ART. IV, $ I. — PARALYSIE DU TRICEPS SURAL
abaissée que la tête du dernier métatarsien, et l’avant-pied regarde en dehors; c’est un talus pied creux tordu en dehors. Tout talus est valgus. On comprend que cela doit être, puisque Île triceps sural étant adducteur, ainsi que je l’ai démontré expérimentalement et comme Delpech l'avait établi d’ailleurs bien antérieurement, d’après l'observation pathologique, la paralysie ou l’atrophie de ce muscle donne nécessairement une prédominance d'action aux forces toniques qui tendent à placer l’arrière-pied dans l’abduction. |
Le mouvement qui produit le talus se passe, comme je l’ai montré, dans l'articulation tibio-tarsienne, de sorte que lorsque le talus est à la dernière période, l’astragale a exécuté son maximum de flexion. À ce moment, l'articulation tibio-tarsienne est condamnée à l’inaction ; mais le sujet y supplée alors en meltant instinclivement en mouvement son articulation calcanéo-astragalienne à l’aide du muscle qui produit la flexion abductrice, avec son long extenseur des orteils. (Je démontrerai par la suite que le mouvement d’abduction qui se passe dans l'articulation calcanéo-astragalienne élève aussi la pointe du pied. Ce mouvement de flexion abductrice est d'autant plus grand, plus exagéré, que le talus est plus avancé. Les figures 103 et 104, p. 424, en donnent une idée.)
Les déformations articulaires produites par le talus pied creux sont d’autant plus grandes, qu’il est arrivé à un plus haut degré. Le mouvement de flexion supplémentaire incessamment répété par le long extenseur des orteils use à la longue les surfaces articulaires, qui frottent alors l’une contre l’autre, c’est-à-dire que Île bord antérieur de la facette articulaire postérieure de l’astragale creuse, en s’usant lui-même, la fosselte triangulaire qui termine en dehors le silion interosseux situé à la face supérieure du calcanéum. On peut voir dans la figure lithographiée, pl. 1, p. 402, qui représente sur un membre disséqué un talus pied creux tordu en dedans, consécutif à Patrophie du triceps sural et du long péronier latéral, combien cette fossette triangulaire a été creusée par la facette artieulaire postérieure de l’astragale, qui elle-même a été usée en grande partie en dehors et en avant par ces frottements continuels. Les déformations articulaires produites par l'inflexion de l’avant-pied sur l’arrière-pied ne sont pas moins considérables. Elles siégent principalement dans l’articulation médio-tarsienne. Les surfaces articulaires qui se subluxent, pour ainsi dire, y sont usées dans le sens de cette inflexion, et les ligaments correspondants à l’angle médio-tarsien se rétractent à la face plantaire, tandis qu’ils sont allongés sur le dos du pied. Ces déformations, que l'on rencontre dans toutes les espèces de pieds creux, ont été parfaitement décrites par M. Bouvier à l’occasion du pied creux que l’on observe
dans le deuxième et le troisième degrés du varus équin (1). J'y renvoie le lecteur.
Après avoir lu la description des désordres occasionnés par la paralysie ou par l’atrophie du triceps sural dans les mouvements et dans la conformation du pied, il semble qu’on ne saurait méconnaître cette paralysie; malheureusement il n’en est pas toujours ainsi, car j'ai vu commettre à ce sujel les plus graves erreurs, au début et dans les premiers mois de celte paralysie. À ce moment, la paralysie occasionne peu de troubles dans la marche et dans la forme du pied; on remarque seulement une légère claudication; si alors on ne songe pas à examiner les mouvements partiels du pied sur la jambe, la paralysie, cause unique de la claudication, échappe à l'observateur, et l’on fait, à l'occasion de cette claudication, des diagnostics impossibles. J'ai vu, en effet, dans ces cas, attribuer la claudication à une altération de l'articulation coxofémorale. C’est seulement à la longue, et quand il n’est plus temps, que l’on reconnaît, à la déformation du pied et aux désordres de ses mouvements, l’existence d’une paralysie locale.
S IH. — Paralysie du long péronier.
La paralysie du long péronier a été méconnue jusqu'à ce jour : c’est que, pour la diagnostiquer ou pour la décrire, il fallait avant tout connaître exactement l’action propre et le rôle important qu'il est appelé à remplir dans la station, dans la marche et dans la conformation du pied. Je puis dire, sans exagération, que tout cela était entièrement ignoré avant mes recherches électro-physiologiques.
J'ai rencontré cette paralysie chez des individus dont les pieds élaient restés longtemps dans l’eau très-froide ; la contractilité électro-musculaire y était intacte, on pouvait donc la croire rhumatismale. Plusieurs fois elle est survenue à la suite d’un coup reçu sur le côté externe de la jambe. Mais ordinairement elle s’élait monirée, sans d’autres causes apparentes qu’une grande fatigue, après une longue marche ou une station trop prolongée, chez des sujets dont la voûte plantaire était peu développée.
Je regrette d’avoir à faire le sacrifice de ces observations importantes, à cause du défaut d'espace. Je ne relaterai que celles qui offrent un double intérêt au point de vue du traitement et de la genêse du pied plat.
J. — FAITS PHYSIOLOGIQUES FONDAMENTAUX
J'ai déjà exposé sommairement, dans le paragraphe précédent,
(1) Bouvier, Lecons cliniques sur les maladies chroniques de l'appareil locomoteur, 1858, p. 184.
l’action propre du long péronier, et le mécanisme de cette . action, comme moteur des articulations tibio-astragaliennes, calcanéo-astragaliennes, et d’une série de pelites articulations du bord interne de l’avant-pied. Voici maintenant, en résumé et au point de vue des fonctions que le long péronier latéral est appelé à remplir, le fait principal qui découle de mes recherches électro-physiologiques.
La voûte plantaire est la base de sustentation du membre inférieur ; le pilier postérieur de cette voûte est constitué par la tubérosilé calcanéenne (éalon postérieur) et son pilier antérieur, principalement par la tête du premier métatarsien (éalon antérieur). Le long péronier est le seul muscle qui maintienne solidement abaissés la tête du premier métatarsien et les autres os (le premier cunéiforme et le scaphoïde) qui concourent à former la moitié antérieure de la voûte plantaire, dont il est le ligament actif.
Lorsque le pied est posé à plat sur le sol, le corps repose sur les deux piliers de la voûte plantaire; mais dans la station sur la pointe du pied, dans le saut, etc., le pilier antérieur supporte seul le poids du corps.