‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 61 sur 400 · I, — ACTION PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

I, — ACTION PHYSIOLOGIQUE

Les procédés de faradisation par action réflexe, dont il vient d’être question, n’excitent fortement la moelle que dans les points d’origine des plexus brachiaux et lombo-sacrés. Il en est un autre qui produit une excilation réflexe plus générale de ce centre nerveux. Je veux parler de celui qui consiste à placer les rhéophores d'un appareil d’induction, l’un dans la bouche et l’autre dans l'anus; c’est le procédé de J. Leroy d'Étiolles, dont il a été question précédemment (voy. p.97). Voici sommairement les expériences que jai faites dans le but d’éludier l’action physiologique de ce procédé.

Expériences. — 1° J'ai dit (page 97) qu’en 1833 j'ai répété sur un cheval, ces expériences de Leroy d’Étiolles, avec le courant d’induction ; que ce dernier était peu intense, mais assez fort pour produire par action réflexe des contractions tétaniformes générales dans les membres et le tronc, et

que cependant la respiration et les baltements du cœur n’ont pas été suspendus. 20 J'ai répété des expériences analogues sur des lapins. Plusieurs d’entre elles ont été faites, en ma présence, dans le laboratoire de mon ami M. Liégeois. À un courant excessivement faible, il n’y avait pas d’autre phénomène appréciable qu’une légère contraction de la langue et des muscles de la face. Puis, j'ai augmenté progressivement la force de l’extra-courant de mon appareil, qui, au commencement de l’expérience, était à son minimum, et qui, en outre, traversait une petite couche d’eau contenue dans un tube modérateur rempli d’eau (qui sera décrit plus loin), j'ai, dis-je, augmenté l'intensité de ce courant jusqu’à ce qu'il se produisit quelques contractions tétaniformes dans les muscles du tronc et des membres, ni la respiration, ni les battements du cœur n’ont été arrélés, ils ont élé suspendus seulement pendant une ou deux secondes. Cette expérience, deux fois renouvelée sur le même lapin, pendant vingt à trente secondes chaque fois, a donné les mêmes résultats, Mais lorsqu’ensuite le courant est devenu plus intense jusqu’à tétaniser et immobiliser complétement les parois thoraciques, une aiguille enfoncée dans le cœur a cessé d’osciller.

On voit, en somme, dans les expériences qui précèdent, que les rhéophores étant placés l’un dans la bouche et l’autre dans l'anus, un courant d'induction à intermiltences rapides et de trèspeu d'intensité (l’extra-courant de mon grand appareil au minimum ayant en outre à vaincre la résistance d’une petite colonne d’eau) à pu produire, chez des lapins, des contractions tétaniformes dans les muscles des membres et du tronc, par une action évidemment réflexe de toute la moelle, sans arrêter ni le cœur ni la respiration.

Mais un autre fait non moins important ressort de ces expériences : c'est que, relativement, ce mode de faradisation paraît n’avoir produit qu’une faible excitation réflexe du bulbe. En effet, malgré les contractions tétaniformes générales qu’il a provoquées, la respiration et les battements du cœur, qui avaient été suspendus pendant une à deux secondes, ont persisté pendant les vingt à trente secondes que durail chacune de ces expériences; il est à noter seulement que les mouvements respiratoires et les pulsations card'aques avaient augmenté de vitesse,

L’expérimentateur sait qu’à ce très-faible degré, un courant d’induction dirigé sur le pneumogastrique mis à nu arrête le cœur et la respiration; il sait également que la faradisation la plus faible du laryngé supérieur suspend à l'instant la respiration. Aussi doutera-t-il que le bulbe ait été réellement excité dans ces expériences où le courant d’induction parcourt le tronc de la bouche à l'anus, au même degré de force, sans produire un grand trouble de la respiration,

I à fallu, on l’a vu, que le courant füt arrivé à un plus haut degré de tension, pour que la respiration fût complétement arrêtée et que le cœur cessât de battre.

