ART, IV, S I1.— PATHOG. ET PROTHÈSE DES COURB, DU RACHIS
trême des parois abdominales occasionne d’autres désordres fonctionnels que j'ai exposés précédemment.
Est-il besoin de faire ressortir le côté pratique de cetie étude? Aujourd’hui que le mécanisme de la formation de la courbure lombosacrée est éclairé par mes recherches électro-physiologiques, tout le monde ne doit-il pas entrevoir le moyen de la modérer ou de la développer à volonté, en augmentant ou en diminuant la force des fléchisseurs du tronc (les muscles de l’abdomen) relativement à celle de ses extenseurs (les spinaux lombaires)?
J'ai remarqué que l’ensellure physiologique apparaît dès la première enfance. Les petites filles qui présentent cette conformation héréditaire ont en général des formes gracieuses qui contrastent avec la roideur des contours, des lignes du corps, dans la conformation contraire; leurs attaches sont fines; leurs pieds sont bien cambrés et petits ainsi que leurs mains, J'ai fait ressortir les caractères ethnologiques et les avantages de cette conformation, au point de vue esthétique, et ses inconvénients, lorsqu’arrive l’époque de la maternité.
En effet à leur courbure lombo-sacrée très-prononcée correspond un développement proportionnel du ventre, qu’elles conservent pendant toute leur jeunesse, avec l’harmonie générale et la grâce de leurs formes; mais lorsqu’est arrivée pour elles l’époque de la maternilé, les parois abdominales restent en général flasques, après le premier ou le second enfant, et elles se flétrissent. Ajoutez à cela qu’en raison du peu de résistance de leurs muscles abdominaux les intestins qui ne sont plus suffisamment contenus se dilatent d’une manière exagérée et donnent au venire un développement plus considérable. Pour comble de malheur, une obésité précoce vient en général s’ajouter à ces déformations, et alors se perdent l’harmonie et lagrâce de leurs formes. Enfin avec l’âge, arrivent les infirmités qui, chez la femme, sont inhérentes à l’ensellure physiologique et que j'ai exposées sommairement ci-dessus.
En présence de ces déformations qui font le désespoir des femmes, et connaissant depuis longtemps leur cause originelle (la fai. blesse nalive des muscles abdominaux), l’idée m'est venue d’essayer à temps (vers l’âge de 8 à 10 ans) de soutenir la paroi abdominale, en la comprimant légèrement à l’aide d’une ceinture que j'appelle corset prothétique de l'abdomen (fig. 248) et qui fait corps avec le corsel ordinaire que l’on fait porter à cet âge. C’est en somme un long corset dont la partie antérieure recouvre tout le ventre, sans occasionner toutefois de la gêne dans la station assise, et présente une laçure partant de la taille jusqu’à son bord inférieur. Cette laçure à l'avantage de pouvoir serrer à volonté le ventre, indépendamment de la poitrine et vice versa et de permettre au besoin de
le comprimer de bas en haut, Ce corset abdominal peut être indépendant du corset ordinaire, auquel il s’attache à volonté à l’aide de boutonnières. |
. Depuis plusieurs années (dix ans environ) j'expérimente l’application de ce corset abdominal, chez les jeunes filles dont la cambrure lombaire est trèsprononcée. Je ne saurais encore en préciser les résultats, après aussi peu de temps d’expérimentation; mais rationnellement il doit prévenir l’affaiblissement des muscles abdominaux, en empêchant par une distension continue, surtout pendant l'attitude verticale du tronc. Ce qui est positif, c’est qu'il aplatit le ventre et modère notablement la courbure lombo-sacrée des jeunes filles. Il peut aussi remplacer avantageusement, chez les femmes, les auires ceintures du venire.
II, — Lordose pathologique. — 11 existe deux espèces de lordose pathologigue que j'ai appelées l’une lordose paralytique des spinaux lombaires, l'autre lordose paralytique des muscles abdominaux. Voici succinctement leurs principaux caractères et leurs signes diagnostiques différentiels.
A. — Lordose paralytique des spinaux lombaires. — Dans l’atrophie musculaire progressive, les faisceaux spinaux lombaires sont atrophiés beaucoup plus fréquemment que ceux de labdomen. Lorsque je les ai vus lésés de chaque côté, dans leur nutrition ou leur motilité, le tronc s’est renversé directement en arrière, pendant la station debout, en raison directe du degré de l’affaiblissement de ces muscles. Alors un fil à plomb tombant de l’extrémité des apophyses épineuses dorsales les plus saillantes passait en arrière et à une distance plus ou moins grande du sacrum, tandis qu’à l’état normal il doit, en général, être très-rapproché de cet os, sinon le toucher.
J'ai constaté, entre autres, chez un sujet atrophique dont j'ai publié l'observation dans les précédentes éditions (1), que cette li-
(*) Cette figure représente la face antérieure de mon corset à forces élastiques, vu de dos dans la figure 249,
(1) Loc. cit.
Fig. 248, — Corset prothétique de l’abdomen (*).
