ART. IN, $ III. — FARADISATION MUSCULAIRE
culaire à la thérapeutique, de connaître le degré d’excitabilité de la motricité des nerfs ou de la contractilité électrique des muscles que de savoir quel est le degré de sensibilité développée par la faradisalion de ces nerfs ou de ces muscles. C'est, en effet, l’exagération de la sensibilité dans certaines régions, ou chez certains sujets, qui rend quelquefois la faradisation musculaire impraticable, Lorsque, par la suite, j'exposerai les résultats de la faradisation appliquée au traitement de certaines paralysies, on verra combien, dans certaines circonstances, l’exaltation de cette sensibilité électro-musculaire peut rendre la faradisation localisée dangereuse. C’est donc principalement sur la connaissance du degré d’excitabilité de la sensibilité électro-musculaire que repose l’art de la faradisation musculaire localisée, appliquée à la thérapeutique. Bien que les différences individuelles soient plus grandes à cet égard que pour l’excitabilité de la contractilité électro-musculaire, Je suis convaincu que l’on peut trouver une moyenne qui servira de règle générale, comme il existe une moyenne pour l’art de doser les médicaments.
Sans entrer dans les détails des recherches que j'ai faites sur ce sujet intéressant, je crois utile d'exposer, sur l’excitabilité
tions en plaçant les rhéophores aux extrémités des muscles. La seule conclusion rationnelle que l’on pourrait peut-être tirer de ces expériences, c’est que l'excitation du nerf musculaire fait contracter toutes les fibres auxquelles il se dis:ribue (de là un mouvement considérable), tandis que la faradisation des parties musculaires éloignées des lieux d’émergence et d'immersion du nerf musculaire ne fait contracter que le point des fibres musculaires en rapport avec les rhéophores, et cela d’autant moins profondément, que la tension du Courant est plus faible, d’où résulte un mouvement limité et faible, Que l’on agisse alternativement à nu sur un muscle et sur son nerf, et l’on verra que cette conclusion est parfaitement exacte. Il n’est donc pas Surprenant que la faradisation musculaire directe produise moins de mouvements que la faradisation indirecte, puisqu’alors une quantité infiniment moins grande de fibres musculaires entrent en contraction. De plus , dans l'expérience de Remak, les rhéophores étaient placés aux extrémités du muscle (sur l’extrémité occipitale du trapèze et à l’épine de l’omoplate ; de même aussi pour le biceps), c’est-à-dire sur des points en grande partie aponévroliques ou tendineux, de sorte que la contraction à été d'autant plus faible, que très-peu de fibres musculaires se trouvaient en rapport avec les rhéophores, Si Remak avait mis son rhéophore en plein sur Ja fibre musculaire, par exemple, un peu au-dessus de la partie moyenne du bord du W'apèze, j'affirme qu'il aurait produit une contraction prononcée de la portion claviculaire du trapèze, ce qu'il ne pouvait obtenir évidemment quand les rhéophores étaient posés sur ses extrémités aponévrotiques.
On comprend combien il est difficile de déduire Ja moindre conclusion rigoureuse d'expériences aussi mal faites. Eh bien ! on va voir, à la manière dont Remak les a interprétées combien a brillé son imagination. D'abord il ne voyait pas que Ja différence des mouvements obtenus dans ces diverses expériences tenait à ce que, dans un cas, l'excitation du nerf musculaire faisait contracter la somme des fibres auxquelles il se ramifiait, tandis que dans l’aure une petite quantité de fibres, c’est à-dire celles qui, dans le voisinage des fibres aponéyrotiques terminales se trouvent au-dessous des rhéophores humides, entraient en contraction, Tout le monde aurait conclu de ceite dernière expérience que les fibres aponévrotiques ou tendineuses ne sent pas irritab'es ; mais Remak, prenant ces fibres aponévrotiques pour des fibres musculaires, tire de ces expériences cette déduction contre l’irritabi-
te CHAP. II. — ÉLECTRISATION LOCALISÉE.
de la sensibilité de chacun des muscles, quelques généralités qui pourront guider l’opérateur dans la faradisation musculaire di-
rectes
L'excitabilité de la sensibilité électrique est très-vive dans les muscles de la face; elle est due à la cinquième paire qui leur envoie des filets. Dans la faradisation des muscles de la face, on doit toujours éviter de placer les rhéophores sur les points correspondants aux nerfs sous-orbitaire ou mentonnier. Il résulterait de l'excitation de ces branches nerveuses une douleur très-aiguëé, qui retentirait au loin, dans les dents incisives et quelquefois dans Île fond de l'orbite.
