I. — TRAITEMENT DE L'ASPHYXIE
La respiration artificielle à l’aide de la faradisation des nerfs phréniques est en général le mode d’excitation électrique auquel je donne la préférence, dans le traitement de l’asphyxie; mais entre des mains inhabiles ou peu familiarisées avec le manuel opératoire, il ne serait pas sans danger pour le patient, ainsi que je le démontrerai. Dans ces conditions, je conseille, comme le procédé le plus simple dans son application, la faradisation cutanée de la région précordiale, d’après les principes que j'ai exposés en traitant de ce mode de faradisation).
D'ailleurs il est des circonstances dans lesquelles l’excitation électro-cutanée doit être employée concurremment avec la faradisation du diaphragme. Celle-ci en effet est particulièrement indiquée dans les cas où il est urgent de faire pénétrer mécaniquement l’air dans les poumons, en excitant puissamment la contraction du diaphragme ; l’autre devient utile sinon nécessaire, lorsqu’après avoir rétabli la respiration et la circulation cardiaque, et après avoir dissipé la cyanose, le sujet est menacé de retomber dans le coma symptomatique de l’ischiémie cérébrale, due à l’empoisonnement du sang soit par l’oxyde de carbone, soit par l'acide carbonique qui s’accumule dans le sang, si l’état semi-asphyxique a été d’une longue durée. Alors l’excitation électro-cutanée, surtout lorsqu'elle est pratiquée dans une certaine zone de la région précordiale, réagit sur les points des centres nerveux qui président à l’innervation de la respiration et de la circulation cardiaque.
La valeur thérapeutique de ce mode d’électrisation, dans le traitement de ce genre d’asphyxie, est mise hors de doute dans l'observation suivante. |
OgservarioN VI, — Asphyxie par l'oxyde de carbone ; absence de respiration ; battements du cœur très-fuibles, percus seulement par l’auscultalion; guérison par la faradisation cutanée de la région précordiale.
Un garçon pâtissier, âgé de 45 ans, d’un caractère bizarre, avait un jour voulu noyer de prétendus chagrins en s’enivrant; il avait eu l’idée, dans
de la poitrine, dans la direction d'une ligne partant du creux de l’estomac pour faire le tour du corps. Les extrémités des fils conducteurs de la pile seraient mis en contact d’une manière intermittente avec l’une des petites blessures, comme il a été iudiqué pour les épingles. » (Instructions sur l'asphyxie, in Journal de la Société des naufrages, t. IV, 1840, 2° div. serv. de santé.)
son délire, d'essayer de s'asphyxier, en s’introduisant, pendant la nuit, dars une sorte de érou situé au-dessus du four de son patron, où il s'était endormi, pendant qu'il cuvait son vin. Le lendemain matin, au moment où l’on allumait le four, ayant aperçu l'un de ses pieds, on le retira, ne donnant aucun signe de vie, de l'endroit où il avait passé la nuit. Habitant la même maison que lui, je pus essayer, quelques minutes après, de le rappeler à la vie par la faradisation. Sa face était cyanosée, il ne respirait plus; une glace placée devant la bouche n'était pas ternie; je ne lui trouvais plus de pouls; je n2 sentais plus son cœur battre sous ma main; mais, à l'auscultation , j'entendais de très-faibles claquements valvulaires. Mon appareil d’induction avait été mis en action, pendant que je l’examinais, par M.Duchenne fils qui m'assistait. Je me disposais à pratiquer la respiration artificielle par l’excitation du nerf phrénique, lorsque l'on s’'aperçut que les rhéophores avaient été oubliés. Le danger étant trèspressant, j'appliquai immédiatement sur son mamelon gauche l'extrémité métallique de l’un des conducteurs du courant induit de mon appareil à son maximum et marchant avec des intermittences rapides, pendant que je promenais l’autre conducteur au niveau de la pointe du cœur. Après quelques secondes, apparurent des mouvements respiratoires faibles et rares, mais qui augmentèrent progressivement de fréquence et d’étendue; le pouls put être percu,aprèsune minute environ. Bientôt après se peignit sur la facc du sujet une légère expression de douleur; après quelques minutes, il filentendreun faible gémissement et agitaun peu ses membres supérieurs, ensuite le tronc, comme pour se soustraire aux excitateurs placés sur sa poitrine ; puis il poussa un grand cri, en allongeant des coups de pieds aux personnesqui l’entouraient, et il répondit aux questions quilui étaient adressées. Enfin en cinq ou six minutes la respiration et la circulation avaient été rétablies; la coloration de la face était normale et l'intelli-
gence. revenue.
On le crut sauvé. Cependant je prescrivis de lui promener des sina-
pismes sur les membres et sur la région précordiale, en prévenant son patron qu’il était menacé de retomber dans le coma, et dans le même état asphyxique, sous l'influence toxique de l'oxyde de caroone. En effet, quelques minutes après la suspension de la faradisation cutanée, il ne répondait plus aux questions qui lui étaient adressées , sa respiration se ralentissait ; par moments, il semblait oublier de respirer ; sa face se décolorait et ses lèvres blémissaient; puis sa respiration était devenue stertoreuse ; il ne sentait plus les pincements; en un mot ils’asphyxiait de nouveau. Il fut bien vite tiré de cet état par la faradisation cutanée de la région précordiale, pratiquée cette fois plus légèrement, car il sentait vite et fortement. Elle fut contiauée par M. Duchenne fils, pendant une dizaine de minutes, jusqu’au rétablissement complet de la respiration, de la circulation et de ses facultés intellectuelles, jusqu’à ce qu’il pût se tenir debout et marcher.
Pour moi, celte guérison n'élait qu’apparente, je le fis transporter à l'Hôtel-Dieu dans le service du professeur Trousseau, où je devais le retrouver un peu plus tard. — Prévoyant que l’intoxication par l’oxyde de carbone pouvait encore continuer son action et le faire retomber dans le coma, je lui fis placer des sinapismes sur les jambes et je recommandai,
ART, Il. — VALEUR DE L'ÉLECTRISATION PAR ACTION RÉFLEXE. 499
à la personne qui l’accompagnait de ne pas le laisser s’assoupir, — Une heure après, je le retrouvai dans le service de M. Trousseau (salle Sainte- Jeanne), offrant un état comateux dans lequel il était retonibé, pendant son transport à l'hôpital, malgré les cfforts de celui qui l'avait accompagné et qui n'avait cessé de le souffle‘er, afin de le tenir éveillé. On dut renouveler l’excitation électro-cutanée de la région précordiale, y revenir encore à plusieurs reprises, pendant la journée, et lui promener des sinapismes sur la surface du corps, afin de triompher définitivement, dans la soirée, des restes de l'influence toxique exercée par l’oxyde de carbone, à savoir, une tendance au coma consécutive à l’asphyxie.
En somme on a vu, dans cette observation, un jeune garçon asphyxié par l’oxyde de carbone, dont la respiration ne se faisait pius (on ne sait pas exactement depuis combien de temps), et dont les bruits cardiaques très-affaiblis étaient encore perçus par l'oreille : 1° recouvrer d’abord entièrement en quelques minutes, sous l'influence de l'excitation électro-cutanée précordiale, ses fonctions respiratoires et cardiaques; 2 retomber plusieurs fois dans le même élat comateux et asphyxique, peu de temps après Ja suspension de la faradisation précordiale, qui appliquée à différentes reprises avec persévérance, pendant toute une journée, à fini par triompher de l’asphyxie.
C'est incontestablement et uniquement à la faradisation cutanée précordiale que doit être attribuée la disparition rapide des sympiômes graves de l’asphyxie, dans le cas dont Je viens d’exposer la relation. La démonstration de celte assertion se trouvant dans la re-
lation du fait, il me semble parfaitement inutile d’insister sur ce point.
