C. -- Régulateur des intermittences
Je puis affirmer que, sans le mécanisme qui permet d’éloigner les intermittences au point de donner, par demi-seconde, une, deux ou quatre excitations faradiques, au lieu d’intermittences trèsrapides dans le même espace de temps, il n’est pas un seul appareil magnéto-faradique applicable, dans tous les cas, à la thérapeutique. C'est ce mécanisme que j'ai imaginé pour mon appareil magnéto-faradique, et qui permet de l’employer dans tous les cas. Ce mécanisme est des plus simples. Il suffit de l'indiquer pour en faire sentir l'utilité ou plutôt la nécessité.
L'action du régulateur des intermittences D (fig. 57) doit être combinée avec celle du régulateur du rhéotome B, Le premier est réglé de manière à produire un courant intermittent très-rapide, ct le second de manière à toucher les quatre dentelures du rhéotome. Si, au contraire, le régulateur des intermittences ne doit, produire
(1) On sait que des phénomènes, électro-physiologiques produits suivant la direction des courants, parcourant longitudinatement les troncs nerveux des animaux, M. Matteucci a tiré des déductions thérapeutiques applicables à l'homme.
que des intermittences éloignées, le ressort du rhéotome doit toucher seulement les deux dentelures du rhéotome B. En voici la raison. Pendant que le ressort des interinittences touche une des goupilles de la grande roue, le contact dure quelquefois un peu plus longtemps, et alors il arrive que deux ou quatre inductions se produisent coup sur coup au moment du contact, suivant la position du rhéotome; si ce dernier touche les quatre dentelures, les quatre inductions qui se produisent alors, excilent une sensation plus forte ; si, au contraire, le ressort du commutateur ne touche que deux dentelures, ces inductions ne seront pis assez rapprochées pour avoir lieu au moment où le contact sera opéré sur l’une des goupilles de la grande roue. Alors les intermittences éloignées et les sensations qu’elles produisent seront plus régulières,
D. — Graduation des courants.
. Le tube graduateur de mon appareil magnéto-faradique mesure les doses électriques tout aussi exactement que lappareil voltafaradique, Les détails que j'ai exposés à l’occasion de ce dernier me dispensent d’entrer dans de nouveaux développements,
Ce système de graduation est le seul qui permette d’administrer aux organes des doses électriques proportionnelles à leur degré d’excitabilité, qui est très-variable pour chacun d’eux, ainsi que je lai démontré.
Cependant la force initiale des appareils magnéto-faradiques n'est-elle pas elle-même trop variable pour que l’on puisse compter sur une mesure égale? Ainsi, il est établi qu’un aimant qui à subi des arrachements ou des frottements successifs, perd presque complélement la faculté de porter un poids donné. Cet affaiblissement diminue-t-il aussi la puissance de l’induclion, dans les mêmes proportions? J’ai rapporté, dans les précédentes éditions, les expériences qui me semblent avoir résolu négativement ces questions.
E — Modérateur des courants.
Dans les appareils Mmagunéto-faradiques, comme dans les appareils volta-faradiques, les cylindres graduateurs ne neutralisent pas cutièrement les courants des hélices qu'ils recouvrent. Il en résulte qu'ils seraient inapplicables aux organes très-excitables ou aux expériences délicates, si l’on ne pouvait recourir à un modérateur des courants, analogue à celui des appareils volla-faradiques.
J'ai trouvé dans l'appareil même les éléments d’un excellent modérateur. TUE |
a. L'armature et son système moteur pouvant être éloignés de
l'afmant, de 2 centimètres et demi par la vis de rappel N, appelée régulateur de l'armature, on comprend qu’à celte distance, l'influence du fer doux sera considérablement diminuée. Ce simple modérateur répond à toutes les opérations pratiquées sur l’homme, et permet, en combinant son action avec celle du graduateur, de lui administrer des doses très-faibles.
b. Mais il est des recherches où les expériences plus délicates encore, celles que l’on pratique, par exemple, chez la grenouille, peuvent exiger l'emploi de doses électriques beaucoup plus peliles, en raison Cu degré d’excilabilité des organes de cet animal. Voici ce que j'aiimaginé pour rendre l'appareil électro-magnétique infiniment plus sensible, En tournant de droite à gauche la petite vis 2 placée sur la base du ressort S (l’un des ressorts qui font les intermitlences du courant de l’hélice centrale sur les dentelures du rhétome B), j’empêche le courant de cette hélice de se réunir sur ce commutateur. On comprend qu'alors l'induction ne puisse plus avoir lieu que par l'influence du fer doux sur l'aimant. Je ne sais si celte expérience a jamais été faite dans les mêmes conditions, mais je puis dire que l'induction des appareils magnéto-faradiques, ainsi privée des intermitlences simultanées, pratiquées dans le fil de l’hélice qui recouvre immédiatement l’aimant, est tellement faible, que le courant de mon puissant appareil n’est appréciable qu’en méttant les 1héophores entre les lèvres. Si done, après avoir placé le fer doux à son plus grand éloignement, on suspend encore, par le procédé ci-dessus, les intermiltences qui se font sur le rhéotome B, l'appareil ne produira plus qu’une induction infiniment faible, que l’on pourra diviser en degrés de plus en plus pelits, en faisant marcher les tubes graduateurs sur les hélices. C’est ainsi que le même appareil, qui est capable de mesurer des courants d’une grande intensité, peut servir à graduer le degré d’excita- Lililé des muscles de la grenouille.