Il n’est pas même démontré que, dans cette dernière circonstance, l'arrêt de la respiration et du cœur ait été produit par l'excitation du bulbe. En effet, la contraction tétaniforme n’était pas à son maximum, de sorte que les muscles inspirateurs, principalement le diaphragme et les intercostaux, qui n'étaient que dans un certain degré de roideur, ont pu, sous l'influence des grands efforts inspiratoires, se contracter davantage encore, et produire des mouvements. Dans la seconde expérience, on comprend que l’état tétaniforme au maximum des mêmes muscles inspirateurs se soit opposé nécessairemert à tout mouvement respiratoire du thorax; ce qui explique la mort rapide dont sent frappés les animaux soumis à ce genre d'expériences. Quant à l'arrêt, observé dans cette dernière expérience, des oscillations de l'aiguille implantée dans le cœur, il ne prouve pas que cet organe ait alors cessé de battre, car ces oscillations ont été alors empêchées par la roideur extrême des intercostaux traversés par l'aiguille, tandis que, dans la première expérience, ces inlercostaux n'étaient pas assez contracturés pour s’y opposer. Ce qui prouve l’exactitude de celte explication, c’est que, dès que ces muscles se sont relâchés par le fait de la suspension de la faradisation et si le lapin a cessé de vivre, de petites oscillations de l'aiguille font encore voir les contractions propres du cœur.

Les faits et les considérations que je viens d’exposer démontrent done que le mode de faradisation générale, dont il est ici question, n’excite pas puissamment l’activité réflexe du bulbe; c’est seulement ce que je tenais à établir.

Cependant je ne prétends pas que ce procédé n’exerce aucune action réflexe sur le bulbe. Je ne concevrais pas en effet que dans ces expériences, où l’un des rhéophores est placé dans une région (la bouche) innervée par le bulbe et par une partie de la protubérance, ces derniers points du centre nerveux auraient pu échapper à toute espèce d’excitalion. Certains faits montrent, au contraire, qu’il y a eu réellement une action réflexe du bulbe. Ainsi la faradisation a-t-elle été modérée dans ces cas, on a constaté que les battements du cœur sont devenus plus fréquents de même que les mouvements respiratoires. Enfin l’on verra bientôt que dans l’asphyxie, ce mode de faradisation, par action réflexe, de la moelle a pu ranimer la respiration suspendue depuis plusieurs minutes ; qu’il a aussi rétabli et développé les battements du cœur qui alors n’étaient plus appréciables que par les oscillations faibles et très-lentes d’une longue aiguille enfoncée dans cet organe, bien que le courant eût été des plus faibles, au point de ne pas provoquer des contractions réflexes dans les membres.

Il. — ACTION THÉRAPEUTIQUE.

La faradisation par action réflexe de la moelle et de la moelle allongée est indiquée dans l’asphyxie. Des expérimentateurs ont pensé que l’un des meilleurs moyens à employer dans ce but, c’est de placer l’un des rhtophores dans la bouche et l’autre da:s anus.

A. Historique. — Ge procédé d’électrisation générale ou par action réflexe de la moelle a été, je l'ai dit plus haut, conseillé en 1823 par Leroy d'Étiolles qui employait le courant galvanique contre l’asphyxie. Enfin, il vient d’être remis en honneur, dans le même but, par MM. Legros et Onimus, avec cette différence qu'ils se servent d’une pile à courants constants, tandis que Leroy d’Étiolles n'avait alors à sa disposition qu’une pile à courants inconstants (la pile de Wollaston).

B, Mes premières expériences. — En 1854, j'ai fait, chez le cheval, mes premières expériences sur l’action thérapeutique du procédé d’électrisation de Leroy d’Étiolles, modifié par l’emploi des courants d’induction au lieu du courant galvanique.