Voici maintenant sommairement un autre cas d’asphyxie par loxyde de carbone, qui mel en relief la puissance thérapeutique de l'excitation réflexe des centres nerveux, par la fadarisation cutanée, en même temps qu'elle démontre la nécessité d’en continuer longtemps l'application, alors même que la respiration est rétablie, sous peine de voir l’asphyxiereparaîlre et se terminer d’une manière fatale,
OBsERVATION VI. — I] s’agit d’une femme asphyxiée par l’oxyde de carbone, que j'ai observée à l'hôpitalde la Charité (service de M. Andral), où elle avait été apportée la veille. J'avais, en assez peu de temps, ramené la respiration et les battements du cœur à leur état normal, et fait dispa-
raître le coma. Cette malade avait si bien recouvré son intelligence qu’elle avait pu me donner des renseignements surce qui lui était arrivé, etsur tous les simptômes de son asphyxie. On la crut sauvée. Mais, quelques heures plus tard, elle retomba dans la Somnolence, et bien qu’on lui eut appliqué des sinapismes et même des vésicatoires, elle succomba la nuit suivante.
LUCHENNE. — 3° édition.
Si dans ce dernier cas, la faradisation cutanée précordiale avait pu être continuée, comme chez le sujet de l’observation V, la malade eut été probablement sauvée. De ce fait corroboré par d’autres que j'ai recueillis depuis lors, j'ai donc conclu que les sujets asphyxiés par l’oxyde de carbone et chez lesquels on venait de faire disparaître toutes traces d’asphyxie, étaient menacés, pendant un cerlain temps, de retomber dans le coma et de s’asphyxier de nouveau; qu'il fallait en conséquence continuer les excilations périphériques longtemps encore après les avoir rappelés à la vie, et appliquer la faradisation culanée sur la région précordiale, sitôt que la tendance au sommeil ou plutôt au coma tendait à reparaître. C’est à l’observalion de ces préceptes que le jeune sujet asphyxié dont il a été question dans l'observation V, a dû la vie.
Il importe d’ajouter que ce danger qui menace Îles sujets dont il vient d’êtrequestion de retomber dans le coma, et conséquemment dans un état asphyxique, est le résultat de l’empoisonnement du sang par l'acide carbonique, produit par l’asphyxie elle-même ; que ce danger est d’autant plus grand que l'état asphyxique antérieur a duré plus longtemps. Cette circonstance aggrave singulièrement l’asphyxie, quelle qu’en soit la cause. A l'appui de cette thèse, je pourrais tirer bien des exemples de ma propre pratique ; je n’en vais citer qu'un sommairement.
OgservaTION VIH. — J'ai été appelé il y a quelques années, par Trousseau el Chailly, à combattre, à l’aide de l’électrisation, l’asphyxie chez un nouveau-né. À sa naissance, il ne donnait aucun signe de vie (le travail de l'accouchement ayant été long et laborieux), et il avait été ranimé immédiatement au moyen de la respiration artificielle, faite bouche à bouche par Chailly ; mais, quelque prolongée et renouvelée qu'eût été la respiration artificielle et malgré des frictions excitantes, il était resté dans un état de semi-asphyxie, de 2 heures à 8 heures du matin. Lorsque j’arrivai près de lui, il ne respirait plus depuis une minute environ. Je promenai alors les rhéophores métalliques de mon appareil d’induction sur la région précordiale, et, après 5 à 6 secondes, je vis apparaître des mouvements respiratoires, faibles d'abord, puis de plus en plus développés ; ensuite il fit entendre, pour la première fois, les cris du nouveauné, enfin sous l'influence de sa respiration large, la cyanose asphyxique eut bientôt disparu. A ce moment, nous le crûmes sauvé. — Rien ne saurait rendre l'étonnement et surtout la joie de la famille, en présence de ce résultat. C'était le premier-né des petits-fils de l’un des rois de la finance. — Mais, dix minutes après, il retomba dans le coma; la respiration devint de plus en plus rare ; ses lèvres redevinrent kleuâtres ; en un mot, l’asphyxie reparut. J'en triomphai de nouveau par le procédé d’électrisation précédent, auquel je joignis la respiration artificielle par la faradisation des nerfs phréniques, pratiquée pendant cinq à six secondes. Dix mioutes après environ, nouvelle rechule suivie d’un nouveau succès de la
faradisation cutanée, mais, cette fois, beaucoup plus long à obtenir. Enfin un quart d'heure après l'asphyxie reprit définitivement le dessus, et l'enfant succomba.
IT, — TRAITEMENT DE DÉSORDRES FONCTIONNELS GRAVES DE LA CIRCULATION CARDIAQUE ET DE LA RESPIRATION, SYMPTOMATIQUES D’UNE LÉSION NERVEUSE DYNAMIQUE CENTRALE.
L’excitation par action réflexe du bulbe, à l’aide dela faradisation cutanée de certaines zônes du thorax, peut modifier ou guérir : 1° des troubles graves de la circulation cardiaque, symptomatiques d'un état paralytique du nerf vague, produisant des syncopes quelquefois mortelles, par arrêt du cœur ; 2° des désordre de la respiraüon, par exemple, la parésie ou la paralysie des muscles expirateurs ou muscles bronchiques de Reissessen (la paralysie du poumon); 3° l’apnée simple ou l’apnée comateuse, qui produisent consécutivement une accumulation d’écume bronchique et l’asphyxie.
À. — Le fait clinique suivant est la preuve des deux premières assertions.
OBsERVATION VIII, — Désordres graves de l'innervation cardiaque et de l'exviration par intoxication diphtérique.
SOMMAIRE. — Angine couenneuse envahissant une vaste surface, chez une dame âgée de 21 ans ; intoxication diphthérique produisant, le 46° jour, une paralysie du pharynx et du voile du paluis, et vers le 27e jour, après une fausse couche de 3 mois et demi, d'autres phénomènes paralytiques, symptomatiques d'une lésion du bulbe, à savoir : 1° troubles graves de la circulation cardiaque, propres à la paralysie du nerf vague, el qui ont été dissipés par la faradisation cutanée légère de la région précordiale; 2° deux jours après, diplopie temporaire (pendant une heure), suivie immédiatement de la paralysie hémiplégique de la sensibilité et de la molilité du côté gauche, qui a été quérie en une heure par la furadisation culanée des régions envalies par la paralysie ; 2° deux à trois heures après, retour des troubles fonctionnels graves de la circulation cardiaque, quéris de nouveau après deux jours de faradisation cutanée, praliquée jour et nuit à des intervalles assez rapprochés sur la région précordiale 4° troubles fonctionnels graves de la respiration, symptomatiques de la paralysie des muscles expirateurs intrinsèques (muscles bronchiques de Reissessen), en d’autres termes, de la paralysie du poumon, dissipée momentanément (pendant une demi-heure à une heure) et à différentes reprises par la furadisation sutanée de la face dorsale du thorax; 5° enfin formation d'écume bronchique par faiblesse ou paralysie de l’expiration ; mort le 38° jour, à à heures du matin.
Madame X***, âgée de 21 ans, enceinte de 3 mois, avaitété atteinte, le 22 février 1869, d’une angine couenneuse, consécutivement à un refroidissement. Il me paraît superflu d'exposer les symptômes de cette angine qui, soignée par MM. Barth, Ricord, H. Roger et Descroi-
zilles chargé spécialement de rester jour et nuit près de la malade, a suivi une marche régulière, jusqu’au moment de la convalescence où, le 10 mars, était survenue une paralysie du pharynx et du voile du palais.Ilen était résullé que l’alimentalion était difficile et ne pouvait se faire qu'avec des liquides, des potages ou des bouillies. Néanmoins madame X***commençait àrecouvrer ses forces, etl’on croyait que la convalescence étail franche, lorsque, dans la journée du 21 mars, de fortes douleurs utérines annoncèrent un avortement prochain. Bien que Île travail de laccouchement eût été régulier et n’eût pas provoqué d'hémorrhagie, il fut suivi de troubles de la circulation cardiaque et de la respiration, d’une extrême gravité. MM. Barth, Ricord, H. Roger, Campbell et Descrorzilles, qui avaient dû passer la nuit près de la malade, et avaient combattu avec succès, à l’aide d’excitants diffusibles, un état syncopal qui avait mis plusieurs fois sa vie en danger, m’avaient pu cependant triompher des désordres circulatoires et respiratoires les plus graves.