8 AV. — Manière de mettre l'appareil en action.
L'usage de l'appareil magnélo-faradique est heureusement d'une extrème simplicité, comme on va le voir. Ne comprendrail-0n pas sa description et sa théorie, il suffirait encore aux médecins, pour en faire l'application, de connaître les eourtes indicalions que je vais exposer sur la manière de le mettre en action. Je ne saurais donc trop les engager à lire attentivement et avant tout les lignes suivantes :
Pour meltre cet appareil magnétique en action, on tourne le régulateur N de l’armature de gauche à droite, jusqu’à ce que le fer loux n’éprouve plus de frottements contre l’aimant, pendant son mouveu.ent rotaloire.
Est-il indiqué d’employer un courant rapide, on tourne le régulateur des intermittences D de droite à gauche, jusqu’à ce que l’on sente un point d'arrêt. S'il est, au contraire, nécessaire de produire des actions éloignées, on tourne ce même régulateur D en sens contraire, et l’on s'arrête quand l'aiguille de l’indicateur marque le nombre d’intermittences que l’on veut obtenir, par révolution de la grande roue, La manivelle mise en mouvement de gauche à droite, doit toujours agir à dose extrêmement faible, par exemple faire deux révolutions par seconde.
Pour graduer les courants, il suffit de se rappeler que lorsque la tige R est rentrée dans l’appareil, le courant est à son minimum. La division de cette tige en millimètres permet de fractionner les doses électriques proportionnellement aux degrés d’excitabilité des organes et suivant les besoins de la thérapeutique.
La région sur laquelle on opère est-elle très-excitable, ou, en d’autres termes, est-il nécessaire de mesurer des doses très-faibles, on éloigne plus ou moins l’armature de l’aimant, en tournant de gauche à droite son régulateur N. |
Veut-on enfin expérimenter sur la grenouille, on éloigne le plus possible l’armature de l’aimant, et l’on empêche le courant d'arriver au commutateur, en détournant de droite à gauche la petite vis À placée sur la base du ressort $.
Après avoir ainsi affaibli appareil, on peut mesurer des doses infiniment petites avec autant d’exactitude que les doses puissantes.
Enfin le bouton T du commutateur des hélices est tourné de droite à gauche, lorsque l’on veut faire arriver le courant de la première hélice dans les boutons P et P’ auxquels les conducteurs des excitants sont fixés. On tourne au contraire le bouton T de gauche à droite, si l’on veut faire passer le courant de la deuxième hélice dans ces boutons rhéophores.
$ V. — Résumé,
L'exposition des propriétés que possède mon appareil magnétofaradique démontre que son invention constitue un progrès réel, non-seulement au point de vue de ses applications à la médecine, mais encore au point de vue purement physique.
A. — Au point de vue pratique,
Il est établi qu’il possède plus que les appareils anciens : 4° deux courants, l’un extra-courant, l’autre courant induit, fournis par deux hélices superposées qui jouissent de propriétés spéciales; 2° des intermitiences lentes ou rapides à volonté, 3° des courants
DUCHENNE, — 3° édition. 15 Ÿ
sans changementde direction, ou avec alternatives voltianes ; 4° une graduation exacte et vraiment médicale, graduation qui mesure également des doses très-fortes ou des doses’ infiniment petites, grâce à la combinaison des tubes graduateurs et d’un mécanisme que j'ai appelé modérateur des courants.
B. — Au point de vue physique.
a, Mon appareil démontre que les cylindres métalliques sont induits par les hélices aussi bien dans un appareil magnéto-faradique que dans les appareils volta-faradiques, ce qui était contesté par le célèbre physicien de Vienne, M. Dove; de plus, que l'influence mutuelle des hélices et des cylindres ne s’exerce que dans les parties des hélices recouvertes par les cylindres, d’où 1l résulte que l’action de ces dernières a lieu d’une manière progressive et dans des proportions arithmétiques.
Quand, à la longue et surtout par l’usage, l’aimant finit par s’affaiblir, il n’est pas nécessaire de démonter l'appareil pour lui rendre sa puissance magnétique. L’enroulement du gros fil qui fournit le courant de la première hélice sur le bras de l’aimant permet de rendre à ce dernier sa puissance magnétique primitive, en faisant passer le courant d’une batterie voltaïque dans l’hélice formée par ce fil. Voici comment il faut agir alors: on met l’armature en contact avec l’aimant, puis on fait passer dans le courant de la première hélice le courant d’une batterie de huit à dix piles de Bunsen, dont on place le pôle positif sur celui des ressorts des intermittences qui correspond au pôle boréal de l’aimant, tandis que le pôle négatif est mis en rapport avec le ressort du côté opposé. A l'instant où le courant voltaïque passe dans la première hélice, l’aimant augmente considérablement de puissance (il porte jusqu’à 40 kilogr.); et lorsqu'on ouvre ce courant, l’aimant perd une grande partie de la force magnétique qu’il devait au courant voltaïque, mais il conserve le maximum d'intensité magnétique dont il jouissait en sortant des mains du fabricant. Place-t-on ensuite les pôles de la pile dans un sens contraire à celui de l'expérience précédente, l’aimant est désaimanté presque complétement. Mais on peut lui rendre immédiatement toute sa puissance en agissant comme la première fois. J'ai répété bien des fois ces expériences, et je me fais un jeu d’aimanter et de désaimanter mon appareil.
