‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 38 sur 400 · VI. — Excitabilité des nerfs et des muscles · texte numérisé non relu

VI. — Excitabilité des nerfs et des muscles

La faradisation d’un nerf mixte ou d’un muscle produit toujours, à l’état normal, une contraction et une sensation. Il importe surtout à celui qui veut étudier l’art de la faradisalion localisée, afin de l’appliquer à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique, de bien connaître le degré d’excitabilité du nerf ou du musele sur lequel il dirige le stimulant électrique. En elfet, si tous les organes jouissaient du même degré d’excitabilité, la pratique de cette méthode de faradisation serait plus facile. Connaissant quelle est l’épaisseur des tissus à traverser et le degré de résistance qu’ils doivent opposer au courant, dans quelles conditions de sécheresse ou d’humidité doit se trouver la peau, enfin quelle doit être la forme des rhéophores, on obtiendrait alors sans peine des excilations électriques superficielles ou profondes; 1l suffirait de bien posséder son anatomie, surtout celle des surfaces, de connaîtreles points d’immersion ou d’éinergence des nerfs musculaires, au niveau desquels doivent être placés les rhéophores ou dont ils doivent être éloignés, soit pour agir directement sur chacun des muscles, soit pourles stimuler indirectement, au moyen de leurs nerfs principaux. Mais il n’en est malheureusement pas ainsi, car chaque organe, chaque muscle, chaque nerf possède son degré d’excitabilité de la contractilité et de la sensibilité électriques. ù

Jserait inopportum d’entrer actuellement dans de longs développements sur ce sujet; cependant il importe de signaler certains phénomènes dont l'ignorance pourrait être la cause non-seulement de nombreuses déceptions, mais même d’accidents quelquefois graves.

A. Excitabilité de la motricité des nerfs et de la contractiité des muscles. — La motricité (1) de la branche externe du nerf spinal (nerf respirateur de Bell) est des plus excitables. En conséquence, les muscles ou les portions de muscles qu’elle anime doivent entrer en contraction sous l'influence de la plus faible excitation électrique. En voici la démonstration. Le muscle sterno-éléido-mastoïdien, dans sa moitié inférieure, et le muscle trapèze, dans sa portion moyenne et inférieure, sont assez peu excitables. Mais si l’on dirige sur la moitié supérieure du muscle sterno-cléido-mastoïdien, ou sur le bord externe de la moitié supérieure (la portion claviculaire) du trapèze, un courant trop faible même pour déve-

(1) Faculté que possède un nerf excité artificiellement de provoquer des contractions musculaires,

lopper un commencement de contraction dans les autres parties de ces muscles, on voit, du côté excité, la tête s’incliner, ou l’épaule se soulever par un mouvement brusque et violent. Sr le rhéophore est placé sur le sommet du triangle sus-claviculaire, les mêmes mouvements se manifestent énergiquement par la contraction simultanée de la partie supérieure du trapèze et du sterno-cléidomastoïdien (1). Il me paraît ressortir de cette expérience que cette extrême excitabilité, qui n'existe que dans ces points limités du muscle trapèze et du sterno-mastoïdien, est due à la présence de la branche externe du spinal.

Je vais montrer à quels dangers le sujet se trouve exposé pendant la faradisation, si l’opéreteur n'a pas connaissance de l'important phénomène électro-physiologique que je viens de signaler. Au commencement de mes recherches, je n'avais pas trouié dans les auteurs les lumières qui auraient pu me mettre en garde contre les trop nombreux malheurs que j'ai eu à déplorer. Voici, entre autres, un accident qui m'est arrivé en faradisant le muscle trapèze, dans un cas de paralysie du membre supérieur. Je dirigeais un courant assez intense sur la moitié supérieure du trapèze, lorsque, passant subitement au bord externe €e ce muscle, je plaçai un rhéophore sur le sommet du triangle sus-claviculaire, de manière à toucher en même temps une portion de la moitié supérieure au muscle sterno-cléido-mastcidien. La tête exécuta alors un mouvement de latéralité et d’inclinaison tellement brusque, que le malade sentit un craquement et une douleur très-vive dans le cou. Il éprouva de plus des étourdissements et des fourmillements dans les extrémités, et dut être saigné immédiatement. Si l’appareil avait été gradué à son maximum, cet accident ne pouvait-il pas être d’ure extrême gravité? Ce fait me révéla la grande excitabilité du nerf respirateur de Ch. Bell, mais cette découverte, on le voit, faillit me coûter bien chérie

B. £'xcitabilité de la sensibilité des muscles. — W importe beaucoup moins à l’optrateur, surtout lorsqu'il applique la faradisation mus-

(1) On sait que la branche externe du spinal se distribue à la moitié supérieure du sterno-cléido-mastoïdien et à la moitié supérieure du trapèze, surtout à son bord externe.

(2) Remak a critiqué cette expérience, qui démontre la grande excitabilité du nerf respirateur de Bell, en faisant et en commentant les expériences suivantes. Il a placé un rhéophore humide à l'extrémité occipitale du trapèze, et un autre à l’épine de l’omoplate, selon la direction des fibres musculaires, et a fait passer un courant d’induction modéré. Il n’a obtenu alors que de faibles contractions. — Dans une autre expérience, il a laissé l’un des rhéophores en place (ou à la nuque, ou à l’épine de l’omoplate), et a posé le second sur le bord du trapèze, au niveau du point d’entrée du nerf accessoire de Willis, et il a produit avec le même courant l’inclinaison de la tête et l’élévarion de l'épaule. — Il à fait des expériences analogues sur le biceps brachial, et il a obtenu des résultats semblables, c’est-à-dire une contraction en masse de ce muscle par l'excitation du ncrf musculaire, et de très-faibles contrac-

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