L'analyse de l’action physiologique de ce procédé de faradisation générale m'a bien vite appris : 1° qu’il était le plus sûr pour exciter de la manière la plus générale une action réflexe de la moelle; 2° que Îles contractions réflexes provoquées alors étaient des plus énergiques, qu'avec des intermiltences rapices elles devenaient Lélaniformes, et qu'avec un courant trop intense elles pouvaient, en contracturant les muscles du tronc, surtout ceux de la respiralion, produire rapidement l’asphyxie, conséquemment que ce procédé, de faradisalion ne pouvait étre appliqué à forte dose, sans danger, à la thérapeutique.

Cependant, comme j'avais observé que, à faible dose, il n'arrête ni la respiration ni la circulation, alors même qu'il produit encore des contractions réflexes dans les membres, je n’ai pas hésité à en faire presque immédiatement l’application chez l’homme. On se rappelle que je l’ai expérimenté chez une hystérique dont il a été question précédemment. J’ai répété, dans des circonstances analogues, cette même exyérieuce sur d’autres sujets.

Voici, en somme, pour ce qui a {rait à la faradisation réflexe de la moelle par le procédé de Leroy d'Étiolles, les principaux phénomènes que j'ai observés. Ayant commencé par un courant peu intense ou trop faible pour provoquer des contractions réflexes dans les membres, les sujets n’ont accusé d’autres sensations que celles qui élaient occasionnées par une légère contraction de la langue, du sphincter et du releveur de l’anus, par des phos;hènes; en outre,

le pouls et la respiration avaient un peu augmenté de fréquence. Ce procédé a été parfaitement supporté, tant que le courant n’a pas été assez intense pour ne pas produire des contractions réflexes dans les membres. Mais, n'ayant rien obtenu, à ce degré d’excitation, contre les désordres fonctionnels que je voulais combattre, j'ai augmenté graduellement l'intensité du courant, jusqu’à produire des contractions réflexes dans les membres, ayant soin, pour éviter tout danger, d’éloigner les intermittences du courant, jusqu'à une ou deux par seconde. Les malades alors éprouvèrent des secousses douloureuses principalement dans les jambes, douleurs qui furent suivies, après le passage du courant, d’un sentiment de courbature générale. — Chez une seule malade qui était complétement anesthésique et analgésique j'ai pu provoquer, en conséquence, pendant quinze à vingt secondes, avec un courant d’induction peu intense et dont les intermittences étaient très-rapides, des contractions tétaniformes réflexes générales.

Eh bien ! dans ces circonstances, le cœur n’a pas cessé de battre, ni la respiration de se faire. Il y a eu seulement une accéléralion des battements du cœur et des mouvements respiratoires ; la malade fut en outre éblouie, pendant quelque temps, par les phosphènes qui s'étaient produites pendant le passage du courant.

J'ai conclu de ces expériences : 1° que la faradisalion générale par action réflexe de la moelle, par le procédé de Leroy d’Éiolles, peut être appliquée à la thérapeutique chez l’homme, sans aucun danger, et qu’elle est parfaitement supportée,lorsque le courant n’est pas assez intense pour provoquer des contractions dans les membres ; 2° qu’elle ne produit pas, il est vrai, l’arrêt de la respiration, alors même qu'elle provoque des contractions télaniformes réflexes, si elles ne sont pas trop fortes; mais qu'il est difficile de dire quel est le degré de contraction tétaniforme au delà duquel on pourrait causer cet arrêt de la respiration et conséquemment l’asphyxie ; 3° enfin que, dans certaines conditions dynamiques où morbides, les contractures tétaniformes les plus légères exposeraient le sujet à ce danger.

En somme, telles sont les raisons fondées, on Île voit, sur une expérimentation datant de 1854, qui m'ont rendu très-circonspect dans l’emploi de la faradisation générale par le procédé de Leroy d'Étiolles, et qui m’ont conduit à la déconseiller, lorsqu'elle est pratiquée à un degré d'intensité qui provoque des contractions réflexes de la moelle et surtout avec des intermiltences rapides.