Le lendemain matin, le 22 mars, mes honorables confrères songèrent à faire appel à l’électrisation et me demandèrent: 4° si dans ce cas l’application de ce traitement offrait quelque chance de succès; 9 à quel procédé il fallait recourir alors pour en diriger l’action thérapeutique sur les fonctions ou sur les points du centre nerveux atteints par l’intoxication diphtérique; 3° comment, par la faradisation ou la galvanisalion, nous pourrions combattre la syncope ou l’'asphyxie qui étaient imminentes.
Avant de répondre à ces questions, j’examinai la malade. Voici les principaux phénomènes morbides que je constatai alors : face extrêmement râle, lèvres décolorées, léger refroidissement du nez et des extrémités; anxiété précordiale avec étouffement ; respiration un peu haletante bien que le rhythme des mouvements respiratoires fàt normal, et qu'il n’y eùt ni paralysie du diaphragne, ni cmphysème, ni râles; pelitesse et fréquence extrême du pouls (136 à 140 pulsations), avec une irrégularité et des intermittences telles, qu’il arrivait souvent que six à huit pulsations manquaient successivement ; à l’auscultation du cœur, impossibilité de reconnaître le rhythme de ses claquements valvulaires; je n’enlendais qu’une succession de petits bruits sourds, inégaux, les plus désordonnés; pas d'augmentation de température annonçant un état fébril. Il existait en outre une paralysie du voile du palais et du pharynx bien antérieure aux accidents graves pour lesquels j'avais été appelé à intervenir.
Je reconnus, dans l’ensemble de ces troubles fonctionnels cardiaques et respiratoires, les phénomènes caractéristiques d’un état paralylique des pneumogastriques. J'admis donc que, chez notre malade, l’intoxicaiion diphtérique exerçait une influence mor-
bide sur le point du centre nerveux (du 4° ventricule) qui préside à l’innervation du cœur.
Alors, dans cette hypothèse, quelle pouvait être l’action thérapeutique de la faradisation? L’excitation du nerf phrénique, dans ce cas où le diaphragme n'élait pas paralysé, où 1l n’y avait pas de signes d’asphyxie, ne me semblait pas devoir exercer une actionfavorable sur les troubles de la circulation cardiaque et sur les étouffements. Celle du pneunogastrique et du laryngé supérieur, dans le point où ces nerfs se trouvent en rapport avec les parois latérales du pharyux, pouvait, il est vrai, modifier heureusement l’innervation du cœur et des poumons, mais la faradisation de ces nerfs, d’une exécution facile {voy. p. 95), est extrêmement dangereuse, car elle peut produiré, à une dose même faible, l’arrêt du cœur et de la respiration. Ii n’y fallait donc pas songer.
Cependant comme il était urgent d’agir, je voulus essayer de modifier l’état morbide du centre nerveux qui donne origine aux nerfs du cœur et du poumon, par l'excitation électro-cutanée de la région en rapport avec ce centre nerveux.
Mais ne se pouvaitil pas que l’intoxication diphtérique, en modifiant l’état dynamique de madame X***, Peût rendue très-sensible à l'excitation électrique? N'était-ce pas m’exposer aussi, en agissant un peu trop fortement, à produire l’arrêt du cœur ?
C’est après avoir bien pesé la valeur de toutes ces considérations, que je praliquai la faradisation cutanée, à l’aide de /a main électrique (voy. ce procédé, p. 87), sur la région précordiale, principalement au niveau de la pointe du cœur, ayant soin de commencer par une dose excessivement faible ; et puis, j’augmentai graduellement l'intensité du courant d’inducticn, dont les intermittences étaient rapides, jusqu'à provoquer à la peau un picottement léger. Nous avons eu la satisfaction de voir alors nos prévisions se réaliser; car, après quelques minutes et pendant le passage du courant, le pouls, a diminué de fréquence, s’est régularisé et développé; enfin, l'anxiété précordiale et les étouffements ont disparu. Plusieurs fois cependant, dans la journée, j'ai dû revenir à la faradisation cutanée précordiale, afin de chasser définitivement la perturbation diphthérique de l’innervalion du cœur, qui avait montré quelque tendance à revenir,
Pour ne rien oublier, je dirai ici que, concurremment avec la faradisation précordiale, on a employé et sontinué, pendant lout le cours du trailement, des excitants diffusibles à l’intérieur et des excitations périphériques (qui isolées avaient échoué contre les troubles graves de l’innervation du cœur), l'oxygène fréquemment aspiré, enfin les toniques et l'alimentation que la paralysie du voile du palais et la dysphagie rendaient difficile.
Les jours suivants, aucun de ces désordres cardiaques et respira-
toires n'avait reparu. Il ne restail à notre malade que la paralysie du voile du palais et du pharynx,contre laquelle je n'avais pu agir dans ces circonstances aussi graves. Nous pensions sa vie hors de danger, lorsque le 29 mars, vers 4 heures, l’intoxication dyphtlérique annonça son retour par une diplopie qui dura une heure environ. Ensuite, vers cinq heures, madame X*** fut tout à coup frappée d’une hémiplégie gauche complète de la sensibilité et du mouvement, sans aucun trouble, ni de l'intelligence, ni de la circulation cardiaque, ni de la respiralion.
Considérant cette paralysie comme le signal d’une nouvelle invasion, par l'intoxication diphtérique, d’une portion de la moitié latérale droite de la moelle allongée (probablement des pyramides antérieures ou de leurs prolongements), je n’hésitai pas à la combattre par les moyens qui venaient de réussir dans la paralysie des nerfs du cœur el des poumons, par l’excitation électro-cutanée, pratiquée avec la main sur toute la surface envahie par la paralysie du mouvement et de la sensibilité. Cette fois encore, nous n’avons pas été déçus dans notre espoir, car en huit ou dix minutes de cette excitation périphérique légère, la sensibilité était revenue en grande partie et le mouvement volontaire ne tardait pas à la suivre, bien que la faradisation muscrlaire n’eût pas été pratiquée. Enfin quatre heures après, l’hémiplégie avait complétement disparu.
Cette hémiplégie, hélas ! fut bientôt remplacée par de nouveaux symptômes paralytiques du pneumo-gastrique, plus graves encore que les précédents, car la suspension des battements du cœur revenait plus fréquemment et durait plus longlemps; nous avions à craindre l’arrêt du cœur. Je triomphai bien vite encore de ce retour des troubles cardiaques, par la faradisation légère de la zone cutanée précordiale, qui, d’après les résultäts thérapeutiques obtenus antérieurement, chez madame X***, paraissait être ea rapport d’innervation avec l’origine du pneumogastrique. Malheureusement, ce nouveau succès ne dura qu’une heure environ. À partir de ce moment nous eûmes à soutenir jour et nuit une lutte incessante contre l'imminence de l'arrêt du cœur. Chaque heure ou chaque demie-heure, en effet, la pauvre madame X*** était reprise par les mêmes troubles cardiaques qui devenaient de plus en plus pénibles et lui arrachaient des gémissements. Alors le pouls qui élait très-petit et des plus désordonnés, se développait et se régularisait sous l'influence de l’excitation électro-cutanée de la région précordiale, et la malade pouvait s’abandonner au sommeil dont elle avait tant besoin.
Après deux jours de lutte, contre l’intoxication diphtérique, celte excilalion électro-cutanée paraissait avoir de nouveau triomphé ; les symptômes de la paralysie du pneumogastrique avaient
disparu ; le pouls si fréquent (à 140 environ) étail ramené à son état normalet y restait définitivement.
