ART. IV. — CONSTIPATION. — ÉTRANGLEMENT INTERNE
M. de L... dont il a été question ci-dessus n’avait pas de pertes séminales, il n’avait point abusé des plaisirs vénériens; j’atiribuais son impuissance à l’anesthésie, et je pus exciter énergiquement la sensibilité des vésicules, des testicules, de la peau du pénis, du scrotum et du canal de l’urèthre. C’est certainement ce que je n'aurais pu faire impunément chez ce malade s’il avait eu des pertes séminales.
S HIH. — Constipation.
A.— La constipation est, comme la dysurie, une des complications crdinaires de la paraplégie. Les malades ne vont alors à la garde-robe qu'au moyen de lavements ou de purgatifs. Il m’a suffi quelquefois, dans ces cas, de faradiser les muscles de l’abdomen pendant quelques séances, pour rétablir la liberté du ventre ; ce qui démontre que la constipation ou la difficulté des garde-robes peut dépendre de la paralysie ou de l’affaiblissement des muscles abdominaux. On conçoit aussi que la paralysie du diaphragme soit une cause de constipation, et qu’alors elle ne puisse disparaître qu'avec la guérison de cette paralysie.
À la paralysie des muscles auxiliaires de la défécation se joint fréquemment la paralysie du rectum; il faut agir alors directement sur cet inteslin avec le rhéophore rectal, ainsi que je l’ai décrit à la page 68 (fig. 23). Ce procédé, simple et peu douloureux, m'a réussi fréquemment. J'ai cité, comme exemple, un cas de constipation qui, datant de trois semaines et occasionnant un ballonnement considérable du ventre, céda à une seule excitation du rectum, après avoir résisté pendant quinze jours aux purgatifs administrés de toutes les façons. La constipation, qui avait reparu à deux reprises chez la malade qui en était tourmentée, fut vaincue chaque fois de la même maniére.
B. — Étranglement interne. — Le cours des matières fécales peut être interrompu par une obstruction du conduit intestinal. Les causes de cette obstruction, on le sait, sont variables et produisent les symptômes graves de la maladie décrite sous le nom de volvulus, iléus, passion thaque, colique de miséréré, ete. Quelle que soit la cause de ce volvulus, qu’il y ait étranglement par des brides ou par des ouvertures dans lesquelles l’intestin se serait engagé ; qu’il y ait contournement, entortillement des circonvolutions intestinales entre elles; que le canal intestinal soit obstrué par suite de l’invagination d’une porlion d’intestin dans une autre, il n’existe qu’une seule indication à remplir : dégager lintestin. Or, de tous les moyens qui ont été employés dans ce but, — et l’on sait combien ils sont nombreux, — je ne crois pas qu'il en existe un pius efficace que
l’excitation électrique dirigée sur les muscles abdominaux et sur le tube digestif.
La faradisation pratiquée énergiquement, et avec des intermittences éloignées les unes des autres d’une seconde, sur chacun des points de la paroi musculaire de l’abdomen, secoue partiellement la masse intestinale, de manière à provoquer des contractions en tous sens et à dégager l’anse intestinale étranglée ou comprimée. Ces contractions musculaires de l’abdomen doivent être combinées avec celles de l'intestin.
Mais il faut savoir que celles-ci n’ont pas lieu par secousses comme les premières. En effet lorsqu'on excite directement lintestin d’un animal après l’avoir éventré, on ne peut provoquer des contractions intermittentes dans aucun point de sa couche musculeuse, quelle que soit l’intensité du courant. L’intestin se resserre en tous sens et se réduit à un très-petit volume par une sorte de mouvement vermiculaire. Ainsi, j'ai vu le gros intestin du cheval se resserrer graduellement, dans l’espace de quelques secondes, au niveau du point excité, jusqu’à ne plus offrir que 3 ou 4 centimètres de diamètre. L'intestin ne commence à se contracter que trois ou quatre secondes après qu'il a été excité; il reste dans cet état pendant plusieurs minutes et revient très-lentement à son volume primitif, On conçoit donc que si l’on pouvait agir aussi directement sur le point de l'intestin où existe l’étranglement, on vainquerait facilement l'obstacle au cours des matières fécales, Malheureusement il est impossible de localiser ainsi l'excitation électrique dans l'intestin à travers la paroi abdominale; mais on provoque facilement des contractions analogues dans toute la masse intestinale, par une sorte d’action réflexe de la moelle, en plaçant, comme je l’ai déjà dit, un rhéophore dans le rectum, et l’autre sur un autre point plus où moins éloigné, sur l’abdomen ou à l’orifice cardiaque, à l’aide de la sonde œsophagienne.
OsservaTION CLXXXVIIE. — En 1851, j'ai appliqué ce procédé avec succès à un cas d’étranglement interne qui avait résisté pendant trois jours à tous les moyens employés en pareil cas. (L'observation de ce fait, que j'avais recueilli avec détail, a été égarée. Le malade se nommait M. Gondret, passementier en or, demeurant rue Saint-Denis, n° 393). C’est par les conseils de M. Chomel que la faradisation intestinale avait été pratiquée dans ce cas, comme moyen extrême.
Ce beau résultat obtenu par la faradisation localisée a été tellement immédiat, qu'il me parait impossible de le contester. Ainsi, le malade fut soulagé aussitôt après l'application ; le hoquet, qui durait depuis deux jours, disparut; un peu plus tard des gaz furent rendus avec quelques matières, et les vomissements, qui avaient l'odeur de matières stercorales, furent arrêtés ; une heure après, eut lieu une seconde selle, un peu plus