‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 389 sur 400 · ART, IV, S 11. — PATHOG. ET PROTHÈSE DES COURB. DU RACHIS · texte numérisé non relu

ART, IV, S 11. — PATHOG. ET PROTHÈSE DES COURB. DU RACHIS

avaient perdu leur action et que c'était pour cette seule raison qu’elle ne pouvait se redresser, lorsqu'elle était dans le décubitus dorsal. D'ailleurs on ne sentait pas ces muscles se contracter, pendant les efforts qu’elle faisait alors.

En somme, la lordose considérable qui, chez cette femme, se produisait pendant la station debout, ne pouvait être attribuée qu’à la paralysie de ses muscles abdominaux. |

Voici le mécanisme de cette espèce de lordose consécutive à la paralysie ou à l’atrophie des fléchisseurs des vertèbres lombaires (des muscles de l'abdomen). Lorsque, pendant la stalion debout, la malade se renversait un peu en arrière, elle ne pouvait retenir Son tronc, ni l'empêcher de tomber dans cette direction. Or, afin d'éviter alors une chute, elle fléchissait instinctivement son bassin sur ses cuisses, afin de faire porter toute la charge du tronc parles extenseurs de ses vertèbres lombaires (spinaux lombaires); mais la ligne de gravité du tronc devant être ramenée dans ia base de sustentation, elle redressait la portion dorsale de sa colonne vertébrocrânienne, en contractant très-énergiquement les extenseurs de ses vertèbres lombaires ; de là cette enseilure considérable que l’on voit dans la figure 117. On pourrait appeler cette difformité /ordose paralytique des muscles de l'abdomen, par opposition à une autre espèce de lordose, ci-dessus décrite (voy. fig. 116), que l’on pourrait désigner sous le nom de lordose paralytique des spinaux lombaires.

En somme, voici les principaux signes qui différencient les deux espèces de lordose dont il vient d’être question, lorsqu’elles sont arrivées à leur plus haut degré de développement.

Dans la lordose paralytique des faisceaux spinaux lombaires, les vertèbres lombaires présentent une flexion brusque, une sorte d'angle arrondi, au-dessus duquel le rachis forme une ligne presque droite, fortement inclinée en arrière ; la ligne de gravité du tronc passe très en arrière du promontoire; il n’y a pas d’ensellure pro prement dite ; le bassin est dans une extension extrême sur les fémurs ; le ventre est plat et les fesses sont effacées (voy. tig. 416).

Dans la iordose paralytique des muscles de l’abdomen, au contraire, il existe une ensellure considérable, formée par le bassin incliné fortement, par les vertèbres lombaires et par les dernières vertèbres dorsales ; la ligne de gravité du tronc est portée en avant du promontoire; fabdomen, considérablement développé, alors même que le sujet est maigre, décrit une courbe à convexité antérieure, proporticnnée au degré de l’ensellure; enfin, les fesses sont très-grosses, saillantes, etc. {(voy. fig. 117).

l. — CYPHOSE DORSALE.

À. Cyphose dorso-cervicale, Quelle est l'influence de l’affaiblisse-

ment ou du défaut d'action des muscles extenseurs de la portion dorso-cervicale sur l’attitude etsur la conformation de la colonne vertébro-crânienne ? Lorsqu'on a vu les désordres occasionnés par Îa paralysie des extenseurs des vertèbres lombaires, on pourrait s’attendre à observer un phénomène analogue, consécutivement à la paralysie des extenseurs des vertèbres dorsales et cervicales. C’est cependant le contraire qui a lieu; l’atrophie musculaire progressive m'a fréquemment offert l’occasion de le constater.

Si, en effet, après avoir détruit, en totalité ou en partie, l'écorce musculaire de la portion thoracique du tronc, cette maladie commence à atteindre les extenseurs dorsaux et cervicaux (le grand épineux du dos, les faisceaux dorsaux de terminaison intertransversaires du long dorsal, les cervicaux descendants, les transversaires épineux dorsaux et les interépineux du cou), la portion dorso-cervicale du rachis s’infléchit progressivement en avant, en décrivant une courbe à convexité postérieure, qui a été appelée cyphose, J’ajouterai que j'ai constaté, chez les individus dont les extenseurs spinaux dorsaux et cervicaux étaient ainsi atrophiés, que les gouttières vertébrales se creusaient proportionnellement au degré de l’atrophie de ces muscles et que l'exploration électrique n’en pouvait plus révéler l'existence.

L'individu qui présente cette courbure peut la redresser, lorsque l’atrophie n’est pas trop avancée et si on le lui commande ; mais il n’essaye jamais de le faire, parce que ce redressement exige de sa part un effort qui le fatigue promplementi. Aussi sa colonne vertébrale présente-t-elle toujours, dans la station debout, une cyphose dorso-cervicale, qui ne disparaît que dans Île décubitus dorsal sur un plan résistant.

J'ai vu naître et se développer, chez un jeune homme, une cyphose dorso=cervicale par affaiblissement ou paralysie des extenseurs spinaux dorsaux et cervicaux ; en moins de deux ans, elle était arrivée à former une courbe à convexité postérieure considérable. (J’en ai pris la photographie.)

J'ai observé un autre exemple de cyphose dorso-cervicale, par faiblesse musculaire,survenue depuis trois ans,sans cause appréciable, chez un homme âgé de soixante-six ans, qui se trouvait à l'Hôtel- Dieu, dans le service de M. Noël Gueneau de Mussy. Îl pouvait redresser un instant sa colonne vertébrale, mais avec un grand effort qui l'épuisait; il retombait eñsuile bien vite dans son attitude vicieuse.