C. Expériences plus récentes sur l'application de ce procédé au traitement de l'asphyxie, comparativement avec les courants d'induction et avec les courants continus constants. — La faradisation générale par ce precédé peut heureusement guérir l’asphyxie, sans qu'il soit

besoin d’élever l'intensité du courant jusqu’à produire des contractions réflexes.

Ce fait important a été mis en lumière par M. Liégeois, dans un rapport fort bien faitetlu par lui à la Société impériale de chirurgie, dans la séance du 17 mars 4869, au rom d’une commission composée de M. Broca, Faulet et le rapporteur, sur l'emploi des courants électriques continus contre la syncope et les accidents causés par le chloroforme, note adressée à cetle Société par MM. Legros et Onimus, le 40 décembre 1868.

Ces expérimentateurs avaient écrit dans leur travail: «Nous ne passerons point en revue les autres moyens (que le courant continu), employés dans les accidents causés par le chloroforme; tous, à l'exception peut-être de la respiration artificielle, ont été inuliles ; nous insisteronssur les courants interrompus, lescourantsd'induction, qui ont été préconisés et dont on ne saurait trop condamner l'usage. Le meilleur moyen d'arrêter complétement les battements du cœur, affaiblis par les anesthésiques, est de faire passer un courant d’induction. On doit donc redouter l'emploi de ces appareils, qui déterminent précisément les résullats que l’on veut éviter.»

Après avoir exposé les expériences faites par MM. Legros et Onimus devant la commission, le rapporteur M. Liégeois a conclu : que, malgré le vif intérêt qui s’y attache, la commission a dû reconnaître qu’elles ne répondaient pas exactement au titre de la note; qu’elles ne sont rigoureusement applicables, chez l’homme, qu'à l’asphyxie chloroformique, accident qui, chez lui, amène moins souvent la mort, et qui est plus facile à combattre que la syncope chloroformique; que, réduite dans les applications à l’asphyxie chloroformique, la galvanisation, telle que la professent MM. Legros et Onimus, est assurément d’une efficacité incontestable. Mais M. Liégeois s’est hâté de rapporter une autre expérience faite devant la commission et qui démontre que le courant d'induction à dose équivalente et par le même procédé (procédé de J. Leroy d’Étiolles) guérit tout aussi bien l’asphyxie chloroformique que le courant continu. « Sur la demande, dit-il, que nous fimes à MM. Legros et Onimus, de vouloir bien essayer devant nous l'influence du courant d’induction, un rat fut chloroformisé sous la même cloche et de la même façon que les premiers. Il fut retiré alors que la respiration, la sensibilité et les mouvements généraux étaient complétement abolis, tandis que les battements persistaient encore. On fit ensuite passer le courant d'un appareil de Dubois-Reymond de la bouche à l'anus; seulement, afin de se rapprocher autant que possible, avec notre appareil, du peu d'intensité du courant continu, nous priâmes ces messieurs de prendre le courant le plus faible que l’on pourrait obtenir. Ce cou-

rant passa quelques secondes seulement, ef, presque aussitôt son interruption, les mouvements respiratoires reparurent, les battements du cœur augmentèrent, puis la sensibilité, les mouvements volontaires revinrent insensiblement ; l'animal fut sauvé.

M. Liégeois a fait cette expérience sur un grand nombre de lapins ; M. Duchenne fils et moi nous l’avons répétée dans le cabinet de M. Liégeois et dans le mien, avec un peu plus de régularilé, en faisant passer le courant d’induction à travers mon tube modérateur rempli d’eau distillée (je le décrirai par la suite); nous l’avons faite comparativement avec le courant continu ascendant ou descendant, dans l’asphyxie par strangulation et dans l’asphyxie chloroformique.