Mais, hélas! ce ne fut qu'un instant de répit, car des désordres nerveux, d’un nouvel ordre, apparurent bientôt, et cette fois uniquement dans la respiration, qui devenait haletante et plus fréquente; dix à douze mouvements respiratoires normaux étaient suivis d’un même nombre environ de mouvements anormaux qui étaient plus fréquents et se composaient, chacun, d’une inspiration grande et longue, et d’une expiration courte et faible. Madame X** fut bientôt réveillée par une orthopnée des plus pénibles ; elle étouffait, me disait-elle, comme si on la tenait entre deux malelas. Cependant on ne voyait point de signes de cyanose sur ses lèvres, parce que l'air qui entrait largement dans ses bronches, suffisait à l'hématose ; quant à l’air qu’elle n’avait pas la force d’expulser de ses petites bronches membraneuses, il n’était plus respirable; c'était lui qui occasionnait sa dyspnée.
Cette fois, la main électrique promenée sur la région précordiale ne produisit aucun soulagement. Ce fut seulement lorsqu'elle alla exciter la peau de la région postérieure du thorax, dans les points qui correspondent à la face postérieure des poumons, que je parvins, en huit ou dix minutes, à régulariser la respiration.
Malheureusement cette paralysie de la puissance expiratrice revint environ une heure après, s’annonçant, comme à son début, par quelques respiralions suspirieuses, suivies bientôt d’une orthopnée des plus pénibles, qui faisait gémir madame X***, Alors la position horizontale qu’on lui avait fait garder longtemps, afin de prévenir les syncopes dont on craignait le retour, devenait insupportable. Elle ne trouvait de soulagement qu’en s’asseyant sur son lit, le corps penché en avant, attitude qu’elle conservait jusqu’à ce que j’eusse ramené la respiration à son état normal. Cette paralysie des muscles bronchiques de Reissessen (expirateurs intrinsèques) ne m'inspira pas d’abord une grande inquiétude, car l’hématose n’en paraissait pas souffrir, à en juger du moins par la coloration des lèvres et de la face. Mais je ne tardais pas à voir qu’elle constituait un nouveau danger tout aussi redoutable que ceux auxquels madame X*'* venait d'échapper. En effet, en raison même de la faiblesse de ses mouvements expirateurs, elle avait une peine extrême à se débarrasser des mucosités abondantes qui se formaient encore dans son larynx. On la voyait alors se livrer aux efforts les plus violents, afin de les expulser, ce qui la jetait dans un grand épuisement. N’était-il pas à craindre que si cet état venait à se prolonger trop longtemps, des mucosités s’accumulassent dans ses bronches et ne devinssent une cause d’asphyxie ?
C’est malheureusement ce qui est arrivé, bien que j’eusse réussi
136 CIiIAP, JII. — EXAMEN DES PRINCIPALES MÉTHODES D’ÉLECTR.
à dissiper momentanément son orthopnée par l’excitalion électrocutanée légère de la face dorsale du tronc, et que je lui eusse procuré ainsi des heures de repos. Dans cette lulte que j'avais ainsi engagée contre cetie espèce de paralysie du poumon, j'avais conservé, jusqu’à la dernière heure l'espoir qu’en prolongeant la vie de la malade, nous verrions s’épuiser enfin le souffle mortel de l’intoxication diphthérique qui avait frappé d’aulres points du bulbe, mais d’où je l'avais chassée. Mais, hélas lil nous a fallu bientôt reconnaître que la malade ne pouvait échapper à une fin prochaine, lorsque des râles bronchiques et un peu de cyanose sont venus nous anoncerun commencement d’asphyxie. A dater de ce moment, nous nous sommes trouvés en présence d’une longue et douloureuse agonie. La mort a eu lieu le 2 avril, vers deux heures du matin.
Remarques. — Cette observation est intéressante, à bien des points de vue (1), mais, pour ne pas m'éloigner de mon sujet, il importe de ne mettre en relief ici que l'influence exercée par la faradisation cutanée sur les troubles graves de la circulation cardiaque et sur la paralysie des muscles expirateurs intrinsèques de Reissessen, en d’autres termes, sue la paralysie du poumon qui, dans une période ultime, a produit l’asphyxie et la mort.
Les résultals obtenus, dars ces circonstances, par la faradisalion
(1) J’ai supprimé, dans cette observation, bien des détails intéressants qui n'étaient pas nécessaires à la démonstration de la question électro-théräpeutique qui fait le sujet de ce paragraphe. Il en est un cependant qui mérite d’être mentionné en passant, en raison de son importance : c'est l’absence d’élévation de température, pendant la production des désordres nerveux, d’une malignité extrême. J’ai constaté ce fait par la thermométrie, avec M. Descroizilles (qui depuis des semaines s’éloignait peu du lit de la malade). Si Gonc cette malignité de l’intoxication diphthérique ne peut s'expliquer ici par une élévation excessive de la température, il faut bien supposer que l'action toxique était due à une altération du sang dont on ignore la nature. — Ce qui rend cette hypothèse rationnelle, c’est l’hémorrhagie intestinale qui apparat avec de vives coliques, dans plusieurs selles successives, le lendemain de l’invasion des accidents nerveux (circonstance que j'ai négligé de mentionner dans mon observation).
De fausses membranes ayantété trouvées mêlées en assez grande quantité aux selles sanguinolentes, nous avions tous pensé que l'hémorrhagie provenait probablement des points de la surface intestinale sur lesquels les fansses membranes s’étaient développées. Ces fausses membranes ayant étéexpulsées, deux jours après l'avortement, nous avons été un instant portés à les considérer comme des débris du délivre, tombés du vagin au moment del’évacuation alvine ; mais, à l'examen microscopique, je leur ai trouvé taus les caractères anatomiques des fausses membranes. — Ce développement des fausses membranes, sur une aussi vaste surface, nous a donné à craindre que le degré d'intoxication ne füten raison de l'étendue de la surface d’absorption, et nous à fait encore mieux comprendre quelle devait être la gravité de l’intoxication diphthérique. En outre, la présencedepuis quelques jours, d’une assez grande quantité d’albumine dans les urines (fait que je n’ai pas non plus mentionné dans mon observation) ajoutait encore à la gravité de l’état de madame X.
cutanée précordiale, ont tellement dépassé mes prévisions, que j'en douterais encore aujourd’hui, s'ils n'avaient eu pour témoins les savants confrères qui m'’avaient fait appeler.
a. Examinons d’abord ces résultats, au point de vue physiologique.
Les troubles fonctionnels graves de la circulation cardiaque, que j'ai eu d’abord à combattre, chez madame X***, à savoir : la fréquence extrême, la petitesse et l’irrégularité du pouls, avec syncopes ou menace de syncopes par arrêt du cœur, l'anxiété précordiale, les étouffements, étaient à mes yeux symplomatiques d’une influence paralytique de l’intoxication diphthérique sur l’origine (noyau) du nerf vagne. Ce sont, en effet, les symptômes qui se manifestent chez l’animal dont on vient de couper les pneumo-gastriques, à l’exception toutefois de l’anxiété précordiale et des étouffements qu'il ne saurait accuser. J'ai observé aussi les mêmes phénomènes morbides, dans la période ultime d’une maladie (la paralysie glosso-labio-laryngée), c’est-à-dire dans la période où la lésion anatomique avait dû atteindre le noyau du nerf vague, lésion qui paraît caractérisée par une sclérose ascendante du bulbe et l’atrophie de certaines cellules.
Eh bien! je ferai remarquer que chaque fois que ces désordres fonctionnels de la circulation cardiaque ont apparu chez Mme X*** ils ont été dissipés, comme par enchantement, par la faradisation cutanée de la région précordiale, et, que lorsqu'il m’arrivait de m'éloigner de celte région, en promenant ma main rhéophore sur d’autres points du thorax, la malade n’en éprouvait aucun soulagement et portail bien vite sa main sur cette région précordiale, afin de m'indiquer le point que je devais exciter.
