloquemment à cette question. On n’a pas oublié, en effet, combien ont été heureuses el rapides les modifications imprimées, par les premières sensations auditives, au moral, aux sentiments affectifs et à l’éducabilité de ce garçon, auparavant sauvage et intrailable, au point que tout le monde, à l'exception de sa mère, le croyaitpresque idiot.
Il ne viendra certes à l’esprit de personne de soutenir que le sourd-muet est plus heureux que le demi-sourd, et qu’il vaut mieux en conséquence l’abandonner à son état que de lui donner l'idée d’un sens dont on ne saurait le faire jouir complétement,
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Autant vaudrait dire que ces milliers d’aveugles à qui le progrès de l’ophthalmologie ont donné la facilité de percevoir assez la lumière, soit pour se conduire, soit pour distinguer les traits d’un ami, etc., que ces aveugles, dis-je, étaient bien plus heureux, lorsque l'ignorance les condampnait à une éternelle cécité, et cela sous prétexte que l’on ne pourrait rétablir l'intégrité du sens de la vue.
e. Est-il besoin de dire que, pour conserver et afin d'utiliser la demi-surdité acquise, il faut la cultiver et savoir en tirer parti? Tout le monde sait que, si l’on n’exerce pas le sens de l’ouie d’un demi-sourd, il perd complétement tôt ou tard le sens qu’il a acquis ou qu'il tient de la nature. C’est ce que f’on observe chez les demisourds élevés dans les institutions où l’on enseigne le langage des signes. Celui qui veut apprendre à un demi-sourd la parole par l’intermédiaire de son ouïe doit s’armer d’une grande patience et d’autant de persévérance. Quelques remarques, que j'ai faites chez mes jeunes sourds-muets, vont montrer compien est lente l'éducation de l’ouïe. Dès que, sous l’influence du traitement, ce sens à commencé à donner signe de vie, ces sourds-muets ont articulé vite el facilement les mots qu’on leur faisait entendre. On comprend que chez le jeune Raymond, qui n’avait jamais rien entendu ni articulé, il ait fallu, comme chez tous les enfants, d’ailleurs, faire l’éducation de l’ouïe et de la parole en lui apprenant la signification de chaeun des mots qu’il entendait ou articulait. Mais chez les deux auires sourds-muels, on avait développé dejà la parole par lalecture surles lèvres ; et le jeune Albin, ainsi qu'il est dit dans Pobservation CCLV de la 2édition, par lait à peu près aussi bien que toutle monde.Comme il connaissait la signification des mots articulés par lui-même, je croyais que l'éducation de son ouïe se ferait beaucoup plus rapidement que chez Raymond, et qu’il suffirait de lui faire entendre et articuler les mots pour qu’il en comprit immédiatement le sens. A ma grande surprise, il n’en a pas été ainsi. Il arliculait exactemert et facilement les sons qu’on lui faisait entendre pour la première fois, mais il n’en saisissait pas la signification, bien qu'il s’en servit habituellement dans le langage. Il fallait alors, pour qu’il comprit ces mots, qu’on les lui écrivit ou qu’il leslût sur les lèvres. Il'en est résulté que l’on a dû recommencer entièrement pour son ouie l’éducation du langage.
d, Avant de soumettre la surdi-mutité au mode de traitement électrique que je propose, le diagnostic et la cause doivent, autant que possible, en être recherchés. A quoi servirait-il, par exemple, d’exciter ainsi le sens de l’ouïe chez un individu dont la surdi-mutité serait due à une obstruction de la trompe d’Eustache, à un vice de conformation, à un arrêt de développement, etc. ? Malheureusement