Bien que, dans cette espèce de cyphose spontanée, on n’obsefve pas de paralysie des membres, il me semble rationnel de l’attribuer 3 une faiblesse ou à un défaut d'action des muscles spinaux dorsaux

et cervicaux:

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B. Cyphose dorsale. J'ai vu plusieurs fois, dans l’atrophie musculaire progressive, la cyphose parfaitement limitée à la région dorsale, et plus tard devenir dorso-cervicale.

Dans la cyphose par atrophie ou paralysie des muscles spinaux dorsaux et cervicaux, une verlicale conduite des apaphyses spinales les plus saillantes passe très en arrière (quelquefois 10 à 45 centimètres) de la face postérieure du sacrum, de même que dans la lordose par atrophie des spinaux lombaires, représentée dans la figure 116 ; ce qui donne une apparence de ressemblance entre ces deux espèces de déformation du rachis. Je vais démontrer cependant qu'après un examen attentif on ne saurait les confondre. |

Par le fait de l’inflexion exagérée en avant de la région dorsocervicale du rachis, le poids des viscères ayant trop de tendance à entraîner le tronc dans la flexion en avart, la ligne de gravité du corps est ramenée plus en arrière, afin que celui-ci se trouve en équilibre. Or ce reculement de la ligne de gravité du corps est obtenu seulement par une plus grande extension du bassin sur les fémurs, sans que la courbure lombo-sacrée physiologique doive être augmentée.

On se rappelle que les choses se passent différemment dans la lordose par atrophie des spinaux lombaires ; que le tronc est renversé en arrière, jusqu’à ce que les muscles de l’abdomen valides aient seuls à supporter le poids du tronc et puissent ainsi prévenir une chute, en soutenant l'effort de la pesanteur. Mais ici, pour que la ligne de gravité du tronc soit assez rejetée en arrière, il ne suffit pas que le bassin soit dans une extension extrême, comme dans le cas précédent, il faut encore que le tronc se trouve dans la plus grande extension, jusqu’à former un angle au niveau des dernières vertèbres lombaires,

On conçoit donc que, dans la cyphose dorso-cervicale par atrophie des spinaux dorsaux et cervicaux, l’attitude et la déformation du tronc doivent être bien différentes de celles que l’on observe dans la lordose par atrophie des spinaux lombaires.

J'ai démontré que la portion supérieure du grand dorsal concourt puissamment à maintenir la rectitude du tronc, en effaçant les épaules, et qu’elle s'oppose surtout à la courbure antéro-postérieure de la portion dorsale de la colonne vertébrale.

On peut ürer parti de cette notion dans l’application des moyens prothétiques et gymnastiques d’un traitement de la cyphose cervico-dorsale. L'emploi des brassières (ceinture des épaules) qui maintiennent les épaules en arrière et les omoplates rapprochées de Ja ligne médiane est l’un des bons moyens mécaniques à opposer au développement de celte courbure du rachis ; mais cela ne saurait en

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constituer tout le traitement. J’y ai joint avec succès la faradisation de la porlion supérieure du grand dorsale et des muscies extenseurs de la région cervico-dorsale. En même temps, j'ai fait pratiquer les exercices gymnastiques qui mettent ces muscles en action.

IV, — SCOLIOSE.

À. Quelques considérations physiologiques et pathologiques. — La scoliose est en général produite par la prédominance ou l’action unilatérale des muscles extenseurs des vertèbres lombaires, La démonstration m'en a été faite par l’observalion clinique. — J'ai eu l’occasion de voir la scoliose naître et se développer chez un enfant, conséculivement à la paralysie atrophique de la masse musculaire qui occupait le côté droit de ses vertèbres lombaires. Cet enfant m'avait été présenté vers l’âge d’un an et demi; je l’ai revu ensuite à l’âge de six ans, La portion lombaire de sa colonne vertébrale s'était infléchie progressivement du côté gauche, en formant une courbure dont la convexité regardait le côté atrophié; on y voyait un relief formé par les parties latérales des vertèbres lombaires reconnaissables au toucher, tandis que le côté opposé était déprimé, On sentait aussi que le corps de ces vertèbres avait éprouvé un mouvement de rotation sur leur axe. Le tronc était déjeté à droite; la portion dorsale du rachis offrait une courbure en sens contraire, dite de compensation. La scoliose disparaissait presque instantanément en grande parie, lorsque l’on faisait incliner le tronc en avant, et la colonne vertébrale présentait principalement une courbure lombo-dorsale à convexité postérieure ; ce qui prouvait que les spinaux lombaires du côté sain n'étaient pas rétractés. Il n'existait point de rachitisme, ni d’inégalité de longueur des membres inférieurs, aucune autre cause enfin que le défaut d'action des spinaux lombaires du côté droit, qui eût pu concourir à la formation de la scoliose. — J'ai observé, dans la paralysie atrophique de l'enfance, plusieurs cas analogues, à des degrés divers, mais bien moins prononcés que le précédent, Tous ces faits m'ont démoniré que, consécutivement à la paralysie unilatérale des spinaux lombaires, une scoliose se forme progressivement, sous linfluence de la contraction unilatérale et de la prédominance tonique des spinaux lombaires du côté sain.

Ces faits incontestables donnent gain de cause à quelques-unes des théories anciennes qui expliquaient la scoliose par l’action unilatérale ou inégale “es muscles moteurs du rachis, et principalement à celle de Morgagni, qui s’élait demandé si cette contraction des. muscles d'un côté peut dépendre de convulsions ou d'une plus grande

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