Puisque, dans cette sorte d'expérience thérapeutique, l'excitation de la sensibilité de la peau, pratiquée dans la région précordiale, a eu seule le pouvoir de modifier et même de dissiper, par son action réflexe, les désordres graves de la circulation cardiaque, occasionnés par un état mobide de l’innervation du pneumo-gastrique, il est rationnel d’en conclure qu'il existe un rapport intime d’innervation entre la sensibilité cutanée de la zone précordiale et l’origine du pneumo-gastrique, en d’autres termes, que la zone cutanée précordiale est réflexogène du pneumo gastrique.
Un autre résultat thérapeutique, signalé dans l'observation précédente, confirme l’action réflexe spéciale, exercée sur ce point du bulbe par l'excitation de la sensibilité cutanée de la région précordiale, en montrant que certains désordres de la respiration n’ont pu être combattus que par la faradisalion cutanée d’une autre région du thorax. On à remarqué, en effet, que la faradisation de la région précordiale à été impuissante contre l’atfaiblissement de Pexpiration (la paralysie du poumon, ou la paralysie des muscles bronchiques)
qui a succédé à la paralysie du pneumo-gastrique, tandis que la faradisation cutanée de la région postérieure du thorax en a seule toujours triomphé, à différentes reprises, de manière à diminuer ou à faire disparaître, pendant un certain temps, les souffrances de la malade, à lui procurer quelque repos et à retarder, de quelques jours, l’asphyxie qui devait terminer cette scène affreuse. On pourrait donc aussi conclure de ce dernier résultat thérapeutique, que la sensibilité de la zone cutanée de la région thoracique, qui cerrespond à la face postérieure des poumons, est spécialement en rapport d’innervation avec le point d’origine des fibres nerveuses qui animent les muscles expirateurs intrinsèques (les muscles bronchiques de Reissessen).
b. Tout le monde doit saisir le côté pratique des considérations physiologiques précédentes. Elles conduisent en effet aux déductions thérapeutiques suivantes : 1° l'excitation électro-cutanée de la région précordiale qui circonscrit la pointe du cœur, est l’un des meilleurs moyens de combattre les syncopes par arrêt du cœur et les autres troubles fonctionnels de la circulation cardiaque, symptomatiques d’un état paralytique du pneumo-gastrique, sans lésion organique ; 2° l'excitation électro-cutanée de la région postérieure du thorax exerce une action thérapeutique spéciale, dans le traitement de la paralysie des muscles expirateurs intrinsèques.
Voici, en quelques mots, l'explication physiologique des faits thérapeutiques qui précèdent : chez madame X**, l'excitation électrocutanée légère de la région précordiale, agissant d’une manière réflexe sur le noyau du pneumo-gastrique, a rendu à ce nerf le pouvoir que son élat paralytique lui avait fait perdre, de modérer l’activité du cœur; elle a, en d’autres termes, rétabli le frein du cœur; de là, régularisation de la circulation cardiaque et disparition des désordres nerveux graves, symptomatiques de la paralysie du pneumo-gastrique. — Une théorie analogue est applicable à l'influence thérapeutique exercée par l’excilation électro-cutanée de la région postérieure du thorax sur la paralysie de l'expiration ou du poumon.
ce. Un autre enseignement précieux, concernant le choix du mode d'électrisation et la manière de l'appliquer dans de telles circonstances, ressort encore de ce fait clinique.
Lorsqu'il fut arrêté, avec mes honorables confrères, que la faradisation par action réflexe de la moelle allongée était indiquée, chez madame X., je leur proposai d’abord de faire passer le courant d’induction de la bouche à l'anus. (Je leur montrai alors qu'avec mon tube modérateur à eau distillée ou avec une simple bande de linge mouillée interposée dans le circuit, le courant pouvait être réduit à un degré de force à peine appréciable sur la langue, etaugmenté graduellement). Malgré l'assurance que je possédais (d’après les expé-
riences que j'avais faites sur les animaux et même chez l’homme) de régler à volonté le degré de ce genre d’excitation réflexe, j'ai proposé de commencer par l'excitation cutanée légère de la région précordiale, dans le but de rechercher quel était le degré d’excitabilité ou de tolérance de la malade. On se rappeile qu'après avoir fait passer d’abord un courant faible et en avoir augmenté progressivement l’intensité, les troubles de la circulation cardiaque et de la respiration ont disparu en peu de temps.
Ce résultat dépassait tellement mes prévisions, que je me refusai alors, je l’avoue, à l’attribuer à la faible excitation électro-cutanée précordiale que je venais de pratiquer. C’est qu’en effet, dans les cas d’asphyxie où la faradisation précordiale m'avait donné un résultat non moins important (j'en ai rapporté des exemples, ci-dessus), j'avais dû élever le courant au plus haut degré d'intensité. Mais lorsque nous avons vu la faradisation cutanée de la région précordiale iriompher de ces graves désordres, chaque fois qu’ils sont revenus, bien qu’elle eût été toujours appliquée à un faible degré d'intensité et avec la main électrique, il a bien fallu nous rendre à l’évidence.
Eh bien! si, au lieu d’agir avec cette prudence, ou de tâter, pour ainsi dire, le degré d’excitabilité de la malade, j'avais fait passer, d’emblée, un courant très-intense, le résultat eût été tout opposé. C’est, en effet, ce qui m'est arrivé une fois, par accident, chez madame X., lorsque les désordres de l’innervation cardiaque sont revenus. J'étais en train de les faire disparaître par le procédé de faradisation qui m'avait toujours réussi, chez notre malade, lorsque l’appareit ayant élé changé de place, son tube graduateur se trouva entièrement sorti, sans que j'en fusse prévenu. L’excitation des plus vives qui se produisit alors, fut suivie d’une légère syncope et d’un arrêt momentané du cœur. Cependant la faradisation cutanée de la région précordiale que je pratiquai bientôt après, me rendit de nouveau maître de ces désordres nerveux.
L'expérimentation physiologique rend parfaitement compte de ces accidents. On sait, en effet, qu'une forte excitation du pneumogastrique produit l’arrêt du cœur et de la respiration.
L'enseignement qui découle de ce qui précède, c’est que, dans certaines conditions morbides , l’excitabilité générale augmente dans des proportions considérables (j'ai développé cette proposition dans un précédent article, p. 102). Conséquemment, si l’on est appelé à combattre, par la faradisation cutanée, des désordres graves de l’innervation, on doit procéder graduellement, et proportionner l'intensité du courant au degré de tolérance ou d’excitabilité du sujet, sous peine de l’exposer à des accidents plus ou moins dangereux.
Subissant l'entraînement d'idées assez anciennes et remises à neuf
par des physiologistes qui n’avaient sur ce point d’autre expérience pratique que celle que l’on peut tirer de l’expérimentation faite sur des rats ou sur des lapins, et dont ils venaient de saisir l’Académie des sciences et la Société de chirurgie (voir plus loin), je m'étais disposé, on le sait, à faire passer le courant, chez madame X, de la bouche à l'anus. Mais lorsque je reconnus son extrême excitabilité, je me suis bien gardé de lui appliquer un tel procédé d’électrisation par action réflexe de la moelle et du bulie, procédé infiniment plus puissant que la faradisation cutanée précordiale très-faible qui à été mise en usage. Admetlons même que, dans ce cas, il eût pu être sans danger, tout le monde comprendra qu’un procédé dans lequel l’un des rhéophores doit être placé dans [à bouche et l’autre dans l’anus, serait devenu insupportable, car il eût été nécessaire de le réappliquer à chaque instant, pendant plusieurs jours. Il aurait donc toujours fallu en venir à la faradisation cutanée précordiale,
d. Le fait clinique exposé ci-dessus et les considérations qui viennent à sa suite montrent qu’il importe, dans cette période de l’intoxication diphthérique, de diagnostiquer exactement l'espèce de paralysie symplomatique d’un état morbide du bulbe, puisqu'il en résulte une indication thérapeutique spéciale. On à vu, en effet, que les troubles de la circulation cardiaque devaient être combattus par la faradisalion de la zone cutanée précordiale, réflexogène de l’origine des pneumo-gastriques, et la paralysie des expirateurs intrinsèques (les muscles bronchiques de Reissessen) par la faradisation d’une zone cutanée de la face postérieure du thorax, réflexogène de l’origine des nerfs qui les animent.