L'excilation des nerfs frontaux fournis par l’ophthalmique de Willis produit des douleurs qui rayonnent dans la tête; c'est pourquoi la faradisation directe du muscle frontal, qui est croisé par ces filets nerveux, est très-douloureuse. La sensibilité des muscles orbiculaires des paupières, pinnal radié et pinnal transverse (1), élévateur commun delaile du nez et de la lèvre supérieure, carré du menton, de la houppe du menton, orbiculaire des lèvres et triangulaire des lèvres, est la plus excitable. L'ordre dans lequel je les ai énumérés indique leur degré de sensibilité relative. Viennent en-
lité hallérienne : « Ce qui nous frappe le plus (dit-il), c'est que ces expériences pourront, outre leur signification pratique (cette signification pratique, c'était que, selon Remak, il ne fallait plus diriger le courant électrique que sur le nerf musculaire, à son point d’émergence ou d'immersion, précepte rétrograde, comme je lai démontré), contribuer éncore essentiellement à la solution de la question, respectable par son âge, de ladite irritabilité ! » La solution dont veut parler Remak, c’est le renversement dé cette doctrine. Un peu plus haut, en effet, soulevant mal à propos la question de doctrine de l’irritabilité, il avait dit : « Il me faut à peine exposer combien ces expériences physiologiques justifient peu la prétendue doctrine de lirritabilité hallérienne. »
Si Remak n’a que des arguments de cette force à opposer à l’irritabilité hallérienue, cette doctrine n’a certes tien à craindre de ses attaques. Ce physiologiste micrographe devait savoir mieux que personne qu’une telle question ne peut être étudiée expérimentalement qu’en plaçant sur le microscope la fibre musculaire séparée de tout élément nerveux anatomique, et en la soumettant à une excitation, par exemple à celle d’un courant galvanique ou d’induction. Or, c’est justement ce qui a été fait par M. Lebert, en 1842, sur la fibre musculaire des insectes, et, plus tard, sur la fibre musculaire des lapins et des chiens ; c’est ce qui à été constaté des centaines de fois par un grand nombre d’observateurs ; ce que M. Ch. Robin, enfin, enseigne journellement et montre dans ses excellentes 1éçons. — Si, par hasard, quelqu'un se refusait à voir ce qui a été constaté par tout le monde, je lui demanderais s’il ne connaît pas les belles recherches de MM. CI. Bernard (a) et Külliker sur l’action du curare, qui abolit immédiatement l’excitabilité des nerfs et de la moelle, et laisse intacte l'irritabilité de la fibre musculaire. Cette action spéciale du toxique indien suffirait, à défaut des expériences précédentes, pour démontrer la vérité de la doctrine de l’irritabilité hallérienne. Ajoutons à tous les faits précédents, ceux qui ressortent des recherches de M. Longet et de l’observation pathologique journalière, et nous aurons un ensemble de preuves capables de convaincre les esprits les plus rebelles.
(1) Myrtiforme des auteurs.
(a) CI. Bernard, Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses. Paris, 1857.
ARTHIE, S Jill, — FARADISATION MUSCULAIRE. 79
suite Le grand et le petit zygomatiques, le masséter et le buccinateur dont la sensibilité est comparalivement peu excitable, (Je faradise rarement le canin, dans la crainte de porter l’excitation dans le nerf sous-orbitaire.)
Au cou, la sensibilité du peaucier est aussi excitable que celle de la moitié supérieure du sterno-mastoïdien et que celle du bord externe de la moitié supérieure du trapèze (1). Les autres muscles du cou sont beaucoup moins sensibles que les précédents.
Le grand pectoral et les muscles de la fosse sous-épineuse sont assez sensibles à l’excitation électrique ; le deltoïde et les muscles du bras le sont un peu moins. Les muscles de la région antibrachiale antérieure sont beaucoup plus sensibles que ceux de la région antibrachiale postérieure.
Les muscles long dorsal et sacro-lombaire sont très-peu sensibles,
Les muscles fessiers et tenseur aponévrotique (2) sont très-sensibles à l'excitation électrique, comparativement aux muscles des régions externe et postérieure de la cuisse : ceux de la région crurale interne sont plus sensibles que ceux de la région crurale externe,
Les muscles de la région postérieure de la jambe sont très-peu sensibles, comparativement aux muscles de la région jambière antérieure et externe.
