‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 291 sur 400 · ART. IV, $ IV. — CHUTE DU RECTUM · texte numérisé non relu

ART. IV, $ IV. — CHUTE DU RECTUM

abondante, et quand les médecins et chirurgiens consultants arrivèrent pour opérer le malade, dans le cas où les accidents de l’étranglement auraient persisté, le malade était guéri.

Je ne saurais dire exactement par quel mécanisme l’étranglement interne a cessé d'exister, dans ce cas, bien que jele soupçonne; mais l'essentiel c’est que le moyen employé ait réussi. A cel heureux résultat thérapeutique j'ai malheureusement à cpposer deux insuccès que j’ai rapportés dans l’édition précédente (1).

Ce sont les seuls cas d’étranglement dans lesquels j’ai essayé l'influence thérapeutique de la faradisation localisée. On a vu, en résumé, que, dans un cas (2), le succès a été aussi complet que possible et a sauvé le malade d’une opération sanglante ; que dans un autre, l’opération n’a produit qu’un soulagement passager ; enfin que, dans un troisième, elle n’a eu aucun résultat. Il me paraît juste de faire remarquer que, dans le cas où la faradisation localisée avait dissipé tous les accidents d’étranglement pendant vingtquatre heures (3), la guérison se serait peut-être maintenue, s’il n’avait existé une lésion organique de l'intestin.

Quoi qu’il en soit, toutes choses égales d’ailleurs, n’aurais-je obtenu de guérison que dans quelques cas par l’application de la faradisation localisée, les faits cliniques dont il vient d’être question paraissent démontrer que ce mode de traitement est un des meilleurs que l’on puisse opposer à un étranglement interne, avant de recourir à une opération chirurgicale.

S HV, — Chute du rectum par atonie du sphincter de l’anus.

Les faits et les considérations que j’ai à exposer dans ce paragraphe ne s’appliquent qu’à la chute du rectum, qui se produit à la suite d’une longue constipation et de la dysenterie, ou chez les enfants cachectiques. Je ferai abstraction de la chute du rectum produite par une cause chirurgicale.

Si l’on enfonce un doigt dans l’anus d’un sujet affecté de chute du rectum, on sent qu’il pénètre avec une grande facilité, et que le sphincter se laisse distendre, sans opposer la moindre résistance, à tel point que l’on peut introduire successivement dans l'anus l'épaisseur de trois ou quatre doigts, sans éprouver Ja moindre résistance. Le sphincter n’est pas paralysé dans ce eas, car on voit que le sujet peut le resserrer ; et puis, les selles seraient alors involontaires, ce qui n’a pas lieu, on le sait, dans la chute

(1) Duchenne (de Boulogne), Élect. loc. 1861, obs. CXCI, CXCIT. © (2) Id., loc. cit., 1861, obs. CLXXXIX.

(Oo) 2, loc" CIE, CDSEXE.

DUCHENNE. — 3€ édition, 59

du rectum. Quoi qu’il en soit, il semble que ce relâchement du sphincter de l’anus est produit par le défaut de puissance tonique de ce muscle.

Ce fait, que j'avais observé depuis longtemps, me porta à penser que cette atonie du sphincter de l’anus pouvait bien être la prineipale cause du prolapsus de la muqueuse rectale, détachée préalablement des autres tuniques du rectum (1).

Si mon opinion était fondée, la faradisation du sphincter de l'anus, pratiquée avec un courant à intermittences rapides, procédé qui, ainsi que je l’ai déjà dit et comme je le démonirerai encore par la suite, possède la propriété de rendre aux muscles la force tonique qu’ils ont perdue, et même de les contracturer au besoin, {a faradisation, dis-je, ainsi pratiquée devrait rendre au sphincter la force tonique nécessaire pour contenir la muqueuse rectale et empêcher son prolapsus.

La justesse de mes prévisions à été démontrée par l’expérimentation dans un cas de chute du rectum dont j'ai donné la relation dans la précédente édition (2).

En effet, dans celte chute du rectum, très-ancienne observée chez un sujet âgé de 35 ans, datant de l’enfance et aggravée par une dyssenterie, on constalait un relâchement considérable du sphincter de l’anus, qui, après la faradisation convenablement appliquée, se resserrait immédiatement, au point de permelire à peine à un seul doigt de pénétrer dans le rectum, tandis qu'auparavant quaire ou cinq doigts réunis y entraient facilement; puis à dater de ce moment, le rectum ne sortait plus au dehors, même lorsque le malade se livrait à de grands et longs efforts pour aller à la garde-robe, tandis qu'auparavant il lui suffisait de tousser pour que le prolapsus eût lieu.

On ne saurait méconnaitre, dans ce cas, la parfaite corrélation de ces phénomènes, savoir : d’une part, relâchement du sphincter et chute du rectum; de l’autre (après l'opération), constriction du sphineter et disparition du prolapsus.

En résumé, 1 me paraît ressortir de ce fait que l’atonie du sphincter de l’anus est la cause réelle du prolapsus du rectum, préalablement détaché des parties voisines, sous l'influence d'un état pathologique quelconque, et que l’on empêche ce prolapsus en rétablissant la tonicité du sphincter de l'anus.

Quelques mois après l’observation de ce fait, que j'avais com-

(1) Je sais que des anatomo-pathologistes, M. Cruveilhier entre autres, soutiennent que le sphincter nese détache pas dans la chute du rectum, et que ce professeur la considère comme uue véritable invagination du rectum, consécutive à un état pathologique observé quelquefois dans certaines constipations et dans les dyssenteries

prolongées, où chez des enfants cachectiques ou affaiblis par de longues maladies. (2) Duchenne (de Boulogne), Elect. loc., 1861, obs. GXCIIT.

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