J'ai observé, en septembre 1869, dans la pratique civile, avec MM. Millard et Aug. Ollivier, un nouveau cas d'intoxication diphthérique, qui est venu confirmer la vérité de cette assertion et montrer son importance.
OsservarTiox IX. — Sans entrer ici dans les détails de cette observation, je dirai seulement qu’il s’agit d’un père qui paraît avoir contracté une angine couenneuse, en embrassant sur la bouche son enfant qui allait succomber à celte maladie. Après avoir traversé la période de formation des fausses membranes qui avaient mis sa vie en danger, en obstruant ses bronches, et alors qu'il était entré en convalescence, le malade a été atteint, vers le vingt-cinquième jour, de quelques accidents paralvtiques qui signalent l'invasion de la période d'intoxication diphthérique (paralysie du voile du palais, du pharynx, diplopie, hémiplégie légère de la cinquième et de la septième paire, de l’hypoglosse et du laryngé inférieur), lorsque, tout à coup (vers le vingt-huilième jour), les muscles expirateurs intrinsèques ont été frappés de paralysie. En même temps il s'est produit une quantité considérable de mucosités qui, obstruant les
bronches et ne pouvant être expulsées, devenaient une cause d’asphyxie. Cette paralysie survenue sans fièvre, nous a fait craindre une mort rapide, Celle fois encore l'excitalion électro-cutanée de la région postérieure du thorax rétablit rapidement la force de l'expiration et fit expulser immédiatement les mucosités bronchiques. Elle dut être continuée plusieurs jours pour triompler complétement de la paralysie du poumon. Le malade est aujourd’hui hors de danger, bien qu’il soit encore en traitement pour d’autres accidents (un affaiblissement de la sensibilité des mains et des pieds avec une parésie des membres). Celte importante observation sera probablement publite dans tous ses détails par M. Millard.
Si dans les deux cas précédents, j'avais rencontré une paralysie du diaphragme, j'aurais pratiqué la faradisation cutanée de la base du thorax, bien qu'il ne me soit pas démontré que cette zone cutanée soil réflexogène de l’origine du nerf phrénique. Ce doute est né de l’insuccès de l'excitation de cette région, dans un cas de paralysie du diaphragme par intoxication dipthérique, où la faradisation du nerf phrénique seule à pu guérir cetle paralysie.
OpservarioN X, — Une petite fille âgée de 4 mois, demeurant rue de Lille, avait eu la diarrhée pendant quelques jours, et il lui était survenu dans le voisinage de l’ombilic une ulcération assez large, qui s’était recouverte de fausses membranes. Bien que cette enfant n’eût eu ni croup, ni angine, la nature diphtérique de ces fausses membranes ne parut pas douteuse à MM. Barthez et Trousseau. A quelques jours de là, la pelite fille fut atteinte d'nne paralysie généralisée qui dura à peine quarante-huit heures, et qui fut suivie d’une aphonie complète, avec difficulté extrême de la déglutition et de la respiration. L'enfant, sitôt qu'elle tétait, était prise de toux et de suffocalicn. C’est dans ces circonstances graves que j'ai été appelé à intervenir. Je constatai alors, en outre des symptômes exposés ci-dessus, une paralysie du diaphragme (les signes de cette paralysie seront exposés par la suite). Après avoir pratiqué l’excitation électro cutanée de la base du thorax, sans aucun résultat appréciable, je faradisai les nerfs phréniques, et bientôt la respiration diaphragmatique se fit normalement. La paralysie revint à plusieurs reprises, mais la réapplication de la faradisation des phréniques en triompha bientôt. Après la faradisation du voile du palais, du pharynx et de la face antérieure du cou, au niveau du larynx, l'enfant ba mieux et la voix revint un peu; enfin, il fut complétement guéri en quelques séances.
Avant d'abandonner ce sujet, je ferai remarquer que, dans l’histoire de la diphtérie, ces espèces de paralysies de la période d’intoxicalion n'ont pas élé analysées ou bien ont échappées à l’observation, Il suffira j'espère, qu’elles aient été signalées pour qu’à l'avenir On en constate plus souvent l'existence. Je ne les crois pas extrémement rare, car depuis peu de temps que mon attention est fixée sur ce point, j'ai eu l’occasion d’en rencontrer plusieurs
exemples. Le nouveau fait que je viens de rapporter en est la preuve.
B. J'arrive maintenant a l’action thérapeutique de l'excitation du bulbe, par action réflexe, à l’aide de la faradisation cutanée de la région précordiale, dans une espèce d'apnée, névrose caractérisée par l’absence du besoin de respirer, qui rend les mouvements respiratoires plus rares ou les suspend, pendant un certain temps. Je vais exposer, comme exemple, un cas de névrose dans lequel j'ai observé ce singulier trouble fonctionnel, et que j’ai guéri par la faradisation cutanée précordiale et par la faradisation du diaphragme.
OBsERVATION XI, — Névrose caractérisée par une espèce d'apnée. — Guérison par la faradisation cutanée de la région précordiale et par la faradisation du nerf phrénique. — I s'agit d’un jeune homme de 17 ans, d’un tempérament nerveux, chez lequel il se développa, à la suite d'une maladie de poitrine (pneumonie ?), un trouble singulier des fonctions respiratoires. Par intervalles, ce jeune homme cessait de respirer pendant 30 à 60 secondes, sans qu'il en éprouvât la moindre gêne, el cependant on voyait survenir alors une cyanose légère des lèvres et de la face; puis, après cet arrêt mormentané, survenait une inspiration profonde, suspirieuse, bruyante, telle qu’il serait difticile de l'imiter en faisant intentionnelle-
.ment un soupir exagéré, et cette inspiration singulière, comme spasmodicue, se répétait ordinairement plusieurs fois de suite. Dans le début de la maladie, ces espèces d'accès ne revenaient que cinq ou six fuis par jour; mais ils allèrent se rapprochant jusqu’à devenir presque continuels, et, chose remarquable! ils s’exagéraient principalement quand le malade venait à s’en préoccuper et que son attention était fixée sur sa respiration; alors les soupirs se succédaient sans relâche. Ces accidents duraient depuis six semaines, sans altérer toutefois la santé générale, quand le malade me fut adressé par mon ami, M. Barthez. Je pensai qu'il s'agissait là d’une névrose consistant en une abolition passagère du besoin instinctif de la respiration. Dans cette hypothèse, les soupirs qui suivaient la période d’apnée, ne devaient être que la satisfaction du besoin instinctif de respirer, celui-ci ne se faisant sentir, que lorsque le défaut d'hémalose arrivait jusqu’à la cyanose ; mais, à côté de cela, il y avait un spasme du diaphragme se traduisant par les soupirs et par le soulèvement de l’épigastre et des hypochondres, qui se reproduisaient, au souvenir de ces accidents,ou dès que le malade y pensait. 11 semblait donc qu'il y eût, dans ces singuliers accès, deux temps caractérisés, l’un par l'apnée et la cyanose, le second par une contraction convulsive des inspirateurs et surtout du diaphragme.
L'excitation du diaphragme par la faradisation, pratiquée chaque jour, pendant cinq à dix minutes, et avec des intermittences éloignées, avait d’abord pour résultat immédiat d’exagérer le trouble fonctionnel; mais quelque temps après les soupirs devenaient plus rares. Cette excitation du diaphragme n'ayant produit qu’une amélioration légère, j’yjoignis la faradisation cutanée de la région précordiale. A dater de ce moment, les troubles de la respiration diminuèrent rapidement. Au bout d’un mois de ce traitement, le malade fut complétement guéri.
L'espèce d’affaiblissement de l’incitabilité nerveuse inspiratoire, qui caractérise la névrose dont on vient de lire l'observation, nous inquiétait, M. Barthez et moi; elle nous paraissait, en effet, symptomalique d’un état morbide d’un point central important du bulbe. Nous ne nous dissimulions pas que si cet état s’aggrävait, l’asphyxie pouvait en êlre la conséquence. Pénétré de cette idée, el ne croyant pas que ces troubles fonctionnels étaient produits par une lésion organique du bulbe, j'ai eu recours à la faradisation de la zone cutanée précordiale réflexogène du pneumo-gastrique, qui, on vient de le voir, à été couronnée d’un plein succès.