b. Grâce à la réunion des deux hélices superposées et dont les fils sont de grosseur différente, on n’a pas seulement l’avantage d’obtenir des courants de deux ordres différents, dont les propriétés physiologiques sont spéciales, mais on peutencore montrer, dans les cours de physique, le phénomène de la décomposition de l’eau par
le courant de la première hélice, dont le fil est assez gros pour produire celle action chimique, sans avoir à changer de bobines, comme dans l'appareil de Clarke. J'ajouterai que le commutateur des hélices qui permet de passer rapidement de l’un à l’autre courant, Sans avoir à déplacer les conducteurs, rend cette étude plus facile. |
c, Enfin, mon appareil peut servir à démontrer l’énorme différence qui existe entre l'induction produite, dans les appareils magnéto-faradiques, par la seule influence de l’action de l’armature sur l’aimant, et celle qui est le résultat de solutions de continuité pratiquées dans le circuit de la première hélice, au moment où l’armature s'éloigne ou se rapproche de l’aimant. Le mécanisme qui permet ces expériences est des plus simples, puisqu'il suffit de tourner en sens contraire la vis 2 du rhéotome B (fig. 55) placée sur le base d’un des ressorts, pour faire passer ou pour arrêter le courant dont les solutions se font sur l'anneau à dentelures placé sur la petite bobine. ; |
De tels résultats constituent, je le répète, un progrès incontestable. Et cependant comment se fait-il que cet appareil ait été méconnu, pour ne pas dire plus, par des physiciens dont j'ai eu plusieurs fois à combattre les idées, que je crois erronées, en électro-physiologie ? C’est que ces derniers, ignorant les besoins des études physiologiques, pathologiques etthérapeutiques auxquelles il est destiné, n’ont pu se faire une idée de l'utilité des propriétés dont il jouit; c’est qu'ils n’ont pas même vu fonctionner ou appliquer cet appareil, et qu’ils ne le connaissent que par la description qu'ils en ont lue sans la comprendre. Un grand nombre de physiciens l’ont examiné, et il m’a suffi de le leur exposer une seule fois pour qu'ils en comprissent parfaitement le mécanisme, qu'ils ont exposé eux-mêmes dans leurs cours ou dans leurs ouvrages (1). Je puis affirmer, en effet, qu'il n’est pas plus difficile à comprendre que les autres appareils.
(1) Je citerai, entre autres, MM. les professeurs De la Rive et Jamin devant lesquels j’ai fait des expériences électro-physiologiques qui démontrent l’action physiologique différentielle des hélices de mon appareil magnéto-électrique. — Voici aussi le jugement porté par M. Leroux sur le mérite de cet appareil.
« Cet appareil est sans contredit le plus complet de tous les appareils de ce genre, les ressources qu’il offre pour la graduation des effets et les moyens de les varier sont nombreuses ; quelques-uns ont pu même paraitre superflus ; cependant on ne saurait se prononcer, sans trop de circonspection, sur l'identité de l’économie intime de ces phénomènes compliqués que nous n’apprécions que daus leur ensemble, D'ailleurs, il faut bien reconnaitre que les efforts de cet autèur n’ont pas été sans influence sur le perfectionnement des petits appareils que la pratique médicale peut aujourd’hui mettre à l'étude, et qui s’offrent à elle en foule, dans des conditions à peu près égales (*).
(*) F. P. Leroux, loc, cit, p. 34.
ARTICLE V
Afin que l’on puisse mieux apprécier la valeur de mes appareils d’induction, dont la description et les propriétés ont été exposées dans les articles précédents, et juger des progrès imprimés à l’art de la fabrication des appareils électro-médicaux, afin sur!out que le médecin puisse faire un choix éclairé parmi ces appareils, je vais, dans le paragraphe suivant, passer en revue les principaux appareils d’induction, depuis leur origine jusqu'à nos jours. J'en empruntlerai les descriptions et les figures à deux savants physiciens, et surtout à l’un d’eux, qui, dans un travail que j'ai déjà eu l’occasion de citer (1), a fait une étude approfondie des appareils électro-médicaux.
J'entrerai au deuxième paragraphe, dans quelques considérations criliques, exposées, déjà par moi, en grande partie en 4855 (2), sur les appareils électro-médicaux alors en usage, et je signalerai leurs perfectionnements, et les desiderata qu'ils présentent encore aujourd’hui.
& HE. — Exposé historique.