I est possible de traduire par des chiffres le degré d’excitabilité de la sensibilité de chacun des muscles et des nerfs mixtes (ces recherches seront le sujet d’un travail spécial). Je suis tellement familiarisé avec la pratique de la faradisalion localisée, que je puis, à l’aide de mes nouveaux appareils ou de ceux qui ont été construits d’après les mêmes principes, administrer à chacun des muscles ou des nerfs la dose d'électricité nécessaire à la production d’une contraction musculaire énergique, et cela sans développer une grande douleur. Il faudrait une longue étude de la faradisation pour atteindre ce degré d’assurance, qui heureusement ne me paraît pas absolument nécessaire à la pratique.
Il est bien certain, comme je l’ai démontré, qu’un rhéophore suffisamment humide, et en contact parfait avec la peau, ne donne lieu qu'à des sensalions purement musculaires, à moins qu’il ne soit placé sur le trajet d’un nerf cutané. Mais on ne doit point oublier qu'au moment où il est appliqué sur la peau et avant que le contact avec celle-ci en soit parfaitement établi, une sensation cutanée se
(1) L’extrème excitabilité du premier me fait présumer que ce muscle reçoit l’influence de la branche externe du spinal,
(2) De tous les muscles des membres pelviens le tenseur aponévrotique est le plus sensible à l'excitation électrique,
mêle à la sensation musculaire. Il en résulte que la faradisation musculaire, surtout celle qui est pratiquée avec des intermiltences rapides, est beaucoup plus douloureuse au moment où le rhéophore est mis en contact avec la peau. Voici comment il faut alors procéder afin d'éviter au malade cette sensation mixte, très-douloureuse. Avant de poser les rhéophores sur la peau, on les rapproche l’un de l’autre de manière à les mettre en rapport et à neutraliser ainsi les courants. Lorsqu'ils ont été mis en contact parfait avec la peau sur laquelle ils appuient légèrement, on les éloigne un peu l’un de l’autre, de telle sorte que la recomposition électrique se fasse dans le muscle à exciter. J'emploie assez souvent un autre procédé tout aussi simple, qui consiste à ne faire arriver le courant (au moyen d’une pédale qui sera décrite par la suite), que lorsque les rhéophores ont été placés sur la peau au niveau du muscle à exciter.
C. Des points d'élection dans la pratique de la faradsation musculaire localisée. — Les préceptes généraux que j'ai exposés sont parfaitement clairs. Les principaux en peuvent être résumés de la manière suivante : lorsque l'excitation électrique est localisée dans les troncs nerveux ou dans les nerfs musculaires qui en émanent, c’est la faradisation musculaire indirecte; cette excitation électrique est-elle dirigée sur le tissu musculaire, c’est la faradisation musculaire directe.
a. Mais si le précepte est clair, l'exécution n’en est pas toujours facile, surtout lorsqu'il s’agit de faire contracter individuellement les muscles ou les faisceaux musculaires, dans un butélectro-physiologique.
Les trones nerveux des membres sont très-accessibles, pour la plupart, aux rhéophores, parce qu'ils présentent presque tous un point de leur continuité, placé immédiatement sous la peau. Mais il n'en est pas de même, on le conçoit, des nerfs musculaires. Quelques-uns d’entre eux, il est vrai, peuvent être atteints dans les points éloignés des muscles auxquels ils se distribuent : ainsi, par exemple, le nerf phrénique, au-devant du scalène antérieur; le nerf du grand dentelé, au-dessus de la clavicule, et cela près de leur point d’émer- “ence., Quant aux autres nerfs musculaires (ceux des membres), on ne peut arriver jusqu’à leur point d'émergence ou d'immersion, sans agir en même temps sur une partie du tissu des muscles, derrière la face profonde desquels ils sont cachés; ce qui n'empêche pas cependant de faire pénétrer le courant jusqu’à eux, lorsqu'il est indiqué de le faire.
La connaissance exacte des points d’émergence et d'immersion des nerfs musculaires est absolument nécessaire, si l’on veut étudier l'action propre et l’état des propriétés des muscles ou de leurs faisceaux qui, au point de vue physiologique, constituent eux-mêmes