C'est aussi à ce mode d’excitation électro-cutanée que j'ai eu recours, loules les fois que je me suis trouvé en présence de malades dont lincitabilité nerveuse respiratoire avait été, sous des influences diverses, affaiblie ou paralysée au point de produire l’apnée, c’està-dire, au point de ralentir considérablement où d’abolir temporairement les mouvements respiratoires, et de conduire ainsi à l’asphyxie.
ARTICLE TII
SI. — Exposition sommaire des faits cliniques qui prouvent que la faradisation localisée a une grande valeur thérapeutique dans le traitement des paralysies atrophiques.
Voulant faire prévaloir l'emploi thérapeutique ces courants continus constants, Remak avait accusé les courants induits d'exercer une action paralytique sur les nerfs (1).
En présence des fails acquis à l’électro-thérapie par une longue expérimentation clinique, faits reconnus exacts en Europe et même en Amérique par un grand nombre d’observateurs, oser dire que les courants d’induction exercent uneaction paralytique sur les nerfs, me paraissait blesser tellement la vérité, que je n’ai pas Jugé nécessaire de combattre l'étrange assertion de Remak. Je comptais que la simple observation clinique en ferait promptement justice.
Mais je n'ai pu garder plus longtemps le silence, lorsque récemment encore j'ai vu des jeunes savants s’étayant par des nouvelles expériences faites sur des rats et des lapins, soutenir encore, comme Remak, que les courants induits paralysent les nerfs et qu’ils font disparaître, au bout de fort peu de temps, toutes leurs manifestations vitales (2).
(1) Remak, Galvanothérapie, etc., traduit de l'allemand en français par le docteur A. Morpain. Paris, 1860, valeur anti-puralytique des courants induits, p. 447. (2) Onimus et Legros, de l’influence des courants électriques sur La nutrition
L'observation clinique — je le répète — proteste contre une telle assertion. Voici dans quels termes j'ai rappelé sommairement (1) les faits que ces observateurs ont la prétention de renverser.
« En 1839, j'ai rapporté (2) quelques cas de paralysies atrophiques, consécutives à des lésions traumatiques de nerfs mixtes, qui dalaient de plusieurs années, et dans lesquels les membres paralysés étaient tellement atrophiés que les muscles, qui ne répondäient plus à l'excitation électrique, paraissaient entièrement détruits. La température de ces membres était abaïissée; les veines cutanées étaient très-petites, là peau décclorée, terreuse et souvent violacée. Eh bien! sous l'influence de la faradisation musculaire directe, appliquée d’après certaines règlès que j'ai exposées ailleurs (3), j'ai vu dans tous ces cas : 1° la température des membres augmenter assez rapidement, 2°les veines culanées grossir et la peau reprendre sa coloration normale, 3° les muscles augmenter progressivement de volume et recouvrer leur force tonique, leur sensibilité, leur contractilité volontaire et beaucoup plus tard leur contractilité électrique.
« Depuis 48592, une foule d’observateurs, en Europe, ont contrôlé et confirmé expérimentalement ces résultats électro-thérapeuliques; ils ont consigné leurs recherches sur ce sujet dans de nombreuses publications. — Je signalerai, comme lune des plus importantes, celle de M. R. Philippeaux, de Lyon. — En Amérique, la faradisation musculaire direcle a été appliquée assez récemment, dans les Eôpitaux de Philadelphie, au traitement des paralysies traumatiques, par des chirurgiens chargés spécialement par M. Hammond, chirurgien en chef de l’armée des États du Nord, du service des blessés, dans la dernière guerre civile des Étais-Unis. Voici dans quels termes les résultats thérapeutiques de celle méthode d’électrisation localisée ont élé jugés par ces chirurgiens distingués. « Le seul grand moyen, disent-ils, dans le traitement des paralysies par défaut d’innervalion, est la faradisation (par la méthode de M. Duchenne)..…. La plupart de nos Cas élaient des blessures anciennes, quand ils se sont présentés à nous. Nous pou-
(Gazeite des hôpitaux, 19 janvier 1869).— MM. Onimus et Legros avaient, antérieument adressé à l’Académie des Sciences une note sur cette même question.
(1) Duchenne (de Boulogne), de la paralysie musculaire pseudo-hypertrophique. (Arch. génér. de Médecine, janvier 1868.)
(2) Duchenne (de Boulogne), De l’application de la faradisation localisée au diagnostic, au pronostic et au traitement des paralysies consécutives aux lésions des nerfs mixtes; mémoire couronné par la Société de médecine de Gand, au concours de 1852. (Annales de la Société de méd. de Gand.)
(3) Duchenne (de Boulogne), Électrisation localisée, 1° édition. Paris, 1855, et 2e édit., 1861.
vons assurer qu'elle (la faradisation localisée) a été dans nos mains de la dernière utilité (a/most value). Dans quelques cas, elle à, en une seule séance, rétabli les mouvements dans des parties qui en étaient privées depuis longtemps; dans d’autres, quelques séances ont restauré plus où moins le mouvement dans un membre enlier, et nous avons vu bien peu de cas dans lesquels il n'y ait pas ea une meilleure nutrition, plus de sensibilité et de force, lorsque nous avons pu coutinuer la faradisation assez longtemps. En un mot, nous ne pouvons répéter avec irop d’insistance qu'avant de l'avoir employée, aucun membre, quelque paralysé qu'il soit, ne doit être abandonné par je chirurgien, comme incurable (1). »
J'aurais pu citer, comme exemples, d’autres espèces de paralysies dans lesquelles la lésion de la nutrition est également profonde, et dont triomphe souvent la faradisation localisée. D'ailleurs les faits cliniques qui prouvent incontestablement l'heureuse, j’oserai même dire, — à cause des assertions contraires, — la merveilleuse influence de la faradisation localisée sur la nutrition des muscles en même temps que sur leur motilité, seront exposés dansles chapitres qui traitent spécialement de l’application de cette méthode d’électrisation aux paralysies traumatiques des nerfs, aux paralysies consécutives aux myélites de l'adulte et de l'adolescence, aux paralysies saturnines, rhumatismales (on verra même qu’appliquée au traitement des paralysies atrophiques graisseuses — spinales — de l’enfance), la faradisation localisée agit non-seulement sur la nulrilion des muscles, mais aussi sur celle du membre entier où elle empêche l'arrêt de développement des os.
$ IX. Examen critique des expériences électro-physiologiques qui ont servi de base aux attaques récentes dirigées contre la valeur thérapeutique de la faradisation localisée, inexactitude.
— Leur
Lorsque, pendant plus de vingt ans, j'ai obtenu de tels résultats de lapplication de l’électrisation localisée, ou lorsque je les ai vus confirmés en Europe el en Amérique par une foule d'observateurs les plus autorisés,on voudrait me persuader, en m'objectant des déductions tirées de quelques expériences faites sur des lapins, que je me suis fail illusion,
Autant que personne, j'admire la médecine expérimentale ; sans faire reposer sur elle exclusivement tout l'avenir de la thérapeutique, j'ai loujours professé qu’elle est destinée à l’éclairer el à la contrôler, Mais si, contre toule logique, elle devait nous conduire à
(1) S. Weir Mitchell, Geurge R. Morchouse, and William W. Keen, Guns'to Wounds and other injuries of nerves. Philadelphia, 1858.
jeter ainsi le doute sur les faits les mieux établis par l'observation clinique, il faudrait y renoncer.
A. Heureusement, dans le cas dont il s’agitici, ce n’est pas l’expérimentation qu'il faut accuser, mais ceux qui ont mal expérimenté ou qui ont mal interprété les résultats de leurs expériences. Je vais le prouver, pour ce qui a trait, du moins, au sujet dont il est ici question.
