PARALYSIES PARTIELLES DES MUSCLES MOTEURS DU PIED
Des paralysies partielles peuvent siéger dans les muscles moteurs du pied sur la jambe ou seulement dars les muscles moteurs des orteils.
Il importe de rappeler ici quelques principes généraux sur la physiologie musculaire de cette région, principes qui ressortent en grande partie de mes recherches électro-physiologiques et cliniques, et sans lesquels il est impossible de faire un pas dans la pathologie musculaire du pied (1).
Six muscles sont spécialement destinés à mouvoir le pied sur la jambe : ce sont le triceps sural (jumeaux et soléaire), le long péronier, le jambier antérieur, le long extenseur commun des orteils, le jambier postérieur et le court péronier latéral.
Les deux premiers produisent l’extension du pied, les deux suivants sa flexion, et les deux derniers ses mouvements latéraux, indépendants de la flexion et de l'extension.
11 n’existe pas de muscle qui exécute directement l'extension ou la flexion du pied, c’est-à-dire, sans le porter dans l’adduction ou l’'abduction et sans le renverser en dedans ou en dehors ; ces mouvements d'extension ou de flexion directes ne peuvent être obtenus que par des combinaisons musculaires. Ainsi les triceps sural est extenseur adducteur, et le long péronier extenseur abducteur; de leur action combinée résulte l’extension directe ; le jambier antérieur est fléchisseur adducteur, et le long extenseur des orteils fléchisseur abducteur ; en se contractant synergiquement, ces deux muscles fléchissent directement le pied.
Il serait rationnel de tirer la dénomination des muscles moteurs du pied de la fonction pour laquelle ils ont été créés. C'est cette dénominalion que j'avais antérieurement adoptée, afin de rendre plus simple et plus claire l’étude physiologique qui faisait l'objet de ces recherches; mais j'ai reconnu que c'était introduire la confusion dans le langage médical, et qu’en changeant les anciennes dénominations, je m'étais exposé à n'être pas compris par Ceux qui étaient familiarisés avec elles. Je laisse donc à l’avenir ou même
(1) Les résumés de mes recherches sur les mouvements du pied, qui seront exposés dans cet article, sous le titre de Faits physiologiques fondamentaux, sont extraits de mon Mémoire publié en 1856 sous le titre : Recherches électro-physiologiques et pathologiques sur les muscles qui meuvent le pied, et qui ont été reproduites dans mon Traité de la Physiologie des mouvements, etc. 1866,
à ceux qui sont chargés de l’enseignement le soin d’introduire dans cette partie du langage anatomique la réforme que je propose.
Outre ces mouvements du pied sur la jambe, ces muscles produisent encore individuellement un grand nombre de mouvements articulaires partiels. L'étude en a été trop négligée jusqu’à ce jour. Elle est d’un grand intérêt pratique; car, sans la notion de ces mouvements articulaires partiels, il est difficile, on peut même dire impossible de comprendre non-seulement le mécanisme des mouvements physiologiques du pied et de son attitude normale, mais aussi le mécanisme de ses mouvements pathologiques et de ses difformités consécutives à certaines lésions musculaires.
S E. — Paralysie ou atrophie du triceps sural (jumeaux et soléaire).
Ï. — FAITS PHYSIOLOGIQUES FONDAMENTAUX
L'étude physiologique du triceps sural est inséparable de celle dulong péronier. Aussi exposerai-je ici parallèlement le résumé de mes recherches électro-physiologiques sur ces deux muscles.
A.— Triceps sural.— Le triceps sural (jumeaux et soléaire) étend avec une grande puissance l’arrière-pied et la moitié externe de l’avant-pied; il n’exerce aucune action sur la moitié interne de ce dernier. Après avoir produit le maximum d’extension du pied, dans son articulation tibio-tarsienne, il lui imprime un mouvement de pivot sur l’axe de la jambe, de manière que sa pointe est portée en dedans et le talon en dehors; en même temps, il le fait tourner sur son axe antéro-postérieur en abaissant davantage son bord externe, tandis que son bord interne s'élève. Il en résulte que la plante du pied regarde en dedans.
On peut diviser en deux temps les mouvements articulaires qui ont lieu dans le tarse, sous l'influence du triceps sural, savoir : un premier temps pour le mouvement de l'articulation tibio-tarsienne, et un second temps pour celui de l’articulation calcanéo-astragalienne.
Dans le premier temps, le calcanéum, en s'étendant, fait mouvoir l’astragale dans sa mortaise, et entraîne puissamment, dans le mouvement d'extension qui en résulte, le cuboïde et les deux derniers métlatarsiens, comme s'ils ne formaient qu’un seul os avec lui, parce qu'il leur est uni, par le ligament calcanéocuboïdien inférieur, très-solidement et de telle sorte que ces os ne peuvent se mouvoir de bas en haut que dans une étendue trèslimitée. Mais, comme 1l n'existe pas à la face plantaire de ligament qui, pendant l'extension de l’arrière-pied, empêche la partie interne de l’avant-pied de remonter, si une force agit sur elle en