Les résultats thérapeutiques, dans toutes ces expériences, ont été identiquement les mêmes ; ils justifient pleinement les conclusions suivantes du rapport de M. Liégeois :

« D'après les expériences que nous venons de relater, dit-il, on comprendra qu'il nous est impossible d'accorder aux courants continus, pour les cas d’asphyxie chloroformique ou d’asphyxie par strangulation, une supériorité d’action sur les courants intermittents. En les mettant au même niveau, nous croyons être dans le Vrai. »

Au point de vue pratique, les conclusions de M. Liégeois n’ont pas moins d'importance. «Si du laboratoire, dit-il, nous nous transportons sur le terrain de là pratique, nous ne pouvons nous empêcher de donner aux courants d’induction la prééminence. En effet, tout d’abord il est difficile d’avoir à sa disposition un appareil qui, comme celui de Remak (pile spécialement recommandée par MM. Legros et Onimus pour l'application des courants continus dans l’asphyxie), se compose de 20, 30, 40 couples analogues à ceux de la pile de Daniell; il est an centraire très-facile de se procurer un appareil d’induction simple dans son maniement, peu volumineux, el qui, par cela même, peut accompagner le chirurgien partout où il va. »

« D'autre part, ajoute M. Liégeois, de l'aveu même de MM. Legros et Onimus, les courants continus ne ramèënent l’action du cœur que s'ils se trouvent sur l’axe cérébro-spinal, En vain, nous ont-ils ditlors de notre réunion, ils les ont appliqués sur le cœur directement, sur le diaphragme, sur les nerfs phréniques; jamais, dans ces circonstances, ils n'ont pu ramener les animaux à la vie. Or, chez l’homme, l'efficacité des courants d’induction appliqués à ces divers organes a déjà reçu la sanction de l’expérience. »

Sur ce dernier point encore, je suis entièrement de l'avis de M. Liégeois ; en effet, toules les fois que j'ai été appelé à secourir un asphyxié ou une personne menacée d'arrêt du cœur ou de la respi-

ration, par le fait d'un trouble grave dans l’innervation, je me suis muni de préférence d’un appareil d’induction, non-seulement parce qu'il est plus portatif, mais aussi parce que, dans ces circonstances, il peut répondre à plusieurs indications importantes que ne saurait remplir la galvanisation à courants continus, principalement dans la pratique de la respiration artificielle par la faradisation du nerf phrénique (bien préférable, dans certains cas, à la faradisation ou à la galvanisation par le procédé de Leroy d'Étiolles, ainsi que je le prouverai par la suite) et dans l’application de la faradisation cutanée, comme excitant par action réflexe les fonctions du cœur, el la respiration, dans le traitement de l’asphyxie ou de la syncope. (J'aurai à traiter bientôt cette dernière méthode d’excitation réflexe de la moelle.)

Cependant il ne faut pas être exclusif, dans ces circonstances où le danger est pressant et arrive d’une manière imprévue; alors le médecin qui est appelé à combattre immédiatement l’asphyxie ou la syncope, doit savoir se servir de l'instrument qui lui tombe sous la main : d’une pile ou d’an appareil d’induction quelconque. Voici, en somme et pour conclure, comment il devra se conduire alors, comment du moins j'ai dû plusieurs fois me comporter moimême.

1° S'il peut disposer d’un appareil d’induction, qu'il se gradue ou non, et quelle que soit sa puissance, il atténuera et graduera l’intensité de son courant de la manière suivante : il remplacera le tube modérateur à eau, — que je place habituellement dans le circuit du courant dont je veux réduire la tension à un degré infiniment affaib'ie ; — par une bande de toile ou des linges quelconques (mouchoirs, draps, et.), mouillés, longs de un ou de plusieurs mètres, suivant le degré de puissance de l'appareil, et qu’il étendra sur une table ; il placera ensuite une des extrémités de ce linge mouillé sur l’un des é'ectrodes de l’appareiïl, et l’autre extrémité sera mise en contact avec le conducteur de l’un des rhéophores introduit dans la bouche, le second rhéophore, qui est placé dans l'anus, communiquant par son conducteur avec l’autre rhéophore. Dans ces condilions, on le comprend, la tension du courant sera réduite à une faiblesse extrême. Alors, pour arriver au degré de force nécessaire, il diminuera graduellement la longueur de la bande humide et avec des intermittences éloignées les unes des autres d’une seconde, en posant l'extrémité libre du conducteur du rhéophore anal sur des points de cetle bande de plus en plus rapprochés de l’électrode de l'appareil, jusqu’à ce qu’il soit arrivé à provoquer un commencement de contraction réflexe dans les membres, C’est un peu au-dessous de ce degré de tension, assez faible pour ne pas provoquer de contraction musculaire, qu’il faut opérer, c’est-à-dire