RT, IV, S II, — PATHOG. ET PROTHÈSE DES COURB. DU RACHIS. 1085 gne verticale passait 45 à 16 centimètres en arrière du sacrum (voy. fig. 116, p. 498). Cette observation a démontré que, dans la station debout, la portion lombaire de la colonne vertébrale a une telle tendance à être incessamment entraînée dans la flexion en avant, parle poids des viscères thoraciques et abdominaux, que le sujet dont les extenseurs des vertèbres lombaires sont paralysés, est forcé de rejeter son tronc en arrière, jusqu’à ce que son poids le maintienne en équilibre dans cette attitude, et ne soit plus supporté que par les muscles abdominaux. Pour obtenir ce résultat, la ligne de gravité du tronc doit être tellement reculée, qu’elle tomberait en arrière de la base de sustentation’et qu’une chute du corps en arrière serait inévitable, si elle n’était ramenée dans cette base de sustentation. C’est ce qu'a fait instinctivement notre malade, en fléchissant très-fortement ses jambes sur ses pieds et ses cuisses sur ses jambes,
Le retour progressif de la nutrition et de la force dans les muscles extenseurs des vertèbres lombaires et des dernières dorsales, obtenu, chez ce sujet, à l’aide de la faradisation localisée, m’a fourni l’occasion d’apprécier l’importance du rôle qui, dans la station, est rempli par les muscles fléchisseurs du tronc.
Lorsque, dans la région lombaire, les gouttières vertébrales qui avaient été creusées par l’atrophie de ses muscles spinaux commencèrent à se remplir, je fus frappé d’un redressement très-apprécia-, ble de sa colonne vertébrale, La ligne verticale qui, pendant la station debout, partant des apophyses épineuses dorsales les plus saillantes, passait, avant le traitement, 15 à 16 centimètres en arrière du sacrum, ne s’en trouvait éloignée que de 8 à 9 centimètres. Le malade, qui était forcé de laisser pendre ses bras en arrière du tronc, afin de conserver son équilibre, et qui ne pouvait les porter un peu en avant, sans que son tronc fût entrainé dans la flexion, les croisait sur sa poitrine (c’est alors que j’en ai pris la photographie, d’après laquelle la figure 116 a été dessinée). À partir de ce moment, son tronc s’est redressé, et ses bras purent être portés de plus en plus en avant, sans l’entraîner dans la flexion. Enfin le tronc reprit son attitude naturelle, lorsque le malade put se pencher en avant sans tomber.
Les phénomènes que je viens d’exposer sont faciles à interpréter. Lorsque le malade avait perdu l’action de ses spinaux lombodorsaux, ses muscles de l’abdomen remplissaient le rôle principal dans la station debout, ils supportaient l'effort de la pesanteur du tronc rejeté en arrière. Mais dès que la force de ses spinaux a commencé à reparaître, ils ont concouru faiblement, il est vrai, avec ses muscles abdominaux, à maintenir la rectitude du tronc, et ils ont pris une part d'autant plus grande à la station, que leur force s'est accrue davantage. -
Je puis appuyer ces faits sur un grand nombre d'observations, desquelles il résulte que le renversement du tronc, pendant la station debout, est toujours en raison directe de la faiblesse des extenseurs des vertèbres lombaires et des dernières dorsales.
B. — Zordose paralytique des muscles abdominaux. — I n'est cerlainement pas besoin de l'observation clinique pour démontrer que les extenseurs des vertèbres lombaires et les dernières dorsales jouent le rôle le plus important dans la station. Mais il importe de rechercher si, à l’état normal, ces muscles peuvent se passer du concours des fléchisseurs du tronc ; c’est un point que l'observation clinique pouvait seule éclairer.
En voici la preuve. J’ai vu se produire à des degrés divers, des phénomènes analogues à ceux présentés dans la figure 117 et qui était un exemple et le type d’un genre de déformalion du rachis, dont le mécanisme avait été méconnu jusqu'alors.
Lorsque j'ai vu pour la première fois la femme qui offrait cette déformation dutronc, son ensellure ou lordose était arrivée au plus haut degré, comme on le voit dans la figure 117, qui a été dessinée d’après nature. La courbe en élait formée par le bassin, qui était fortement incliné sur les cuisses, et par les vertèbres lombaires et les dernières dorsales. Un fil à plomb, appliqué contre Îles apophyses dorsales, situées sur le plan le plus postérieur, tombait à peu près sur la partie moyenne du sacrum. Cette lordose avait un grande ressemblance avec celle que l’on observe dans la luxation coxo-fémorale double. :
Au premier abord, je l’avoue, je croyais que cette malade était atteinte de cette lésion articulaire; mais jen trouvai bientôt Îles signes négatifs. En effet, après avoir fait disparaître son ensellure et ayant même produit une courbure lombaire à convexité postérieure, en Ja faisant coucher à plat-ventre sur un plan convexe, j'ai pu produire mécaniquement l'extension complète de ses fémurs sur le bassin, el constater que les mouvements de ses articulations coxo-fémorales étaient parfaitement libres, dans tous les sens. D'ailleurs elle n'avait jamais éprouvé les douleurs symptomatiques de la coxalgie. J'ai donc cherché ailleurs la cause de sa lordose, et voici ce que j'ai observé. Placée dans le décubitus dorsal, sur un plan un peu oblique, de manière que sa poitrine se trouvât plus élevée que son bassin, elle ne pouvait se redresser sur son séant, sans s’aider de ses membres supérieurs, lors même que je maintenais ses cuisses fixement, en appuyant sur elles. Ses psoas et ses iliagues n'étaient pas paralysés, car, debout ou couchée, elle pouvait fléchir ses cuisses sur son bassin. Je dois ajouter qu’elle avait conservé aussi ses mouvements exlenseurs de la cuisse sur Île bassin. 11 fallait donc reconnaître que ses muscles abdominaux