Sur des lapins, ils ont découvert le sympathique dans la région du cou, Pont soulevé légèrement au moyen d’un fil placé sous lui, et l'ont électrisé, pendant deux ou trois minutes, avec de forts courants d'induction. Alors l’artère de l'oreille correspondante s’est retrécieau point de cesser d’être aperçue. En cessant l’électrisation, l’artère avait reparu peu à peu, et finalement elle élait plus grosse qu'avant l'opération. Au bout d'un instant la température de ce côté était plus élevée que celle du côté opposé (1).
IL est de tonte évidence que, dans ces expériences, la dilatation des vaisseaux de l'oreille, consécutivement à la faradisation du sympathique cervical du même côté, est produite par la paralysie de leurs vaso-moteurs. N'y a-t-il pas même lieu de s'étonner que le nerf sympathique déjà mis en contact avec l'air et peut-être plus ou moins mutilé dans cette expérience, n’ait pas été, pour ainsi dire, tué par le fort courant d’induetion qui la traversé directement pendant plusieurs minutes, et que les vaisseaux aient pu revenir plus tard à leur calibre normal?
Procéder ainsi dans les expériences dont le but est d'étudier l’action des courants d’induction sur le système nerveux, c’est faire de la toxicologie. Ne sait-on pas d’ailleurs que certains poisons qui, à faible dose, activent les battements du cœur, les arrêtent au contraire à forte dose? Attendre une action thérapeutique d’une telle manière d'appliquer les courants d’induction, autant vaudrait soutenir que la foudre peut guérir la paralysie aussi bien que l'électricité sagement et méihodiquement administrée.
Nul besoin n’était certes de la médecine expérimentale pour savoir qu’au point de vue thérapeutique, la faradisation localisée est une arme à deux tranchants. L'observation clinique empirique m'avait bien vite appris, au début de mes recherches électro-thérapeutiques, qu’appliquée à dose trop forte et pendant un temps trop long sur un musele ou un nerf, la faradisation localisée pouvait en augmenter et même en produire la paralysie ou latrophie, au lieu de les guérir. C’est cette observation clinique qui m'a conduit à établir le précepte de pratiquer la faradisation musculaire à un degré mo-
(1) Onimus et Legros, loc. cit,
déré, et de ne pas prolonger les séances ni la faradisalion de chacun des muscles, au delà d’un certain temps.
A un fort courant induit resserrant les vaisseaux pendant son passage dans le sympathique, et produisant, après sa cessation, l’affaiblissement momentané de leur contractilité {(conséquemment leur dilatation), les mêmes auteurs ont comparé l’action relativement toujours infiniment faible des courants continus sur le même sympathique, « sous l’influence desquels, disent-ils, l’activité de la circulation à eu lieu pendant leur passage, action qui a duré trèslongtemps après leur cessation (1). »
Il paraissait ressorlir, en somme, de leurs expériences : 1° que les courants d’induction, pendant leur passage à travers le sympathique, arrêtaient ou entravalent la circulation, en resserrant les vaisseaux par une forle excitation des vaso-moleurs; 2° qu'ils produisaient, après leur passage, une dilatation passive de ces vaisseaux et conséquemment une sorte de stase du sang dans ces vaisseaux, par le fait de la paralysie ou de l’épuisement de leurs vaso-moteurs ; 3° que les courants continus au contraire aclivaient les circulations locales, pendant et après leur passage dans le sympathique.
B. Partisan et défenseur, comme on l’a vu précédemment (chap. 1°), del’existence de propriétés physiologiques différentielles des diverses sources électriques, bien qu’on n’ait pu jusqu’à ce jour en trouver l'explication complète dans les données actuelles de la physique, j'étais disposé à accueillir la découverte de cette action spéciale et différentielle dés courants induits et des courants continus, comme une conquête de la médecine expérimentale, applicable surtout à la thérapeutique. Mais j'avoue qu’il me restait encore quelques doutes sur la réalité de celte espèce d'action différentielle des courants d’induction et des courants continus, parce que, dans ces expériences comparatives, les courants n’avaient pas été appliqués avec une force équivalente.
Il importait donc de vérifier les expériences dont il vient d’être question. Voici sommairement les résultats de celles que j'ai faites sur des lapins avec mon savant ami, M. Liégeois, professeur agregé en physiologie à la faculté de médecine de Paris; ils sont loin de concorder loujours avec les leurs, et démontrent qu’à doses équivalentes et dans les mêmes conditions, les courants continus conslants et les courants d’induction parcourant le grand sympathique exercent sur les vaso-moleurs une action identique.
EXPÉRIENCES, — Un courant continu constant (d’une pile de 15 : 30 éléments au sulfate de plomb), parcourant le nerf sympathique
(1) Onimus et Legros, loc. cit.
dans une étendue de 3 à 4 millimètres au-dessous du ganglion cervical supérieur, a produit un resserrement faible mais notable des vaisseaux, el la décoloration de l'oreille du même clé, pendant toute la durée de l'expérience.
Lorsque antérieurement le nerf sympathique a été fortement excité, en d'autres termes, lorsque son excitabilité a été déjà plus ou moins épuisée, comme par le passage d’un fort courant d'induction ou par la section de ce nerf, le même courant continu, à 30 éléments et même à 15, a produit, au lieu du resserrement des vaisseaux, leur dilatation pendant toute la durée de l'expérience.
Un courant d'induction extrêmement faible (le minimum de l’extracourant de mon appareil volta-électrique, passant à travers une colonne d'eau distillée de 22 centimètres de hauteur) et localisé de la même manière dans le sympathique, pendant trois minutes, a produit un faible resserrement des vaisseaux de l'oreille, dans Îa première demiminute, et leur dilatation le reste du temps.
La même expérience renouvelée sur le sympathique d’un lapin qui, une heure auparavant, avait subi pendanttrois minutes le passage d'un fort courant d’induction, mais chez lequel l'oreille avait repris Sa VasCularisation normale, a provoqué immédiatement la dilatation des vaisseaux, au point de rendre leurs ramificaticns les plus fines, visibles pendant trois minutes.
Un fort courant d’induction passant de la même manière dans le sympathique du lapin, qu’il eût été soumis ou non à des expériences antérieures, a produit, pendant tout le temps de son passage (trois minutes), un resserrement considérable des vaisseaux suivi, après la suspension de l’expérience, d’une dilatation énorme des vaisseaux, qui à persisté longtemps après l'expérience.
Les courants galvaniques interrompus que l’on fait passer dans le grand sympathique agissent sur les vaso-moteurs ganglionnaires de la même manière que les courants d’induction.
Il ressort donc des expériences précédentes :
Qu'un courant continu constant dirigé sur le grand sympathique cervical mis à nu, chez un lapin, et dont l’excitabilité ne vient pas d’être plus ou moins épuisée (soit par l’électrisation dans des expériences antérieures, soit par des tiraillements ou par une longue exposition à l'air, produit, de même qu’un courant d’induction dont la force est équivalente, c’est-à-dire extrêmement faible, un léger resserrement des vaisseaux qui en reçoivent l’innervation;
Que ce même courant arrivant, comme dans l’expérience précédente, avec une force équivalente, à un nerf sympathique déjà plus ou moins épuisé, ne peut plus provoquer Île resserrement des vaisseaux, mais seulement leur dilatation modérée ;
Qu'un courant d'induction puissant, localisé dans le sympathique, produit un resserrement considérable des vaisseaux placés sous l'innervation du sympathique, resserrement suivi, après
l'expérience, d’une dilatation énorme qui persiste assez longtemps, el qu’un puissant courant galvanique intermittent agit de la même manière ;
Enfin, comme corollaire des faits précédents, que, contrairement à certaines assertions, les courants constants continus et les courants d’induction, à doses équivalentes, exercent une action identique sur le sympathique ou sur les vaso-moteurs consiricteurs.
S LEE. — Sur quel ordre de nerfs agit la faradisation localisée pour activer les circulations locales.