faire passer de l’anus à la bouche, et comme il a été dit précédemment, le courant d’induction à intermittences rapides, jusqu’à ce que la respiration et les battements du cœur soient rétablis.

9e Admettons que le médecin puisse se servir d’une pile à courants constants, réunissant toutes les conditions désirables (par exemple la pile massive de Siemens, ou la nouvelle petite pile portative de Gaiffe, décrites précédemment, page 57, qui ne se trouvent que dans quelques établissements ou dans les cabinets de spécialistes, comme j'en possède moi-même), il fera passer un courant continu de la bouche au rectum, suivant les règles prescrites, sans toutefois s’astreindre à la direction du courant, ce qui évidemment, d’après mes propres expériences, est indifférent, au point de vue du résultat thérapeutique.

3° Si, dans la localité où il est appelé à secourir un asphyxié, l’on ne trouvait qu’une pile composée d’un trop petit nombre d’éléments pour appliquer utilement, par ce même procédé, un courant constant, les piles des stations télégraphiques, ou bien par exemple si l’on n'avait à sa disposition qu’une pile à courants inconslants, comme la pile de Wollaston, conseillée par J. Leroy d’Étiolles, il fera passer le courant de la bouche à l’anus avec des intermitiences pius ou moins rapides sans aller, bien entendu, jusqu’à provoquer des contractions musculaires réflexes, et cela avec autant de chances de succès qu'avec le courant continu d’une pile constante, composée d’un plus grand nombre d’éléments (1).

$S HXE. — Excitation par action réflexe de L’innervation du cœur et des organes de la respiration (du bulbe) à l’aide de la faradisation cutanée de la région précordiale.

Une longue expérimentation clinique m'a appris que l’excitation de la sensibilité de la peau du thorax et surtout de la région précordiale est l’un des meilleurs moyens de traiter, par aclion réflexe,

(1) Je n’abandonnerai pas ce sujet sans rappeler un autre procédé de galvanisation imaginé, en 1824, par J. Leroy d'Étiolles et préconisé par lui dans le traitement de l’asphyxie et longtemps mis en pratique.

« Quand la pile, dit-il, sera prête, le sauveteur prend des épingles fines disposées pour cet objet, longue, de 6 à 7 millimètres seulement, et terminées par deux disques surmontés d’anneaux ou de crochets; elles sont destinées à faire pénétrer le fluide galvanique sous la peau, à travers les fibres du principal muscle respiratoire, On enfonce les épingles jusqu’à la plaque entre la septième et ia huitième côte. L'un des conducteurs est fixé à l’une des épingles, le sauveteur prend l’autre conducteur dans la main et, de deux secondes en deux secondes, il touche avec son extrémité la tête de l’autre épingle placée sur le côté opposé de la poitrine. Si l’on ne trouvait pas les épingles disposées ad hoc, on ferait une piqûre qui ne doit pas dépasser l'épaisseur de la peau, avec une lancette, un canif ou une pointe de ciseaux, pour que Ja transmission du fluide galvanique ait lieu. Ces piqûres seraient faites comme il a été dit précédemment, entre la septième et lahuitième côte, surles parties latérales

l’asphyxie ou certains troubles graves de l’innervation du cœur et des organes qui président à la respiration. L’exactitude de cette assertion sera démontrée par l'exposition des principaux faits cli- : niques que j'ai recueillis. |

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